Jean V de Ravenne
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| Jean V | ||||||||
Le sarcophage de Jean V dans la basilique Saint-Apollinaire de Classe. | ||||||||
| Biographie | ||||||||
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| Décès | ||||||||
| Évêque de l'Église catholique | ||||||||
| Archevêque de Ravenne | ||||||||
| 723 ou 725 – | ||||||||
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Jean V est un archevêque de Ravenne, en fonction de 723 ou 725 à 744, choisi parmi le clergé local pour succéder à Félix. Son épiscopat se déroule dans une période de profondes tensions politiques et religieuses, marquée par les affrontements entre partisans de l'empereur et du pape, par les premiers troubles liés à l'iconoclasme et par la pression croissante des Lombards sur Ravenne et l'exarchat.
À la mort de Félix, en 723 ou 725, les Ravennates choisissent pour lui succéder Jean, issu du clergé local. Son épiscopat débute dans un climat de forte agitation, alors que la ville est divisée entre ceux qui restent fidèles à l'empereur Léon III l'Isaurien et ceux qui soutiennent le pape Grégoire II[1]. La hausse de la pression fiscale impériale nourrit encore ces tensions[1]. Jean ne parvient pas à empêcher l'affrontement entre les deux partis, et, probablement à l'été 726, l'exarque Paul est tué au cours des troubles[1].
La mort de l'exarque renforce d'abord l'autorité de l'archevêque dans la ville, sans pour autant rétablir la concorde. Jean semble au contraire avoir été critiqué par les deux camps, tant par les partisans du pouvoir impérial que par ceux du siège romain[2]. À une date qu'Agnellus ne précise pas, il est contraint de s'exiler en Vénétie, où il demeure pendant un an dans une situation pénible[2]. Les causes exactes de ce bannissement restent obscures, mais elles se rattachent sans doute aux luttes autour de l'autonomie ravennate, à l'affaiblissement du gouvernement impérial local et à un possible occupation temporaire de la ville par les Lombards, vers 728[2]. Pendant son absence, et tandis que le nouvel exarque Eutychios ne contrôle pas encore effectivement Ravenne, la cité se retrouve pour un temps sans véritable gouvernement, ni civil ni ecclésiastique[2].
Selon Agnellus, le retour de Jean à Ravenne fut rendu possible par l'intervention d'Épiphane, le scriniarius chargé des archives, qui le réconcilia avec les hommes ayant exigé son départ[2]. Épiphane aurait alors conseillé à l'archevêque de verser à l'exarque une importante somme d'argent afin d'obtenir la comparution de ses adversaires devant la justice[2]. Ceux-ci furent ensuite jugés pour s'en être pris à leur archevêque, condamnés à une amende et contraints de garantir par acte écrit qu'ils n'agiraient plus contre lui[2].
Agnellus associe également Jean V à un épisode militaire survenu pendant son épiscopat, au cours duquel les Ravennates auraient remporté une victoire sur une flotte dite « grecque »[3]. Sans que l'événement puisse être daté avec certitude, il pourrait correspondre à une défaite des forces byzantines à Ravenne entre 726 et 744[3]. Dans ce récit, l'archevêque supervise les prières pour la victoire de la cité et apparaît comme l'un des soutiens de la résistance ravennate[3].
L'épiscopat de Jean V coïncide aussi avec les débuts de la crise iconoclaste. Ravenne ne donna alors lieu à aucune destruction d'images : ni les icônes ni les mosaïques monumentales de ses églises ne furent profanées, blanchies ou recouvertes[4]. L'exarque Eutychios ne parvint pas à imposer le décret impérial, et Jean V ne chercha pas davantage à l'appliquer[4]. Dans cette résistance à l'iconoclasme, Ravenne affirmait une position indépendante et se rattachait plus nettement à la chrétienté latine[4].
Son épiscopat est également marqué par un important tremblement de terre, qui ravage Ravenne et détruit notamment la basilique Petriana (it) ainsi que l'abside de l'église Saint-Martin, l'actuelle basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf[5], entraînant la disparition de ses mosaïques, dont aucune description n'a été conservée[6]. Le séisme survient un dimanche, après la messe, et endommage vraisemblablement aussi une partie du décor intérieur de l'église. Des artisans locaux entreprennent ensuite les travaux de reconstruction[5]. Agnellus mentionne par ailleurs que Jean possédait un patrimoine foncier hérité de sa famille, notamment à Gamillaria, Tregintula et Pitulis[3].
Dans les dernières années de son épiscopat, Jean V doit encore faire face à la menace lombarde. Vers 739, Ravenne est prise par les troupes d'Hildeprand, neveu de Liutprand, et du duc Peredeo de Vicence, avant d'être reprise grâce à l'intervention de forces impériales venues d'Istrie à la demande du pape Grégoire III[7]. En 742-743, lorsque le roi Liutprand s'en prend plus directement à Ravenne, l'archevêque s'unit à l'exarque Eutychios, ainsi qu'aux habitants de la Pentapole et de l'Émilie, pour demander au pape Zacharie d'intervenir[8]. Celui-ci se rend alors à Ravenne où il est accueilli avec solennité[9], puis use de ses talents de diplomate pour tenter de contenir l'agression lombarde contre la capitale de l'exarchat[8].
Jean V meurt en 744 et est inhumé à Saint-Apollinaire de Classe, aux côtés de ses prédécesseurs[10].