Félix de Ravenne
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Ravenne
| Félix de Ravenne | ||||||||
Le sarcophage attribué à Félix dans la basilique Saint-Apollinaire de Classe[1]. | ||||||||
| Biographie | ||||||||
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| Naissance | VIIe siècle | |||||||
| Décès | Ravenne |
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| Évêque de l'Église catholique | ||||||||
| Archevêque de Ravenne | ||||||||
| – 723 ou 725 | ||||||||
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Félix est un archevêque de Ravenne de 708 à 723 ou 725. Ancien abbé du monastère de Saint-Bartholomée, il est élu après la mort de Damien. Son épiscopat est marqué par une crise majeure avec le pouvoir impérial byzantin : arrêté sur ordre de Justinien II, il est aveuglé puis exilé avant de pouvoir regagner Ravenne sous le règne de Philippicos. La tradition ravennate a aussi conservé de lui le souvenir d'un archevêque actif dans les domaines liturgique et littéraire.
Conflit avec Constantinople, arrestation et retour
Après la mort de Damien, en , le clergé de Ravenne élit comme trente-huitième évêque Félix, alors abbé du monastère de Saint-Bartholomée. Il se rend ensuite à Rome pour y être consacré par le pape Constantin[2]. Cette consécration se déroule toutefois dans un climat de méfiance entre Ravenne et le siège romain après la fin de l'autocéphalie ravennate. Selon les usages consignés dans le Liber diurnus, l'évêque devait souscrire plusieurs engagements relatifs à la foi, à la probité et à la fidélité envers saint Pierre et ses successeurs[2]. D'après le Liber pontificalis, Félix refusa de formuler ces engagements selon l'usage habituel et préféra une déclaration personnelle d'obéissance, attitude appuyée, semble-t-il, par des représentants du pouvoir de l'exarchat[2].
Le début de son épiscopat est ensuite marqué par une grave crise avec le pouvoir impérial byzantin. L'empereur Justinien II n'avait pas oublié l'opposition suscitée en Italie par les canons du concile in Trullo ni l'aide militaire apportée par Ravenne au pape Serge Ier. La ville était alors perçue par Constantinople comme particulièrement remuante, voire rebelle. Sur ordre de l'empereur, une expédition punitive fut dirigée contre elle par mer. Selon le récit transmis par Agnellus, l'opération permit de s'emparer de l'archevêque Félix, de Johannicis et d'un certain nombre de notables ravennates, qui furent conduits à Constantinople. Présentés à l'empereur dans le Grand Palais[3], plusieurs citoyens de rang sénatorial et Johannicis furent exécutés, tandis que l'archevêque fut aveuglé puis exilé à Chersonèse, en Crimée[3]. Ce châtiment, qui rappelle celui infligé auparavant au pape Martin Ier, provoque une vive émotion à Ravenne[3].
La réaction de la ville à cette répression est forte, avec le développement d'une milice citoyenne organisée par quartiers, signe d'une forte cohésion civique et d'une capacité de réaction propre face aux interventions de Constantinople, un phénomène annonçant certains traits des futures cités-États italiennes[4]. En 710, l'envoi d'un nouvel exarque, Eutychios, montre que le pouvoir impérial considérait encore Ravenne comme un foyer de résistance[4].
Le renversement de Justinien II en change la situation. La nouvelle de sa mort donne lieu à des célébrations à Ravenne[5]. Sous le nouvel empereur Philippicos, Félix est autorisé à revenir dans sa ville[6]. D'après Agnellus, l'archevêque signala alors à l'empereur que les trésors de l'Église de Ravenne avaient été dispersés lors de son arrestation[6] ; Philippicos ordonna qu'ils fussent restitués[7]. Après son retour, Félix reprend la tête de l'archevêché. Il finit par se réconcilier avec le pape et ne paraît pas avoir été personnellement compromis dans le rétablissement du monothélisme sous Philippicos[7].
Activité pastorale
L'historien Agnellus, qui fut lui-même plus tard abbé de Saint-Bartholomée, consacre à Félix l'une des notices les plus développées du Liber pontificalis Ecclesiae ravennatis[2]. Il insiste notamment sur les efforts de l'archevêque pour enrichir la liturgie ravennate avec l'aide de Johannicis, scribe et poète bilingue revenu de Constantinople sous l'épiscopat de Damien[2]. Félix lui confie la révision des antiennes en grec et en latin, ce qui témoigne du maintien d'un usage liturgique du grec à Ravenne[2]. Agnellus lui attribue aussi la publication d'un recueil des sermons de Pierre Chrysologue, ainsi que la rédaction de plusieurs écrits personnels, dont un traité sur le Jugement dernier[8].
Son épiscopat est également marqué par des interventions architecturales. Félix aurait fait ajouter des arcs et des arcades à une tour située à l'extérieur de la chapelle archiépiscopale, restaurer l'entrée occidentale de la cathédrale et construire une sacristie (salutatorium) destinée à la réunion du clergé avant la messe[9]. Il contribue ainsi à ordonner plus solennellement la procession d'entrée des prêtres et de l'archevêque. Il fait également déposer derrière le sanctuaire de nombreuses reliques de saints conservées dans des châsses d'argent[9].
Peu avant sa mort, Félix ordonne au clergé de rassembler et de détruire la plupart de ses propres recueils, craignant, en raison de sa cécité, de laisser circuler des copies fautives[10]. Seul son écrit sur le Jugement dernier aurait échappé à cette destruction, mais il ne nous est pas parvenu[10]. Il demande en revanche que soient conservés les sermons de Pierre Chrysologue, qu'il avait corrigés avant de perdre la vue[10]. Félix est inhumé à Saint-Apollinaire de Classe, où son épitaphe, disparue aujourd'hui mais rapportée par Agnellus, insiste sur les souffrances endurées au cours de sa vie[10] : « Il subit de dures épreuves : l’exil, les blessures, la faim, la nudité, la violence, les dangers, le mépris, le bannissement, la terreur, les chaînes, les coups de gourdin […].[11]. »