Théâtre antique d'Alauna
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| Théâtre antique d'Alauna | |
Hypothèse de restitution (2020).
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| Localisation | |
|---|---|
| Pays | |
| Commune | Valognes |
| Département | Manche |
| Région | Normandie |
| Type | théâtre romain antique |
| Coordonnées | 49° 30′ 20″ nord, 1° 26′ 47″ ouest |
| Altitude | 57 m |
| Histoire | |
| Époque | Ier au IIIe siècle |
| modifier |
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Le théâtre antique d'Alauna est un édifice de spectacles de l'époque romaine situé dans la commune française de Valognes, dans le département de la Manche.
Le monument appartient au groupe des théâtres à arène dont le plan diffère de celui des théâtres romains classiques et permet la tenue de spectacles diversifiés. Construit en petits moellons de calcaire d'origine locale, son diamètre dépasse les 72 m. Sa cavea semi-circulaire et son orchestra elliptique sont desservies par cinq vomitoires rayonnants et deux couloirs longeant le mur de scène. Le decumanus maximus de l'agglomération antique d'Alauna passe au sommet de la cavea, au prix d'un infléchissement de son tracé.
Implanté aux limites orientales de la ville, il est probablement construit dans la seconde moitié du Ier siècle et abandonné vers la fin du IIIe siècle, après quoi ses maçonneries sont démontées et récupérées jusqu'à l'époque contemporaine. Ses vestiges se trouvent enfouis à faible profondeur sous des prés enclos de haies de bocage, une partie de son mur d'enceinte étant visible en élévation dans l'une de ces haies. Il est étudié à plusieurs reprises en 1695, au milieu des années 1840 puis, dans le cadre d'un programme complet d'investigations sur le site d'Alauna, en 2015 et en 2020.
Le théâtre dans le paysage contemporain

Le site d'Alauna se trouve à 1,6 km au sud-est du bourg moderne d'Alleaume (commune de Valognes, département de la Manche) sur le rebord nord-ouest d'un plateau entre deux talwegs parallèles et orientés nord-ouest — sud-est qui la limitent à l'est et à l'ouest[1]. Le théâtre, au lieu-dit « les Buttes » et au sud-est du manoir du Castelet, tourne sa cavea vers le nord-nord-est. Il occupe ainsi le versant sud du talweg le plus oriental dans un paysage de bocage : pâtures encloses de haies[B 1].
Ce plateau domine au sud-est la dépression dans laquelle coule le Merderet, près des sources de la rivière ; cette dépression se forme à l'Hettangien (Jurassique inférieur) à la faveur d'une transgression marine. Les ressources géologiques locales, argiles rouges, sables et cailloutis ou galets du Rhétien (Trias supérieur) du plateau et calcaire triasique sur les pentes, sont mises à profit pour construire les bâtiments d'Alauna, dont l'édifice de spectacles[2],[3]. Si une grande partie du site d'Alauna se trouve à une altitude supérieure à 50 m atteignant même 60 m à proximité de l'édifice de spectacles, l'autre partie épouse le relief du flanc de la vallée sur des pentes descendant vers le Merderet et atteignant parfois 10 %[4]. La ville de Valognes, incluant Alleaume, est implantée sur l'autre rive de la rivière[A 1].
Le théâtre au sein d'Alauna

Le théâtre est situé à la périphérie orientale de l'agglomération antique d'Alauna, dont la superficie est estimée à 45 ha. Alauna se trouve elle-même au sud-est du hameau moderne d'Alleaume, sur le territoire de la commune de Valognes, dans le département de la Manche[5]. Ce théâtre constitue, avec les thermes au nord, la parure monumentale connue de la cité antique, mais la présence d'un forum au centre, de plusieurs sanctuaires et d'insulae occupées par des habitations est certaine.
Les études de 2012 et des années suivantes mettent en évidence un réseau de voies quadrillant la cité antique, selon une orientation nord-nord-ouest ― est-nord-est. Un chemin moderne, à l'ouest du théâtre, semble reprendre le tracé du decumanus maximus qui, après un infléchissement de son parcours, desservirait l'édifice[6]. Dans sa partie terminale à l'approche du théâtre, la voie antique apparaît revêtue de grandes dalles de pierres au lieu d'une couche de galets, comme pour s'accorder avec l'importance du monument qu'elle dessert[7]. Une autre voie contourne le théâtre par l'ouest et le nord. Il est possible que ces différentes voies débouchent, au niveau du théâtre, sur une esplanade revêtue de galets permettant d'accéder à ses différentes entrées[C 1].
L'orientation différente de la voirie urbaine et du théâtre peut s'expliquer par la volonté de profiter de la topographie naturelle du terrain, en pente générale vers le nord-nord-ouest pour la ville et le nord-nord-est pour le théâtre[A 2].
Historique
Le monument à l'époque antique

Le site d'Alauna est mentionné dans deux documents antiques, la table de Peutinger et l'itinéraire d'Antonin[A 3]. C'est Nicolas Sanson qui, en 1627, assimile ce site à la localité d'Alleaume[A 4].

L'époque de construction du théâtre ne peut toutefois, en l'état des connaissances, être précisément déterminée, et l'éventuelle occupation de la parcelle avant sa construction n'est pas renseignée. Alauna connaissant son développement maximum entre la fin du Ier et la fin du IIe siècle, il est probable que les monuments de la ville (théâtre, thermes…) soient édifiés à ce moment, peut-être au début de cette période. L'édifice de spectacles semble ne faire l'objet que d'une seule campagne de modification ou de réfection. Cette opération apparait, au regard des données disponibles, non datable, mais d'une portée limitée[C 2].
Le théâtre paraît fonctionner jusqu'à la fin du IIIe siècle, mais probablement pas au-delà[8]. Le monument, abandonné, sert de carrière de pierres, sans doute sur une longue période, pour la construction des bâtiments proches où des moellons antiques de petit appareil sont retrouvés[A 5]. Un four à chaux est installé au niveau de l'orchestra après la désaffectation du monument dans le but, sans doute, de retraiter les moellons extraits des ruines[C 3].
Mentions historiques et études à l'époque contemporaine

Les premières fouilles sont commanditées par l'intendant de la généralité de Caen Nicolas-Joseph Foucault et, sur le terrain, l'archéologue jésuite Pierre-Joseph Dunod dégage le théâtre à l'automne 1695[A 6] ; il en publie le plan dans Le Mercure galant en décembre de la même année[9] ; à cette époque, le théâtre semble presque totalement enfoui [A 6]. Un second plan, assez différent du premier, est publié en 1722 par Bernard de Montfaucon[10]. Dans le septième tome de son Recueil d'antiquités égyptiennes, étrusques, grecques, romaines et gauloises, Anne Claude de Caylus publie en 1765 un dessin et un plan du théâtre, réalisés par l'ingénieur René Cevet[A 7],[11].

Au début des années 1840, Charles de Gerville reprend les fouilles à Alauna et complète les connaissances sur le théâtre. Il constate surtout, par rapport aux observations de 1695, que de nombreuses destructions ont affecté le théâtre, peut-être dues entre 1825 et 1835 à Jean Cardine, alors propriétaire du terrain[12]. La société des antiquaires de Normandie poursuit les travaux de Gerville en 1845[A 6] et constate en effet que, pour des raisons de redressement du sol (nivellement à des fins agricoles) et pour extraire de la chaux des pierres retirées[13], le bâtiment de scène et ses aménagements ainsi que les murs des vomitoires ont été arasés[14]. L'établissement de fossés et de chemins démantèle une partie des vestiges existants[12] tandis que la récupération des matériaux se poursuit pendant plusieurs décennies[C 2]. Les recherches cessent alors et, jusqu'aux années 2000, toutes les publications concernant le théâtre reprennent, en les interprétant et souvent sans les vérifier, les résultats des fouilles anciennes et leurs comptes rendus[B 2].
Le théâtre, comme l'ensemble du site archéologique, est épargné par les bombardements intensifs qui détruisent largement Valognes en pendant la bataille de Normandie[15],[16].
Une nouvelle campagne d'investigations d'envergure intéressant l'ensemble du site d'Alauna débute en 2012 : recensement et réexamen de la bibliographie, fouilles ou sondages archéologiques, collecte de mobilier, prospection électrique puis par géoradar — dans un environnement de bocage comme celui-ci et même si les vestiges sont enfouis à faible profondeur, la prospection aérienne, qui a révélé dans d'autres situations la trace au sol des édifices et aménagements antiques, se montre moins performante que dans des paysages agricoles plus ouverts[17]. C'est dans ce cadre que le théâtre fait l'objet de sondages par tranchées en 2015[B 3] puis de prospections par géoradar en 2020[18]. Ces travaux permettent de localiser les vestiges conservés, de préciser leur état de conservation, de réviser partiellement, mais sur des aspects fondamentaux, le plan publié par de Montfaucon et de réajuster l'orientation du monument[19],[N 1].
Les vestiges étant rares et enfouis, aucune mise en valeur spécifique du théâtre n'est réalisée. Des visites pédestres de l'ensemble du site archéologique sont cependant organisées par l'association AAA en partenariat avec le pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin, notamment dans le cadre des journées européennes du patrimoine, et elles font étape à l'emplacement du théâtre[20].


