Alauna

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Alauna
Aquarelle en couleurs représentant une ville due du ciel.
Proposition de restitution d'Alauna vers le IIe siècle.
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Commune Valognes
Département Manche
Région Normandie
Protection Logo monument historique Classé MH (1862, thermes)
Coordonnées 49° 30′ 17″ nord, 1° 27′ 15″ ouest
Superficie 60 ha
Histoire
Époque Empire romain du Ier au IIIe siècle
Géolocalisation sur la carte : Rome antique
(Voir situation sur carte : Rome antique)
Alauna
Alauna
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Alauna
Alauna
Géolocalisation sur la carte : Manche
(Voir situation sur carte : Manche)
Alauna
Alauna

Alauna est une ancienne ville gallo-romaine dont les vestiges sont situés à Alleaume sur le territoire de la commune française de Valognes dans le département de la Manche, en région Normandie.

Le site, dans le nord du Cotentin, est occupé de manière relativement diffuse dès l'époque gauloise, mais la ville antique semble fondée sous le règne d'Auguste. Alauna se développe au Ier siècle, connaît son apogée au siècle suivant ; cité importante, elle est reliée à de nombreuses autres villes de la région et à ce titre elle figure sur la table de Peutinger et l'itinéraire d'Antonin. L'incertitude demeure toutefois quant à son rôle politique et son possible statut de chef-lieu de civitas à un moment de son histoire sous l'Empire romain. Ce rôle, si toutefois elle le joue, n'est qu'éphémère puisque la cité décline dans le courant du IIIe siècle, à l'image de nombreuses autres villes gallo-romaines du nord de la Gaule. Au Moyen Âge, l'urbanisation reprend mais à Valognes, sur l'autre rive de la petite rivière du Merderet, et le site d'Alauna est alors consacré aux activités agricoles, élevage principalement, vocation qui se perpétue au XXIe siècle dans un paysage de bocage normand.

Les thermes situés au nord de l'agglomération antique, seuls vestiges encore en élévation sur le site, font l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862, mais l'étendue et les aménagements de la ville, d'une superficie atteignant peut-être 60 ha, se révèlent peu à peu au fil des études de terrain (sondages, fouilles programmées et prospection par géoradar) menées chaque année de 2012 à 2022. Un quadrillage régulier de rues est mis au jour, au sein duquel prennent place, outre les monuments déjà connus au XVIIe siècle (thermes, édifice de spectacles et « mur de la Victoire »), un forum bordé de tabernae, plusieurs sanctuaires et des quartiers d'habitation. Les activités artisanales (boucheries, forges et quartier commercial) paraissent rejetées aux marges de l'agglomération. La localisation des nécropoles, qui permettrait de mieux apprécier les limites de la ville antique, reste l'un des points à éclaircir.

Site de plateau au nord-ouest du Bassin parisien

Carte en couleurs schématisant les courbes de niveau d'un territoire.
Carte du relief d'Alauna.

L'agglomération d'Alauna est située à 1,6 km au sud-est du bourg moderne d'Alleaume sur le rebord nord-ouest d'un plateau entre deux talwegs parallèles et orientés nord-ouest — sud-est qui la limitent à l'est et à l'ouest[1]. Ce plateau domine au sud-est la dépression dans laquelle coule le Merderet, près des sources de la rivière. Si une grande partie sud-est de la ville antique est bâtie sur le plateau à une altitude supérieure à 50 m (60 m à proximité de l'édifice de spectacles)[J22 1], l'autre partie épouse le relief du flanc de la vallée sur des pentes atteignant parfois 10 % et les thermes, au nord-ouest, occupent le point bas, à une altitude de 38 m[2]. La ville de Valognes et Alleaume sont implantés sur l'autre rive du Merderet[A 1].

Sous une couche de limon d'épaisseur variable, argiles rouges, sables et cailloutis ou galets du Rhétien (Trias supérieur) recouvrent le sommet du plateau alors que sur ses flancs se trouvent des formations déposées à l'Hettangien (Jurassique inférieur) à la faveur d'une transgression marine[3], dont le calcaire de Valognes, qui prédominent sur ce site qui occupe la frange nord-occidentale du Bassin parisien[A 2]. Ces ressources géologiques locales sont exploitées depuis le début de l'Antiquité, époque à laquelle des carrières sont localisées à l'ouest de la ville[J21 1], pour l'édification des bâtiments d'Alauna (fondations, mortier et élévation) et la construction des voies de circulation (fondations et couche de roulement).

Réseau de communication dense

Carte en couleurs schématisant le tracé de voies anciennes reportées sur un fond moderne.
Principales voies antiques desservant Alauna.
  • table de Peutinger
  • itinéraire d'Antonin
  • autre voie

Sources écrites anciennes

La table de Peutinger indique que la station antique d'Alauna  qui n'est toutefois pas représentée par une vignette comme les villes importantes  se trouve sur la voie romaine la reliant à Coriallo/Corriallum (Cherbourg) ce qui correspond, dans la géographie moderne, à plusieurs itinéraires possibles. Au sud-est d'Alauna, cette voie se poursuit vers Crociatonum (peut-être Saint-Côme-du-Mont ou Carentan), la Baie des Veys, Augustodurum (Bayeux) et Aregenua (Vieux) puis se dirige vers Rotomagus (Rouen) en longeant la côte[J21 2].

Une autre voie, ne figurant pas sur la table de Peutinger mais sur l'itinéraire d'Antonin, part d'Alauna et se dirige au sud vers Cosedia/Constantia (Coutances) puis Legedia (Avranches) et Condate Riedonum (Rennes)[J21 2].

Témoignages archéologiques

Alauna se trouve également en communication avec les rivages du Cotentin ; vers le sud-ouest, un itinéraire gagne la Côte des Isles et Portbail, qui semble assimilable mais sans certitude à la cité antique de Grannonum[4],[N 1], alors qu'au nord-est la voie aboutit dans le Val de Saire[J21 3] avant d'atteindre peut-être la côte au niveau de Barfleur ou de Saint-Vaast-la-Hougue[6] ; vers le nord, Alauna est reliée à Cherbourg et Fermanville[7].

En-dehors de ces itinéraires principaux attestés par l'archéologie, Alauna se trouve également au cœur d'un réseau de voies et chemins anciens qui irriguent la péninsule jusqu'au cap de la Hague, même si l'état encore incomplet des recherches à l'échelle du Cotentin tend sans doute à minimiser l'importance de ce réseau[J21 4].

Interconnexions à préciser avec la trame urbaine

Alauna apparaît ainsi, au centre d'une « étoile » routière, reliée par des routes ou des chemins à de nombreux autres sites du Cotentin et au-delà. Certains de ces itinéraires sont attestés par des sources écrites antiques, d'autres sont progressivement révélés par l'archéologie. Ces voies de communication, à l'approche d'Alauna, peuvent facilement être connectées au réseau urbain de cardines et decumani tel qu'il est identifié et sont même parfois formellement identifiées, ce qui permettrait d'expliquer certains infléchissements du tracé de ces voies urbaines dans la périphérie de la ville ; ces connexions sont, pour la plupart, encore des hypothèses de travail à vérifier, d'autres irrégularités étant certainement imputables aux contraintes topographiques[J21 5].

Le plus méridional des decumani identifiés dans la ville antique semble revêtir une très grande importance dans les liaisons à longues distances puisque ses prolongements paraissent se diriger vers Portbail à l'ouest et la baie des Veys à l'est[J22 2],[J22 3]. Le cardo maximus, pour sa part, apparaît en relation, au nord, avec la côte septentrionale du Cotentin sur deux points différents (Coriallo/Cherbourg et Fermanville)[J22 4]. Au sud, il se prolonge très certainement par la voie se dirigeant vers Coutances, mais le détail de cette connexion doit être précisé par des nouvelles recherches[J21 6]. Une voie longeant le théâtre à l'est (possible prolongement du decumanus maximus) se dirige vers le Val de Saire[J21 7].

Statut politique à définir

Carte en couleurs de présentant des territoires et le regroupement de certains d'entre eux.
Cités romaines du Bas-Empire romain dans le territoire de l'actuelle Normandie.

Alauna se trouve traditionnellement localisée dans la partie nord de la civitas des Unelles, peuple cité par Jules César dans les Commentaires sur la guerre des Gaules, mais aucun texte antique ne précise quel est le chef-lieu de cette cité. Si certains historiens et archéologues, dès le XVIIe siècle, pensent qu'il peut s'agir d'Alauna, d'autres estiment que ce rôle revient à Crociatonum (Saint-Côme-du-Mont ou Carentan) ou à Cosedia/Constantia (Coutances)[8],[J18 1]. Les dernières recherches sur Alauna montrent cependant que la ville peut, par son étendue et ses équipements monumentaux, prétendre à ce statut[J18 2]. Sa population pourrait atteindre 3 à 4 000 habitants[9].

Une hypothèse paraît émerger à la lumière des dernières études, prenant en compte une profonde évolution politique au fil des siècles. Sous le Haut-Empire romain, deux territoires ou civitates coexistent dans le Cotentin, chacune ayant son propre chef-lieu, Alauna dans la partie nord et Cosedia dans la partie sud ; le département de la Manche se trouve ainsi divisé en deux territoires par une ligne est-ouest[10]. La réorganisation administrative des provinces romaines, initiée par Dioclétien sous le Bas-Empire romain, entraîne la fusion des deux civitates et Alauna perd son statut au profit de Constantia, chef-lieu unique d'un territoire des Unelles unifié et étendu[J18 3] qui prend le nom de Constantinus Pagus[8],[N 2].

Toponymie

Extrait d'une carte ancienne en couleurs.
Alauna sur la table de Peutinger.

Les premières mentions du site apparaissent sous le nom d'Alauna dans deux documents antiques : la table de Peutinger, datant du Ier siècle et plusieurs fois complétée au moins jusqu'au Ve siècle ; l'itinéraire d'Antonin, datant de la fin du IIIe siècle. Après un hiatus de plusieurs siècles viennent ensuite les formes Alleaume (sans date, Delisle notes, d'après le cartulaire Saint-Lô) ; Aleaume en 1251 et Alleaume en 1258 (cartulaire de Coutances, 80, copie Delisle), qui coexistent jusqu'au milieu du XVIIIe siècle ; à partir de ce moment, seul Alleaume se retrouve mentionné[11],[A 3].

La filiation entre Alauna et Alleaume ne pose pas de problème particulier pour les toponymistes et les linguistes, le passage de [n] à [m] étant maintes fois constaté en toponymie (cf. Maromme, Seine-Maritime, Marrone 1156-1162, Marrone 1198, Marronne 1234)[11], d'autant plus que la forme moderne Alleaume, apparue au Moyen Âge, a vraisemblablement été influencée par le nom de baptême médiéval Alleaume, d'origine germanique (nom issu d'Adalhelm, combinaison des éléments adal- « noble » et -helm « protection, casque »)[11],[12] qui, en outre, est particulièrement bien attesté comme patronyme en Normandie. En revanche, L'évolution d'Alauna vers le toponyme Valognes, souvent évoquée, est pour sa part difficile à admettre[A 4].

Le nom d'Alauna, d'origine celtique (gauloise), est à l'origine de nombreux toponymes en France (Alleaume, Allonne, Allonnes, Allamps, etc.). Parmi les nombreuses hypothèses plus ou moins fantaisistes sur l'origine de ce toponyme, trois semblent devoir être privilégiées : il peut se rapporter à une rivière, une hauteur (au sens propre ou symbolique) ou un dieu[A 5]. Cependant Xavier Delamarre, à la suite de Pierre-Yves Lambert, considère qu’alaunos, alauna signifie « nourricier » ou « errant, nomade, qui va çà et là » et qu'à l'origine les types Alauna sont des hydronymes (sans doute parents du nom de rivières galloises [Afon] Alun et Alun)[13], et que les localités - selon un processus bien identifié par ailleurs - portent le nom des cours d'eau auprès desquels elles sont situées[14]. Ce mot doit reposer sur le celtique commun *alamnos, *alamna, dérivé agentif en -mno- du thème ala- « nourrir »[13], de la racine indo-européenne *al- [*h²el-] « nourrir », également à l'origine du latin alumnus « nourrisson », alere « nourrir », d'où procède entre autres le français aliment[14],[12]. Cette racine indo-européenne se retrouve dans le vieil irlandais alim et le vieux norrois ala « nourrir », etc[14]. Un cours d'eau nourricier est riche en poisson[14] et alimente en eau une population.

Durant le Bas-Empire romain, la civitas des Unelles a pour chef-lieu Constantia (Coutances) et devient le Constantinus Pagus, qui donne son nom au Cotentin[15].

Historique

Historique indicatif du site d'Alauna.

De l'apogée antique au déclin médiéval

Occupation laténienne

Une occupation diffuse du site est attestée dans la première moitié du Ier siècle av. J.-C. (La Tène D). Des enclos et des traces de parcelles sont observés sur l'ensemble du périmètre occupé plus tard par la ville antique. Un vaste enclos ouvert à l'est par un porche monumental est à rattacher à une exploitation agricole disposant d'un atelier de métallurgie et qui se situe à l'ouest immédiat du périmètre de la ville antique. Cette structure est en activité jusqu'au Ier siècle, au moment où la ville se construit. Elle est ensuite abandonnée mais l'orientation de ses aménagements se retrouve dans la voie antique qui la traverse ainsi que dans le quadrillage urbain d'Alauna[P17 1].

Fondation augustéenne et apogée jusqu'au IIIe siècle

Le début de la construction de la ville antique, qui ne semble pas directement issue de l'occupation laténienne, se situe à la période augustéenne. Elle intéresse surtout le nord et la partie centrale du site, soit une zone plus réduite que l'occupation précédente[P17 2]. Le principium (premier forum) et le sanctuaire du centre dans son premier état peuvent être rattachés à cette période[16].

Il s'ensuit une phase d'expansion territoriale et de monumentalisation dans la seconde moitié du Ier ou au début du IIe siècle avec la construction des grands ensembles, thermes, édifice de spectacles et sans doute nouveau forum et sanctuaire remanié[16]. La ville connaît son apogée jusqu'à la fin du IIe ou à la première moitié du IIIe siècle : le mobilier retrouvé date majoritairement de cette période et se répartit sur l'aire la plus vaste. Le réseau de voies est sans doute ébauché dès la fondation d'Alauna, mais il se complète et s'ajuste en fonction des besoins pendant la phase d'agrandissement qui voit la ville reconquérir l'espace qu'elle occupait à l'âge du fer[P17 3].

Déclin sous le Bas-Empire

Alauna connaît un délaissement progressif à partir du milieu du IIIe siècle[17], scénario souvent observé dans la plupart des villes du nord de la Gaule à la même époque, bien que les causes n'en soient pas encore formellement établies et puissent varier d'un site à l'autre[18]. Les principaux monuments de la ville sont progressivement abandonnés, et le mobilier retrouvé (céramiques, monnaies...), qui se raréfie progressivement, semble indiquer que l'activité tend à se rapprocher du centre, au détriment des marges[P17 4]. Il ne s'agit certainement pas d'un abandon brutal de la ville consécutif à son incendie lors d'invasions barbares comme la tradition le rapporte et qui n'est confirmé par aucun témoignage archéologique ; une hypothèse plus probable est un déclin progressif dont la perte de statut de chef-lieu de civitas serait l'une des causes[8],[N 2]. Le poids économique grandissant de Coriallo (Cherbourg) qui dispose d'un débouché maritime vers la Bretagne romaine peut avoir contribué à la perte d'influence d'Alauna[20].

L'histoire d'Alauna au Bas-Empire romain et pendant le Haut Moyen Âge est archéologiquement plus mal renseignée, mais il ne faut pas exclure le maintien d'un type d'occupation, encore à définir, sur tout ou partie du site, qu'elle soit pérenne ou temporaire, liée à des activités de récupération de matériaux dans les ruines de la ville antique[P17 5].

Valognes, une ville nouvelle au Moyen Âge

Ce n'est qu'aux XIIe et XVe siècles que de nouvelles constructions sont bien attestées dans le quartier de la Victoire au sud puis au niveau des thermes au nord. Ces vestiges d'habitats révélés par des sondages sont ré-enfouis après étude[P17 6],[21]. À l'époque moderne, le site antique d'Alauna est progressivement reconverti vers l'activité agricole (construction de fermes et délimitation de parcelles)[22]. C'est sur l'autre rive du Merderet que se développe à partir du Moyen Âge la ville de Valognes mais il est difficile de concevoir, au regard des données disponibles, une filiation directe entre Alauna et Valognes[P17 5]. Cette urbanisation ne menace pas, du moins jusqu'au début du XXIe siècle, les vestiges d'Alauna[23].

De la redécouverte du site à son étude approfondie

XVIIe et XVIIIe siècles : premières recherches

Dessins en noir et blanc des ruines et du plan d'un édifice antique.
Les thermes (dessins et plan de René Cevet).

Si la station d'Alauna est mentionnée sur la table de Peutinger (Ier au Ve siècle) ainsi que sur l'itinéraire d'Antonin (IIIe siècle)[A 6], son histoire s'est perdue au fil des siècles dans la mémoire des habitants ; c'est Nicolas Sanson qui assimile ce site à la localité d'Alleaume dès 1627 en se basant sur les seuls monuments connus alors (thermes, théâtre et « mur de la Victoire ») et sur l'emplacement du site dans son environnement géographique[A 7].

Les premières fouilles sont commanditées par l'intendant de la Généralité de Caen Nicolas-Joseph Foucault et, sur le terrain, le jésuite Pierre-Joseph Dunod dégage le théâtre en septembre et [A 8] ; un plan en est publié en 1722 par Bernard de Montfaucon. Dunod identifie aussi les thermes dont les ruines sont jusque là attribuées à un « château » construit par Clovis[24] ; dans le septième tome de son Recueil d'antiquités égyptiennes, étrusques, grecques, romaines et gauloises, Anne Claude de Caylus publie en 1765 des dessins et un plan partiel de cet établissement réalisés par l'ingénieur René Cevet[A 9],[25]. C'est également en 1695 que le « mur de la Victoire » est interprété comme le vestige d'une citadelle et qu'un important complexe pourvu d'une pièce à hypocauste est fouillé, mais les notes imprécises de Pierre-Joseph Dunod ne permettent pas de la localiser ni de déterminer s'il s'agit d'une domus possédant un balnéaire privé ou d'un second établissement de thermes publics[26].

XIXe et XXe siècles : investigations ponctuelles

Carte postale en noir et blanc représentant des murs ruinés et envahis par la végétation.
Le « Château » (v. 1900).

Au XIXe siècle, alors que les ruines des thermes sont rarement reconnues comme telles et que l'existence du théâtre a largement disparu de la mémoire des habitants[27], Charles de Gerville reprend les recherches à Alauna ; il s'attache surtout à récolter le mobilier dont l'emplacement est soigneusement repéré sur un plan cadastral et à surveiller les travaux de voirie ; il signale en outre des destructions sur les sites du théâtre et des thermes[A 10],[28]. La société des antiquaires de Normandie poursuit les travaux de Gerville en 1845[A 8]. Les thermes font l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862 ; c'est le premier édifice antique protégé comme monument historique du département[29].

En 1905, Jean-Louis Adam reprend à son compte la tradition rapportée dès 1695[30] mais non vérifiée de la destruction d'Alauna par un incendie à la fin du IVe siècle, appuyant son argumentation sur la datation des trouvailles monétaires[31]. Les bombardements intensifs qui détruisent largement Valognes en pendant la bataille de Normandie[32] n'affectent pas le site antique : les thermes ne sont pas touchés et aucun autre vestige n'est révélé par les destructions des bombardements[33]. Dans les années 1990, trois campagnes de fouilles des thermes, préalables à la mise en valeur du site, aboutissent à l'étude exhaustive du complexe dont le plan est définitivement établi et la chronologie mieux connue[34].

XXIe siècle : programme interdisciplinaire sur l'ensemble du site

La connaissance de l'histoire d'Alauna repose principalement, jusqu'au début du XXIe siècle, sur l'interprétation des publications des XVIIIe et XIXe siècles[A 11].

De 2012 à 2022, dans le cadre d'un programme pluriannuel coordonné par Laurence Jeanne (Centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales, CNRS/Université de Caen-Normandie - association AAA) et Laurent Paez-Rezende (Institut national de recherches archéologiques préventives - association AAA), des recherches dont les résultats sont publiés chaque année intéressent l'ensemble du site. Ce programme comprend l'examen de toute la base documentaire disponible, l'inventaire, l'identification et l'interprétation du mobilier archéologique, la réalisation de sondages ou de fouilles programmées jusqu'en 2016 puis une prospection généralisée du site par géoradar de 2017 à 2022. Cette dernière technologie non destructive est retenue car elle permet d'étudier à chaque campagne une surface importante de terrains non accessibles à des fouilles et, à défaut de révéler l'architecture précise des bâtiments, de préciser leur plan au sol et, dans une certaine mesure, leur chronologie relative sans pour autant les dater de manière absolue[J18 4],[35] ; en revanche, les structures fossoyées ou les tranchées de récupération de matériaux ne sont pas détectées et l'état de conservation des vestiges reste inconnu[36]. L'objectif de ce programme pluriannuel est de déterminer l'emprise géographique de la ville, son organisation spatiale et la densité de son bâti[37]. À l'issue de ces années de recherche, une publication synthétique des résultats doit être réalisée[J22 5].

Mise en valeur

Le site des thermes d'Alauna est le seul, dans le premier quart du XXIe siècle, où des vestiges de la ville antique sont visibles et accessibles. Il est aménagé en jardin archéologique librement ouvert au public et bénéficie d'une signalétique appropriée grâce à un pupitre d'information[J22 6]. Il est le point de départ de visites organisées par l'association AAA en partenariat avec le pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin, notamment dans le cadre des journées européennes du patrimoine[38]. Les thermes d'Alauna constituent en outre, avec le théâtre antique de Lillebonne, les seuls vestiges antiques conservés en élévation de toute la Normandie[39].

Le mobilier archéologique récolté à Alauna est conservé dans plusieurs sites, mairie, maison du patrimoine de Valognes, musées, entrepôt du ministère de la Culture, collections privées. Hormis quelques pièces exposées à l'occasion de manifestations ponctuelles ou temporaires, ce matériel n'est pas présenté au public[40].

Ville antique

Notes et références

Voir aussi

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