Celle qui devint le soleil
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Celle qui devint le soleil (titre original : She Who Became the Sun) est un roman de fantasy historique de l’écrivain australien Shelley Parker-Chan, publié en . Premier tome de la duologie The Radiant Emperor, il est traduit en français en chez Bragelonne. L’intrigue se déroule dans la Chine du XIVe siècle sous domination mongole et réinvente, sur un mode uchronique et avec des éléments fantastiques, l’ascension de Zhu Yuanzhang, fondateur de la dynastie Ming, en imaginant qu’il s’agisse d’une jeune femme ayant usurpé l’identité de son frère. Le roman aborde notamment les questions d’identité de genre, de destin et de pouvoir.
Accueilli favorablement par la critique, Celle qui devint le soleil remporte deux prix British Fantasy et est finaliste de plusieurs prix littéraires, dont le prix Hugo du meilleur roman et le prix Lambda Literary en .
Le roman débute en , dans la Chine sous domination mongole, marquée par les famines et les révoltes[1],[2]. Dans un village pauvre, un devin prédit un grand destin au fils d’une famille paysanne, Zhu Chongba, et le néant à sa sœur[1]. Quelques jours plus tard, une attaque de bandits entraîne la mort du père et du frère, tandis que la fille survit[2],[3]. Refusant le sort qui lui a été annoncé, elle prend l’identité de son frère, jusqu’à son nom et son genre, et rejoint un monastère[3]. Animée par une volonté de survie et d’ascension sociale, elle se lance dans un parcours qui la conduit au cœur des conflits entre les rebelles Turbans rouges et l’armée des Yuan[2],[4].
Le récit suit ainsi la destinée de Zhu, qui cherche à conquérir pouvoir et reconnaissance, et sa confrontation avec le général eunuque Ouyang, figure hantée par la perte et le désir de vengeance[3]. Tous deux incarnent des trajectoires marquées par l’ambition, les dilemmes éthiques et les tensions liées au genre et à l’identité[4]. Le roman, qui mêle éléments historiques et touches de fantastique, propose une réécriture uchronique de la fondation de la dynastie Ming[2],[4].
Genèse
Shelley Parker-Chan commence à écrire Celle qui devint le soleil après avoir obtenu une bourse Otherwise/Tiptree, consacrée aux auteurs explorant les questions de genre et de sexualité[5]. Auparavant diplomate, de nationalité australienne et d’origine asiatique, Shelley Parker-Chan[6] a travaillé dans les domaines des droits humains, de l’égalité de genre et des droits LGBT en Asie du Sud-Est. De plus, l'écrivain revendique une formation nourrie par les mythes grecs, la légende arthurienne et les mythes chinois, sources d’inspiration pour son premier roman[5].
Parker-Chan indique avoir conçu ce projet à la suite d’une discussion entre amis sur l’absence d’histoires combinant épopée historique, intensité émotionnelle et questionnement des rôles de genre. Son objectif était donc d’écrire « le livre de son cœur », en s’inspirant notamment de séries télévisées asiatiques et de littérature chinoise publiée en ligne, tout en y intégrant une perspective queer[7].
Le personnage historique de Zhu Yuanzhang, fondateur de la dynastie Ming, sert de point de départ à sa réflexion : Parker-Chan s’est interrogée sur la trajectoire de ce moine novice devenu empereur et a choisi de la réinventer en imaginant « et si ce n’avait pas été un homme ? »[7]. Ses recherches se concentrent sur l’histoire, la littérature classique, les récits populaires et l’art, mais Parker-Chan revendique aussi une liberté créative, assumant une précision historique comparable à celle d’un « drame télévisé de budget moyen »[7].
Analyse
Le roman de Shelley Parker-Chan est décrit comme une « réimagination queer de l’ascension au pouvoir de l’empereur fondateur de la dynastie Ming »[8]. Celle qui devint le soleil s'inscrit dans l’héritage littéraire et culturel chinois, tout en adoptant une perspective diasporique : l’ouvrage fonctionne à la fois comme un hommage et comme une subversion de la tradition, en s’appuyant sur des références historiques, idiomatiques et littéraires chinoises, sans toujours les expliciter[9]. Cette approche, qui peut sembler poétique ou singulier aux lecteurs anglophones monolingues, résonne particulièrement auprès des lecteurs bilingues familiers de la culture chinoise[9]. L’insertion d’idiomes et d’expressions issues de la poésie chinoise classique illustre cette double réception[9]. Ainsi, le roman se distingue des récits de fantasy qui transposent les références culturelles en les dissimulant sous des noms fictifs, en conservant ici des éléments identifiables de la dynastie Ming[9].
La trajectoire de Zhu s'inscrit dans une réflexion sur la performativité du genre. Plusieurs analyses soulignent que le personnage principal oscille entre féminin et masculin, jusqu’à affirmer une identité non binaire qui échappe aux catégories traditionnelles[8],[10]. Cette fluidité, qui se construit dans un contexte social marqué par le patriarcat et l’hétéronormativité, permet au roman de questionner la « logique d’impossibilité » des identités lesbiennes et queers dans la fiction historique[8]. Zhu finit par revendiquer une identité située hors de la binarité homme/femme, acceptant son corps comme différent de celui de son frère et assumant son individualité propre[11].
À travers Zhu et sa relation avec Ma Xiuying, le roman explore également le désir lesbien et sa dimension transgressive. Ma découvre dans ce lien une possibilité de destin hors des normes sociales, tandis que Zhu voit pour la première fois son corps non conforme comme désirable[12]. Cette mise en scène participe d’un mouvement plus large de la fantasy lesbienne contemporaine, qui inverse la hiérarchisation traditionnelle entre masculin et féminin et place les personnages lesbiens comme sujets à la fois désirants et désirés[13].
Le roman met aussi en parallèle Zhu et le général eunuque Ouyang. Tous deux incarnent des identités en dehors des normes, mais selon des modalités différentes : Zhu construit volontairement une identité qui échappe au binaire, tandis qu’Ouyang a été assigné à une altérité non normative par la mutilation[11]. Leur confrontation illustre la manière dont le pouvoir, le genre et la marginalité s’articulent dans un univers où l’autorité est étroitement liée à la masculinité guerrière. L’épisode où Ouyang mutile Zhu contribue paradoxalement à la libérer des contraintes d’une identité empruntée, en l’amenant à affirmer qu’elle n’est pas Zhu Chongba mais une personne différente[11].
Le roman reprend aussi certains codes de la romance tragique. Les relations entre Zhu et Ma, ou entre Ouyang et Esen, s’inscrivent dans une tension entre désir, loyauté et ambition[14]. Elles ne supplantent jamais les objectifs politiques et guerriers des personnages[14]. L’union de Zhu et Ma, bien que fondée sur un amour réel, demeure marquée par la douleur liée à l’ambition dévorante de Zhu[14]. Ce traitement du désir queer participe à la remise en question des structures narratives traditionnelles tout en conservant certains traits des tragédies romantiques[14].
Publication et réception
She Who Became the Sun paraît en , publié par Tor Books aux États-Unis et par Mantle au Royaume-Uni[15]. En France, le roman est traduit par Louise Malagoli sous le titre Celle qui devint le soleil et publié par Bragelonne en [2].
Le roman reçoit un accueil critique généralement très favorable. Le magazine Locus souligne sa dimension épique, son intensité émotionnelle, la qualité de son rythme et de son style, le qualifiant de premier roman « incroyablement lisible » et recommandant vivement sa lecture[16]. USA Today note l’efficacité poétique et dramatique des premiers chapitres, ainsi que la construction d’un personnage principal à la fois résilient et crédible dans son identité de genre, mais nuance en évoquant une stagnation du récit dans la partie centrale et une perte de force stylistique dans la seconde moitié[3]. Le journal considère néanmoins l’ouvrage comme un premier roman important, élargissant la conception des rôles actantiels dans la fantasy et contribuant à l’évolution du canon queer[3]. En France, Numerama le décrit comme « l’une des meilleures nouvelles de l’année pour la fantasy », en soulignant son unicité et sa justesse dans le traitement des thématiques queers[2].
Celle qui devint le soleil est finaliste du prix Hugo du meilleur roman en 2022 et devient ainsi le premier roman australien nommé dans cette catégorie[17]. Il est également finaliste du prix Lambda Literary de la fiction transgenre la même année[15]. Plusieurs critiques et universitaires considèrent son succès comme représentatif d’une meilleure visibilité et d’une plus large acceptation des récits centrés sur des personnages de genre queer dans la littérature de l’imaginaire[15].
Prix et distinctions
Lauréat
- 2022 : prix British Fantasy, prix Robert Holdstock du meilleur roman de fantasy[18].
- 2022 : prix British Fantasy, prix Sydney J. Bounds du meilleur nouvel auteur[19].
Finaliste
- 2021 : prix Goodreads Choice Award du meilleur roman de fantasy[20].
- 2021 : prix Goodreads Choice Award du meilleur premier roman[20].
- 2021 : prix Aurealis du meilleur roman de fantasy[21].
- 2021 : prix Otherwise, liste d’honneur.
- 2022 : prix Hugo du meilleur roman[22].
- 2022 : prix Dragon du meilleur roman d’uchronie[20].
- 2022 : prix Locus du meilleur premier roman[23].
- 2022 : prix Lambda Literary de la fiction transgenre[24].
- 2022 : prix Ditmar du meilleur roman[20].