Lola Robles
écrivaine espagnole de science-fiction
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Lola Robles, née le à Madrid, est une écrivaine espagnole de science-fiction. Elle se définit comme militante féministe, pacifiste et queer. Son œuvre s'inspire en partie de celle d'Ursula K. Le Guin, notamment pas son ancrage anthropologique, écologiste et féministe. Elle décrit dans ses romans des utopies imparfaites et aborde des thèmes LGBT. Elle imagine à quoi ressemblerait la construction de sociétés pacifistes et égalitaires dans lesquelles les identités de genre sont fluides.
Elle reçoit le prix Ignotus en et , puis, en , elle reçoit le Prix Gabriel (es) pour l'ensemble de son œuvre en science-fiction.
Biographie
Adolescente, Lola Robles imagine une planète où tout le monde est doté d'intelligence et de beauté et capable de négocier et résoudre des conflits de façon non-violente. Elle est en partie influencée par le roman Les Dépossédés d'Ursula K. le Guin. Plus tard, cette planète devient Concordia durant sa carrière d'écrivaine[1].
Lola Robles suit des études de philologie espagnole, mais exerce dans des domaines différents par la suite. Entre et , elle travaille comme huissière, puis à l'état civil dans la fonction publique jusqu'à ce que la baisse de sa vision l'oblige à prendre sa retraite[2].

Robles suit les ateliers littéraires de Clara Obligado (en) pendant cinq ans. De à , elle travaille à la Bibliothèque des femmes de Madrid (es), où elle coordonne les activités culturelles, les conférences et les ateliers[3]. Elle en assure également la gestion administrative et financière[3]. En , elle est l'une des fondatrices du Réseau des bibliothèques et des centres de documentation féminins[4]. Féministe et queer, elle pense que le problème du prétendu « manque de femmes écrivaines dans la science-fiction espagnole » n'est pas dû tant à leur rareté qu'à leur manque de visibilité[5].
À partir de , Robles anime des ateliers Fantastikas, dans lesquels elle analyse l'impact du lectorat sur la fantasy et la science-fiction, dans une perspective féministe[6]. Fantastikas est également le nom qu'elle donne à son blog, où elle poste des comptes rendus des livres qu'elle lit[7].
Analyse de l'œuvre
Approche anthropologique
Robles publie son premier roman en , alors que les femmes autrices de science-fiction en Espagne sont encore rares (Elia Barceló domine le genre, à cette période). Les tropes hyper masculinisés utilisés dans la science-fiction évoluent toutefois vers un traitement plus souple et naturel des questions de genre et d'identité, et Robles estime que ce traitement a manqué à sa génération[7]. Son premier livre adopte une approche anthropologique qui s'inspire de l'œuvre d'Ursula K. Le Guin. La rosa de las nieblas décrit des navigateurs en mission qui découvrent une société féodale autochtone. El informe Monteverd () est l'histoire d'une personne savante qui voyage vers une planète paradisiaque[6].

Son essai En regiones extrañas: un mapa de la ciencia ficción, lo fantástico y lo maravilloso remporte le prix Ignotus en . En , Robles compile une anthologie de science-fiction espagnole avec Teresa López Pellisa[7]. Ses recherches littéraires permettent de rendre visibles de nombreuses écrivaines de science-fiction espagnole[6].
Utopies écologistes, pacifistes et féministes
Más allá de Concordia, publié en , décrit une utopie imparfaite d'une société en construction et emprunte beaucoup aux univers de Le Guin et StarTrek, mais aussi de son propre roman El árbol de Sefarad, publié en [7]. Pour Robles, le temps de la mode de la science-fiction dystopique est révolu, et elle pense qu'il est plus difficile d'écrire des utopies[7].
Yabarí, publié en , est un hommage à Le nom du monde est forêt de Le Guin[6] et constitue une référence écoféministe[8].
El árbol de Sefarad décrits des communautés auto-suffisantes et pacifistes, fonctionnant comme des abris climatiques et dans lesquelles s'amorce un processus de paix entre Israël et la Palestine[6]. Dans Concordia, ces communautés se rassemblent pour former des planètes entières fonctionnant dans une utopie pacifique, écologique et queer. Concordia reçoit sur son sol des populations réfugiées d'autres planètes, qui sont technologiquement moins avancées et qui maintiennent des traditions venant des vierges sous serment albanaises. Ces pratiques sont considérées comme barbares par la population concordienne[7].
Infiltradas, publié en , est une collection d'essais sur la science-fiction, l'horreur et la fantasy, d'un point de vue féministe. Le livre reçoit un prix Ignatus en [6].
Identités fluides et queers
En , Lola Robles publie Identidades confinadas. La construcción de un conflicto entre feminismo, activismo trans y teoría queer[7]. Elle y aborde les questions de la transidentité[9] dans son œuvre, et des personnes intersexes dans Mares que cambian[10], qui se passe dans une société futuriste où les technologies médicales sont si avancées que la médecine peut faire correspondre le physique d'une personne à n'importe quelle identité de genre[11]. Robles y reprend les thèmes de La main gauche de la nuit d'Ursula K. Le Guin. Sur la planète de Jalawdri, Robles décrit une diversité d'identités de genre construites culturellement ou par la chirurgie : les frontières binaires entre hommes et femmes, homosexualité et hétérosexualité ont disparu. Pour Robles, le genre et la sexualité, suivant les thèses de Paul Preciado, sont des constructions technologiques sociales. Les identités sont donc fluides et réversibles, et les transformations sont de nature idéologique[12]. Mares que cambian est inclus dans l'anthologie Alucinadas. Antología de relatos de ciencia ficción[12].
Dans son essai Transmonstruxs: transexualidad, transgernerismo y androginia en la literatura fantástica (« Transmonstruxs : transsexualité, transgénérisme et androgynie dans la littérature fantastique »), Robles utilise le terme « transmonstruxs » pour montrer sa solidarité avec le mouvement Latinx qui milite pour offrir des expressions de genre alternatives à la binarité de genre masculin/féminin dans la langue espagnole. Robles critique dans cet essai l'ostracisation de tout ce qui défie les normes de genre binaire dans les textes de littérature classique, en utilisant le qualificatif de « monstrueux » pour désigner ces non-conformités. Elle présente des exemples dans la littérature contemporaine de descriptions positives de protagonistes qui ne répondent pas à ces normes de genre binaire dans les textes d'Octavia Butler, Angela Carter, Pilar Pedraza (en) et China Miéville entre autres[13].
En , Robles reçoit le Prix Gabriel (es) pour l'ensemble de son œuvre en science-fiction[14].
Œuvres
Romans.
- (es) El informe Monteverde, Crononauta, , 100 p. (ISBN 978-8494795824)
- (en) Monteverde: Memoirs of an Interstellar Linguist (ISBN 978-1619761179)
- (es) Yabarí, Cerbero, , 213 p. (ISBN 978-8494642210)
- (es) El árbol de Sefarad, Cerbero, (ISBN 978-8494809934)
- (es) Flores de metal, Transversal (Equipo Sirius), , 238 p. (ISBN 978-8496554160)
- (es) La rosa de las nieblas, Kira, Ed, (ISBN 978-84-923311-2-3)
Contes
Essais
- (es) En regiones extrañas: un mapa de la ciencia ficción, lo fantástico y lo maravilloso, Palabaristas Press, 2016
Récompenses
- 2017 : prix Ignotus du meilleur essa pour En regiones extrañas.
- 2020 : prix Gabriel (es), décerné par PÓRTICO, Asociación Española de Fantasía, Ciencia Ficción y Terror, pour son apport au monde de la science-fiction.