O pti cien
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O pti cien est une peinture à l'huile sur toile réalisée en 1902 par le peintre français Jean-Léon Gérôme, soit environ deux ans avant sa mort. L'œuvre, de format vertical mesure 87 × 66 cm, est conservée dans une collection particulière[1].
La toile représente un petit chien de race fox-terrier majoritairement blanc sur un fond uni bleu clair. Le chien porte un monocle et semble observer attentivement le spectateur, dressé sur son train arrière et les oreilles dressées. La tête légèrement inclinée, il semble fixer le public dans une relation d'égal à égal qui renforce l'effet humoristique de la scène.
Au-dessus de l’animal figurent deux yeux humains observant à travers des binocles, disposés comme deux œilletons percés dans le fond de la toile. Cette mise en scène crée un effet de mise en abyme : le spectateur est observé par le chien, lui-même surveillé par ces regards anonymes.
Encadrement
Le cadre d'origine du tableau prolonge le caractère humoristique et énigmatique de la composition. Sa bordure supérieure est décorée de jumelles d'opéra disposées aux angles et, en son centre, d’une loupe d’où émerge un œil unique évoquant un cyclope. La bordure inférieure présente quant à elle une paire de bésicles. Cet encadrement multiplie ainsi les motifs liés à la vision et aux instruments optiques, en écho direct au sujet de l’œuvre et au jeu de mots sur l'« opticien ».
L'historien de l'art Robert Rosenblum voit dans ces éléments des « sous-entendus à la fois saugrenus et inquiétants ». Le dispositif visuel transforme le cadre en extension de la plaisanterie picturale, renforçant l’idée d’un regard observant le spectateur.
Salvador Dalí souligne le caractère à la fois macabre et surréaliste de cet ensemble, qu'il considère comme annonciateur de l’esprit du mouvement Dada. Il classe ainsi l'œuvre de Gérôme parmi les antécédents de L.H.O.O.Q. (1919), la célèbre parodie réalisée par Marcel Duchamp à partir de la Mona Lisa de Léonard de Vinci.
Ce type de jeu visuel n'est pas totalement inédit dans la carrière de Gérôme. À l'occasion de l'Exposition universelle de 1900, il conçoit pour le stand du « Vieux Paris » une enseigne de boutique de jouets intitulée Aux armes de Vénus. Réalisée dans une feuille de métal découpée en forme de cœur, elle représente une Vénus dénudée surgissant d’une vague. Le titre repose lui aussi sur un jeu de mots associant l'héraldique et les « armes » de l'amour et de la guerre[2].