Rhum de Martinique

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Le rhum agricole de Martinique qui est produit à partir de jus de canne à sucre, fait partie de ces institutions culturelles liées à la culture créole martiniquaise depuis les premières plantations de canne à sucre. La Martinique produit principalement du rhum agricole AOC.

Colonne à distiller en cuivre. Rhumerie Neisson (Le Carbet).

Le rhum fait son apparition en Martinique avec la culture de la canne à sucre dès le début de la colonisation française en 1635. D’abord considéré comme un sous-produit du sucre, il permet dans ces débuts de valoriser la mélasse récupérée lors du raffinage de la canne. D’abord appelé tafia ou guildive sa fabrication est décrite par le Père Du Tertre en 1667 comme « les écumes des secondes et troisièmes chaudières, et tout ce qui se répand en le remuant, tombe sur le glacis des fourneaux et coule dans un canot où il est réservé pour en faire de l’eau-de-vie ». C’est un produit de faible qualité[1].

Ce n’est qu’à partir de la fin du XVIIe siècle sous l’impulsion du père Labat, installé à Sainte-Marie (Martinique), que le processus et la technique de fabrication du rhum va s’améliorer avec l’introduction de l’alambic en cuivre. L’utilisation de ce dernier permet d’améliorer considérablement la qualité du produit. Ces techniques seront ainsi reproduites à partir du XVIIIe siècle dans toutes les Antilles Françaises et cette eau de vie prendra définitivement le nom de rhum[2].

A partir du XIXe siècle, la révolution industrielle et l’arrivée de nombreuses innovations technologiques comme la machine à vapeur va profondément métamorphoser la production de rhum. Les premières grandes usines sucrières et distilleries font leur apparition avec une augmentation importante des volumes[3]. L'introduction de machine à vapeur appliquée aux moulins permet le broyage de canne à grande échelle[4]. A partir de 1850, les négociants français dynamisent le marché et les alambics sont progressivement remplacés par des colonnes à distiller afin de soutenir la demande. En 1854, Napoléon III supprime totalement les droits de douane, les exportations du rhum martiniquais vers la métropole vont alors exploser[2].

L’industrie du sucre va alors connaitre une première crise avec le développement de la culture de la betterave sucrière. Les usines les moins performantes ferment et les petits producteurs se reconvertissent dans la distillation du jus de canne, appelé à l’époque « Rhum Z’habitant », c’est le début du rhum agricole[2]. Cet essor est alors ravagé lors de l’éruption de 1902 avec la destruction de nombreuses distilleries et la perte de main d’œuvre. Peu à peu la production redémarre, favorisée dans un premier temps par la pénurie d’alcool liée au phylloxéra en France puis par la Première Guerre Mondiale. Cette période prospère va durer jusqu’en 1922 et l’adoption par l’administration de contingents d’importation et de taxes sous la pression des producteurs métropolitains de cognac et d’armagnac.  

Suite à la deuxième guerre mondiale et à la succession des crises du sucre, le rhum agricole prend le dessus sur la production de sucre qui peu à peu est remplacée par la culture de la banane. Les sucreries disparaissent les uns après les autres à partir des années 1960[5] et la dernière, l’usine du Galion est sauvée en 1982. L’industrie du rhum se spécialise sur le développement d’un produit de meilleure qualité avec le développement du matériel de distillation, l’utilisation des colonnes créoles et la mise au point de rhums millésimés. Cependant, la crise commerciale des années 1980 met en péril la filière et entraine la fermeture de diverses distilleries obligeant les producteurs à se réinventer et à valoriser leur production. Le fruit de ce travail se concrétise avec l’adoption de l’Appellation d’Origine Contrôlée qui redynamise fortement le rhum et lui offre de nouvelles débouchées[6]

En effet, les producteurs martiniquais ont été les premiers à obtenir un label. Par décret du publié dans le Journal officiel de la République française du , le rhum agricole de la Martinique a obtenu l'Appellation d'Origine Contrôlée (AOC) "Rhum de la Martinique".

Cette AOC a été délivrée par l’Institut national des appellations d'origine, après plus de vingt ans de démarches de la part des acteurs de la filière. Première AOC d’outre-mer et de surcroît pour un alcool blanc, celle-ci classe dorénavant le rhum agricole martiniquais parmi les alcools nobles liés à une origine géographique. Cette appellation traduit la typicité du « rhum agricole de la Martinique », expression du lien intime entre la production, le terroir et le savoir-faire des hommes, perpétué au fil des générations[7],[8].

Le rhum agricole de la Martinique est le seul à bénéficier d'une AOC[9].

Depuis le , certains rhums français ont obtenu l’IGP (indication géographique protégée). il s'agit des :

  • « Rhum de la Guadeloupe » ou « rhum de Guadeloupe » ou « rhum Guadeloupe »
  • « Rhum de La Réunion » ou « rhum Réunion » ou « rhum de Réunion » ou « rhum de l’île de La Réunion »
  • « Rhum agricole de la Guyane » ou « rhum agricole de Guyane » ou « rhum agricole Guyane »
  • « Rhum de la baie du Galion » ou « rhum baie du Galion »
  • « Rhum des Antilles françaises »
  • « Rhum des départements français d’outre-mer » ou « rhum de l’outre-mer français »[10].

L’adjonction de la mention « agricole » à l’IGP précise que le rhum provient exclusivement de jus de canne, l’adjonction de la mention « de sucrerie » à l’IGP précise que le rhum provient exclusivement de mélasses, en l’absence de ces 2 mentions complémentaires, le rhum peut provenir de mélange de jus de canne et de mélasse[11].

Production

En 2012, la Martinique a produit 85 366 hectolitres d'alcool pur (HAP) dont environ 85 % de rhum agricole.

nota: Le rhum agricole est produit à partir de jus de canne fermenté, tandis que le rhum non agricole est produit à partir des résidus de mélasse des sucreries (usine du Galion en Martinique). Il existe en Martinique sept distilleries fumantes en activité produisant du rhum agricole et une usine qui produit du sucre et du rhum traditionnel.

74 % du rhum produit ont été expédiés hors de la Martinique (principalement vers la France métropolitaine, puis les autres pays d'Europe puis marginalement vers Asie)[12].

Lieux de production

Rhums agricoles AOC Martinique

Ce rhum agricole est produit à partir de jus de canne à sucre et répond au cahier des charges cette AOC[13].

  • Distillerie J.M./Fonds Preville/Héritiers Crassous de Médeuil (Macouba)

Rhum pur jus de canne (agricole sans l'AOC Martinique)

Ce rhum agricole est produit à partir de jus de canne à sucre, mais sans revendiquer l’AOC.

« Les rhums A 1710 ne font pas de rhum AOC » étant distillés en alambic, de plus la récolte journalière de canne s’étale toute l’année (« des règles concernant la période de récolte de la canne ont été établies par la profession canniére de janvier à juillet » comme précisé dans le décret de l’appellation AOC)[26].
  • Distillerie Beauséjour (Grand'Rivière)
    • Rhum HBS (Habitation BeauSéjour), ce rhum est distillé en alambic[27] à 9 plateaux[28].

Rhum traditionnel

Le rhum traditionnel est produit à partir de résidus de sucre (mélasse). Ce rhum ne bénéficie pas de l’AOC, mais d’une IGP spécifique[29].

Éleveurs de rhum

Éleveurs de rhum qui n'ont pas ou plus, de distillerie en activité:

Musées

Autres marques de commercialisation

  • Plantations et rhumeries antillaises
  • G & P Dormoy (rhum Courville)
  • Plantation Fonds Dore (rhum Bernus)
  • Plantation Lapalun (rhum Lapalun)
  • JCB (rhum Pitterson)
  • L. Jusselain (rhum Vierge Jusselain)
  • P. Lambert (rhum Lambert)
  • Rhumerie Macouba (rhum Macouba)
  • Distillerie des Rhums Agricoles (rhum Canala, rhum Richmond et rhum Vieille Case)
  • Plantation Rivière-Monsieur (rhum Rivière-Monsieur)
  • Distillerie Tatanka (rhum Tatanka)

Sociétés de distribution / Propriétaires

Notes et références

Articles connexes

Liens externes

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