Portrait de Caroline Sanders Truax en Sappho
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Portrait de Caroline Sanders Truax en Sappho est une peinture à l'huile sur lin réalisée en 1899 par le peintre français Jean-Léon Gérôme. L'œuvre, sur un format vertical de 88,9 × 70,49 cm, représente une femme vêtue à l'antique jouant de la lyre. Elle est conservée au Bowdoin College Museum of Art de Brunswick dans le Maine à la suite d'un don de Carolyn Aldrich Frost (petite-fille de Mme Truax)[1].
Le tableau représente Caroline Sanders Truax (1870–1940) sous les traits de la poétesse grecque Sappho.
En représentant la modèle sous une apparence antique, l'œuvre s'inscrit dans une tradition de portraits dans lesquels des Américains aisés adoptent les codes vestimentaires et culturels de la Grèce et de la Rome antiques. Caroline Sanders Truax est une figure éminente de la société new-yorkaise de la fin du XIXe siècle et figure parmi les premières femmes admises au barreau de l'État de New York. Diplômée de la faculté de droit de l'université de New York, elle épouse en 1896 Charles H. Truax, juge à la Cour suprême de l'État de New York, et se distingue par son intérêt durable pour les arts. Le couple visite l'atelier parisien de Gérôme peu après son mariage. À cette époque, l'artiste est l'un des principaux représentants de la peinture académique et jouit d’une grande renommée, notamment pour ses scènes orientalistes et classicisantes ; ses portraits sont alors particulièrement recherchés.
Le portrait rencontre un vif succès dans la société new-yorkaise et est présenté dans plusieurs expositions. Des descriptions de l'œuvre et de son histoire sont reprises dans de nombreux journaux de l'époque. Une correspondance de 1898 entre un proche de Mme Truax et l'artiste témoigne de la satisfaction de Gérôme quant à l'accueil favorable réservé à sa peinture.
Le choix de représenter la modèle sous les traits de Sappho, poétesse de la Grèce archaïque originaire de l'île de Lesbos, apparaît audacieux pour la fin du XIXe siècle. La poésie lyrique de Sappho, autrefois chantée avec accompagnement musical, connaît une grande renommée dans l'Antiquité, bien que seuls des fragments en subsistent de nos jours. Au XIXe siècle, l'interprétation de son œuvre, notamment sa célébration de la féminité et de l'amour entre femmes, en fait une figure à la fois controversée et emblématique, associée à la fois à la sexualité lesbienne et aux mouvements féministes[2].