Pierre Rosanvallon
historien, théoricien politique et intellectuel français
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Pierre Rosanvallon, né le à Blois, est un économiste, sociologue, historien et théoricien politique français.
| Professeur honoraire (d) Collège de France | |
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| depuis | |
| Président La République des idées | |
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| Secrétaire (d) Fondation Saint-Simon | |
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Pierre Ranval |
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Historien, homme politique, théoricien politique, directeur de collection, syndicaliste, professeur, économiste, sociologue |
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Anti-totalitarianism (d) |
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| Distinctions | Liste détaillée Prix Marie-Eugène-Simon-Henri-Martin () Docteur Honoris Causa de la Queen Mary University of London () Officier de la Légion d'honneur () Professeur honoris causa de HEC Paris () Prix Spinozalens (d) () Docteur honoris causa de l'université de Neuchâtel () Prix scientifique Bilefeldskaja (d) () Prix Jean-Zay () Docteur honoris causa de l'université nationale de Rosario () Membre correspondant de la British Academy () |
L'État en France (d) (), Le Sacre du citoyen (d) (), La Contre-démocratie () |
Il est permanent syndical à la Confédération française démocratique du travail, puis secrétaire confédéral de ce syndicat au début de sa carrière. Après, il s'oriente vers la recherche : d'abord à l'université Paris-Dauphine où il est recruté comme directeur de recherche ; ensuite à l'École des hautes études en sciences sociales où il est élu maître de conférence, puis nommé directeur d'études. Enfin il est élu à une chaire au Collège de France, dont il est désormais professeur honoraire.
En parallèle, il prend part à la vie intellectuelle française : il collabore à diverses revues dont Esprit et Le Débat, il écrit des chroniques à Libération et des éditos au Monde, il dirige plusieurs collections aux éditions du Seuil. Aussi, il anime des think tanks : la Fondation Saint-Simon (dont il est le secrétaire général), puis La République des idées (dont il est le fondateur). Enfin, il conçoit ses livres comme autant de participations critiques et politiques au débat public.
Dans ses recherches et ses travaux, Rosanvallon s'intéresse dans un premier temps à des problématiques liées au travail et aux transformations de l'économie de marché, au devenir du syndicalisme et aux questions de justice sociale.
Dans un deuxième temps il se focalise sur l'histoire, les théories et les idées politiques de la France contemporaine : d'abord sur la pensée libérale française du XIXe siècle ; ensuite sur l'édification, la place et le rôle de l'État français depuis la Révolution française ; enfin, sur l'instauration du régime démocratique en France.
Dans un troisième temps il étudie l'histoire de la démocratie représentative, tout en marquant les principaux traits de ce régime politique et de cette forme de société. Dans ce régime : des élections de représentants politiques ont lieu périodiquement et l'État de droit reconnaît des droits fondamentaux aux individus ; et ces individus sont libres et expriment leurs opinions. Dans cette société : les membres se reconnaissent comme des individus égaux ; et ces individus s'organisent et s'investissent dans des activités. Plus essentiellement, il soutient que la démocratie est une histoire inachevable (par exemple : les questionnements sur ce que sont la justice et le bien commun en démocratie ne peuvent pas recevoir de réponses définitives).
Plus généralement, Rosanvallon souligne l'importance des corps intermédiaires et de la société civile dans l'histoire de la modernité ; c'est pourquoi ses analyses des mutations économiques, sociales et politiques des sociétés contemporaines s'accompagnent de propositions relatives à ces acteurs de la vie démocratique. D'une part, il indique des réformes qui permettraient aux individus d'évoluer dans leur vie socio-économique (afin que ceux-ci réalisent leurs projets), et des réformes qui permettraient de refonder l'État-providence (afin de garantir des conditions de vie décentes aux individus). D'autre part, il indique des institutions politiques démocratiques qui permettraient aux individus de participer de façons diverses à leur vie socio-politique (afin que ceux-ci poursuivent leurs émancipations avec confiance), et des institutions politiques démocratiques qui permettraient de surveiller et d'évaluer de façons variées les actions et les missions des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, ainsi que des administrations publiques (afin de garantir leur autorité et leur légitimité).
Biographie
Origines familiales
Aîné d'une fratrie de quatre enfants[B 1], Pierre Rosanvallon naît le à Blois[B 2] (dans le Loir-et-Cher en France) au sein d'une famille catholique proche du mouvement du catholicisme social[B 3].
Son père est ingénieur Arts et Métiers ; il travaille dans une chocolaterie où, après avoir été chef du personnel, il est directeur du personnel et directeur de fabrication[B 4],[B 5]. Sa mère, agrégée de physique, enseigne la physique[B 4],[B 5].
Études et diplômes
En 1965, Pierre Rosanvallon obtient à 17 ans le baccalauréat (section maths-élémentaire, mention passable) au lycée public de Blois (cité scolaire Augustin-Thierry)[B 6]. En 1966, il suit une classe préparatoire à l'École des hautes études commerciales (HEC) dans un lycée public à Tours[B 6]. L'année suivante (1967) il intègre HEC dont il sort diplômé en 1969[B 3].
Au printemps 1971, il s'inscrit en doctorat au Centre universitaire de Vincennes ; il doit mener une thèse d’économie politique sur le « capitalisme monopoliste » auprès de Michel Beaud, mais ce projet est abandonné [B 7]. Et en 1972, il effectue son service militaire[B 8].

Plus tard en 1978, il soutient une thèse de 3e cycle en histoire à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) sous la direction de Claude Lefort : La Formation du concept de marché au XVIIIe siècle (publiée sous le titre Le Capitalisme utopique[PR 1])[B 9],[B 10]. En 1981, il devient titulaire d'un doctorat d'État en sciences de gestion de l'université Paris-Dauphine, sa thèse dirigée par Henri Tézenas du Montcel a pour titre : Problèmes théoriques et pratiques de la gouvernabilité dans les organisations[B 9],[B 3]. Enfin en 1984, Rosanvallon soutient une thèse de doctorat ès lettres et sciences humaines à l'EHESS sous la direction de Claude Lefort : Guizot et la formation de l’intelligence politique moderne (publiée sous le tire Le Moment Guizot[PR 2])[B 10],[B 3].
Carrière professionnelle
Permanent syndical
Pierre Rosanvallon commence sa carrière professionnelle à la Confédération française démocratique du travail (CFDT).
Entre 1967 et 1969 lorsqu'il suit son cursus à l'École des hautes études commerciales (HEC) à Paris, Rosanvallon noue des contacts avec des membres de la CFDT par le biais de Paul Vignaux[B 11], qui a participé à la création de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC)[B 12] et qui a contribué à la fondation de la CFDT[B 13]. D'abord, Rosanvallon invite un dirigeant de la CFDT à donner une conférence au campus d'HEC[B 4]. Ensuite, il rédige à plusieurs reprises des notes de synthèse économique pour cette organisation syndicale durant sa dernière année d'étude[B 14].
Quand il sort diplômé d'HEC en , il devient permanent syndical à la CFDT jusqu'en [B 15],[B 3] ; pendant ces années il travaille au service économique du syndicat[B 14], pour lequel il rédige des études sur la fiscalisation du capital en Europe et sur les pratiques d'autogestion en usine[B 16]. En 1973, il est nommé rédacteur en chef de la revue CFDT-Aujourd’hui[n 1], qu'il anime jusqu'en [B 14],[B 17]. Toujours en 1973, il devient secrétaire confédéral au secteur « politique » de la CFDT, un poste qu'il occupe jusqu'en 1975[B 18],[B 19]. À la CFDT, Rosanvallon participe au tournant autogestionnaire du syndicat[B 20] et au rapprochement avec le Parti socialiste unifié (PSU)[B 21], un tournant théorique[B 22] et un rapprochement politique[B 23] accélérés par les évènements de Mai 68 en France.

Sur le plan théorique Rosanvallon intègre le groupe de travail « Orientation », qui est constitué en par la commission exécutive de la CFDT pour mener plusieurs missions : préciser les positions adoptées par le syndicat, analyser les problèmes stratégiques non résolus et formuler des propositions pour le congrès de la CFDT en [B 24]. Concrètement, Rosanvallon mène des entretiens auprès des membres de la CFDT[B 17] et il procède à une définition des expressions employées par le syndicat (comme « contrôle ouvrier » et « société industrielle »)[B 17], et ce afin que la CFDT puisse exposer clairement son projet de société qui entend dépasser le léninisme et la social-démocratie par l'autogestion[B 17].
Sur le plan politique, après le bon résultat de François Mitterrand au second tour de l'élection présidentielle française le , Rosanvallon travaille à un rapprochement politique entre la CFDT, le Parti socialiste unifié et le Parti socialiste lors des Assises du socialisme à l'automne 1974[B 25].
Puis en 1976, le secrétaire général de la CFDT Edmond Maire propose à Rosanvallon de devenir membre de la commission exécutive de la CFDT, une offre qu'il décline[B 18]. Finalement, en 1977 Rosanvallon quitte la CFDT[B 26] pour rejoindre l'université Paris-Dauphine où Jacques Delors (un ancien membre de la CFDT) crée le centre de recherches « Travail et Société »[B 27].
Éditorialiste
Durant sa carrière, Pierre Rosanvallon s'essaie plusieurs fois au journalisme.
Au milieu des années (v. -), il écrit des articles pour l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur[B 28], puis pour le quotidien Le Matin de Paris[B 29]. Plus tard en 1982, il rédige des chroniques au journal Libération[B 14] (un journal qu'il participe à financer en 1985 en tant qu'actionnaire de la société civile « Libre presse »[Ba 1]). Enfin en 2004, il devient éditorialiste associé au journal Le Monde[B 14].
Administrateur
Pendant sa carrière, Pierre Rosanvallon se voit confier deux postes d'administrateur.
En 2002, il est nommé comme membre du conseil scientifique de la Bibliothèque nationale de France[Ba 2]. En 2004, il est nommé comme membre du conseil scientifique de l'École normale supérieure (ENS)[Ba 3] ; mais en 2005, Rosanvallon démissionne de ce poste afin de protester contre la nomination de Monique Canto-Sperber[Ba 4] à la direction de l'ENS[1],[B 30].
Directeur de collection
En parallèle de ses activités professionnelles et académiques, Pierre Rosanvallon dirige des collections éditoriales.
En 1972 dès le début de sa carrière à 25 ans, Rosanvallon se voit confier une collection éditoriale par les éditions du Cerf, « Objectifs »[B 31], dont les ouvrages militants traitent de questions économiques et sociales (comme celui de Daniel Mothé qui inaugure la collection : Les O.S.[2])[B 32], ou abordent la mise en pratique de l'autogestion comme les ouvrages rédigés par Albert Détraz, Fredo Krumnow et Edmond Maire (La CFDT et l'autogestion[3])[B 33] et Henri Laborit (Société informationnelle. Idées pour l'autogestion[4])[B 34].
Ensuite, durant la période d'activité de la Fondation Saint-Simon (-), il participe à la diffusion des travaux de la fondation dans la collection « Liberté de l'esprit — Fondation Saint-Simon » chez Calmann-Lévy[B 35], comme l'ouvrage de Bernard Manin : Principes du gouvernement représentatif ([5])[B 36].

Après son entrée au Collège de France en 2001, Rosanvallon crée plusieurs collections aux éditions du Seuil : en 2002, la collection « La République des idées » où sont publiés des textes issus de l'« atelier intellectuel » du même nom[B 37], comme l'ouvrage d'Esther Duflo Le développement humain ([6])[Ba 5] ; puis en 2006, il crée la collection « Les livres du nouveau monde » dans laquelle est publié, par exemple, Le Capital au XXIe siècle de Thomas Piketty ([7])[Ba 5] ; enfin en 2014, il lance une collection nommée « Raconter la vie » présentée dans l'ouvrage Le Parlement des invisibles ([PR 3])[Ba 6].
Autrement en 2013, Rosanvallon crée la collection « La Vie des idées » aux Presses universitaires de France : des ouvrages thématiques au format poche composés pour partie de textes issus du site internent de la revue La Vie des idées et de textes introductifs inédits[Ba 7].
Carrière académique
À l'université
En 1977, Pierre Rosanvallon obtient un poste de chercheur à l'université Paris-Dauphine, un poste qu'il quitte en 1983.
Jacques Delors, un ancien membre de la Confédération française démocratique du travail (CFDT), crée en un centre de recherches nommé « Travail et Société » à l'université Paris-Dauphine, il propose à Rosanvallon d'en être le directeur[B 27],[B 38]. Ce dernier accepte et, à ce poste, il mène des recherches en sciences de gestion, en sociologie et en économie du travail[B 39].
Aux grandes écoles
En 1983, Rosanvallon obtient un poste d'enseignant à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) : d'abord maître de conférence, il y devient ensuite directeur d'études.
C'est avec l'appui de différentes personnalités que Rosanvallon est élu au poste de maître de conférences à l'EHESS en : d'abord François Furet[B 40] (président de l'EHESS depuis [B 41],[B 42]), puis plusieurs directeurs d'études tels Cornelius Castoriadis, Jacques Julliard, Claude Lefort et Alain Touraine[B 43]. Par la suite en 1989, il est nommé directeur d'études à l'EHESS[B 44]. À l'École, il mène des recherches sur la politique (son histoire et ses théories)[B 45] au sein du Centre d'études transdisciplinaires de l'EHESS co-dirigé par Claude Lefort et Edgar Morin[Ba 8],[Ba 9] (Centre que Rosanvallon co-dirige avec Nicole Lapierre à partir de [Ba 10],[Ba 11]).

En parallèle de ses responsabilités professorales à l'EHESS, Rosanvallon dirige de 1992 à 2005 le Centre d'études sociologiques et politiques Raymond Aron (CESPRA) créé au sein de l'EHESS[B 3]. Outre la mise à disposition des archives de Raymond Aron pour les chercheurs, le centre organise des colloques autour de ce penseur et apporte son aide au projet d'édition de ses œuvres complètes ; aussi, le centre publie un Bulletin d'information[8] relatif aux actualités liées à la pensée d'Aron[9],[B 46].
Enfin, au fil de sa carrière académique Rosanvallon enseigne dans plusieurs grandes écoles : de 1991 à 1998 il donne des cours à l'Institut d'études politiques de Paris[B 47],[Ba 12], il donne des cours à l'École nationale d'administration au début des années 2000[Ba 13], ainsi que des conférences et des séminaires à l'étranger dans différentes universités comme à l'université Harvard en [B 48] ou à l'université catholique de Louvain en 2023[Ba 14].
Autrement, Rosanvallon est membre du jury de l’agrégation de science politique en -[B 49].
Au Collège de France
En 2001, Rosanvallon obtient une chaire d'enseignement au Collège de France[Ba 15], une chaire qu'il quitte en 2018 avec le titre de « professeur honoraire »[B 3].
C'est avec le soutien de Marc Fumaroli que Rosanvallon est élu au Collège de France[B 50],[B 51]. Il donne des cours comme professeur titulaire d'une chaire qu'il intitule « Histoire moderne et contemporaine du politique »[B 52],[B 3], dont les grands axes d'étude sont présentés dans une leçon inaugurale prononcée le (publiée sous le titre Pour une histoire conceptuelle de politique[PR 4])[B 53]. Au Collège, il mène des recherches sur l'histoire et les théories de la démocratie, ainsi que sur les pratiques et les systèmes politiques démocratiques[B 54].
Parcours intellectuel

Un jeune militant
Dès son adolescence Pierre Rosanvallon milite activement. Par la suite, les occasions et les formes de ses engagements évoluent au fil de ses carrières professionnelles et académiques[n 2].
Éduqué dans une famille catholique engagée dans le mouvement du catholicisme social[B 3],[B 55], Rosanvallon milite dès ses années de lycée à Blois au mouvement de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC)[B 4],[Ba 16]. Quand il intègre l'École des hautes études commerciales (HEC), il figure parmi les leaders de la JEC[B 56],[B 12] et il s'engage dans l'Union des grandes écoles (UGE)[B 14],[B 3].

Durant son cursus à HEC (1967-1969), il s'investit dans un « comité Vietnam » pour protester contre la guerre du Viêt Nam menée par le gouvernement des États-unis[B 57]. Aussi, il participe au séminaire de l'économiste Charles Bettelheim et à son groupe d'étude sur le « capitalisme monopoliste », afin d'envisager un autre modèle économique pour les pays en voie de développement[B 57]. Et lors de Mai 68, se tenant à distance des actions menées par les groupes trotskistes et maoïstes[B 58], il préside un débat intitulé « De Che Guevara à Jésus-Christ » animé par la religieuse Françoise Vandermeersch à la Sorbonne[Ba 17],[Ba 18]. À cette époque (v. -) Rosanvallon se sent proche des idées et des positions du philosophe Paul Ricœur, ainsi que des penseurs collaborant à la revue Esprit[B 57].
Lorsqu'il achève son cursus à HEC en , Rosanvallon rejoint la Confédération française démocratique du travail (CFDT) où il prend part à un autre type d'engagement[B 4].
Un militant encarté
Pierre Rosanvallon participe pendant un temps à la vie de deux organisations politiques de gauche : le Parti socialiste unifié, puis le Parti socialiste.
Durant les années [n 3], Rosanvallon s'engage au Parti socialiste unifié (PSU) dont le secrétaire général est alors Michel Rocard[B 4] (qui a contribué à la fondation de ce parti[10] avec, parmi d'autres, François Furet[B 59]). Sans occuper de poste dans ce parti politique, Rosanvallon participe aux discussions quant à la ligne politique établie par le PSU et il devient l'un des penseurs de la « deuxième gauche »[B 60],[B 61], à savoir : une gauche critique de l'État et favorable à la décentralisation, qui rejette la doxa marxiste et qui promeut un socialisme d'intervention[B 62],[B 63]. À cette époque, aussi bien à la CFDT qu'au PSU, Rosanvallon élabore une réflexion sur l'autogestion mêlant libéralisme politique et expérimentation sociale[Ba 19], en s'inspirant de cas concrets contemporains comme l'expérience menée à l'usine Lip[B 32], ainsi qu'en observant sur le terrain le socialisme autogestionnaire mis en place dans les usines en Yougoslavie et les kibboutzim en Israël[B 64]. Et c'est cette ligne autogestionnaire qu'il veut défendre aux Assises du socialisme à l'automne 1974[Ba 20].
Après les bons résultats de François Mitterrand candidat du Parti socialiste (PS) au second tour de l'élection présidentielle française du (des résultats qui confirment la pertinence du programme commun de la gauche[B 65]), Rosanvallon fait partie des permanents de la CFDT chargés de préparer les Assises du socialisme (en prenant contact avec des responsables syndicaux et politiques[B 66], en participant aux discussions préliminaires[B 67]). En effet, des membres de la CFDT et du PSU croient alors en la possibilité de créer, avec le PS, un grand « Parti des socialistes » qui réunirait différentes tendances socialistes[B 68]. Mais à l'issue des « Assises », le PS renforce sa position en agrégeant des membres et des militants de ces différentes tendances (PSU, Objectif socialiste, Groupe d'action municipale, Vie Nouvelle[Ba 21]) : Michel Rocard, ainsi que plusieurs membres du PSU et de nombreux militants de la CFDT rejoignent le PS[B 69],[B 70],[B 71].

Rosanvallon est l'un de ces membres du PSU et l'un de ces militants de la CFDT qui intègre le PS en [B 4]. Devenu membre du PS, Rosanvallon reste cependant permanent à la CFDT et continue d'animer le courant de la deuxième gauche : il poursuit ses recherches sur l'autogestion dans la revue CFDT-Aujourd'hui[B 72] et il co-écrit le discours que prononce Rocard au congrès du PS à Nantes en 1977[B 73]. Puis Rosanvallon se voit proposer d'être candidat PS aux élections législatives de l'année suivante à Blois (1978)[B 18] ; il refuse cette proposition et rejoint l'université Paris-Dauphine en où Jacques Delors (ancien membre de la CFDT) crée le centre de recherches « Travail et Société »[B 27].
Plus tard en 1981, après l'arrivée de la gauche au pouvoir avec la victoire de François Mitterrand lors de l'élection présidentiel, Rosanvallon est invité à devenir inspecteur des finances au tour extérieur, il décline cette proposition et quitte le PS[B 74],[B 75].
Autrement, lorsque le général Wojciech Jaruzelski instaure l'état de siège en Pologne le et qu'il fait arrêter la direction du syndicat polonais Solidarność, le Rosanvallon participe avec Jacques Julliard et Alain Touraine à une rencontre initiée par Pierre Bourdieu et Michel Foucault dans les locaux de la CFDT[B 76]. Afin de soutenir le syndicat Solidarność, Bourdieu et Foucault veulent constituer un groupe d'intellectuels auquel serait associé le syndicat CFDT[Ba 22]. Concrètement : Foucault veut créer un centre de presse qui serait chargé de communiquer les informations relatives à la situation en Pologne, tandis que Bourdieu met directement en place une liaison permanente avec le syndicat polonais[B 77]. Un appel et une pétition sont lancés[B 78], mais la mobilisation s'essouffle durant l'année 1982[11].
Un collaborateur de revue
Outre les pages de CFDT-Aujourd'hui, Pierre Rosanvallon participe au débat public comme collaborateur de différentes revues françaises.
Dans les années , Rosanvallon se sent proche des idées défendues par la revue Esprit[B 57] dont il devient un collaborateur régulier[B 79]. Paul Thibaud est alors rédacteur en chef de la revue depuis 1967[B 80], puis son directeur à partir de 1977[B 81],[B 82]. Pendant cette période, les vues et les préoccupations de Thibaud et de Rosanvallon se rejoignent sur deux points. Premièrement, la question de l'autogestion[B 83] : pour éclaircir ce point la revue Esprit bénéficie des analyses de Daniel Mothé entré au comité de rédaction de la revue en 1967[B 84] ; aussi, Esprit publie un extrait du livre que Rosanvallon consacre à l'autogestion en 1976[PR 8],[B 80]. Secondement, la question totalitaire et la nécessité de repenser la politique[B 85] : sur ce point la revue Esprit consacre des dossiers à l'ouvrage L'Archipel du Goulag[12] d'Alexandre Soljenitsyne[B 86] et elle organise un colloque sur le totalitarisme en auquel participe Rosanvallon[B 87] ; enfin, Esprit ouvre ses pages aux réflexions des philosophes politiques Cornelius Castoriadis et Claude Lefort[B 88],[B 89],[B 84].

Quand en 1975 Patrick Viveret crée la revue Faire (notamment avec Gilles Martinet, un ancien membre du Centre d'études, de recherches et d'éducation socialiste[B 90],[Ba 23]) Rosanvallon participe à la revue[B 91],[B 92], et ce afin d'appuyer le courant de la deuxième gauche alors actif au sein du Parti socialiste[B 93]. Par ailleurs, ayant tous deux été militants à la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC)[B 94],[B 95], ayant tous deux vécus les évènements de Mai 68[B 95],[B 96] et partageant les mêmes vues sur la situation politique d'alors en ce milieu des années , Rosanvallon et Viveret publient en 1977 un ouvrage rédigé en commun qui synthétise les idées politiques de la deuxième gauche : Pour une nouvelle culture politique[PR 9],[B 97],[B 98].
Durant les années , lorsque Pierre Nora, Marcel Gauchet et Krzysztof Pomian mènent la revue Le Débat[B 99],[B 100], Rosanvallon intervient régulièrement dans la revue[B 101],[B 102]. En 1982 il participe à la revue Interventions créée par Jacques Julliard, qui entend diffuser les idées du courant politique de la deuxième gauche[B 103]. Puis en 1993, en compagnie de Gauchet et de Pierre Manent avec lesquels il anime le Centre d'études sociologiques et politiques Raymond Aron (CESPRA) à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), Rosanvallon crée la revue La Pensée politique[Ba 24]. Cette revue publie des articles qui analysent l'avènement, le développement et le sens de la modernité politique[Ba 25] (par exemple : le premier numéro s'intitule « Situations de la démocratie »[Ba 26]).
Enfin en 2002, lorsqu'il fonde La République des idées Rosanvallon crée la revue La Vie des idées[Ba 27],[B 104]. D'abord diffusée sur support papier au moment de sa création[Ba 28], la revue change de modèle pour passer sur support numérique en 2007 : laviedesidées.fr[Ba 29]. Cette revue publie des recensions d'ouvrages, des articles inédits et des entretiens avec des chercheurs[Ba 27],[Ba 29].
Un animateur de think tank
Pierre Rosanvallon participe à plusieurs groupes de réflexion. Le premier est proprement académique, les suivants s'apparentent à des think tanks : la Fondation Saint-Simon et La République des idées.
À l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), Rosanvallon fréquente un groupe de réflexion actif de 1977 à 1985 constitué par François Furet dont l'objectif est d'étudier la théorie et l'histoire politique[B 105] ; y prennent part notamment : Cornelius Castoriadis, Marcel Gauchet, Claude Lefort, Pierre Manent, Bernard Manin, Pierre Nora et Krzysztof Pomian[B 4],[B 106],[B 107]. Pensé et organisé comme un groupe informel de recherches universitaires[B 108],[n 4], des participants de ce groupe de réflexion exercent une influence sur la vie intellectuelle française : en , Castoriadis, Gauchet et Lefort créent la revue Libre avec Miguel Abensour, Pierre Clastres et Maurice Luciani[B 109],[B 110],[n 5] ; un an plus tard en 1978, Jean-Claude Casanova crée la revue Commentaire, dont Manent et Marc Fumaroli deviennent les rédacteurs en chef[B 112],[B 113],[13] ; enfin en 1980, lorsque Pierre Nora crée la revue Le Débat, il s'entoure de Gauchet et de Pomian[B 114],[B 100]. Plus tard en 1984 quand Furet quitte la présidence de l'EHESS[B 115], ce dernier transforme ce groupe de réflexion informel en « Institut Raymond Aron »[n 6] au sein de l'EHESS[B 46] ; puis en 1992, cet institut et le Centre d’études transdisciplinaires Sociologie, Anthropologie, Politique (CETSAP) dirigé par Claude Lefort et Edgar Morin sont fusionnés pour devenir le Centre d'études sociologiques et politiques Raymond Aron (CESPRA), dont la direction est confiée à Rosanvallon[B 118],[B 119].

En 1982, François Furet et Roger Fauroux (aidés par Emmanuel Le Roy-Ladurie, Alain Minc, Pierre Nora, Simon Nora et Rosanvallon) créent un groupe de réflexion d'une tout autre envergure : la Fondation Saint-Simon[B 120],[B 121],[B 122],[B 123],[n 7]. Nommée ainsi en référence au socialiste utopique Claude-Henri de Rouvroy de Saint-Simon[B 125] et financée par de grands groupes (tels Saint-Gobain, Danone, Suez, Publicis, MK2 Productions, Capgemini et la Caisse des dépôts[B 126],[B 35]), la Fondation Saint-Simon vise à réformer l'État en s'appuyant sur l'apport des sciences sociales et le libre jeu de l'économie de marché[B 35], tout en défendant des valeurs européennes, un renouveau du syndicalisme et un modèle d'entreprise socialement responsable[Ba 31],[B 127]. Pour ce faire, la fondation organise des conférences et des séminaires[n 8] auxquels participent des personnes issues du secteur privé (chefs d'entreprises, cadres, journalistes, etc.), des employés de la haute fonction publique (énarques, administrateurs, directeurs de cabinet, etc.), ainsi que des chercheurs et des universitaires (historiens, sociologues, économistes, etc.)[B 129],[B 126],[B 122],[B 130]. Outre ces rencontres, ce think tank communique ses idées dans les revues Commentaire, Esprit et Le Débat[B 131],[B 132], dans les livres de la collection « Liberté de l'esprit – Fondation Saint-Simon » chez Calmann-Lévy[B 133],[B 35], ainsi que dans les Notes de la Fondation Saint-Simon (des publications comportant d'une dizaine à une centaine de pages)[B 126],[B 134]. Parmi ces Notes, quelques-unes ont une influence diffuse sur la politique française, par exemple : des réflexions formulées par Emmanuel Todd dans sa note sur le « malaise politique français » publiée en 1994[n 9] sont présentes dans les thématiques de la campagne électorale de Jacques Chirac à l'élection présidentielle de 1995[B 135],[B 136]. Rosanvallon, animateur du think tank dès (notamment en conviant différents universitaires à écrire des Notes, tels Robert Castel, Daniel Cohen ou Denis Olivennes[B 126],[B 122]), décide de dissoudre la Fondation Saint-Simon en 1999[B 137],[B 122].
Peu de temps après, Rosanvallon crée un nouveau think tank en 2002 : un « atelier intellectuel » nommé La République des idées[B 37],[B 122], qui s'inscrit dans une filiation réformiste[B 138] et social-démocrate[B 139]. Les activités de ce groupe de réflexion divergent de celles menées par la Fondation Saint-Simon : La République des idées organise des colloques ouverts au public[B 122] et elle vulgarise des travaux de recherche en sciences sociales[B 140],[n 10] dans une collection de livres publiée aux éditions du Seuil (« La République des idées »)[B 122],[Ba 27]. Au départ financé par le mécénat de grands groupes comme Lafarge, Altadis, AGF, EDF ou Air France[B 141], par la suite les ventes des ouvrages de la collection éditoriale couvrent les deux tiers du budget nécessaire au fonctionnement du think tank[B 138]. En effet, certains ouvrages de la collection connaissent un succès de librairie, comme celui de Daniel Lindenberg : Le Rappel à l'ordre ([15])[B 138].
Autrement, Rosanvallon est membre pendant un temps[B 3] du club Le Siècle[Ba 5].
Un débatteur public
Lors des grèves de 1995 en France, Pierre Rosanvallon prend part au débat intellectuel et il apporte son soutien à la direction de la Confédération française démocratique du travail (CFDT)[n 11].
Pour présenter le contexte : le le Premier ministre du gouvernement français Alain Juppé annonce un plan de réforme (nommé « plan Juppé ») relatif aux retraites et à la Sécurité sociale (c.-à-d. la généralisation aux fonctionnaires et aux entreprises publiques des mesures appliquées aux salariés du secteur privé depuis la réforme de 1993 : l'allongement de la durée de cotisation nécessaire pour bénéficier d’une retraite à taux plein ou sans décote)[B 142],[B 143],[B 144].
Pour rappeler les évènements[16] : durant plus de trois semaines, des grèves d'ampleur ont lieu dans la fonction publique et le secteur privé (La Poste, SNCF, EDF-GDF, Éducation nationale…)[B 145],[B 146]. À l'époque, ces grèves de l'hiver contre le « plan Juppé » sont les plus importantes en France depuis Mai 68[17],[18], notamment en province[B 147],[B 148]. Les médias (presse, radio et télévision) qui couvrent les grèves (manifestations, piquets de grève, blocages, etc.)[19] donnent la parole aux grévistes, ainsi qu'aux intellectuels qui soit approuvent soit désapprouvent la réforme[20],[B 149],[B 150].

Pour résumer les prises de position des intellectuels de gauche[B 151],[Ba 32] : d'un côté, une centaine d'intellectuels[B 152] apporte son soutien au « plan Juppé » au moyen d'une tribune et d'une pétition[B 153] (lancées par des responsables de la revue Esprit[B 154]) qui paraissent dans le journal Le Monde daté des et [B 155]. Pierre Rosanvallon (alors secrétaire général de la Fondation Saint-Simon, professeur à l'EHESS et ancien membre de la CFDT[B 156]) soutient le projet de réforme des retraites aux côtés de la CFDT et de la secrétaire générale d'alors Nicole Notat[B 157],[B 158] : il participe à l'écriture de cette tribune du [B 159] et il signe cette pétition du [B 160],[n 12]. De l'autre côté, plus de 500 intellectuels[B 161] contestent le « plan Juppé » et apportent leur soutien aux grévistes au moyen d'une autre tribune et d'une autre pétition[B 162] (lancées par des militants[B 163] proches de l'extrême gauche[B 164]) qui paraissent quelques jours après dans le journal Le Monde daté du [B 155]. Pierre Bourdieu (alors professeur au Collège de France, enseignant à l'EHESS et médaille d'or du CNRS en [B 165]) soutient les acteurs du mouvement social opposés au projet de réforme : le il prend la parole à la Gare de Lyon lors d'une manifestation[21],[B 166], puis il participe à l'écriture de la tribune[B 167] et il signe la pétition publiées le [B 168],[n 13].
Pour synthétiser cette opposition : Rosanvallon, dans le prolongement de ses travaux relatifs à l'État-providence (c.-à-d. : ses livres La Crise de l'État-providence en [PR 10] et La Nouvelle Question sociale en [PR 11])[B 169], approuve la réforme car elle permet de juguler l'emprise de l'État français sur la société civile et qu'elle permet d'adapter les politiques publiques au nouveau contexte économique des années [B 160]. Bourdieu, dans le prolongement de ses travaux relatifs à l'État et au déclassement social (c.-à-d. : ses cours au Collège de France sur l'État de à [22] et l'ouvrage La Misère du monde en [23])[B 170], désapprouve la réforme car, en introduisant le libéralisme économique dans les politiques publiques, elle conduit au démantèlement de l'État français et à la destruction du service public[B 166].
Un professeur honoraire
Pierre Rosanvallon enseigne au Collège de France de à [n 14]. À ce titre il est tenu de vulgariser ses travaux ; aussi, il initie des projets, et il est sollicité, quant à l'objet de recherche auquel il consacre ses cours : la démocratie.
Au fil de ses carrières académiques et professionnelles, Rosanvallon publie des articles et des livres dans lesquels la démocratie est abordée[B 173]. Pour autant, la démocratie devient un véritable objet de recherche dans les années avec les trois ouvrages qu'il consacre à l'instauration du régime démocratique en France[B 174],[B 175] : Le Sacre du citoyen[PR 12], Le Peuple introuvable[PR 13] et La Démocratie inachevée[PR 14].
Lorsqu'il est élu au Collège de France à sa chaire « Histoire moderne et contemporaine du politique »[Ba 33], Rosanvallon poursuit ses recherches sur l'histoire et les théories de la démocratie, ainsi que sur les pratiques et les systèmes politiques démocratiques[B 176] : outre des cours ouverts au public qu'il donne chaque année[B 177], il tient des séminaires annuels dont les thématiques questionnent la démocratie[B 178], comme celui sur la démocratie délibérative en 2005 (où Loïc Blondiaux, Bernard Manin et Patrick Savidan donnent des conférences)[Ba 34]. Par ailleurs, il organise un colloque sur la question de l'« universalisme démocratique » en 2007[Ba 35] et il participe à l'organisation d'un colloque interrogeant la place de la science en démocratie en 2013[Ba 36]. Enfin, ces activités au Collège de France fournissent la matière des livres que Rosanvallon publie à partir de la moitié des années 2000, notamment sa tétralogie consacrée à la démocratie représentative[B 179],[B 176] : La Contre-démocratie[PR 15], La Légitimité démocratique[PR 16], La Société des égaux[PR 17] et Le Bon gouvernement[PR 18].
- Cours annuels
- 2001-2002 « Les corps intermédiaires dans la démocratie »
- 2002-2003 « Les corps intermédiaires dans la démocratie (suite et fin) »
- 2003-2004 « Le désenchantement de la démocratie : histoire et formes d'un sentiment »
- 2004-2005 « Les dilemmes de la démocratie »
- 2005-2006 « Les voies nouvelles de la souveraineté du peuple »
- 2006-2007 « Les institutions de l’intérêt général »
- 2007-2008 « Les métamorphoses de la légitimité (la démocratie au XXIe siècle, III) »
- 2008-2009 Année sans cours
- 2009-2010 « Qu’est-ce qu’une société démocratique ? (I) »
- 2010-2011 « Qu’est-ce qu’une société démocratique ? (II) »
- 2011-2012 « La démocratie : esquisse d’un théorie générale »
- 2012-2013 « La démocratie : esquisse d’un théorie générale (suite) »
- 2013-2014 « Le pouvoir exécutif dans la démocratie »
- 2014-2015 « Le pouvoir exécutif en démocratie »
- 2015-2016 Année sans cours
- 2016-2017 « Les années 1968-2018 : une histoire intellectuelle et politique (I) »
- 2017-2018 « Les années 1968-2018 : une histoire intellectuelle et politique (II) ».
En parallèle de ses activités au Collège de France Rosanvallon initie différents projets en lien avec ses recherches sur la démocratie (notamment à propos du type de société qu'est une société démocratique)[B 176], des projets mis en œuvre par l'atelier intellectuel La République des idées qu'il crée en 2002[Ba 37]. Par exemple, plusieurs forums sont organisés par La République des idées à la MC2 de Grenoble[Ba 38] : en 2006 est organisé un forum intitulé « La nouvelle critique sociale »[Ba 39], en 2009 est organisé un forum intitulé « Réinventer la démocratie »[Ba 40], en 2012 est organisé un forum intitulé « Refaire société »[Ba 41] ; et en 2025 un forum intitulé « Reprendre le pouvoir sur nos vies » est organisé par La République des idées au Lieu unique à Nantes[Ba 42]. Autrement en 2014, Rosanvallon lance le projet « Raconter la vie » : ce projet entend donner la parole aux citoyens (ouvriers, employés, chercheurs, écrivains, etc.) en diffusant leurs témoignages sur un site internet dédié (raconterlavie.fr[Ba 43],[Ba 44]), et pour certains témoignages au format livre[Ba 45],[Ba 46].

Organisant des colloques, donnant des cours et publiant des livres sur la démocratie, Rosanvallon est fréquemment consulté depuis les années par les journalistes[B 180],[Ba 47]. Outre des débats avec des intellectuels (ex. : avec Jacques Rancière en [Ba 48] ou avec Jan-Werner Müller en 2020[Ba 49]), il est sollicité pour exposer ses analyses à propos des évènements sociaux et politiques que traversent la démocratie française, par exemple : à propos des émeutes dans les banlieues françaises en 2005[Ba 50] et du mouvement des Gilets jaunes en 2018[Ba 51], ou à propos de la vie politique française[Ba 52] et des débats sur les réformes des retraites en France[Ba 53]. Sinon, plus largement, il est interrogé quant à l'évolution des démocraties contemporaines au début du XXIe siècle, par exemple : à propos de la crise de la démocratie représentative[Ba 54], à propos de la montée des populismes[Ba 55] ou à propos du rôle des juges en démocratie[Ba 56].
Professeur honoraire du Collège de France depuis , Pierre Rosanvallon continue d'étudier les sociétés démocratiques contemporaines, d'intervenir dans le débat public et de publier des livres[B 181],[Ba 57].
Recherches et travaux
Faire une histoire conceptuelle du politique
Dans ses recherches et ses travaux, Pierre Rosanvallon élabore une « histoire conceptuelle du politique »[PR 19],[PR 4] qui sonde les régimes démocratiques contemporains[B 173],[B 182]. C'est-à-dire qu'il étudie l'histoire et les pratiques politiques, ainsi que les idées et les théories politiques, afin d'interroger et de penser l'histoire des démocraties représentatives depuis l'époque moderne[B 183].
De la sorte, Rosanvallon étudie la conception du suffrage universel en France[PR 12],[B 184]. Son point de départ est la Révolution française : en effet, à la fin du XVIIIe siècle la Révolution fait du peuple le souverain de la nation[B 185], et le droit de vote est l'expression de cette souveraineté[B 186]. Néanmoins, durant longtemps les citoyens pouvant exercer ce droit sont majoritairement masculin, les femmes et les populations colonisées n'obtiennent ce droit qu'au XXe siècle ; en outre, au XXIe siècle être français ne suffit pas pour exercer le droit de vote (à savoir : il faut être majeur, il ne faut pas être condamné et privé de ses droits civiques, etc.) ; pour le reste, tandis que les ressortissants de l’Union européenne résidant en France peuvent voter aux élections locales et aux élections européennes, les étrangers résidant en France n'ont pas accès à ce droit[B 187],[B 188]. En retraçant cette histoire, Rosanvallon soutient que le principe d'universalité du droit de vote est acquis dès la Révolution française[B 189],[B 190]. Par conséquent, le décalage constaté entre ce principe théorique et sa réalisation pratique résulte des difficultés qu'ont les révolutionnaires et les régimes successifs[n 15] à appréhender le peuple français[B 191], à savoir : d'une part le concept politique de peuple (c.-à-d. le peuple appréhendé dans son unité qui, lors du vote, exprime la volonté générale de la nation) ; d'autre part la réalité sociologique du peuple (c.-à-d. le peuple appréhendé dans sa diversité qui, au quotidien, est composé de volontés individuelles)[B 192],[B 193],[n 16].

Afin de questionner ces évolutions du droit de vote en France, Rosanvallon étudie les débats entre révolutionnaires et contre-révolutionnaires pour définir l'égalité politique et le statut du citoyen français ; aussi, il examine les différentes justifications avancées du XIXe au XXIe siècle par les citoyens et les intellectuels, les publicistes et les gouvernements français successifs pour modifier l'accession au corps électoral, ainsi que les modifications du mode de scrutin[B 194],[B 195]. Cette manière d'étudier les pratiques et les théories politiques distingue l'« histoire conceptuelle du politique » de l'histoire des idées politiques[B 196],[B 197]. D'une part, Rosanvallon concentre ses recherches sur les régimes démocratiques contemporains (c.-à-d. du XVIIIe au XXIe siècle)[B 198]. D'autre part, Rosanvallon ne cherche pas tant à présenter les idées politiques de tel ou tel individu (ni de tel courant ou de telle idéologie)[B 199], mais cherche plutôt à expliciter les nœuds théoriques et pratiques qui façonnent les régimes démocratiques contemporains[B 200],[B 201].
De la sorte, Rosanvallon étudie les nœuds théoriques et pratiques qui entravent l'octroi du droit de vote aux femmes en France[PR 20]. D'après lui, lors de la Révolution française la conception du citoyen électeur est la suivante : tout individu ayant des capacités et n'étant pas dans la dépendance a le droit de voter[Br 1] ; or, bien qu'elles aient des capacités, les femmes sont jugées être dans la dépendance (notamment du chef de famille), et elles ne peuvent donc pas obtenir le droit de vote[B 202],[Br 2]. Par comparaison, en Angleterre la conception du citoyen électeur est tout autre d'après lui : le droit de vote est octroyé à tout individu propriétaire ; or, dans cette conception l'intérêt général de la nation résulte de l'addition des intérêts particuliers, et puisque les femmes (même non propriétaires) sont considérées comme portant des intérêts particuliers, les citoyennes anglaises obtiennent donc le droit de vote plus tôt que les citoyennes françaises[B 202],[Br 3].
Ainsi, l'« histoire conceptuelle du politique » élaborée par Rosanvallon est une histoire qui compare les pratiques et les théories politiques des démocraties afin de pointer les conquêtes et les manques qui les façonnent[B 203],[B 204]. Aussi, d'après Rosanvallon les démocraties sont depuis l'époque moderne stimulées par l'économie[B 205], structurées par l'État[B 206], agencées par les institutions démocratiques[B 207] et animées par la société civile[B 208] ; par conséquent, il sonde prioritairement ces aspects de l'histoire des démocraties[B 209].
Du capitalisme à l'autogestion
Pierre Rosanvallon analyse l'économie capitaliste quand il travaille à la Confédération française démocratique du travail. Au-delà d'être un système économique, il argue que le capitalisme est fondamentalement une idéologie qui veut supplanter le politique par l'économique, une idéologie contre laquelle il promeut l'autogestion[B 210].
Rosanvallon considère que l'origine de l'idéologie capitaliste trouve sa source au XVIIIe siècle, notamment sous la plume du philosophe et économiste Adam Smith[PR 21],[B 211]. Pour résumer l'argumentation de Rosanvallon : Adam Smith conçoit l'idée qu'une « société de marché » serait plus à même de réguler et d'organiser les sociétés de l'Europe moderne que l'idée de contrat social[B 212],[B 213] ; car une société établie par les échanges économiques est plus libre et dynamique qu'une société établie par un contrat fondamental qui implique l'instauration d'un État qui certes garantit les libertés individuelles, mais qui établit des frontières nationales et des barrières commerciales entre les peuples[B 214]. Ainsi, d'après Rosanvallon Smith conçoit l'idée d'une « société de marché » qui abolirait les États-nations et qui permettrait, par suite, d'établir un véritable libéralisme économique puisque les individus établiraient des contrats ensemble (et non les États par des accords commerciaux)[Br 4],[B 215]. Aussi, selon Rosanvallon Smith conçoit l'idée d'une « société civile » réellement indépendante de l'État ; une société civile (à l'origine de la « société de marché ») qui est composée par des individus libres qui établiraient des lois ensemble (et non l'État par un contrat social), et ce afin d'instaurer un véritable libéralisme politique[B 208].

Cette conception de la société, Rosanvallon la caractérise comme un « capitalisme utopique », car le marché économique est conçu comme une institution pouvant organiser et réguler les rapports sociaux entre les individus[B 216]. Cependant, Rosanvallon affirme que cette conception de la société est funeste pour la raison suivante : bien que l'idée d'une « société de marché » (c.-à-d. le libéralisme économique) soit un progrès par rapport aux théories économiques du XVIIIe siècle (la physiocratie ou le mercantilisme), l'idée d'une « société civile » totalement transparente à elle-même (c.-à-d. sans État, autorégulée et homogène) est proprement utopique[Br 5]. Pire, le danger de cette conception, dont Rosanvallon repère la rémanence dans la conception du communisme chez Karl Marx[B 217], réside dans le fait d'abolir la dimension politique de la société[B 218],[B 219],[B 220].
Contre les versions libérale et communiste du « capitalisme utopique » Rosanvallon promeut l'autogestion[PR 8],[Ba 58], une nouvelle société conçue comme une alternative (dans les années ) au libéralisme économique du bloc de l'Ouest (c.-à-d. le capitalisme du monde libre) et au socialisme d'État du bloc de l'Est (c.-à-d. le totalitarisme de l’Union soviétique)[Br 6],[B 221],[B 222]. Pour résumer cette conception de l'autogestion qui n'est ni un modèle ni un plan de société à appliquer[B 223], il s'agit : de réhabiliter la dimension politique du socialisme ; d'instaurer les conditions de la démocratie ; de favoriser non seulement l'appropriation sociale des moyens de production, mais surtout des moyens de pouvoir dans toute la société ; d'établir la stratégie de cette appropriation qui est l'expérimentation sociale à tous le niveaux de la société ; enfin, de réaliser l'autonomie des modes de production dans les différents secteurs d'activité de la société[Br 7],[B 224],[B 225]. Plus fondamentalement, pour Rosanvallon l'autogestion c'est concevoir et édifier une société politiquement égalitaire où les différents individus et les différents groupes règlent leurs rapports librement et contractuellement[B 226], autrement dit : une société où le pouvoir de l'État est limité au profit de la société civile[B 210].
De l'État moderne à l’État-providence
Pierre Rosanvallon conçoit l'État-nation comme un élément structurant des régimes politiques occidentaux depuis l'époque moderne. Estimant qu'il faut repenser les rapports entre l'État et la société, il retrace l'évolution de l'État-providence (liée au capitalisme et au socialisme) depuis la Révolution française jusqu'à l'époque contemporaine[B 227].
Dans ses premières réflexions sur la place et le rôle de l'État dans une société démocratique autogestionnaire, Rosanvallon veut assurer l'indépendance de la société civile face à l'État ; ainsi, dans ce cadre de réflexion, Rosanvallon conçoit l'État comme une bureaucratie qui contraint la société civile et qui peut, potentiellement, dégénérer en État totalitaire[PR 8],[B 228].
Par la suite, Rosanvallon change de cadre de réflexion et il réévalue la place et le rôle de l'État en France depuis la Révolution française[B 229] : il soutient qu'après la disparition de l'Ancien Régime la société française et l'État se reconstituent dans une relation dynamique[B 230]. Ainsi, Rosanvallon étudie de façon plus approfondie l'État démocratique apparu après la Révolution, parce que cet État est à la fois un système administratif (ce qui permet à la société de gérer les aléas engendrés par les activités menées par les individus) et une forme politique (ce qui permet à la société de gouverner les projets politiques formulés et choisis par les individus)[B 206]. Pour affiner son analyse et repérer les nombreuses formes et fonctions prises par cet État, Rosanvallon propose de distinguer quatre figures de l'État : « le Léviathan démocratique », « l'instituteur du social », « l'État-providence », « le régulateur de l'économie »[PR 22],[Br 8],[B 231].
Concernant « le Léviathan démocratique », Rosanvallon reconsidère le rôle de l'administration (c.-à-d. la bureaucratie) dans la construction de l'État français depuis le XIXe siècle : le développement de règles administratives (qui s'appliquent uniformément à tous les citoyens) participe d'une certaine manière à l'élaboration d'une conception de l’intérêt général et, ainsi, contrarie les diverses formes de clientélisme, de patronage et d’appropriation privée de la chose publique[B 232]. Concernant « l’instituteur du social », Rosanvallon étudie comment durant le XIXe siècle l'État français tente de relier et de saisir les individus après la dissolution des corporations : tolérance vis-à-vis des associations de notables, constructions d'asiles et de prisons, ou encore développement de l'hygiénisme[Br 9]. Concernant « l'État-providence », Rosanvallon souligne que tout au long du XIXe siècle la société française recourt à l'État pour mettre en place des techniques de redistribution des richesses (comme la taxation progressive), ainsi que des assurances sociales et un droit du travail, afin de lutter contre la montée du paupérisme[B 233]. Concernant « le régulateur de l'économie », Rosanvallon montre que si les politiques économiques conduites par l'État français paraissent asseoir son emprise, elles relèvent pourtant de logiques différentes : quand la politique douanière continue celle de la police d'Ancien Régime, la politique des travaux publics vise la cohésion nationale, tandis que les interventions économiques de l'État français depuis tentent de relancer l'économie du pays[Br 10].

Au cours du XXe siècle d'après Rosanvallon, l'État français et la plupart des États occidentaux sont confrontés à une évolution profonde de la figure de « l'État-providence » (ou « État social », ou « welfare state »)[PR 10],[PR 11],[B 234]. Sans insister sur les différences de définitions et de missions qui existent entre les nombreux États-providence de par le monde[n 17], Rosanvallon s'intéresse au renouvellement des rapports entre l'État et la société : désormais les individus, auxquels l'État démocratique reconnaît des droits sociaux et politiques, demandent à l'État-providence la réalisation effective de ces droits par la création de services publics afférents, accessibles et efficaces[B 236],[B 237]. Par ailleurs, dans les États démocratiques contemporains (XXIe siècle) les individus revendiquent de nouveaux droits, c'est-à-dire plus d'égalité sociale et politique[PR 17],[B 238] ; cela entraîne deux conséquences principales quant au système administratif et à la forme politique qu'est l'État : premièrement l'État doit intensifier sa présence, secondement l'État doit intervenir continuellement[B 239]. Par suite, selon Rosanvallon, ceci implique de repenser fondamentalement les rapports entre l'État et la société : il ne faut plus opposer mais constituer et instaurer une nouvelle relation entre l'État et la société civile[B 205].
Enfin, dernière conséquence, Rosanvallon affirme que seule la forme politique de l'État-nation est à même de concrétiser les demandes d'égalité que les individus adressent à l'État-providence, car seul l'État-nation (en tant que puissance publique) peut légitimement prélever et redistribuer des richesses sur un territoire national[B 240]. Plus encore, seul l'État-nation peut réaliser la démocratie telle qu'elle est pensée par Rosanvallon, c'est-à-dire instituer de concert un régime politique et une forme de société où les individus sont égaux[B 233].
De la révolution à la démocratie
Pierre Rosanvallon considère la démocratie comme une forme de société et un régime politique qui concrétise les revendications des révolutions modernes en Occident. Pour lui cependant, la démocratie est par essence inachevable, c'est pourquoi les démocraties représentatives contemporaines ne sont que des réalisations possibles des idéaux et des valeurs démocratiques[B 200].
Pour Rosanvallon la Révolution américaine (-) et la Révolution française (-) marquent le commencement des démocraties contemporaines[B 241], car ces deux révolutions ont élaboré et formulé un principe d'égalité qui est le plus étendu et le plus conséquent, le principe d'« égalité-relation »[PR 23],[Ba 59] : cette égalité est alors envisagée comme une relation, c'est-à-dire que l'égalité est conceptualisée comme « position relative des individus » (tous semblables malgré leurs particularités), « règle d’interaction entre eux » (aucune subordination dans leurs échanges) et « principe de constitution de leur commun » (tous participent à la politique)[B 242],[B 243]. Afin de prolonger et de renouveler ce principe d'« égalité-relation », il faut étudier l'histoire des démocraties : Rosanvallon étudie d'abord la démocratie française, non parce qu'elle est la plus aboutie mais parce que ses travers montrent les difficultés rencontrées pour réaliser l'idéal démocratique[B 244] ; après, Rosanvallon étudie les démocraties représentatives contemporaines du XXe et XXIe siècles, et ce pour saisir l'évolution de l'idéal démocratique à l'orée du XXIe siècle[B 117].
Dans sa trilogie sur la démocratie française qui paraît à la fin du XXe siècle[B 174], Rosanvallon étudie comment des concepts élaborés et formulés pendant la Révolution française au XVIIIe siècle pour instaurer un régime démocratique, continuent de travailler la démocratie française contemporaine : la citoyenneté, la représentation, la souveraineté[B 245],[B 246]. Pour schématiser : concernant la citoyenneté[PR 12], Rosanvallon étudie comment l'intronisation du suffrage universel lors de la Révolution française s'accompagne d'une nouvelle conception du citoyen ; ce qui engendre des transformations sociales, politiques et juridiques du régime et de la société démocratiques pour donner corps à cette conception[B 229]. Puis, concernant la représentation[PR 13], Rosanvallon étudie comment la constitution du peuple lors de la Révolution française concentre une tension irréductible entre l'unité symbolique du peuple politique et la diversité sociologique du peuple réel ; ce qui engendre une différence irrémédiable et faussée entre le peule représenté et le peuple réel[B 247]. Pour finir, concernant la souveraineté[PR 14], Rosanvallon étudie comment la proclamation de la souveraineté populaire lors de la Révolution française laisse ouverte la question de l'institutionnalisation de cette souveraineté ; ce qui engendre des succès, des à-peu-près et des échecs institutionnels (représentants[B 192], plébiscite[B 248], insurrection[B 249], césarisme[B 250], république[B 251], référendum[B 252], etc.) qui révèlent le caractère « inachevé » de la démocratie française[B 253].

Dans sa tétralogie qui paraît dans le premier tiers du XXIe siècle[B 176], Rosanvallon élargit son appréhension de la démocratie et focalise son attention sur la période contemporaine (XXe et XXIe siècles)[B 254]. Pour schématiser : dans le premier volume[PR 15] Rosanvallon étudie les transformations de la participation politique en démocratie (une participation qui ne se résume plus à l'élection de représentants) ; en effet, de nouvelles formes ambivalentes de participation à la politique apparaissent et peuvent renforcer la démocratie (ex. : lanceur d'alerte, journalisme d'investigation, think tanks, agence de notation, impeachment)[B 255]. Dans le deuxième volume[PR 16] Rosanvallon étudie les transformations de la légitimité politique en démocratie (une légitimité qui ne se résume plus au processus législatif mené par les représentants du peuple) ; en effet, de nouvelles formes ambivalentes de légitimité politique apparaissent et peuvent renforcer la démocratie (ex. : cour constitutionnelle, banque centrale, autorités indépendantes, commissions publiques, collectivités locales)[B 256]. Dans le troisième volume[PR 17] Rosanvallon étudie les transformations de l'égalité menacée par la montée des inégalités en démocratie en ce début de XXIe siècle ; pour contrer ces inégalités, d'une part il propose une « renationalisation » des démocraties (c.-à-d. une nouvelle forme d'État-providence), d'autre part il propose de refonder l'« égalité-relation » autour des principes suivants : considérer la « singularité » de chaque individu, pratiquer la « réciprocité » entre individus, instituer une « communalité » à laquelle participent les individus[B 257]. Enfin, dans le quatrième volume[PR 18] Rosanvallon étudie les transformations de l'exercice du pouvoir en démocratie (un exercice qui est notamment modifié par le phénomène de « présidentialisation »[n 18] des régimes) ; sans rejeter cette « présidentialisation » puisqu'elle semble redynamiser les participations électorales et qu'elle donne corps à l'exercice du pouvoir démocratique, il propose les principes suivants pour guider l'exercice du pouvoir en démocratie : la « lisibilité », la « responsabilité », la « réactivité »[B 259].
D'après Rosanvallon[PR 24], le populisme prétend résoudre des apories qui structurent les démocraties contemporaines, alors même que ces apories sont irréductibles à la démocratie[n 19] ; par exemple :
- le « peuple » : le populisme défendrait le peuple réel (tandis que la démocratie défendrait un peuple-principe) ;
- la « représentation » : le dirigeant populiste représenterait véritablement le peuple (tandis que le parlement démocratique représenterait improprement le peuple) ;
- le « gouvernement » : le dirigeant populiste exercerait le pouvoir efficacement (tandis que le gouvernement démocratique l'exercerait inefficacement) ;
- la « solidarité » : le populisme redistribuerait diligemment les richesses des puissants (tandis que l'État-providence démocratique les redistribuerait imparfaitement)[Br 11],[Br 12].
Autrement, c'est en écrivant l'histoire des démocraties contemporaines depuis le XVIIIe siècle que Rosanvallon élabore sa propre conception de la démocratie. D'abord, il s'appuie sur la théorie de Claude Lefort qui montre que la démocratie est une nouvelle forme de société composée d'individus tandis que l'Ancien Régime est une société d'ordres et de corporations[B 261], ainsi qu’un nouveau régime politique qui institue le « lieu vide »[n 20] du pouvoir tandis que l'Ancien Régime est une monarchie où règne un roi[B 262],[B 263]. Ensuite, Rosanvallon signale que la démocratie est « histoire »[B 264] ; précisément, il défend l'idée que la démocratie est un processus historique, c'est-à-dire qu'elle est toujours à l'œuvre : la démocratie est indissociablement compréhension et élaboration d'une société d'individus, exploration et expérimentation d'institutions politiques[B 265]. Enfin, Rosanvallon soutient que par essence la démocratie est inachevable[B 266] ; c'est pourquoi la démocratie est la seule forme de société et le seul régime politique dont les principes une fois énoncés et institués restent indéterminés[B 267], comme le principe d'égalité : si tous les individus sont égaux, comme l'énonce et l'institue la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789[B 268] ; alors, comment définir pleinement cette égalité et à quelles dimensions de la vie sociale et politique cette égalité s'applique-t-elle[B 269] ?
Pour synthétiser son approche de la démocratie, et aussi souligner le fait que penser et pratiquer la démocratie implique toujours d'interroger et de faire l'histoire des idéaux et des valeurs démocratiques[B 270], Rosanvallon écrit que l'ambition de son travail est d'élaborer « une théorie de l’indétermination démocratique, c’est-à-dire des éléments structurant [le] caractère aporétique » de la démocratie[PR 25],[B 271].
Faire valoir la société civile
Dans ses recherches et ses travaux, Pierre Rosanvallon affirme l'importance de la société civile dans l'histoire moderne et contemporaine. En effet, participant aux institutions démocratiques et promouvant l'égalité démocratique, ce sont les individus qui peuvent approfondir l'essence de la démocratie[B 272].
Rosanvallon s'empare de la notion de « société civile » dans les années [PR 8],[PR 9],[B 273],[B 73], lorsque la guerre froide polarise le monde entre le socialisme d'État du bloc de l'Est (c.-à-d. le totalitarisme de l’Union soviétique) et le libéralisme économique du bloc de l'Ouest (c.-à-d. le capitalisme du monde libre)[B 273]. Élaborant alors une théorie de l'autogestion qu'il oppose au « capitalisme utopique », Rosanvallon veut ménager une place à la société civile afin de la préserver d'un possible déploiement bureaucratique et totalisant de l'État français[B 274],[B 275],[B 276]. Pour ce faire, Rosanvallon conçoit une société constituée de trois dimensions : une dimension économique où se développeraient les activités entrepreneuriales des individus, une dimension étatique qui régulerait les activités économiques et sociales, enfin, la dimension de la « société civile » où se déploieraient les institutions démocratiques et où se poursuivrait l'émancipation des individus[B 277]. Et sans entrer dans le détail, Rosanvallon décrit ainsi cette future société civile : un espace d’expérimentation sociale favorisant le développement de nouvelles formes de vie et de solidarité (groupes de voisinage, réseaux d’entraide, etc.), ainsi que de nouvelles formes sociales de coopération et de travail (groupes d'intérêts, structures locales de services collectifs, etc.)[B 278].

Au début du XXIe siècle, Rosanvallon reconsidère l'opposition qu'il dresse dans les années entre l'État et la société civile[PR 26],[B 279] : repartant de la Révolution française, il étudie l'édification du système républicain (la mise en place d'un État centralisateur, soit le jacobinisme) et la poursuite du projet démocratique hérité du XVIIIe siècle (l'émancipation de la société civile, soit le libéralisme)[Br 13]. Précisément, Rosanvallon réévalue le modèle politique français où l'État (une puissance publique visant l'intérêt général) est réputé régir et dominer la société civile (un ensemble d'individus visant des intérêts particuliers)[B 280],[B 281]. Pour résumer l'argumentation de Rosanvallon : d'abord, il repart de la loi Le Chapelier[n 21] qui interdit les corporations et les groupements professionnels[B 283] ; ceci dans le but de libérer les individus de l'Ancien Régime qui les assujettit et, surtout, dans le but de bannir ces corporations et ces groupes dont les revendications particulières subvertissent l'intérêt général de la nation visé par l'État[B 284]. Ensuite, Rosanvallon montre qu'au XIXe siècle l'État républicain prend appui sur la société civile (notamment sur des groupes d'intérêts particuliers informellement constitués[n 22]) pour réaliser l'intérêt général[B 286] ; ceci conduit l'État à légaliser en les syndicats professionnels puis en les associations[B 287] et, aussi, à reconnaître une légitimité à ces organisations issues de la société civile[B 288],[B 289]. Enfin, relevant qu'au cours du XXe siècle l'État continue de faire appel à la société civile (lois sur la décentralisation, lois actant la participation des associations aux décisions concernant l'urbanisme et la protection de l'environnement, etc.)[B 290], Rosanvallon conclut que le modèle politique français n'est pas, dans la pratique, vraiment étatiste (c.-à-d. jacobin) mais plutôt celui d'un « État-réseau »[PR 27],[Br 15],[B 289] ; plus même : il avance l'idée qu'en France la société civile se construit avec l'État de façon complexe[B 291]. Par ailleurs, soulignant la vitalité de cette société civile française (en 40 % de la population adulte s'investit dans une association[Br 16],[Br 17]), Rosanvallon signale qu'au XXIe siècle les associations bénéficient d'une « légitimité d'expérience » mais toujours pas de la « légitimité politique »[B 292].
Plus profondément, l'attention portée par Rosanvallon aux rapports entre la société civile et l'État provient d'une situation historique : d'une part, depuis l'époque moderne les sociétés sont engagées dans un processus de sécularisation des institutions et dans un processus d'individualisation des personnes[B 293] ; d'autre part, depuis le XVIIIe siècle la démocratie s'appuie sur l'individualisme afin de réaliser l'émancipation des individus[Ba 60]. C'est pourquoi Rosanvallon entend contribuer au diagnostic de l'évolution de l'individualisme aux XXe et XXIe siècles[B 294], tout en s'opposant aux diagnostics pessimistes de Marcel Gauchet et de Pierre Manent[B 268]. Cette évolution de l'individualisme qu'il estime positive, Rosanvallon la caractérise comme suit : chaque individu contemporain a conscience de sa « singularité »[PR 28],[Ba 61] ; ainsi, quand des individus expriment des demandes de reconnaissance publique de leurs singularités afin de lutter contre des discriminations[Br 18], ces demandes témoignent de l'implication de ces individus dans la politique démocratique contemporaine[B 236]. Pour le dire autrement, Rosanvallon soutient que ces demandes de reconnaissance publiques de singularités doivent être reliées au principe d'« égalité-relation » des révolutions américaine et française du XVIIIe siècle[Ba 62] : tandis que l'égalité d'alors est associée à la reconnaissance d'une similarité entre les hommes qui promeut un « individualisme d'universalité », l'égalité d'aujourd'hui évolue vers un « individualisme de singularité » et doit donc être associée à la reconnaissance d'une société de semblables[B 295].
Par conséquent, Rosanvallon affirme que cette évolution de l'individualisme implique de repenser et de reconstituer les rapports entre la société civile et l'État : d'un côté, pour que les individus puissent exprimer leurs demandes de reconnaissance publiques de singularités, il faut instituer et maintenir une société civile plurielle, hétérogène et conflictuelle[B 208] ; de l'autre, pour que ces reconnaissances soient effectives et durables, il faut instituer et maintenir une puissance publique étatique qui soit au plus près de la demande sociale[B 205]. Enfin, repenser et reconstituer les rapports entre la société civile et l'État c'est, plus essentiellement, instituer et maintenir en démocratie la médiation et la relation entre le social et le politique, entre l'individu et le peuple[B 296].
Réceptions et critiques
Appréciations des engagements
Intellectuel engagé dans la vie publique tant par ses activités que par ses prises de parole, Pierre Rosanvallon est jugé quant à ses fonctions extra-académiques et quant à ses prises de position.
Permanent syndical puis secrétaire confédéral à la Confédération française démocratique du travail (CFDT), les activités de Rosanvallon pour ce syndicat sont appréciées diversement : identifié comme appartenant à l'aile gauche de la CFDT dans les puisqu'il s'implique dans le courant antitotalitaire initié par Cornelius Castoriadis et Claude Lefort[B 297], il est perçu comme appartenant à l'aile droite de la CFDT dans les quand il est secrétaire général de la Fondation Saint-Simon[B 298]. Sinon, pour un ancien membre de la direction confédérale de la CFDT, Gilbert Declercq, Rosanvallon « qui n’a jamais été de la classe ouvrière »[B 299] symbolise l'évolution négative de la CFDT vers un réformisme stérile[B 300]. Pour Michel Rolant (ouvrier agricole membre de la CDFT), bien que le travail de clarification conceptuelle mené avec Rosanvallon au début des années soit bénéfique, il estime que ce travail reste éloigné « des problèmes posés par les luttes dans leur complexité »[B 301].
Figurant parmi les penseurs de la deuxième gauche (se présentant même comme l'« idéologue de la deuxième gauche »[B 302],[B 224]), les appréciations de l'engagement de Rosanvallon dans ce courant politique ne se réduisent pas à aux remarques sur la disparition du concept d'autogestion dans les revendications politiques[B 303],[B 304]. Ainsi, quand François Dufay rappelle « l'échec politique » de la deuxième gauche[B 4], Emile Chabal signale que les idées de Rosanvallon sur la nécessaire participation des citoyens à la politique démocratique n'ont cessé d'infuser dans le Parti socialiste français[B 305]. De son côté, Vincent Duclert estime que le parcours universitaire de Rosanvallon (culminant avec sa nomination comme professeur au Collège de France) atteste, d'une certaine façon, de la « portée intellectuelle » du courant de la deuxième gauche[B 306].

Secrétaire général de la Fondation Saint-Simon de sa création à sa dissolution, le rôle d'animateur principal endossé par Rosanvallon est au total apprécié négativement. D'abord, pour ce que la Fondation représente dans le paysage intellectuel français : quand la Fondation est pour Philippe Raynaud un groupe de réflexion aux ressources matérielles et économiques limitées qui ne possède ni l'aura ni l'influence qu'on lui prêtent[B 307] ; en revanche, pour Laurent Joffrin la Fondation est un think tank réellement influent qui évolue du progressisme au « libéralisme très balladurien »[Ba 63]. Ensuite, le rôle de Rosanvallon pour la Fondation Saint-Simon est pointé quant à sa prise de position en faveur du « plan Juppé » lors des grèves de 1995 en France : pour Philippe Corcuff[Ba 64], ainsi que Julien Duval, Christophe Gaubert, Frédéric Lebaron, Dominique Marchetti et Fabienne Pavis[B 308], cette prise de position révèle la volonté de la Fondation d'introduire en France les thèses économiques et politiques du néolibéralisme (cette appréciation est aussi partagée par Paul Lagneau-Ymonet[Ba 65], Laurent Bonelli[B 309], Perry Anderson[Ba 66], André Bellon[B 310] et Antoine Artous[B 311]). Enfin, selon Didier Eribon[B 312],[B 313] et Louis Pinto[Ba 67], la Fondation Saint-Simon favorise aussi l'introduction d'un esprit conservateur dans la pensée de gauche au tournant des années ; un esprit conservateur déjà présent lorsque Rosanvallon (considéré par Guy Hocquenghem comme un « transfuge du gauchisme » au sein du journal[Ba 68]) rejoint Libération en pour diminuer, d'après Eribon, l'influence des « intellectuels critiques » comme Michel Foucault et Pierre Bourdieu[B 314].
Lors de son élection au Collège de France en les engagements extra-académiques de Rosanvallon sont examinés de près, notamment sa prise de position en faveur du « plan Juppé » en . Pressenti pour prendre la chaire de Pierre Bourdieu (qui s'est opposé au « plan Juppé »)[Br 19], des penseurs de la gauche radicale et de l'extrême gauche critiquent la candidature de Rosanvallon[B 315],[B 316],[B 51]. Ainsi, suivant le sentiment de Bourdieu qui voit dans cette candidature un tournant conservateur du Collège de France[B 317], Philippe Corcuff regrette aussi que cette candidature soit celle d'un « intellectuel de moyenne portée » qui a « contribué à défigurer la gauche »[B 171].

Créé par Rosanvallon dans la foulée de son élection au Collège de France en , l'« atelier intellectuel » La République des idées suscite aussi des critiques, tant négatives que positives[Ba 69],[Ba 70]. Par exemple, André Bellon estime que cet « atelier intellectuel » qui entend « refonder la vie intellectuelle en France » ne fait, en réalité, que prendre « la suite de la Fondation Saint-Simon »[B 318]. De son côté Emmanuel Renault avance que La République des idées, qui se présente comme le seul pôle de « critique sociale de gauche »[B 319], néglige cependant les analyses de la gauche radicale et du mouvement altermondialiste sur le néolibéralisme (qui engendre une explosion des inégalités)[B 319] et, de ce fait, les penseurs associés ou publiés par La République des idées (ainsi que Rosanvallon) ne perçoivent pas à leur juste mesure les effets néfastes de ce néolibéralisme[B 320]. À l'opposé de ces appréciations, les organisateurs d'un colloque sur l'œuvre de Rosanvallon mettent en avant le fait que cet « atelier intellectuel » (qui comprend aussi la revue La vie des idées et la collection éditoriale « La République des idées » publiée aux éditions du Seuil) témoignent de « l'interdisciplinarité des recherches »[B 31] menées par Rosanvallon, ainsi que de son intention de briser les frontières « entre le monde universitaire et les différentes formes d’action publique »[B 31]. De son côté Emile Chabal considère que La République des idées, qui ne cesse d'interroger le modèle français de l'État-providence, contribue ainsi de façon positive à la vie du débat public et politique[B 140] ; aussi, il remarque que les propositions de réformes économiques défendues par Camille Landais, Thomas Piketty et Emmanuel Saez (publiées dans la collection « La République des idées » en [26]) sont reprises par le Parti socialiste lors de l'élection présidentielle française de 2012[B 321].
Autrement, les entreprises éditoriales de Rosanvallon sont diversement appréciées. À titre d'illustration, il édite dans la collection « La République des idées » un livre controversé intitulé Le Rappel à l'ordre : Enquête sur les nouveaux réactionnaires écrit par Daniel Lindenberg, dans lequel ce dernier dénonce la dérive « réactionnaire » de certains penseurs français (dont Régis Debray, Marcel Gauchet et Alain Finkielkraut)[B 138],[Ba 71]. La controverse passée, Marc-Olivier Padis note que cette dérive réactionnaire est confirmée deux décennies plus tard par les écrits de ces penseurs[Ba 72] ; tandis que Didier Eribon soutient que la publication de ce livre en permet à Rosanvallon (alors nouvellement entré au Collège de France à la place de Bourdieu) de se présenter comme un penseur occupant « l'espace intellectuel de la critique sociale »[B 322].
Autre illustration : le projet « Raconter la vie » que Rosanvallon pilote de à [B 323],[Ba 73]. Pour Howard S. Becker, les aspects positifs de ce projet résident principalement sur le plan éditorial ; c'est-à-dire la publication des récits de vie qui permettent d'éclairer la grande diversité des situations de vie des français, une diversité « occultée par les slogans politiques et les abstractions des sciences sociales »[Ba 74]. De leur côté, Nieves Ibeas Vuelta et Antonio Gaspar galán saluent « un projet à dimension politique, sociale et morale, qui a pour but d’insérer les personnes dans une histoire collective et de refonder la démocratie » ; mais ils doutent de l'efficacité de ce projet mêlant anonymes, personnalités et universitaires cherchant « à mettre sur pied une identité collective » par « un discours de l'espoir »[Ba 75]. Plus critique, Anne-Sophie Jacques interroge les finalités d'un projet piloté par le secrétaire général de la Fondation Saint-Simon qui, durant une quinzaine d'années, propage « la pensée unique » du courant néolibéral[Ba 76]. Enfin, pour Frédéric Lordon l’idée de « donner à voir des vies systématiquement tenues à l’invisibilité est indiscutablement excellente », cependant il estime que ce projet est voué à l'échec car « si dévoiler est préférable à occulter (ou à laisser occulté), la pure et simple juxtaposition de choses montrées ne produit en elle-même aucun sens » ; par ailleurs, Lordon note que ce projet n'aborde pas les causes qui sont à l'origine des difficultés rencontrées par les personnes qui racontent leur vie : la crise de la démocratie représentative et la mondialisation économique néolibérale[Ba 77].
Évaluations des publications
L'évaluation des publications de Pierre Rosanvallon couvre la majeur partie de son œuvre : du premier livre sous pseudonyme[Br 20], en passant par les ouvrages collectifs[Br 21],[Br 22],[Br 23], jusqu'aux plus récents[Br 24],[Br 25]. Parmi toutes ces publications, trois axes de ses recherches et de ses travaux retiennent particulièrement l'attention des commentateurs : d'abord sa réappropriation de la notion de « société civile », ensuite son approche de l'État, enfin son histoire et sa conception de la démocratie.
La réappropriation de la notion de « société civile » par Rosanvallon date des années . Dans leurs critiques de cette réappropriation, Jean Louise Cohen et Andrew Arato notent d'abord l'intérêt de la conception que Rosanvallon propose de la société civile : à l'encontre de la théorie marxiste (où l'État doit disparaître) et à la différence de la social-démocratie (où l'État est pensé comme l'institution qui démocratise la société), chez Rosanvallon c'est la société civile (groupes de quartier, réseaux d'entraide, etc.) qui façonne la démocratie et l'État ne fait qu'instituer les revendications de celle-ci[B 324]. Pour Cohen et Arato, l'attrait de cette conception est la suivante : d'une part la société démocratique critique constamment l'État sans le faire disparaître, d'autre part la société démocratique s'édifie par-delà le réformisme et sans révolution[B 325]. Cependant, pour Cohen et Arato cette conception recèle deux défauts majeurs : d'abord, maintenir l'intégrité de la société civile implique une sphère publique (c.-à-d. une société politique) dynamique afin de prévenir la résurgence de tout étatisme ; ensuite, maintenir l'intégrité de la société civile implique d'éviter toute extension de la sphère publique aux activités de la société civile, et ce afin d'empêcher le politique de régir le social[B 326]. De son côté, Jacques Chevallier pointe le fait que la notion de « société civile » prend appui sur une autre notion problématique : celle de « marché », c'est-à-dire l'idée que le marché économique « serait le moyen le plus efficace, le plus rationnel et le plus juste d'harmonisation des comportements »[B 327]. Ainsi, Chevallier critique la conception défendue par Rosanvallon (c.-à-d. une « exaltation du marché » et une vision « mythifiée » de la société civile luttant de concert contre la « tendance hégémonique de l'État ») parce que cette conception ne correspond pas à la réalité[B 327] ; puisque, dans les faits : « de même que les mécanismes de la représentation politique assurent la présence de la société au cœur de l'État, les appareils d'État sont formés d'individus qui, non seulement sont issus de la société civile, mais gardent avec elle des liens nécessaires »[B 328].

L'approche de l'État proposée par Rosanvallon est saluée par Nicolas Roussellier, qui considère que sa synthèse sur l’histoire de l’État n'est « toujours pas remplacée ni égalée »[B 29]; ainsi que par Nicolas Delalande, qui estime que Rosanvallon a « renouvelé l'histoire » de l'État en France[B 329]. Néanmoins, Delalande relève que Rosanvallon n'envisage jamais l'État comme « État coercitif » (à l'instar de Michel Foucault ou de James C. Scott)[B 330], et qu'il n'a jamais creusé les relations problématiques entre États-nations, empires et colonisation[B 240]. Aussi, Delalande salue sa mise en évidence d'une dynamique institutionnelle au XIXe siècle qui associe les valeurs et les idéaux démocratiques de la Révolution française avec l'instauration progressive d'un « État-social-redistributeur »[B 233] ; pour le dire autrement : Rosanvallon met en évidence que « l’égalité et la solidarité sont autant le produit d’une conception de la justice sociale que de politiques publiques interventionnistes »[B 331]. Enfin, Delalande rappelle que la compréhension de cette dynamique s'accompagne à la même période (-) d'un réexamen de l'État-providence dans les écrits de Rosanvallon[B 219]. Et ces écrits suscitent alors de nombreuses critiques : Pierre Dandurand et Noëlle Burgi-Golub contestent l'« individualisme méthodologique » revu par Rosanvallon[B 332], ainsi que la réduction des « phénomènes sociaux à des égoïsmes individuels »[B 333] auxquels l'État-providence selon Rosanvallon devrait s'adapter en multipliant les politiques d'« insertion » (notamment en s'inspirant de l'allocation RMI destinée aux chômeurs)[B 334],[B 335]. De leur côté, Patrick Cingolani et François Ewald critiquent l'usage de la notion d'« exclusion » par Rosanvallon, car ce dernier emploie cette notion sans questionner les ambiguïtés qu'elle recouvre[Ba 78],[Ba 79]. Pour sa part, Luc Boltanski soutient que Rosanvallon applique la notion de « voile d'ignorance » sur le plan empirique, tandis que John Rawls réserve l'usage de cette notion à la modélisation d'« une exigence logique et éthique » pour penser la réalité (c.-à-d. l'édification d'une société démocratique juste)[Ba 80]. Avec vingt ans de recul sur ces années -, Yohann Aucante émet deux critiques principales quant à la « crise de l'État-providence » diagnostiquée par Rosanvallon : d'une part, il est inexact de dire que cette crise repose d'abord sur une « décomposition » du modèle assurantiel, car ce n'est pas le seul dispositif de solidarité des États-providence au XXe siècle[B 336] ; d'autre part, il est inexact de dire que cette crise repose ensuite sur une « remise en cause » globale de l'économie keynésienne à la fin du XXe siècle, car le « contrat de sécurité sociale implicite liant croissance, emploi et redistribution » n'est pas dévaluer ni réévaluer de façon identique dans les États-providence d'alors[B 337]. Autrement, Aucante constate que Rosanvallon n'a toujours pas comparé le modèle d'État-providence français au modèle scandinave (alors même que cette comparaison au XXIe siècle pourrait s'avérer fructueuse)[B 338].

L'histoire de la démocratie écrite par Rosanvallon s'appuie sur une méthode historiographique[n 23] influencée par François Furet[B 340], ainsi que par l'histoire des concepts développée par Reinhart Koselleck (la « Begriffsgeschichte »[n 24]) et par l'« école de Cambridge » (la « contextual history of ideas » de John Pocock et Quentin Skinner[n 25])[B 346],[B 347]. Cette méthode historiographique revendique des partis pris et crée des angles morts critiqués par les commentateurs qui constatent, d'abord, que Rosanvallon reste imprégné de thèses défendues par François Furet : Jean-Claude Monod relève que dans son approche de la Révolution française, Rosanvallon suit Furet qui considère que les révolutionnaires français sont agis par le discours révolutionnaire (la « logique de l'idée ») auxquels les faits réels doivent se plier[B 348] ; et Emile Chabal souligne que Rosanvallon reprend à son compte la vision de Furet selon laquelle l'histoire de la démocratie française commence à la Révolution française[B 349] ; néanmoins, Françoise Mélonio tempère cette influence en rappelant que Rosanvallon est attentif aux acquis de l'histoire des mentalités discréditée par Furet[B 350]. Ensuite, des commentateurs confrontent l'« histoire conceptuelle du politique » de Rosanvallon à la « Begriffsgeschichte » et à la « contextual history of ideas » : Kari Palonen s'étonne du silence gardé par Rosanvallon quant au travail de Koselleck, alors que ce dernier semble manifestement l'avoir influencé[B 351] ; de leur côté, Arnault Skornicki et Jérôme Tournadre observent que les « propositions méthodologiques » de Rosanvallon « sont loin d'être aussi abouties » que celles de Pocock et de Skinner[Ba 81] ; cependant, Chloé Gaboriaux signale que son « travail de contextualisation » dépasse le « contexte discursif » de l'« école de Cambridge », car Rosanvallon met au jour « les conditions historiques qui rendent possible l'élaboration de telle ou telle construction théorique ou proposition idéologique »[B 352]. Enfin, des commentateurs discutent le risque d'anachronismes induit par l'« histoire conceptuelle du politique » : Kari Polanen avance que Rosanvallon manque « l'horizon conceptuel » des agents historiques qu'il étudie en soumettant et comparant leurs réflexions politiques à celles des XXe et XXIe siècles[B 353] ; de son côté, Bruno Bernardi note qu'étudier le passé au prisme de questions politiques contemporaines présente l'avantage d'écrire une histoire qui réponde effectivement à ces questions mais qui, en revanche, comporte le risque de laisser dans l'ombre d'autres questions[B 354] ; pour sa part, Vincent Duclert rappelle que ce risque de l'anachronisme est lié aux engagements publics et extra-académiques de Rosanvallon : cette « histoire conceptuelle du politique » (« mode d’interrogation du réel, qu’il soit révolu ou existant ») est un « effort d’élucidation de la question politique présente » et « constitue une manière d’agir sur le contemporain, un véritable combat du savoir pour éclairer la cité »[B 355].

La conception de la démocratie élaborée par Rosanvallon attirent aussi l'attention et les critiques des commentateurs. Tout d'abord, comme Rosanvallon élabore sa conception de la démocratie et sa méthode historiographique en étudiant l'histoire de la démocratie française, des commentateurs interrogent l'universalité de cette conception élaborée d'après un cas particulier : pour Michel Dormal, il est fort possible que les « tensions », les « antinomies » et les « ambiguïtés » que Rosanvallon considère comme structurantes de l'« indétermination démocratique », ne structurent en réalité que la démocratie française[B 356] ; pour Felix Heidenreich, il remarque que la place importante accordée par Rosanvallon à la « société civile » dans sa conception de la démocratie ne présente aucun intérêt théorique en Grande-Bretagne, car dans ces pays la « société civile » y tient depuis longtemps un rôle central[B 357] ; en revanche, pour Geneviève Verdo la conception de la démocratie élaborée par Rosanvallon est véritablement universelle, car les « outils » conceptuels forgés pour « penser » la démocratie française peuvent être réutilisés pour étudier d'autres démocraties de par le monde[B 358]. Ensuite, des commentateurs s'intéressent aux idées de Rosanvallon sur la représentation politique en démocratie, qu'il ne réduit pas à l'élection et dont il envisage une démultiplication : ainsi Lisa Disch loue l'apport de Rosanvallon, notamment parce que sa conception de la représentation politique englobe à la fois le peuple (la représentation permet de figurer sa diversité sociologique et d'appréhender son unité politique) et les représentants du peuple (la représentation permet d'anéantir leur prétention à incarner le peuple et de soumettre l'exercice de leur mandature à la contestation)[Ba 82] ; de son côté, Wim Weymans approuve l'idée défendue par Rosanvallon d'une démultiplication de la représentation par des médiums aussi variés que les « sciences sociales », les « représentations poétiques », les « médias » et les « think tanks », car la représentation est le moyen par lequel la société démocratique peut se comprendre elle-même[Ba 83] ; mais de leur côté, Gregory Conti et William Selinger regrettent que cette conception de la représentation politique ne fournissent aucune solution procédurale pour départager les revendications issues de cette démultiplication de la représentation, d'autre part ils s'interrogent sur la nature proprement démocratique de ces différents médiums[Ba 84]. Enfin, plus largement, des commentateurs émettent des critiques sur des points généraux ou particuliers de la conception de la démocratie élaborée par Rosanvallon, parmi ceux-ci : Justine Lacroix rapproche sa conception de la démocratie de celles de Jacques Rancière et d'Étienne Balibar, car Rosanvallon conçoit la démocratie comme « interrogation permanente », le peuple comme « addition des minorités » et l'égalité comme relation « proprement émancipatrice »[B 359] ; tandis que Jean-Fabien Spitz réprouve le rôle mineur assigné à l'État en démocratie dans la conception de Rosanvallon, en effet pour Spitz dans la conception républicaine l'État est l'instrument qui établit la liberté des individus et les protège « contre les dominations privées et les interférences arbitraires que recèle potentiellement toute société civile auto-organisée »[B 360].
Prolongeant ses recherches sur les démocraties représentatives contemporaines, les réflexions de Rosanvallon sur le populisme suscitent également des critiques (positives et négatives). D'après Paula Diehl, l'analyse proposée par Rosanvallon est pertinente pour les raisons suivantes : d'abord, le populisme est compris comme un phénomène inhérent à la démocratie, qui doit être relié à la crise de la représentation politique ; ensuite, prétendant représenter le peuple réel, le populisme ne fait que dénigrer les minorités et attiser la défiance envers les institutions démocratiques ; enfin le populisme recèle, en sa nature, un risque de dérive totalitaire[B 361]. Abondant dans ce sens, William Selinger précise que pour combattre le populisme Rosanvallon envisage une « démocratie plus interactive » : c'est-à-dire une « démocratie post-électorale » qui, sans abolir les élections, encouragerait la création d'institutions démocratiques favorisant la participation des citoyens (ex. : des autorités indépendantes et des instances de délibération)[Ba 85]. Par contre, Chantal Mouffe considère que l'analyse de Rosanvallon « ne contribue pas à une meilleure intelligence du phénomène » populiste : d'abord, Mouffe souligne qu'il n'existe que « des populismes » de par le monde ; ensuite, Mouffe rappelle qu'il faut étudier la « logique politique » mise en œuvre par chaque mouvement populiste, et ce afin de pouvoir juger de son caractère progressiste ou conservateur ; enfin, Mouffe soutient que « le populisme de gauche » n'est pas une menace pour la démocratie et qu'il représente « la meilleure stratégie pour orienter dans un sens égalitaire les résistances à l’ordre postdémocratique néolibéral »[Ba 86]. Autrement, sans rejeter les « quelques pistes » avancées par Rosanvallon dans son esquisse d'une « démocratie post-électorale », Marc Lazar déplore que celui-ci ne prennent pas en compte « toutes les questions sociales, économiques et identitaires » dans son analyse du populisme, alors même que ces questions sont « pourtant pleinement au cœur du populisme »[Ba 87].
Œuvres
Articles
- Pierre Rosanvallon, « C.F.D.T. : L' autogestion : une prise en charge de l'ensemble des aspirations des travailleurs, qui sont à la fois exploités, aliénés, dominés dans la société capitaliste », Autogestion et socialisme, nos 22-23, , p. 9-29 (lire en ligne
) - Pierre Rosanvallon, « Pour une histoire conceptuelle du politique : (Note de travail) », Revue de synthèse, IVe, vol. 107, nos 1-2, , p. 93-105 (lire en ligne
) - Pierre Rosanvallon, « Histoire des idées keynésiennes en France », Revue française d'économie, vol. II, no 4, automne, , p. 22-56 (lire en ligne
) - Pierre Rosanvallon, « L’État au tournant », Revue française d'administration publique, no 61, 1992b, p. 119-125 (lire en ligne
) - Pierre Rosanvallon, « L'esprit de 1995 », Le Débat, no 111, , p. 118-120 (lire en ligne
) - Pierre Rosanvallon, « L’universalisme démocratique : histoire et problèmes »
, sur La Vie des idées, (consulté le ) - Pierre Rosanvallon, « Penser le populisme »
, sur La Vie des idées, (consulté le ) - Pierre Rosanvallon, « D'une théorie de la justice à une philosophie de l'égalité », Le Débat, no 169, , p. 142-146 (lire en ligne
)
Ouvrages
- Pierre Ranval (pseudonyme de Pierre Rosanvallon), Hiérarchie des salaires et lutte des classes, Paris, Éditions du Cerf, coll. « Objectifs »,
- Pierre Rosanvallon, L'Âge de l'autogestion : Ou la politique au poste de commandement (Nouvelle édition), Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points / Politique », 1977a (1re éd. 1976)
- Pierre Rosanvallon et Patrick Viveret, Pour une nouvelle culture politique, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Intervention », 1977b
- Pierre Rosanvallon, Le Capitalisme utopique : Histoire de l'idée de marché (Nouvelle édition), Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points / Essais », 1999a (1re éd. 1979)
- Pierre Rosanvallon, La Crise de l’État-providence (Nouvelle édition), Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points / Essais », 1992a (1re éd. 1981)
- Pierre Rosanvallon, Misère de l’économie, Paris, Éditions du Seuil,
- Pierre Rosanvallon, Le Moment Guizot, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des sciences humaines »,
- Pierre Rosanvallon, La Question syndicale : Histoire et avenir d'une forme sociale (Nouvelle édition augmentée), Paris, Hachette Littératures, coll. « Pluriel », 1999b (1re éd. 1987)
- François Furet, Jacques Julliard et Pierre Rosanvallon, La République du centre : La fin de l’exception française (Édition augmentée), Paris, Hachette, coll. « Pluriel », (1re éd. 1988)
- Pierre Rosanvallon, L’État en France : De 1789 à nos jours, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points / Histoire », (1re éd. 1990)
- Pierre Rosanvallon, Le Sacre du citoyen : Histoire du suffrage universel en France, Paris, Gallimard, coll. « Folio / Histoire », (1re éd. 1992)
- Pierre Rosanvallon, La Monarchie impossible : Les Chartes de 1814 et 1830, Paris, Fayard, coll. « Les constitutions françaises »,
- Pierre Rosanvallon, La Nouvelle Question sociale : Repenser l’État-providence, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points / Essais », 1998a (1re éd. 1995)
- Jean-Paul Fitoussi et Pierre Rosanvallon, Le Nouvel Âge des inégalités, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points / Essais », 1998b (1re éd. 1996)
- Pierre Rosanvallon, Le Peuple introuvable : Histoire de la représentation démocratique en France, Paris, Gallimard, coll. « Folio / Histoire », (1re éd. 1998)
- Pierre Rosanvallon, La Démocratie inachevée : Histoire de la souveraineté du peuple en France, Paris, Gallimard, coll. « Folio / Histoire », 2003a (1re éd. 2000)
- Pierre Rosanvallon, Pour une histoire conceptuelle du politique : Leçon inaugurale au Collège de France faite le jeudi 28 mars 2002, Paris, Éditions du Seuil, 2003b (1re éd. 2002)
- Pierre Rosanvallon, Le Modèle politique français : La société civile contre le jacobinisme de 1789 à nos jours, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points / Histoire », (1re éd. 2004)
- Pierre Rosanvallon, La Contre-démocratie : La politique à l'âge de la défiance, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points / Essais », (1re éd. 2006) (lire en ligne
) - Pierre Rosanvallon, La Légitimité démocratique : Impartialité, réflexivité, proximité, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points / Essais », (1re éd. 2008) (lire en ligne
) - Pierre Rosanvallon, La Société des égaux, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points / Essais », (1re éd. 2011)
- Pierre Rosanvallon, Le Bon gouvernement, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points / Essais », (1re éd. 2015)
- Pierre Rosanvallon, Notre histoire intellectuelle et politique : (1968-2018), Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points / Essais », 2020b (1re éd. 2018) (lire en ligne
) - Pierre Rosanvallon, Refonder la démocratie pour le bien public ?, Toulouse, Privat,
- Pierre Rosanvallon, Le Siècle du populisme : Histoire, théorie, critique, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points / Essais », (1re éd. 2020) (lire en ligne
) - Pierre Rosanvallon, Les Épreuves de la vie : Comprendre autrement les Français, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points / Essais », (1re éd. 2021) (lire en ligne
) - Pierre Rosanvallon, Les Institutions invisibles, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points / Essais », (1re éd. 2024) (lire en ligne
)
Divers
Entretiens
- Marion Carrel, Charles Girard et Julien Talpin, « Écrire une histoire générale de la démocratie : Entretien avec Pierre Rosanvallon », Participations, no 1, , p. 335-347 (lire en ligne
) - Patrick Fridenson et Madeleine Rebérioux, « Citoyenneté politique et citoyenneté sociale au XIXe siècle : Entretien avec Pierre Rosanvallon », Le Mouvement social, no 171, , p. 9-30 (lire en ligne
) - Laurent Godmer et David Smadja, « Entretien avec Pierre Rosanvallon », Raisons politiques, no 44, 2011b, p. 173-199 (lire en ligne
) - Philippe de Lara, « L'opinion et la représentation dans la démocratie moderne : Entretien avec Pierre Rosanvallon », Pouvoirs Locaux, no 3, , p. 72-77 (lire en ligne
) - Igor Martinache, « L’histoire politique n’est pas seulement faite d’idées et d’intérêts : Entretien avec Pierre Rosanvallon », Idées économiques et sociales, no 195, , p. 40-52 (lire en ligne
) - Muriel Rouyer, « Sur quelques chemins de traverse de la pensée du politique en France : Entretien avec Pierre Rosanvallon », Raisons politiques, no 1, , p. 49-62 (lire en ligne
)
Travail éditorial
- La République des idées (préf. Pierre Rosanvallon et Thierry Pech), La nouvelle critique sociale, Paris, Éditions du Seuil — Le Monde, coll. « La République des idées »,
- Pierre Rosanvallon (dir.), Refaire société, Paris, Éditions du Seuil, coll. « La République des idées »,
- Pierre Rosanvallon (dir.), Le Parlement des invisibles : Déchiffrer la France (Édition augmentée et mise à jour), Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points / Essais », 2020a (1re éd. 2014) (lire en ligne
) - Pierre Rosanvallon (dir.), Science et démocratie, Paris, Odile Jacob, coll. « Collège de France », (lire en ligne
)
Distinctions
Récompenses
- Prix Marie-Eugène Simon-Henri-Martin de l’Académie française en [Ba 88]
- Spinozalens de la Stichting Internationale Spinozaprijs en [Ba 89]
- Bielefeld Science Award de l'université de Bielefeld en [Ba 90]
- Prix Jean-Zay du Cercle Jean Zay en [Ba 91]
Titres honorifiques
- Docteur honoris causa de l'université Queen Mary de Londres en [Ba 92]
- Professeur honoris causa de HEC Paris en [réf. nécessaire][Ba 93]
- Docteur honoris causa de l'université de Neuchâtel en [Ba 94]
- Docteur honoris causa de l'université nationale de Rosario en [Ba 95]
- International Fellow de la British Academy en [Ba 96]
Décoration
Officier de la Légion d'honneur le [Ba 97] (Chevalier de la Légion d'honneur le )