La bataille de Ballée se déroula lors de la Chouannerie. Elle vit l'attaque du bourg de Ballée par les Chouans le 28 vendémiaire an VIII / 20 octobre 1799. C'est un épisode marquant des guerres de Vendée et de la Chouannerie en Mayenne, opposant les forces républicaines aux troupes royalistes commandées par le comte Louis de Bourmont. Ce siège, qui vit la victoire des républicains, illustre la résistance acharnée des habitants de Ballée, petit bourg devenu un symbole de la lutte pour les idéaux révolutionnaires dans une région majoritairement royaliste[2].
Dès 1790, Ballée se distingue par son engagement révolutionnaire. La garde nationale locale, dirigée par Pierre Nicolas (dit Nicolas de Bel Air), prête le serment civique sur l’autel de la patrie dès le [2]. Le vicaire Chollière, devenu maire, et Pierre Nicolas, chirurgien major puis juge de paix, animent la vie politique et militaire du bourg[2]. Ballée accueille les réfugiés républicains des paroisses voisines, se fortifie, et devient une cible privilégiée des Chouans, qui cherchent à l’isoler et à la détruire[2].
La Bataille de Ballée (20 octobre 1799)
Prélude et préparation
En 1799, Ballée est un îlot républicain cerné par les forces royalistes[2]. Après son succès au Mans, Louis de Bourmont, général des Chouans de l'Armée catholique et royale du Maine décide de prendre le bourg patriote de Ballée, que les habitants ont fortifié. Les Chouans désiraient depuis longtemps réduire ce poste, mais en avaient été chaque fois empêchés à cause de leur manque d'artillerie. Or, ils se sont emparés de 8 canons au Mans, néanmoins, Bourmont décide de n'en conserver qu'un seul pour attaquer le bourg[1].
Le général Louis de Bourmont, à la tête des Chouans, décide d’attaquer le bourg, retranché et défendu par une garnison républicaine et des habitants déterminés. Pierre Nicolas, juge de paix, et le commandant Roger organisent la défense, transformant chaque maison en forteresse[2].
Déroulement du siège
Le , Louis de Bourmont somme Ballée de se rendre. Au nom du roi, il demande aux habitants de Ballée de se rendre et remettre leurs armes, sous peine de voir brûler leurs maisons, et d'être passés au fil de l'épée: «Quartier de Boissay, 20 octobre, l'an 5e du règne de Louis XVIII»[3]. Les républicains refusent[2]. Malgré les observations de Claude-Augustin de Tercier, il ordonne l'attaque en plein midi, contre une population toute entière en armes, appuyée de quatre-vingts chasseurs de la 6e demi-brigade d'infanterie légère, tous solidement retranchés et embusqués à toutes les fenêtres[3].
Les Chouans sont devant Ballée, ils décident d'abord d'ouvrir le feu avec leur canon. Mais les servants sont inexpérimentés et la pièce étant mal positionnée, les roues sont bloquées dans un sillon sans prendre en compte le recul dû à l'effet du tir. Aussi, dès le premier coup de canon, la porte du fort est emportée mais l'essieu du canon se brise, rendant la pièce inutilisable. Les Républicains postés dans l'église s'en aperçoivent et portent la nouvelle aux autres défenseurs, ce qui les encourage[1].
Les Chouans, au nombre de 2 000 à 3 000, cernent le bourg[2]. Bourmont donne alors l'ordre d'incendier les maisons où sont retranchés les républicains à l'aide de torches. Les Chouans menés par l'adjudant-général de Gardet et son aide de camp, de Guéfontaine, passent à l'attaque. Plusieurs maisons situées à l'extérieur de l'enceinte sont incendiées mais les défenseurs ne se démoralisent pas et n'entendent pas se rendre. Les républicains, retranchés, résistent farouchement[2].
Les femmes, dont Louise Foulon, jouent un rôle actif, haranguant les combattants et soignant les blessés[2]. Beaucoup de Chouans tombent, fauchés par les tirs des Républicains. Finalement, Bourmont donne finalement l'ordre de battre en retraite[1]. Après plusieurs heures de combat, les Chouans se retirent, laissant derrière eux des morts et des blessés. Ballée est sauvée, mais quinze maisons sont incendiées[2]. Bourmont se retira le premier, un corps de cinq cents Bretons le suivit. Tercier, qui était sur la rive gauche, attendit la nuit pour faire sa retraite au château de Linières[3].
Les Républicains n'ont que 3 blessés, en revanche les pertes des Chouans sont lourdes; 12 hommes sont tués et 300 blessés selon La Frégeolière, parmi lesquels 232 moururent des suites de leurs blessures dans les six mois qui suivirent[4]. M. de Guéfontaine, ami de Tercier, fut tué[3].
Pierre Nicolas, juge de paix, adressa au département un rapport où il citait, parmi ceux qui s'étaient distingués, les deux Pageot, Bonneau, réfugiés de la Vendée, et Jean Souprou, chasseur[3].
Bilan et conséquences
Pertes matérielles: Pierre Nicolas, propriétaire, subit des dégâts estimés à 4 600 livres.
Victoire symbolique: Ballée devient un exemple de résistance républicaine, célébré dans des chansons et des récits.
Reconnaissance: Le préfet accorde une indemnité aux victimes, et la légende de Ballée se perpétue dans la mémoire locale.
Postérité et mémoire
La Bataille de Ballée est commémorée comme un symbole de la résistance républicaine face à la contre-révolution. Pierre Nicolas et Louise Foulon, par leur engagement, incarnent l’idéal révolutionnaire dans une région hostile[2]. Leur histoire, transmise par des chansons et des récits, reste un témoignage de la lutte pour la liberté et l’égalité pendant la Révolution française[2].
Pierre Nicolas et Louise Foulon: biographies
Pierre Nicolas (1749–1804)
Origines et formation
Pierre Nicolas naît en 1749. Chirurgien major de vaisseau, il s’installe à Ballée en 1771 avec son épouse, Louise Foulon[2]. Il exerce d’abord comme chirurgien et accoucheur, avant de s’engager activement dans la Révolution française[2].
Rôle politique et militaire
1790: Commandant de la garde nationale de Beaumont-Pied-de-Bœuf, il prend le titre de «colonel Nicolas de Bel Air»[2].
1793: Nommé secrétaire-greffier, puis juge de paix, il est chargé des inventaires et ventes des biens des émigrés, prêtres insermentés et condamnés[2].
1794–1799: Il organise la défense de Ballée, coordonne les approvisionnements, et joue un rôle clé dans la résistance aux attaques chouannes[2].
1799: Pendant la Bataille de Ballée, il surveille les opérations, rédige les procès-verbaux, et anime la résistance des habitants[2].
Fin de carrière et héritage
En 1800, la suppression du canton de Beaumont-Pied-de-Bœuf met fin à sa carrière de juge de paix[2]. Il se retire à Grez-en-Bouère, où il meurt en 1804[2]. Son engagement républicain, son courage, et son rôle dans la défense de Ballée en font une figure locale majeure de la Révolution française[2].
Louise Foulon (1741–1840)
Origines et engagement
Louise Foulon, épouse de Pierre Nicolas, est une sage-femme réputée[2]. Elle participe activement à la vie publique et révolutionnaire de Ballée, signant des procès-verbaux et animant les fêtes républicaines[2].
Rôle pendant le siège
Lors de l’attaque de 1799, elle est décrite comme une figure menaçante et inspirante, versant «la vertu comme l’ivresse» aux combattants, et menaçant les défaillants[2]. Son engagement est tel qu’elle devient une légende locale, symbole de la résistance féminine pendant la Révolution française[3]. L'Abbé Angot la désigne comme la virago patriote de Ballée[3].
Fin de vie
Elle survit longtemps à son mari, mourant en 1840 à l’âge de 99 ans[2]. Jusqu’à la fin, elle reste fidèle aux idéaux républicains, tout en réintégrant la pratique religieuse sous le Premier Empire[2].
Pierre Voisin, Un juge de paix sans-culotte, Pierre Nicolas de Bel Air et les bleus de Ballée (1771-1805), Impr. A. Bourg (La Chatre), 1932, 30 p.; in-8. Voir en ligne
123456789101112131415161718192021222324252627Pierre Voisin, Un juge de paix sans-culotte, Pierre Nicolas de Bel Air et les bleus de Ballée (1771-1805), Impr. A. Bourg (La Chatre), 1932, 30 p.; in-8.
↑Société d'archéologie et d'histoire de la Mayenne, Bulletin de la Commission historique et archéologique de la Mayenne, Imprimerie de L. Moreau (Laval), (lire en ligne), p.371, 372, 373