Droits des femmes pendant le franquisme et la Transition

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Les droits des femmes dans l'Espagne franquiste (1939-1975) et pendant la Transition démocratique (1975-1985) sont très limités : le régime franquiste met immédiatement en place des mesures draconiennes contre l'égalité femmes-hommes issue de la République (1931-1939), après sa victoire par la force après la guerre d'Espagne (1936-1939).

La dictature ôte aux femmes toute autonomie, les rendant légalement dépendantes de leur mari, de leur père ou de l'État. Les réformes modérées ne commencent que dans les années 1960, et les plus substantielles ont eu lieu après la mort de Franco en 1975 et pendant la transition démocratique qui suit.

Ainsi, la liberté d'association est un droit supprimé pour les femmes. Franco interdit tous les syndicats et partis politiques à son arrivée au pouvoir en 1939. Les groupes de femmes et les organisations féministes recommencent malgré tout à surgir dans les années 1960. C'est en 1964 qu'une plus grande liberté d'association a commencé, mais le véritable changement ne s'est produit qu'en 1978, lorsque la loi a permis l'existence d'associations féministes. Un an avant, en 1977, la création de syndicats a été autorisée. Pendant le franquisme, la censure affectait autant la représentation de la femme dans les médias que la production des écrivaines. Il y avait des façons de la contourner, mais la censure affectait négativement une grande partie du travail des femmes et des premières féministes espagnoles. Les opportunités professionnelles des femmes dans la période franquiste étaient très limitées. Il leur faut la permission de leur tuteurs masculins pour travailler et elles sont légalement exclues de nombreuses professions. Les réformes légales dans ce domaine ne débutent que dans les années 1960 à cause des besoins économiques.

Après la mort de Franco, femmes et féministes ont suivi avec grand intérêt le processus de création d'une nouvelle constitution espagnole mais, bien qu'elles aient été un groupe fortement réprimé pendant le régime. Elles sont complètement exclues du processus. Les décisions prises ignorent donc les droits des femmes, les ont utilisent comme capital politique ou les laissent pour plus tard.

Ce n'est que dans la partie finale du processus de Transition que participe une femme, María Teresa Revilla, de l'UCD.

En 1981, Soledad Becerril est nommée ministre du gouvernement espagnol. Elle est la première femme ministre en Espagne depuis la Seconde République[1].

Les piliers d'une Nouvelle Espagne pendant le franquisme ont été le national-syndicalisme et le national-catholicisme[2]. Le franquisme a supposé une régression extrême pour les droits des femmes, de sorte qu'elles n'avaient pas de droits et leur situation était plus régressive que celle des femmes dans l'Allemagne nazie sous Hitler, mais elles avaient en revanche des obligations civiles et ne pas s'y conformer était un délit[3]. De nombreuses lois imposées par le régime avaient leurs racines dans les lois espagnoles du XIXe siècle et traitaient les femmes comme si leur sexe était un handicap[4]. Le statut légal des femmes revenait souvent à celui qui avait cours dans le Code civil napoléonien, instauré pour la première fois dans la législation espagnole lorsqu'avait été promulgué le Code Civil espagnol en 1889. La période qui a suivi la guerre civile a vu le retour de lois qui mettaient les femmes sous tutelle. Elles dépendaient de leurs maris, pères et frères pour pouvoir travailler en dehors de leur domicile[5],[6]. Elles devaient avoir une permission pour réaliser des activités basiques, comme solliciter un emploi, ouvrir un compte bancaire ou partir en voyage. Pendant le franquisme, la loi autorisait les maris à tuer leurs épouses s'ils les surprenaient dans un acte d'adultère[7]. Toute la législation approuvée en Espagne entre 1936 et 1941 qui n'eût pas été décrétée par Franco fut abolie en 1941[8].

Pilar Primo de Rivera est souvent considérée, à l'intérieur du régime, comme une personne fondamentale pour induire Franco à assouplir les contraintes imposées aux femmes dans les années 50 et 60. En 1969, lors du congrès de la Fédération Internationale des Femmes dans les Carrières Juridiques, María Telo Núñez a présenté à Madrid un exposé sur les droits de la femme dans le Code Civil espagnol. Cette présentation a inspiré la création, en 1971, de l'Association Espagnole de Femmes Juristes. L'objectif de ce groupe était de réformer le droit de la famille, ce qui a été fait par les modifications du [9].

L'intention d'organiser l'Année Internationale de la Femme a été annoncée par l'Organisation des Nations unies en 1972. La Section Féminine de la Phalange a lancé alors une campagne politique pour être l'organisation de référence pour les plans des Nations unies concernant la femme. Faute d'une autre organisation capable de le faire, le gouvernement a accepté et a publié sa décision par le Décret 950/1974. Le régime a suivi avec des déclarations sur des projets de réformer ou éliminer des lois qui enlevaient aux femmes leurs responsabilités[4],[10].

Le gouvernement de Carlos Arias Navarro a dit en 1974, à la veille de l'Année Internationale de la Femme, que l'Espagne avait besoin d'un «féminisme espagnol authentique et bénéfique», un féminisme qui eût des origines espagnoles et fût dénué d'influences étrangères. Il ne devait pas procéder de «communautés de traditions bien différentes des nôtres ou qui se trouvent dans un état de développement très différent». C'était probablement une manière pour Arias Navarro d'indiquer son soutien à Section Féminine et non à d'autres féministes espagnoles qualifiées de l'époque telles que Mercedes Formica et María Anges Durán. A l'occasion de l'Année de la Femme, le gouvernement a créé huit commissions pour étudier la situation de la femme espagnole: «L'Année Internationale de la Femme aux Nations unies et dans les organismes internationaux», «Analyses de la situation de la femme inadaptée et marginalisée», «Femme et assistance sociale», «Femme et travail», «Femme dans l'éducation et dans la culture», «Femme dans le développement socio-économique», «La femme et la famille» et «La femme dans la communauté civile sociale et politique». Le gouvernement a utilisé les rapports de ces commissions pour élaborer deux rapports qui ont été publiés en 1975. Ils étaient intitulés La situation de la femme en Espagne et Mémoire de l'Année Internationale de la Femme[11]. L'avocate María Telo a joué un rôle important dans l'assouplissement juridique des restrictions pour les femmes en . Le régime a permis la levée de certaines contraintes dans une tentative de changer son image internationale à l'occasion de l'Année Internationale de la Femme des Nations unies de 1975[12].

Bien qu'il y ait eu quelques réformes modérées avant la mort de Franco, à sa mort les femmes manquaient encore de nombreux droits. Elles ne pouvaient toujours pas obtenir un emploi sans la permission du père ou du mari, ouvrir leur propre compte bancaire, posséder des propriétés à leur nom sans autorisation de leur père ou mari, obtenir un passeport sans permission ou voyager sans permission[13],[14].

Dans la période immédiatement postérieure au franquisme, les féministes ont réussi à dépénaliser l'adultère, le divorce, l'avortement avant trois mois et certaines formes de contrôle de la natalité[15]. Le traitement des droits des femmes lors de la transition démocratique a aligné l'Espagne avec les autres gouvernements européens de l'époque. L'influence européenne a été positive dans cette période en assurant que le débat sur les droits des femmes eût lieu[16].

Association

Le régime franquiste a interdit tous les partis politiques et syndicats en 1938. La seule organisation autorisée était la Phalange, fondée par José Antonio Primo de Rivera en 1933. Cette interdiction concernait aussi bien l'Union générale des travailleurs (UGT) que le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), dont l'UGT est proche[8],[17].

La loi sur l'ordre public de 1959 a été promulguée pour empêcher que les citoyens protestent, en punissant économiquement les organisateurs des manifestations. Des amendes allant jusqu'à 500 000 pesetas pouvaient être infligées pour avoir organisé des manifestations non autorisées. La loi a eu un effet dissuasif sur ceux qui prétendaient exprimer leur opposition au régime. À la suite de cette loi, le tribunal de l'ordre public (TOP) est créé en , avec l'intention de punir toute personne ou association qui affecterait l'ordre public. Cela valait pour les interruptions de travail et les grèves, ainsi que n'importe quelle tentative de bloquer les voies publiques ou désobéir aux fonctionnaires publics qui feraient disperser les foules. Les sanctions pouvaient être imposées par les maires, les gouverneurs civils, le ministre de l'Intérieur et le Conseil des ministres. Les amendes pouvaient augmenter de 50 % si les participants présumés avaient des antécédents policiers ou judiciaires[18]. L'Organisation syndicale espagnole (OSE), dirigée par la Phalange, était la seule structure syndicale autorisée. Les femmes n'en faisaient généralement pas partie. Toutefois, lorsqu'elles le faisaient, les femmes phalangistes travaillaient aux côtés de femmes socialistes et communistes et servaient de source d'opposition au régime[19].

À partir des années 1960 des groupes de femmes et organisations féministes ont commencé à émerger, parmi lesquels des groupes universitaires, des associations de femmes juristes et des organisations clandestines de femmes ayant une activité politique[15]. Les associations de femmes étaient tolérées par le régime mais n'étaient pas totalement légales. Le changement intervient en 1964 lorsque les associations de femmes ont été légalement autorisées. Les associations féministes ont été légalement autorisées à partir de 1978, un an après que le Parti communiste d'Espagne (PCE) a été légalisé. En 1974 et 1975, il n'existait pas d'associations de femmes de plein droit, car le gouvernement exigeait qu'elles rassemblent plus de 19 membres et l'Église catholique continuait à essayer de décourager la reconnaissance officielle de ces associations[15]. Le Mouvement démocratique des femmes de Catalogne s'est réuni pour la première fois en 1963. Elles ont organisé leur première assemblée générale en 1965 en réunissant des femmes de toute l'Espagne pour constituer le Mouvement démocratique des femmes (MDM). Alors que l'organisation catalane a disparu en 1969, elle a continué à fonctionner principalement à Madrid, en Galice et à Valence[20]. Le Parti Féministe n'a été légalisé qu'en 1981. Il s'était constitué légalement en 1979, mais n'a obtenu la reconnaissance légale du gouvernement comme parti politique que deux ans plus tard[21].

La mort de Franco en 1975 a permis aux femmes de sortir de la clandestinité. Cela a conduit à la création massive d'organisations féministes[15].

La réforme politique entreprise par le président du gouvernement Adolfo Suárez a reconnu la liberté d'association syndicale. Dans la pratique, cela s'est traduit par la disparition des syndicats franquistes. Paradoxalement, Adolfo Suárez avait été ministre-secrétaire général du Mouvement jusqu'à sa nouvelle nomination. Le , le gouvernement a créé l'Administration institutionnelle des Services socio-professionnels (AISS), rattachée à la présidence du gouvernement et chargée d'administrer les propriétés et les archives de l'OSE. Le , le droit d'association a été formellement reconnu. Un décret du a aboli l'affiliation syndicale obligatoire.

Censure

La censure est devenue une nouvelle réalité pour beaucoup d'écrivaines dans l'Espagne franquiste. Les maisons d'édition étaient sujettes au contrôle gouvernemental. L'Église Catholique exerçait une grande influence sur ce qui pouvait être publié[22]. Les représentations de femmes ont été censurées par les médias dans l'Espagne franquiste[23]. Le suicide, l'avortement, la nudité, la consommation de drogues, l'alcool et l'alcoolisme étaient des thèmes tabous qui méritaient la censure du régime[24],[25]. À partir de 1962, la censure dans toute l'Espagne a commencé à se relâcher officiellement. Quatre ans plus tard, en 1966, d'autres changements l'ont assouplie[22].

L'une des façons, pour les journalistes, de contourner la censure était d'éviter la critique directe de Franco et des militaires[26]. Des universitaires comme Michael Ugarte suggèrent que la censure peut avoir été fructueuse pour certains écrivains, car elle obligeait à "aiguiser les outils traditionnels de l'écrivain: ironie, allusion, ambiguïté, association, signification multiple et autres dispositifs qui améliorent la sophistication de l'écriture et sa réception de la part du lecteur"[27].

Les revues enfantines et féminines ont été fortement censurées par le régime franquiste[28]. Parmi les auteures qui ont été confrontées à la censure se trouvaient des écrivaines étrangères comme Nadine Gordimer, Marguerite Duras, Doris Lessing, Dacia Maraini, Mary McCarthy, Carson McCullers, Nathalie Sarraute et Mary Wollstonecraft[29]. Les écrits de Frederica Montseny et Dolores Ibárruri ont été spécialement ciblés par les censeurs et le régime s'est acharné sur les deux femmes, qui avaient fui à l'étranger pour leur sécurité. Malgré ses inclinations à gauche, Carmen Conde a pris soin d'essayer de représenter toutes les victimes de la Guerre civile espagnole dans l'édition en espagnol de 1967 de Tandis que les hommes meurent dans le volume Oeuvre poétique pour éviter le risque de censure de son oeuvre par le gouvernement[22].

Malgré la levée de la censure, de nombreux textes traduits continuèrent à contenir des versions censurées jusqu'au milieu des années 2010. Ceci inclut le film Mogambo de 1953, avec Grace Kelly et Clark Gable où, dans la version doublée en espagnol, mari et femme étaient remplacés par un frère et une soeur pour éviter de représenter l'adultère dans le film et des parties entières avaient été éliminées. Cette censure existe toujours dans les versions doublées en espagnol[30].

Emploi

La politique du régime franquiste quant à la femme a représenté un énorme recul par rapport aux politiques de la République, pour imposer le modèle traditionnel de famille catholique basé sur la totale subordination de la femme au mari et réduire de nouveau son espace au milieu domestique ainsi que l'avait proclamé le Fuero del Trabajo de 1938, afin de «libérer la femme mariée de l'atelier et de l'usine»[31]. Ceci a gêné l'accès des femmes à l'éducation et à la vie professionnelle et a aboli ou restreint ses droits dans la sphère publique comme dans le domaine privé. Un exemple de ce recul a été le retour de Franco au Code Civil de 1889 et à l'ancienne Loi de Procédure Criminelle qui sanctionnaient l'infériorité juridique de la femme[32].

Dans la décennie 1940, plusieurs professions étaient interdites aux femmes, notamment la magistrature, la diplomatie, le notariat, l'administration des douanes, la profession d'agent de change et la médecine des prisons. Le travail principal des femmes était celui de maîtresse de maison[8]. De nombreux obstacles furent mis au travail des femmes, spécialement des femmes mariées, et des restrictions furent imposées à leur inscription sur les registres d'embauche et à l'autorisation de leur mari pour qu'elles soient embauchées. De plus, de nombreuses directives professionnelles stipulaient que la femme, une fois mariée, devait abandonner son poste de travail, avec une compensation financière. Ce «supplément familial», établi en 1945, était une aide économique dont l'objectif était de «renforcer la famille et sa tradition chrétienne, société parfaite et fondement de la Nation». Par ailleurs, la loi empêchait l'accès de la femme à une grande partie des corps de l'administration publique, spécialement les corps supérieurs, comme avocate de l'Etat, juge, procureur, registre foncier, inspecteur du travail, etc, en plus de ceux cités ci-dessus[31].

En 1961 la discrimination à l'emploi pour des raisons de genre a été interdite, avec des exceptions pour la magistrature, les forces armées et la marine marchande. Les réformes ont aussi imposé que soit légalement garanti aux femmes le même salaire que celui de leurs homologues masculins, dans le cadre de la Loi sur les Droits Politiques, Professionnels et de Travail du [8]. Une réforme légale de 1963 a stipulé que les chefs d'entreprise ne pouvaient plus licencier les femmes parce qu'elles étaient mariées. Cependant, la loi continuait à exiger que les femmes aient la permission de leur mari pour travailler[33].

Constitution espagnole de 1978 et transition démocratique

Voir aussi

Références

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