Féminisme en Belgique
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Le féminisme en Belgique nait au XIXe siècle dans un pays, de tradition majoritairement catholique, où les femmes n'ont quasiment pas d'indépendance sociale car la plupart sont soumises légalement à la puissance paternelle ou maritale ; les adultes célibataires vivent de leur héritage ou, le plus souvent, d'un travail souvent ouvrier et dont les revenus sont systématiquement inférieurs à ceux des hommes. Le féminisme y débute dans la 2de moitié du siècle par l'action de bourgeoises et d'ouvrières, puis s'y développe par vagues au cours des siècles suivants.

Après la révolution de 1789, dont l'une des rares héroïnes reconnues fut la « Belle Liégeoise » Anne-Josèphe Théroigne, féministe avant l'heure, l'État français envahit et annexe le territoire de l'actuelle Belgique. Il y applique son Code civil qui exclut les femmes de la vie publique. Elles ont peu de droits, vivent « sans salaires, sans aides sociales, dans le mépris et l’isolement »[1]. L'article 340 qui interdit toute recherche de paternité, sauf en cas d'enlèvement, laisse à la seule femme toutes les conséquences qui découlent d’une grossesse hors mariage : mépris et rejet social, problèmes financiers supplémentaires ; l'interruption de grossesse étant interdite, la fille-mère est souvent réduite à l'avortement, l'infanticide, l'abandon d'enfant, la prostitution, voire au suicide[2],[3].

En matière d'instruction, filles et garçons ont pour professeurs des prêtres ou des sœurs, généralement catholiques. Les enfants pauvres fréquentent peu l'école.
De 1815 à 1830, ces territoires « belges », perdus par la France, sont joints à la Principauté souveraine des Pays-Bas unis pour former le Royaume uni des Pays-Bas. La situation sociale y reste quasiment identique mais chaque commune se voit pourvue d'une école dépendant de l'État ; l'Église catholique conserve son réseau d'enseignement.
Suite à la révolution de 1830, la Belgique devient indépendante. Les femmes n'y jouissent ni du droit de vote ni de la participation politique. Le pays hérite d'un passé majoritairement empreint de catholicisme mais, la Constitution belge établissant que la liberté de religion est garantie, il sera combattu par les francs-maçons du Grand Orient de Belgique, par les membres du parti politique libéral et par les partisans de la laïcité.
Les deux réseaux d'écoles, le public et le catholique, s'affrontent et deux guerres scolaires auront lieu, la première au XIXe siècle, la seconde au XXe siècle. L'enseignement constitue l'une des priorités des premières féministes belges.
Pionnières du XIXe siècle : une approche spécifique

« Il est courant de parler de « vagues féministes » qui se succéderaient au fil du temps. En réalité, il n'en est rien. Il s'agit plutôt de courants qui se superposent et sont porteurs de nouvelles revendications et surtout de nouveaux modes revendicatifs. Chaque génération construit son féminisme, en partie sur les victoires de la précédente, qu'elle considère comme des acquis « allant de soi », d'où des ruptures de filiation et des malentendus. »
— Encyclopédie d'Histoire des Femmes. Belgique, XIXe et XXe siècles, 2012, p. 205.
Le féminisme naissant en Belgique est différent d'ailleurs : alors que dans d'autres pays, le droit à l'égalité politique semble prioritaire pour les femmes, c'est l'égalité économique et civile qui va l'être pour les Belges.
S'il débute en Belgique par l'adhésion à un programme politique égalitaire à l'image du socialisme de Saint-Simon et Fourier, il reste confiné à une élite de jeunes femmes bourgeoises menée par Zoé de Gamond, fouriériste désillusionnée par expérience, qui se détourne de ce programme pour avoir constaté que la sujétion des femmes dépend moins des lois que des mœurs car « ce sont les femmes qui font le plus de mal aux femmes. Ce sont les femmes leurs propres ennemies, qui façonnent les chaînes dont elles se chargent, qui entretiennent les préjugés dont elles se tyrannisent » publie-t-elle en 1832. Modifier cette situation passe par une mise à niveau intellectuel avec les hommes, et donc par l'enseignement, domaine auquel elle va travailler alors même qu'un homme, Lucien Jottrand, plaide en vain de son côté pour l'égalité politique des deux sexes par le suffrage universel. Dans son dernier livre paru en 1848, L'Organisation du travail par l'éducation nationale, Zoé explicite les thèmes qui seront caractéristiques du premier temps du féminisme belge : la réorganisation des classes et des rapports de travail qui impliquent la refonte des liens sociaux, l'aspect politique y étant mineur[4]. Ce début spécifique du féminisme en Belgique, dont Zoé devient pionnière[5], se différencie donc de celui des autres pays[6].
Avec son amie Eugénie Poulet[N 1], Zoé de Gamond a fondé en une école gratuite pour jeunes filles et femmes de la classe ouvrière (qui comptera plus de 150 élèves en octobre suivant), et dès mars une école normale à destination de « ces jeunes personnes sans fortune, appartenant à des familles respectables, qui, faute de trouver les moyens d'acquérir gratuitement de l'instruction, croupissent dans l'ignorance la plus avilissante » de façon à former de nouvelles enseignantes. Littérature française, composition et italien y sont donnés par Zoé ; histoire, géographie et géométrie par Eugénie tandis qu'une autre jeune femme, Mlle Abas, donne les cours d'arithmétique et de « tenue des livres »[4].
Comme elles, d'autres femmes affirment, au milieu du siècle, que l'éducation des filles est essentielle à l'égalité politique et intellectuelle[7]. Cette éducation leur apparaît comme le moteur essentiel de l'émancipation féminine et d'un changement des mentalités[8]. Le mouvement féministe va donc créer des écoles professionnelles et secondaires pour les filles car, en 1849, 10 pensionnats seulement sont reconnus comme instituts de formation pour les institutrices, le plus haut niveau d'étude accessible aux femmes[1].
Deux femmes se distinguent : Léonie de Waha et Isabelle Gatti de Gamond, la fille de Zoé qui a épousé en 1835 Jean Baptiste Gatti. Elles vont former de nouvelles « élites féminines », celles instruites par Isabelle Gatti étant surnommées « gatticiennes »[9].
- Léonie de Waha.
- Isabelle Gatti de Gamond.
En 1861, Isabelle Gatti de Gamond lance la revue L'Éducation de la femme[10] ; en , elle ouvre le « Cours d'éducation pour jeunes filles » à Bruxelles : c'est le premier établissement d’enseignement moyen officiel pour filles en Belgique[11]. Léonie de Waha s'en inspire et crée, en 1868, à Liège, son « Institut supérieur libre de Demoiselles » qui organise des cours de niveau primaire et secondaire, dans un réel pluralisme philosophique ; professeurs et élèves de l'établissement se voient, en conséquence, excommuniés par l'évêque de Liège Théodore de Montpellier. En 1879, l'une des collaboratrices d'Isabelle Gatti, l'enseignante Henriette Dachsbeck, ouvre une nouvelle école secondaire à Bruxelles.
De ces institutions, sortiront les premières militantes féministes du XIXe siècle[12].
Dans le dernier quart de ce siècle, les femmes peuvent théoriquement accéder aux cours universitaires. En 1880, l'Université libre de Bruxelles (ULB) ouvre des cours aux femmes ; l'Université de Liège (ULg) en 1881, l'Université de Gand (UGent) en 1882 font de même. Le 1890, une loi donne aux femmes, explicitement, le droit d'accéder à tous les diplômes universitaires, médecine et pharmacie inclus, par son article 52 : « Les femmes peuvent obtenir les grades académiques. Elles peuvent, en outre, jouir des droits qui sont attachés aux grades prévus par les articles 24 et 247 de la présente loi »[13] — mais l’Université catholique de Louvain (UCL) n'acceptera des étudiantes qu’à partir de 1920[14].
Marie Destrée et Sidonie Verhelst seront les premières étudiantes en sciences naturelles, respectivement à l'ULB en 1880 et à l'UGent en 1882 mais ne termineront pas leurs études ; le harcèlement de Sidonie Verhelst par un collègue masculin sera débattu devant le conseil de l'académie. Isala Van Diest obtiendra un doctorat à Berne en sciences naturelles en 1876, et en médecine en 1879 ; suivant ensuite les cours spécialisés d'accouchement et d'opération chirurgicale à l'ULB, elle y est diplômée en médecine, chirurgie et obstétrique en 1883, mais il faudra un arrêté royal spécifique pour qu'elle puisse être la première femme médecin exerçant en Belgique en 1884. Emma Leclercq, spécialiste des sciences naturelles, sera la première étudiante puis diplômée de l'ULB en 1883 et doctorante de l'UGent en 1885. Louise Popelin, diplômée de l'ULB en sciences naturelles, sera, en outre, reçue avec distinction en pharmacie en 1887 ; elle sera la première pharmacienne de Bruxelles.
Vers 1890, le protoféminisme pédagogique se transforme en un mouvement féministe revendicatif[5]. Un des évènements déclencheurs est l'affaire Marie Popelin.

Marie Popelin est institutrice chez Isabelle Gatti, puis dirigeante d'écoles à Bruxelles et à Mons. Elle est la sœur ainée de Louise Popelin, la première pharmacienne de Bruxelles. À 37 ans, en 1883, elle commence des études de droit à l'ULB ; elle les termine en 1888, avec distinction, et devient la première femme belge docteur en droit. En raison de son genre féminin, il lui est interdit de prêter le serment d'avocat et d'exercer publiquement. Défendue et soutenue par l'avocat belge Louis Frank, elle se pourvoit en appels jusqu'à la Cour de cassation qui rend son verdict le , considérant :
- que la profession d'avocat, selon le droit romain et celui de l'ancien régime, est un office viril que la pudicitia (pudicité) imposée par les mœurs à la femme ne permet pas de remplir ;
- qu'il faut éloigner la femme de la profession d'avocat car celui-ci doit pouvoir éventuellement remplacer les juges et officiers du ministère public ce qui implique d'une femme de vingt-cinq ans pourrait être appelée à siéger dans les tribunaux de première instance ;
- qu'admettre les femmes à faire partie de l'ordre des avocats est contraire à l'esprit de la législation ;
- que si la prononciation d'un mot au masculin s'étend généralement aux deux genres, cela veut dire non iamen semper (pas toujours) et que, donc, cette règle n'est pas absolue ;
- qu'en ce qui concerne la profession d'avocat, il est manifeste que les termes des dispositions ne peuvent s'étendre aux deux sexes ;
- que si les lois ne défendent pas de conférer aux femmes le grade de docteur en droit, il ne s'ensuit pas que ce grade permette d'exercer la profession d'avocat ;
- que si, selon les articles 13 et 14 du décret du , un licencié en droit qui veut être avocat doit exhiber son diplôme, « ces articles sont étrangers aux femmes ; que, quand une femme exhibe un diplôme en droit pour être admise à la prestation de serment, la cour d'appel ne peut pas même en examiner la régularité » car ce diplôme obtenu par une femme ne constitue jamais un titre pour être reçu avocat (…)[15]

Marie Popelin ne gagnera jamais le droit de plaider au prétoire, et devra travailler dans le cabinet de confrères.
Égalité économique et civile, la priorité
Naissance des associations
L'affaire Popelin, diffusée dans la presse belge comme étrangère, prouve aux féministes belges « qu'éduquer les filles ne suffit pas, encore faut-il obtenir leur accès à toutes les professions, soit l'égalité au travail et la révision des codes »[16]. Exemple des défis rencontrés par les femmes dans le domaine juridique[17], l'affaire est considérée comme l'origine du féminisme belge[18].
Après avoir assisté à deux congrès féministes parisiens, Marie Popelin fonde en 1892, avec Isala Van Diest, Léonie La Fontaine, Louis Frank et le futur prix Nobel de la paix Henri La Fontaine, la première association féministe, la Ligue belge du droit des femmes (LDBF), laïque, pour défendre les droits des femmes, protéger leurs intérêts, obtenir la modification de lois inégalitaires. La Ligue publie une revue trimestrielle avec actualités féministes, articles juridiques de fond et possède secrétariat permanent et bibliothèque spécialisée. Elle établit des liens dès 1893 avec le Conseil international des femmes (CIF). La priorité est économique et civile : la femme doit pouvoir être financièrement indépendante grâce à son travail dans la profession de son choix et doit échapper à la puissance maritale, ce qui implique l'obligation de réformer le code civil. Les propositions de loi qui en découlent vont concerner l'émancipation juridique et économique des femmes mais non l'égalité politique qui, pour la plupart des féministes belges de ce temps, devrait suivre l'égalité civile[19],[10]. Cette ligue voit Louis Frank conseiller Jeanne Chauvin à l'époque où celle-ci se voit refuser le barreau français : il publie La Femme avocat à Paris en 1898[10].
Dans les années qui suivent naissent la Société belge pour l'amélioration du sort de la femme (ASF) d'Élise Beeckman (1897), l'Union des femmes belges contre l'alcoolisme de Joséphine Nyssens Keelhoff et l'Union des femmes belges pour la paix de Léonie La Fontaine (1899), l'Union féministe belge de Julie Gilain (1902), l'Alliance des femmes contre les abus d'alcool de Marie Parent (1905) et le Conseil national des femmes belges que Marie Popelin crée en 1905 pour pouvoir adhérer au CIF[20] et auquel se joint en 1912 l'Union des femmes de Wallonie présidée par Léonie de Waha avec Marguerite Delchef et Marie Delcourt dans l'équipe dirigeante[21].
Le système politique et social belge étant pilarisé, Louise Van den Plas a créé de son côté, en 1902, le Féminisme chrétien de Belgique (FCB). Du côté des libéraux dans les rangs desquels ont émergé les premières revendications et qui ont soutenu le développement de l'instruction des filles, les structures féministes officielles ne naitront qu'à partir de 1920 et seront encouragées par le parti à se préoccuper principalement des questions sociales[22]. La première association (l'Union des femmes libérales de l'arrondissement de Bruxelles) sera fondée en 1920, sous la présidence de Marthe Boël qui créera aussi la Fédération nationale des femmes libérales.

La conquête de l’égalité civile et économique reste prioritaire et ne va pas sans luttes. Si la Ligue belge du droit des femmes obtient en 1905, après pétition de quelque 800 signatures, une loi obligeant tous les magasins à disposer de sièges où puissent s'asseoir les « demoiselles de magasin » en l'absence de clients[N 2], elle ne réussit pas sa campagne en faveur des « demoiselles de téléphone » dont l'administration publique, sous l'influence des catholiques, freine le recrutement en imposant un examen d’entrée théorique dont la difficulté est disproportionnée à la fonction dans le but « de ne plus engager de femmes dans l’administration ». Elle ne réussit pas non plus, même avec une pétition de près de 6000 signatures à obtenir l’égalité de traitement des institutrices et instituteurs.
Les travaux de la Ligue permettent une avancée sur la condition financière des femmes : deux lois passent en 1900, la première autorisant les femmes mariées à déposer de l'argent à la Caisse d’épargne (ces dépôts étant protégés des créanciers éventuels de l'époux) et à en retirer 100 francs par mois sans devoir fournir l'autorisation de leur mari, la seconde permettant à la femme mariée de percevoir elle-même son salaire pour autant qu'il n’excède pas 3000 francs par an[23]. Deux petites avancées se produisent aussi sur le plan civil en 1908 : les femmes sont acceptées comme témoins dans des actes d’état civil et une loi finalement votée après 7 années de travaux, permet la recherche de la paternité (avec restriction, et pas dans le cas d'hommes mariés)[24].

Mais il y a succès pour la représentation des femmes aux conseils de prud’hommes en 1912, accord de dérogations quant à l’interdiction du travail de nuit des femmes entre 9h du soir et 5h du matin, et vote en 1914 d'une loi étudiée depuis 25 ans pour la répression de l'incitation à la débauche et à la prostitution des mineurs et des femmes majeures[24].

Les ouvrières n'ont pas attendu les bourgeoises pour agir, des premières tentatives d'action ont surgi à Verviers dès 1872 où Marie Mineur et l'anarchiste Hubertine Ruwette[N 3], peut-être influencées par les conférences de Mina Puccinelli, ont lancé une section de l'Association internationale des travailleurs, et deux ans plus tard dans la région charbonnière du Centre.
À Gand, où l'industrie textile emploie de nombreuses ouvrières, une trentaine de femmes ont créé en 1886 le Socialistische Propaganda Club (Club de propagande socialiste) dirigé par Émilie Claeys pour défendre le travail féminin, et ce alors même que le parti socialiste né l'année précédente sous le nom du Parti ouvrier belge (POB) accorde encore peu d'intérêt aux problèmes des femmes, considérant que le socialisme triomphant résoudra les problèmes posés par le capitalisme[25]. Tout cela ne plaisant pas à tout le monde, une Ligue féminine antisocialiste est créée à Gand en 1893, d'obédience catholique, créée par un homme (Gustaaf Eylenbosch) et soutenue par des hommes et des membres du clergé.
Des groupes de femmes socialistes se forment dans différentes autres villes comme Bruxelles et Anvers et la Fédération nationale des femmes socialistes (FNFS) nait en 1901 sous la direction d'Isabelle Gatti[26] qui fonde aussi les Cahiers féministes[10].
Le rôle des universités populaires
À l'image de la France, de l’Italie, de la Pologne, de la Russie, de la Suisse, la Belgique voit s'ouvrir des universités populaires (UP) à partir de 1900, à Schaerbeek d'abord, Saint-Gilles ensuite, puis le mouvement essaime à Bruxelles (notamment dans le quartier des Marolles où s'inscrivent plus de 180 ouvrières), Nivelles, Liège, Louvain, Gand, Anvers et en Hainaut ; une cinquantaine vont éclore jusqu'en 1914 qui visent les ouvriers mais touchent surtout des employés, fonctionnaires, enseignants, artisans ou travailleurs qualifiés. Certaines UP se préoccupent pourtant de former les filles et les jeunes femmes à leur rôle social de « ménagère parfaite et de consommatrice responsable de la gestion du budget ouvrier » par des cours d'économie domestique mais on y enseigne aussi parfois sténographie, comptabilité, esperanto, coupe, gymnastique, natation.
Et des militantes féministes s'y impliquent — dont le rôle sera passé sous silence jusque dans les années 2020. « Olivier Fillieule et Patricia Roux, s’interrogeant sur l’engagement des militantes dans le mouvement ouvrier, soulignent cette invisibilité des femmes à trois niveaux : dans les luttes où les hommes occupent rapidement le devant de la scène, dans le récit historique construit par les organisations et par une tradition de recherches en sciences sociales peu sensible, jusqu’il y a peu, aux rapports de genre dans les collectifs militants. »[27]. Outre Isabelle Gatti et Marie Popelin, les sœurs Van Duuren, Lucie Berleur et Hélène Moreau (gatticiennes) s'y impliquent, mais aussi des universitaires comme l'économiste Zénaïde Kotchekowa, la psychopédagogue Josepha Joteyko, la philosophe Stéphanie Chandler. Les conférencières des UP ont généralement suivi un cursus à l'ULB (qui a diplômé, entre 1880 et 1914, 124 Belges et 113 Anglo-Saxonnes sur un total de 257 Belges et 362 étrangères inscrites) ou à l'Université nouvelle de Bruxelles, mais certaines ont un parcours différent comme Nelly Lecrenier qui crée avec son collègue René Dethier, le concept de la « conférence contradictoire ». Presque toutes font partie du Conseil national des femmes belges. « Elles utilisent la tribune des UP pour faire connaître le mouvement féministe, faire de l’éducation politique, sensibiliser aux droits et aux questions féminines, valoriser la création féminine contemporaine et faire du prosélytisme, sans pour autant emporter l’adhésion unanime du public malgré la difficulté à connaître précisément l’accueil réservé à ces intentions[27]. »
Le développement des UP belges s'arrête en aout 1914, la Première Guerre mondiale commençant. Certaines conférencières reprendront cependant leurs activités jusqu’après la Seconde Guerre mondiale[27].
Égalité politique : le droit de vote
1831-1918

En 1831, l'article 6 de la nouvelle Constitution belge a établi l’égalité des Belges devant la loi, ce qui n'implique pas l'égalité entre les citoyens car les lois elles-mêmes peuvent être discriminatoires. Ainsi, seuls les citoyens payant le cens peuvent voter[28] et le suffrage censitaire prive la majorité de la population du droit de vote dont les femmes. Cependant, certaines d’entre elles expriment la volonté d’un suffrage universel. Tel est par exemple le cas de Zoé de Gamond et de sa fille Isabelle Gatti de Gamond.

Des libéraux déclarant ne vouloir du suffrage universel qu'avec la représentation proportionnelle (R. P.), le Parti ouvrier, dans le but de faciliter l'accord entre les deux fractions de l'opposition, se prononce définitivement dans un congrès extraordinaire tenu à Bruxelles le sur le maintien de la R. P. à son programme et accepte son inscription dans la loi électorale, abandonnant du même coup le suffrage des femmes. Deux ans plus tard éclate une grève générale, qui connait d'énormes échauffourées, fait de nombreux morts, à laquelle participent les femmes tant à Bruxelles qu'en province, demandant une réforme électorale[29].
Le Conseil national des femmes belges est créé en 1905, suivi en 1912 de la Ligue catholique du suffrage féminin et en 1913 de la Fédération belge pour le suffrage féminin. Cette dernière mobilise divers courants féministes autour du thème central du droit de vote des femmes[30]. Les femmes continuent d’exiger le suffrage universel. Un congrès sur le sujet a lieu à Bruxelles en 1912 et un autre à Budapest un an plus tard[31].

À la veille de la Première Guerre mondiale, la fédération belge fondée à Bruxelles est créée par Jane Brigode et Louise Van den Plas. « Cette fédération est affiliée à l'Alliance internationale pour le suffrage et les droits civiques des femmes, regroupant des sociétés revendiquant l'égalité politique entre les sexes en préparant celles-ci à l'exercice du droit de vote »[32]. Cette fédération est fondée afin d'obtenir le droit de vote pour les femmes à tous les niveaux politiques : communal, provincial et législatif. En 1913, elle adresse une lettre ouverte aux membres de la Chambre, revendiquant le suffrage féminin. Toutefois, cette initiative est interrompue par la Première Guerre mondiale (1914-1918).
Le combat des femmes en Belgique est moins violent que celui des suffragettes au Royaume-Uni. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, les tensions liées au suffrage féminin sont mises en sourdine, hommes et femmes se liant alors pour défendre le pays. Les femmes travaillent pendant que les hommes sont au front et organisent la résistance. Les étudiantes à l'université doivent suspendre leurs études ou partir à l'étranger pour les continuer car les universités belges ferment pendant le conflit[14].
1918-1940 : vers le droit d'être élue et de voter

Pendant la Première Guerre mondiale, la majorité des féministes de l'époque font le choix de soutenir leur gouvernement national et l'effort de guerre qui en découle [33], en espérant que cet engagement jouera à la fin du conflit pour qu'elle obtiennent le droit de vote.
Les socialistes ont créé en 1920 la Ligue nationale des coopératrices car les féministes modérées, considérant toujours que la place des femmes est essentielle dans les foyers, prônent l'éducation ménagère. Mais nombre de femmes, se retrouvant sans ressources du fait de la guerre, sont dans l'obligation de trouver un travail ; si les métiers dits féminins sont valorisés, principalement dans le domaine social, de nouvelles associations, comme la Fédération belge des femmes diplômées des académies, aux conceptions plus égalitaires, exercent la pression pour que les femmes s'imposent dans de nouvelles professions[34].
Les féministes se regroupent autour du Conseil national des femmes belges (CNFB), ouvert à des femmes de toutes tendances politiques et qui souhaite l'obtention du droit de vote[35]. Les débats autour du suffrage universel reprennent. Socialistes et libéraux revendiquent un suffrage universel masculin pur et simple mais de fortes tensions existent quant au suffrage féminin : les libéraux et les socialistes s’y opposent, craignant que les femmes votent selon les consignes de leur prêtre, donc en faveur des catholiques qui, pour la même raison, y sont favorables. À mesure que les discussions progressent, la pression exercée par les femmes sur les parlementaires s’intensifie. Partout dans le pays, des conférences et des manifestations sont organisées, des revues féministes voient le jour, et un nombre croissant de femmes rejoignent des ligues ou des associations défendant leurs droits[28]. Afin d'empêcher une nouvelle guerre, la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté oriente aussi son action sur l'obtention du vote pour les femmes et l'éducation des enfants au pacifisme[33].
Alors que les femmes ne peuvent toujours pas voter, on établit la possibilité légale pour elles d'être élues à la Chambre des représentants à partir de 1920 et au Sénat à partir de l'année suivante. Dans les faits, les premières seront les socialistes Marie Janson, bruxelloise admise au Sénat par cooptation en 1921 et Lucie Dejardin, liégeoise élue à la Chambre en 1929, aucune des deux n'ayant le droit de voter[36].

Malgré le discours du roi Albert de , à la fin de la guerre, affirmant que l'égalité dans les droits politiques découle de celle de la souffrance vécue pendant le conflit, le droit de voter pour ses représentants à la Chambre et au Sénat, accordé le à tous les hommes belges, ne l'a été en 1920 qu'à certaines catégories de femmes, et avec restriction : les veuves de soldats morts pendant la guerre ou de civils fusillés ou tués à l'ennemi — pour autant que ces veuves ne soient pas remariées — et, à défaut de veuves, aux mères de ces morts à condition qu'elles soient elles aussi des veuves ; ont bénéficié aussi du droit de vote, les femmes condamnées à la prison ou détenues préventivement, pour des motifs patriotiques, pendant de l’occupation allemande[37],[38]. Seules les femmes de cette dernière catégorie ont reçu le droit de vote en leur nom propre, car les autres ne disposaient d'une voix que par procuration : celle qui revenait à leur époux ou à leur fils défunt, mais une mère veuve qui avait perdu plusieurs fils (ce qui était possible en un temps où un peu plus de 20 % des femmes belges avaient 4 enfants et plus[39]) ne disposait de toute façon que d'une voix car la loi précisait que « Chaque électeur n'aura droit qu'à une voix. » En tout, 12 000 femmes ont été concernées sur 1 760 000 électeurs[36].
L'Union patriotique des femmes belges, la Ligue Constance Teichmann, la Ligue belge du droit des femmes se mobilisent, espérant former des électrices. Un Parti général des femmes belges est créé mais aucune liste présentée n'est acceptée pour les élections communales de 1921 auxquelles les femmes ont été autorisées, par la loi du , à voter, à condition de n'être ni notoirement débauchées (c'est-à-dire de ne pas avoir été condamnées pour adultère) ni inscrites au registre de la prostitution[40].
1921 est une année charnière : par la loi du , les femmes reçoivent le droit d'être élues au conseil communal (elles seront 181 conseillères élues le suivant) ; par la loi du , elles acquièrent le droit d'être bourgmestres, échevine, secrétaire communale et receveuse, avec toutefois l'accord de leur époux si elles sont mariées[36].
Pendant l'entre-deux-guerres, des associations telles que le Conseil national des femmes belges et la Fédération belge des femmes universitaires, créée et présidée par la médecin orthopédiste Marie Derscheid, jouent un rôle essentiel, aboutissant à des avancées notables pour l'égalité des sexes en Belgique[17]. Au niveau juridique, le barreau s'ouvre aux femmes en 1922 grâce à l'aide de Marcelle Renson dans la proposition de loi d'Émile Vandervelde, ministre de la Justice de l'époque[10]. La loi votée en avril, elle prête serment en mai en même temps que Paule Lamy et Marguerite De Munter-Latinis (fondatrice de la section belge de la Federation of Business and Professional Women en 1931)[10],[41].
Une opposition, cependant, existe entre les générations d'après et d'avant-guerre : les plus jeunes sont partisanes de l'égalité totale entre les sexes pour les droits politiques, réclamés non plus au nom de compétences soi-disant féminines « mais bien en raison de l'appartenance des femmes au genre humain », ce qui implique au niveau des couples, outre la pleine capacité civile et juridique de l'épouse, l'abolition totale de la puissance maritale, le partage des responsabilités et des tâches domestiques comme éducatives. Naissent de ce fait en 1928 le Groupement belge pour l'affranchissement de la femme et sa revue Égalité, et l'année suivante le Groupement belge de la porte ouverte avec sa revue La Travailleuse traquée, fondés par Louise Van Duuren aux quels participent Adèle Hauwel et la femme politique libérale Georgette Ciselet. Les plus anciennes associations s'en tiennent souvent à leurs objectifs initiaux : moraliser la société par le suffrage des femmes et protéger les travailleuses[42].

Toutes se rejoignent cependant devant les mesures prises dans le cadre de la Grande Dépression et par lesquelles le gouvernement entend résoudre le problème du chômage des hommes. Les mesures discriminatoires à l'égard des femmes débutent en 1933 : blocage puis réduction de 25 % du salaire des institutrices et des femmes fonctionnaires mariées à un agent de l'État, réservation des emplois de l'État aux hommes (hormis le travail de nettoyage), limitation du nombre de travailleuses dans les industries et le commerce au profit des chômeurs masculins, interdiction du cumul d'emplois publics entre conjoints, suppression des allocations de chômage des femmes mariées, diminution de celles des chômeurs dont l'épouse travaille, etc.. Même le patronat s'y oppose, qui perd sa main d'œuvre bon marché. Un meeting de protestation rassemble le , quelque 2 000 personnes dans la salle de la Grande Harmonie. Des associations neutres et socialistes organisent avec la Ligue de l'enseignement un autre meeting en 1935 et obtiennent la création d'une Commission du travail féminin[43]. Les féministes belges s'inquiètent de la montée du fascisme au plan national comme international ; elles soutiennent l'Espagne républicaine et certaines adhèrent au Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme dont la section belge est créée par la Saint-Gilloise Lucia de Brouckère et la Forestoise Marcelle Leroy. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, les activités féministes sont mises en veilleuse ou entrent dans la clandestinité ; certaines femmes entrent dans la Résistance[44].
1944-1970
Après la Seconde Guerre mondiale, on constate un déclin graduel au sein des organisations traditionnelles. Néanmoins, le féminisme, l'aspiration à l'égalité des droits ainsi que la préservation du libre arbitre persistent en tant que sujets d'intérêt[8].
Les groupes féministes sont considérablement réduits en nombre. Parmi les femmes qui ont été déportées, certaines ont perdu la vie en détention, tandis que d'autres sont rentrées très affaiblies. Plusieurs organisations féminines préexistantes à 1945 reprennent leurs activités après la guerre, tandis que de nouvelles associations voient le jour, influencées par les changements politiques et sociaux[12]. Après cinq années de suspension, le Conseil national des femmes belges reprend ses efforts pour obtenir l'égalité civile, politique, sociale et économique[45].

Le féminisme s'exprime parfois à titre individuel comme dans le livre visionnaire de Marie Delcourt, la Méthode de cuisine à l'usage des personnes intelligentes, mais les priorités des politiques se concentrent principalement sur des enjeux économiques et sociaux. Il est important de noter que, durant cette période d'après-guerre, la question de la citoyenneté des femmes n’est pas au cœur de leurs préoccupations. Ce qui intéresse alors les responsables politiques, c'est « l’apport des voix que les femmes pourraient représenter pour les différents partis[46]». L'influence des associations féminines affiliées aux partis politiques dans le domaine des questions féminines se renforce, une tendance déjà perceptible avant le conflit. Cette évolution est telle qu'il devient nécessaire d'évaluer les réalisations des féministes non plus en fonction de leurs propres victoires, mais en fonction de leur capacité à faire adopter leurs revendications au sein de ces importantes associations[12].
À partir de 1944, les revendications féministes s'intensifient pour le suffrage aux élections provinciales et législatives. Si tout le monde est d'accord sur le principe, les calculs politiciens en retardent l'obtention qui n'arrive qu'en 1948.
1948 : autre année charnière. Vingt-neuf ans après les hommes, et 28 ans après qu’une partie des femmes a obtenu ce droit pour les élections communales, toutes les femmes belges acquièrent le droit de vote pour l’ensemble des élections[38] par la loi du 27 mars 1948 relative au droit de vote des femmes aux chambres législatives[17]. À titre de comparaison : les Finlandaises avaient déjà obtenu ce droit en 1906, les Norvégiennes en 1913 et les Danoises en 1915[11]. Le suffrage belge devient donc enfin universel à cette date[8]. Première conséquence : le nombre d'électeurs en est plus que doublé, dépassant ainsi les 5 600 000 personnes, ce qui représente plus de 65 % de la population. Deuxième conséquence : le Conseil national des femmes belges et Groupement belge de la porte ouverte lancent des campagnes d'information auprès des femmes qui, le , se rendent pour la première fois aux urnes lors des élections législatives. Contrairement aux craintes des libéraux et des socialistes, l'accès des femmes au droit de vote n'entraîne pas de bouleversement dans la hiérarchie des partis politiques, ni une féminisation significative de la sphère politique et de son personnel[11].En effet, bien que l'égalité formelle en matière de suffrage soit désormais consacrée, de nouvelles disparités surgissent au niveau de la représentation politique. Dans tous les partis politiques, les femmes rencontrent des difficultés pour obtenir des positions significatives au sein des listes électorales. La proportion d'élues demeure nettement limitée.
Durant cette même année 1948, une autre avancée importante dans les droits des femmes est enregistrée avec l'adoption par l'Assemblée générale des Nations unies de la Déclaration universelle des droits de l'homme le . Ce document proclame que tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits, et interdit toute discrimination fondée sur le sexe[47]. Si la prostitution en Belgique n'est plus réglementée depuis la loi du [17], l'égalité économique des genres n'est pas atteinte[48]. Les enjeux liés au travail féminin persistent et les discriminations indirectes qui touchent les femmes en matière de sécurité sociale sont dénoncées par les militantes féministes. Des injustices fiscales subsistent également, notamment par le biais de l'agrégation fiscale des conjoints[17].
Sur le plan légal, quelques avancées telles que l'accès aux carrières diplomatiques en 1945, à la magistrature en 1948 et au notariat en 1950, sont notables. De plus, l'incapacité juridique des femmes mariées, qui ne pouvaient en principe pas travailler sans l’autorisation de leur mari[49], prend fin en 1958[17]. Il s’agit de la suppression de la notion de puissance maritale[17]. Cette réforme n'a pas d'impact réel jusqu’à la loi de 1976 portant sur les régimes matrimoniaux[17]. Le , la Belgique appose sa signature sur la Convention du Bureau international du Travail (BIT) concernant l'égalité salariale entre les hommes et les femmes pour un travail de valeur équivalente. Cependant, en dépit de cette signature, les progrès sont limités, cette convention ne trouve pas sa place dans la législation nationale, des disparités salariales persistent, qui demeurent encore partiellement non résolues pendant le premier quart du XXIe siècle[50].
En 1949 est paru Le Deuxième Sexe où la française Simone de Beauvoir, accusant les hommes de sexisme et les femmes de soumission et de manque d'ambition, affirme qu' « on ne nait pas femme, on le devient », dénonce l’oppression des femmes et prône notamment le contrôle des naissances ; l'ouvrage connait un grand retentissement dans le monde ; fortement critiqué par les misogynes, il devient une référence dans la philosophie féministe .
Anvers et Gand voient s'ouvrir, au milieu des années 1950, les premiers centres de planification familiale ; le premier francophone, nommé La Famille heureuse, sera fondé en 1962 à Saint-Josse-ten-Noode, par Monique Knauer et Marthe Van de Meulebroekeun, deux franc-maçonnes qui en prennent l'initiative avec enthousiasme[8]. Ces centres sont de grande importance car les pouvoirs publics ne se préoccupent pas d'éducation sexuelle à l'école et parce que la procréation et tout ce qui concerne la sexualité constituent encore des tabous dans la majorité des familles belges, que les femmes sont désemparées en cas de grossesse hors mariage, que les avortements (et parfois curetages complémentaires) dans les affres morale, physique[N 5] et financière, l'acte n'étant jamais gratuit, sont nombreux (avec recours aux faiseuses d'anges car ils sont encore toujours illégaux), et que certaines jeunes femmes sont même obligées par leurs parents ou sous la pression de leurs autorités religieuses de vivre la grossesse pour abandonner ensuite leur enfant qui sera vendu à une famille d'adoption — faits qui ne sont révélés au grand public qu'en 2014.
En 1969 la gantoise Suzanne Verbist, connue sous son nom d'épouse en secondes noces Suzanne Lilar, publie Le couple en 1963, À propos de Sartre et de l'amour en 1967 et Le malentendu du deuxième sexe en 1969 qui s'opposent aux « positions ultra-féministes de Simone de Beauvoir »[51]
Deuxième vague
Au début des années 1970, les féministes sont dans la rue. À cette époque, les militantes investissent l’espace public pour revendiquer l’égalité des droits dans la sphère familiale, éducative, professionnelle et législative. Inspirées par des revendications historiques, elles adoptent également des perspectives novatrices sur le corps et la sexualité, dénonçant les violences et préjugés tout en revendiquant le droit à une sexualité libre et à la maîtrise de leur fécondité. Leur engagement, marqué par une énergie militante, se manifeste à travers des écrits, des rassemblements, des manifestations et des actions publiques audacieuses, visant à construire une société plus solidaire, égalitaire et épanouissante[52]. La première journée des femmes de Bruxelles du voit la présence de Simone de Beauvoir, Françoise d'Eaubonne et Germaine Greer comme invitées d'honneur[10].
En 1973, Françoise Collin fait publier à Bruxelles les Cahiers du Grif, première revue en français féministe[10].
Contributions de l'Affaire Peers
À la suite de l'incident marquant connu sous le nom de l'« affaire Peers », qui impliqua l'arrestation en 1973 d'un médecin humaniste pour avoir pratiqué des avortements, le mouvement laïque s'est engagé avec une persévérance inébranlable à soutenir la dépénalisation des avortements consentis. Cette démarche découle de préoccupations relatives à la santé, à l'autonomie personnelle et au droit des femmes à exercer un contrôle sur leur propre corps. Cependant, il est important de noter qu'en 2021, cette lutte n'avait pas encore remporté une victoire complète[8] mais uniquement une sorte de libéralisation de la contraception. En 1990, une forme partielle de dépénalisation de l’avortement sera mise en place[53].
Dans la période de l'après-guerre, le rôle des femmes belges dans l'économie et les milieux professionnels gagne également en importance au sein du mouvement syndical. En 1959, la FTBG (Fédération Générale des Travailleurs en Belgique) prend des mesures pour inclure davantage les femmes dans les activités syndicales en créant une Commission des femmes pour traiter de leurs questions et attaquer les stéréotypes auxquels elles sont confrontées. Auparavant, aucune femme n'occupait de poste syndical permanent en Belgique. En 1957, à la suite de la ratification du Traité de Rome par la Belgique, Éliane Vogel-Polsky, une juriste, promeut l'égalité salariale en mettant en avant l'article 119. Son expérience lors de la grève des ouvrières de la FN à Herstal en 1966 renforce son engagement pour une égalité réelle dans la société. Elle initie également des procès importants pour l'égalité salariale en Europe et joue un rôle clé en enseignant le droit et en animant des formations pour les mouvements syndicaux et féministes.
Entre 1960 et 1970, durant la seconde et la troisième vague du féminisme, des transformations sociales ont permis une plus grande liberté, marquant ainsi la reconnaissance de l'égalité entre les sexes comme un droit humain. Cependant, ce n'est qu'en 2002 que l'égalité a été inscrite dans la Constitution belge[54].