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La Brabançonne

Hymne national de la Belgique From Wikipedia, the free encyclopedia

La Brabançonne est une chanson tacitement reconnue comme étant l'hymne national de la Belgique, sans toutefois qu'aucune mention ne soit faite, ni de l'œuvre en question, ni même d'un hymne pour le royaume, tant au Moniteur belge que dans la Constitution du pays, contrairement aux « symboles nationaux » disposés par l'article 193.

HymnenationaldeDrapeau de la Belgique Belgique
Autre(s)nom(s)De Brabançonne (nl)
Das lied von Brabant (de)
ParolesFrançais :

Néerlandais : inconnu
Allemand : inconnu
1830 (orginielles)
1860 (FR)
1938 (NL)
? (DE)

Faits en bref Hymne national de, Autre(s) nom(s) ...
La Brabançonne (fr)
Image illustrative de l’article La Brabançonne
Couverture d'une partition d'environ 1910.

Hymne national de Drapeau de la Belgique Belgique
Autre(s) nom(s) De Brabançonne (nl)
Das lied von Brabant (de)
Paroles Français :

Néerlandais : inconnu
Allemand : inconnu
1830 (orginielles)
1860 (FR)
1938 (NL)
? (DE)

Musique François Van Campenhout
1830
Adopté en
  • FR : 1921
  • NL : 1938
  • DE : inconnu
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La Brabançonne (Instrumental)
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Elle trouve son origine dans un poème écrit à l'aube de la révolution belge, en 1830, par un acteur français du théâtre royal de la Monnaie : Alexandre Dechet, dit « Jenneval ». Le texte primitif n'est pas accompagné de partitions, mais différents habillages musicaux sont rapidement proposés. Celui qui parvient à s'imposer est une composition du ténor et musicien belge François Van Campenhout, également artiste dans le même théâtre. La musique et les paroles subissent plusieurs arrangements et variations au fur et à mesure des événements révolutionnaires, puis de l'histoire de la Belgique.

Le poème initial étant écrit en français, la question de la traduction en néerlandais se pose rapidement. Il faut cependant attendre 1921 pour trouver une première tentative d'adoption par une circulaire du ministère de l'Intérieur, qui impose la 4e strophe d'une version de Charles Rogier datant de 1860, toujours uniquement en français. Cela ne convient ni aux Wallons, qui critiquent l'œuvre sur le fond, ni aux Flamands qui, outre la critique historique, déplorent l'absence de version officielle en néerlandais, dans le contexte de l'évolution de la législation sur l'usage des langues en Belgique. Un consensus est trouvé avec la parution d'une circulaire du ministère de l'éducation nationale de 1938, qui adopte une version néerlandaise.

Un nouveau problème survient avec l'apparition de l'allemand comme troisième langue nationale à la suite de l'annexion des cantons de l'Est, conséquence de la Première Guerre mondiale. Une commission est alors mise sur pied en 1951 afin de définir une version dans les trois langues du pays, mais les réformes de l'État belge et les tensions communautaires croissantes relèguent La Brabançonne et les symboles de la Belgique unitaire au second plan.

Ainsi, l'œuvre est notoirement établie comme étant l'hymne national du royaume et jouée en conséquence depuis la déclaration d'indépendance de la Belgique, mais aucune adoption formelle n'a jamais eu lieu. Selon l’aveu même des autorités belges[1] : « Il n'existe pas de version officielle de La Brabançonne. Différentes commissions ont été chargées d'examiner le texte et la mélodie afin d'en établir une version officielle, mais leurs travaux n'ont jamais abouti ». Cela conduit à l'existence d'une cacophonie de variantes des paroles et d'autant d'adaptations des partitions.

Histoire

Contexte

Le théâtre royal de la Monnaie, au soir du déclenchement des émeutes d'août 1830 à Bruxelles.

Après la période française de l'histoire de la Belgique, les pays vainqueurs de Napoléon Ier se réunissent lors du congrès de Vienne et décident, en 1815, de créer ex nihilo un état-tampon entre le nouveau royaume de France et la Prusse : le Royaume uni des Pays-Bas. Celui-ci rassemble les trois états qui composent l'actuel Benelux, sous la couronne de Guillaume Ier d'Orange-Nassau. Mais ce mariage forcé des populations protestantes peuplant les anciennes Provinces-Unies avec les catholiques des anciens Pays-Bas autrichiens et de la principauté de Liège ne se passe pas comme prévu et, bientôt, ceux que l'on appelle les « Belges » (les habitants des huit provinces du sud et du Grand-duché de Luxembourg[2]), critiquent le pouvoir « hollandais » de La Haye. En effet, le despotisme du monarque néerlandais conduit à l'unionisme, mouvement politique qui prône l'union des catholiques et des libéraux aux travers des « griefs de la nation », qui mènent à la révolution belge.

Celle-ci débute avec les émeutes de Bruxelles dans la soirée du , à la suite de la représentation de l'opéra d'Auber intitulé La Muette de Portici au théâtre royal de la Monnaie, donnée à l'occasion du 59e anniversaire du roi Guillaume[3]. L'œuvre raconte la révolte populaire de la république de Naples contre la grande puissance espagnole qui occupe la région au XVIIe siècle. Il n'en faut pas plus pour qu'au moment où le ténor Jean-François Lafeuillade entonne l'Amour sacré de la Patrie, l'assistance se lève et crie « Aux armes ! » avant de se diriger vers la sortie où une foule est réunie sur la place de la Monnaie[4]. S'ensuit une longue nuit de pillages, d'incendies et d'affrontements avec les autorités qui font plusieurs morts et qui se propagent rapidement à l'ensemble des provinces du sud[5].

Les insurgés arborent dans un premier temps le drapeau français mais, bien qu'un mouvement « rattachiste » existe[6], il s'agit plutôt de mettre en avant la symbolique révolutionnaire et anti-monarchique qu'il représente, avec toute l'influence de la deuxième Révolution française qui vient de se terminer en juillet à Paris. Dans le même ordre d'idées, ils chantent « La Parisienne »[7] ou « La Marseillaise »[8], qui sert de support musical à plusieurs chansons comme La Bruxelloise, et dont les paroles sont adaptées à la mi-septembre pour donner « La Marseillaise des Belges ». Cette version reprend la plupart des paroles de l'hymne national français de Rouget de Lisle, particulièrement le dernier couplet, avec toutefois quelques arrangements dépeignant la situation belge du moment : l'armée du prince Frédéric qui campe à Vilvorde en attendant l'ordre d'attaquer[9], les volontaires belges venus défendre Bruxelles ou encore l'animosité envers les « Bataves ». En voici les paroles, avec l'orthographe d'époque[10] :

Genèse

« Les héros de La Brabançonne » : Jenneval, François Van Campenhout et Jean-François Lafeuillade.

Le , un jeune acteur français du théâtre royale de la Monnaie, Alexandre Dechet, dit « Jenneval », compose un poème qui traduit les aspirations des révolutionnaires à ce moment, à savoir non pas l'indépendance de la Belgique, mais plutôt la volonté d'une meilleure considération des Belges, majoritaires au sein du Royaume uni des Pays-Bas et le « redressement des griefs de la nation » par le roi Guillaume, de plus en plus décrié dans tout le pays. Le journal bruxellois Le Courrier des Pays-Bas publie le texte le [11], tandis qu'il est chanté en public pour la première fois à l'occasion de la réouverture du théâtre[12], le , sur une musique composée par François Van Campenhout, musicien et chanteur bruxellois officiant également à La Monnaie. Pour compléter le tableau, l'artiste qui entonne La Brabançonne ce soir-là n'est autre que le ténor français Jean-François Lafeuillade, celui-là même qui tenait le premier rôle dans La Muette de Portici au soir du déclenchement des émeutes, le .

La Brabançonne devient rapidement l'une des chansons patriotiques les plus entonnées de la révolution belge, mais sur des airs variables selon les sources[13]. Les paroles, comme la musique, subissent en effet plusieurs modifications majeures au cours des évènements. La principale a lieu à la suite de l'attaque de l'armée lors des Journées de Septembre : Jenneval, qui combat aux côtés des défenseurs de Bruxelles, revoit complètement ses paroles et publie la Nouvelle Brabançonne, qui embrasse explicitement les idées révolutionnaires, se veut bien plus radicale et ouvertement opposée au régime de La Haye et au roi Guillaume Ier. Cela accentue le succès fulgurant de l'œuvre, particulièrement après que Van Campenhout lui-même chante cette nouvelle version au lendemain de la victoire des Quatre Jours de Bruxelles, le , finissant d'haranguer les Belges, qui s'engagent dans la guerre belgo-néerlandaise. Dans sa publication de 1848, Jules Géruzet commente la prestation en disant[14] :

« Une demi-heure était à peine écoulée que la nouvelle Belgique avait son chant guerrier, sa Marseillaise révolutionnaire. À peine née, vingt plumes la reproduisirent, et le lendemain tous les lieux publics de la capitale la chantaient... sur des airs différents. »

Durant la révolution, on trouve d'autres propositions de chant national, comme l'« Hymne national belge »[15] publié par Jean-Baptiste Vautier le sur l'air d'Amis, la matinée est belle, de La Muette de Portici. Mais c'est La Brabançonne qui s'impose petit à petit comme l'hymne national de la Belgique, au détriment d'autres chansons populaires, comme l'Amour sacré de la patrie, La Bruxelloise, ou encore la Marche des Belges.

Évolution

Les deux versions de La Brabançonne sur une image d'Épinal en 1895.

Après l'indépendance de la Belgique du Royaume uni des Pays-Bas, le , différentes commissions sont chargées d'examiner le texte et la mélodie afin d'en établir une version officielle, mais sans réel succès. Cela conduit à la naissance ainsi qu'à la coexistence de nombreuses variantes de la musique, mais aussi des paroles. En effet, avec le réchauffement des relations entre la Belgique et les Pays-Bas, plusieurs nouvelles versions de La Brabançonne apparaissent avec une vision plus pacifiste, moins axée sur la révolution belge ou contre la monarchie néerlandaise. D'un point de vue musical, ce sont les partitions de François Van Campenhout qui finissent par s'imposer, bien qu'elles présentent des problèmes de concordance avec les paroles.

En 1860, Charles Rogier, ancien combattant de la révolution et ancien Premier ministre de Belgique, propose un nouveau texte qui prône la réconciliation avec les Néerlandais et trouve un écho particulièrement favorable dans le contexte de l'époque. Celui-ci est uniquement rédigé en français, puisqu'il s'agit, à ce moment, de l'unique langue officielle du pays. Toutefois, ses paroles sont rapidement critiquées au sujet de leur fond historique qui révise volontairement l'histoire de la Belgique à leur avantage. De plus, elles s'adaptent toujours mal aux partitions de Campenhout, malgré les tentatives d'arrangements techniques. En conséquence, d'autres versions continuent d'apparaitre et la question de l'adoption d'une nouvelle version tarde à être tranchée. En 1864, Henri Vieuxtemps compose cette fois un tout nouvel hymne intitulé « Ouverture et hymne national belge avec chœur » et le dote de nouvelles partitions[16] ainsi que d'un texte complètement inédit, fruit du poète Eugène Dubois[17]. L'œuvre des deux hommes est rachetée par la maison Schott et publiée dans Le Guide musical n°41 du avec, pour commentaire de présentation[18] :

« Nous avons des chants révolutionnaires ; nous n’avons pas d’hymne national. Il est étrange que cette vérité, récemment proclamée par le plus illustre de nos virtuoses, soit restée si longtemps une lettre morte pour nos compositeurs, et que pas un d’entre eux n’ait conçu l’idée de substituer à l’hymne guerrier qui a fondé notre nationalité un chant placide et doux, reflétant le caractère et les mœurs du peuple belge. (...) »

Toutefois le nouvel hymne ne parvient pas à s'imposer et La Brabançonne demeure l'hymne populaire aux yeux des Belges[19]. Avec la naissance du mouvement flamand et l'évolution de la législation sur l'usage des langues en Belgique, les premières propositions de paroles en néerlandais voient progressivement le jour, ajoutant toujours plus de variantes.

Certains radicaux francophones s'opposent à ce mouvement, comme la Ligue wallonne du Brabant, qui imprime une reprise ouvertement « anti Flamands » de La Brabançonne, qu'elle vend au prix de dix centimes de francs belges lors de manifestations à Louvain à la fin du XIXe siècle[20],[21].

En 1905 parait le chant patriotique Vers l'avenir qui fait de l'ombre à L'Hymne du Congo[22] et devient l'hymne du Congo belge après que la Belgique ait intégré ce territoire à son empire colonial en 1908.

Première Guerre mondiale

La Brabançonne, sur une carte postale de 1914, illustrée avec des combats de la Première Guerre mondiale.
La Brabançonne avec le roi Albert Ier, en médaillon.

La Première Guerre mondiale a une influence non-négligeable sur La Brabançonne car elle met en lumière la problématique liée à l’absence d'une version officielle de l'hymne national au moment où la fibre patriotique est particulièrement mise en exergue[23],[24]. En effet, cette liberté d'interprétation entraine une multitude de nouvelles adaptations et, après le conflit, l’état belge se saisit de la nécessite d’en établir une version officielle.

La violation de la neutralité de la Belgique est un choc considérable dans le royaume : son invasion aux premiers jours du conflit, les atrocités allemandes perpétrées, puis son occupation et ses nombreuses pertes et destructions marquent profondément la population. C'est en effet la première fois depuis l'indépendance de la Belgique que le pays est confronté à la guerre sur son territoire, après avoir échappé à la guerre franco-allemande de 1870. Le roi des Belges, Albert Ier et la reine Élisabeth, décident de rester avec leur armée, qui parvient à résister remarquablement et, avec l'aide des Alliés, à conserver un réduit territorial belge entre l'Yser et la mer du Nord. Après quatre années de conflit, une dernière offensive libère les Flandres avant l'armistice du 11 novembre 1918. L'attitude du couple royal est perçue comme héroïque, suscitant un engouement patriotique national et l'admiration de la population qui nomme Albert le « Roi Soldat » et Élisabeth la « Reine Infirmière ».

Comme aucune version définitive de La Brabançonne n'a toujours été officiellement décrétée, on voit apparaitre de nombreuses variantes qui suivent le cours des évènements ainsi que l'élan patriotique et royaliste. Dans le Recueil de Chants à l'usage de la troupe, c'est la première strophe du texte de Rogier qui est enseignée aux soldats belges par le « ministère de la Guerre »[25]. En 1916, Théophile Quoidbach fait publier, à Paris, un chansonnier bilingue en français et en néerlandais : le Chansonnier du soldat belge Liederenboek van de Belgische soldaat »). La première chanson est évidemment La Brabançonne, dont la version française ne reprend que trois[N 1] des quatre couplets du texte de Charles Rogier[26], que Quoidbach modifie quelque peu[27], tandis que juste après, suit une version en néerlandais : celle de Victor Ceulemans, datant de 1895. En 1917, la cantatrice belge Alice Verlet enregistre quant à elle une version uniquement en français où elle ne chante que le 1er et le 4e couplet de la version de Rogier[28]. Le courage et la résistance de l'armée belge inspire également différentes reprises et apparitions de La Brabançonne dans des œuvres musicales classiques en Belgique et à l'étranger.

Après la fin du conflit, le traité de Versailles du octroie à la Belgique de nouveaux territoires en, compensation des pertes subies : les cantons de l’Est. Ceux-ci sont en grande partie germanophones et ajoutent une troisième langue nationale : l’allemand. Si cette-dernière ne s’impose pas directement comme une langue officielle du pays, vu le contexte d'après-guerre et la minorité que représentent ces « nouveaux Belges » parlant l'allemand, la question d’une Brabançonne dans cette langue va alors progressivement se poser à son tour. D'autres changements s'ensuivent dans la société civile, comme la disparition progressive de la Garde civique, qui trouvait ses origines dans la révolution belge et entretenait une certaine fibre patriotique, allant jusqu'à publier une version de La Brabançonne à la mort d'Eugène Lippens, commandant de l'escadre de cavalerie de Gand[29].

Tentatives d'adoption

La version de Jenneval, encore publiée en 1905 lors des 75 ans de l'indépendance de la Belgique.
Les premières tentatives d'officialisation de La Brabançonne dans les différentes langues nationales sont favorisées par l'élan patriotique autour du centenaire de l'indépendance de la Belgique, en 1930 (image).

Il faut attendre le pour que la question de l'adoption d'un texte pour La Brabançonne soit tranchée par une circulaire ministérielle du Ministère de l'Intérieur. Celle-ci décrète que seule la 4e strophe du texte de Charles Rogier doit être considérée comme officielle tant en français qu'en néerlandais[1]. Cela suscite de nombreuses critiques, notamment des Flamands qui souhaitent qu'une version en néerlandais puisse coexister. En 1922, un concours est organisé par la Koninklijke Academie voor Nederlandse Taal- en Letterkunde pour la rédaction d'une version néerlandaise qui deviendrait officielle. Une récompense de 100 francs belges est proposée et 161 réponses sont reçues et analysées par le jury composé d'Omer Wattez (nl), de Leo Simons et de Léonard Willems (en). Seul le premier des juges arrête un choix pour un poème de E.H. Walgrave, qu'il juge « le plus apte à être chanté sans heurts, avec sonorité et émotion, sur la musique de La Brabançonne »[30]. Toutefois, les deux autres juges ne parvenant pas à sortir un texte du lot, l'Académie ne rend pas d'avis officiel et décide que le prix ne sera pas décerné[31].

Côté francophone, les demandes de réécriture portent plutôt sur le fond du texte de Charles Rogier, jugé non-conforme à l'histoire de la Belgique[32]. En 1922 un rapport de Sylvain Dupuis de la classe des Beaux-Arts de l'Académie Royale de Belgique, met également en lumière la nécessité d'adapter l'œuvre pour que les paroles et la musique concordent[33] :

« Beaucoup de Belges ne connaissent que l'air de la Brabançonne et en ont oublié les paroles, si même ils les ont apprises. Presque toujours on exécute notre Hymne national dans un mouvement qui s'écarte sensiblement du mouvement indiqué par l'auteur : Marziale. Les uns prennent un mouvement accéléré, d'autres un mouvement solennel. Que dire des paroles? Souvent placées sous la musique au gré de personnes peu averties, elles s'y appliquent différemment, selon les régions. Chacun aussi se permet d'harmoniser et d'instrumenter notre Hymne national d'après ses vues personnelles. A mon avis, il conviendrait de revoir avec soin et dans un but d'unification l'œuvre patriotique de Jenneval et Campenhout, œuvre qui nous est chère plus que jamais. »

Émile Mathieu rend un nouveau rapport en ce sens l'année suivante[34]. Dans un article de la Revue belge de 1928, Ernest Closson critique la version de Rogier et juge La Brabançonne « peu chantable », ajoutant que c'est pour cela qu'elle n'est pas devenue une chanson populaire.

En 1930, le centenaire de l'indépendance de la Belgique est célébré et un extrait des paroles dans les deux langues (français et néerlandais) est inscrit sur la statue de la Brabançonne, érigée place Surlet de Chokier à Bruxelles. Cette année-là, une première circulaire ministérielle impose, comme version néerlandaise, une traduction presque littérale de la 4e strophe du texte de Rogier[35], réalisée par Leo Goemans. Mais le constat de difficulté d'association du chant à la musique est le même dans la langue de Vondel et est rapidement mis en lumière par Lambrecht Lambrechts dans un rapport de 1932[36]. Celle-ci est alors réécrite et parait dans une circulaire de ministère de l'éducation nationale en 1938[37] avec pour titre De Brabançonne.

Tensions communautaires et désuétude

Durant la Seconde Guerre mondiale, La Brabançonne fait à nouveau office d'élément rassembleur[38] pendant la nouvelle occupation allemande. Alors que les Nazis tentent d'effacer les symboles de l'État belge au profit des ceux du Troisième Reich, de nombreux actes de « résistance douce » apparaissent[39], comme en 1942, lorsque l'orchestre de la Chapelle Musicale de la reine Elisabeth joue la Berçeuse héroïque de Claude Debussy, dont le thème musical n'est autre que La Brabançonne. L'œuvre composée en 1914 en hommage à la résistance des forces armées belges durant la Première Guerre mondiale et au roi Albert, reprend en effet les premières mesures de l'hymne national belge au milieu de la mélodie. Lorsqu'après deux minutes de musique arrive le passage jouant les célèbres notes, le public belge se lève soudainement, ne laissant pas d’autre choix aux officiers allemands présents dans la salle que de faire de même[40].

Cependant, à la fin du conflit, le pays est confronté à la « Question royale », qui divise profondément la société. L'hymne national faisant la part belle à la monarchie belge, ses paroles ne rencontrent plus l'unanimité ni la ferveur patriotique et royaliste qu'elles avaient pu susciter lors du premier conflit planétaire[41]. Le , suivant l'avis du Premier ministre de Belgique, Joseph Pholien, une nouvelle commission est instituée dans le but d'« établir la version officielle du chant national (Brabançonne) et notamment des textes dans les trois langues nationales, de la mélodie, de l'accompagnement pour piano et de l'orchestration pour orchestre symphonique, pour orchestre d'harmonies et de fanfares »[42]. Elle rend son rapport en 1959, confirmant la disposition de la circulaire de 1921 pour la version francophone, soit la 4e strophe de la version de Charles Rogier. Néanmoins, aucune de ces versions ne sont toujours inscrites, ni dans la Constitution de la Belgique, ni au Moniteur Belge, contrairement aux symboles nationaux consacrés dans l'article 193 de la Constitution belge[43] (le drapeau belge, le Lion Belgique, ou la devise « L'Union fait la force ») ou même au Vlaamse Leeuw, chant repris par le mouvement flamand et paru au Moniteur le .

Avec l'accroissement des tensions communautaires entre francophones et néerlandophones dans les années 1960, les paroles de La Brabançonne dérangent et sont parfois perçues comme mal venues puisqu'elles prônent l'unité de la Belgique, là où les réformes de l'État orientent le pays vers le fédéralisme belge et la fin d'un état unitaire. L'hymne national est alors de moins en moins chanté, mais plutôt joué[44],[45],[N 2]. Un arrêté royal parait le et impose que La Brabançonne soit exécutée au début et à la fin des cérémonies officielles dans les trois nouvelles communautés de Belgique[46]. Toutefois, il dispose que les hymnes de ces entités fédérées peuvent également être interprétés.

En 1980 la question de La Brabançonne revient sur la table à l'occasion du 150e anniversaire de la déclaration d'indépendance de la Belgique, mais les tensions communautaires et le climat politique particulièrement instable[47] relèguent le sujet au second plan et la version française de 1860 est maintenue sans grand débat[48].

Adaptation future pour la reine des Belges

L'héritière du trône de Belgique, la princesse Élisabeth (à droite) avec le couple royal belge.

Pour la première fois depuis la naissance du Royaume en 1830, l'héritier du trône de Belgique est une femme : l'actuelle princesse Élisabeth, fille ainée du roi Philippe. À la suite de l'abrogation de la loi salique, le , elle deviendra la première souveraine régnante à porter le titre de « reine des Belges », là où les autres reines ne le portaient qu'en qualité de consort. La question de l'adaptation des paroles se pose donc quant à la version allemande et française de La Brabançonne, dont les célèbres dernières phrases, respectivement « Gesetz und König und die Freiheit hoch » et « Le Roi, la Loi, la Liberté », évoquent un roi et non une reine. Des discussions existent à propos d'une éventuelle modification[49], comme cela est par exemple le cas pour le God Save the King, l'hymne national du Royaume-Uni, voire même de l'écriture d'un nouveau texte officialisé[23] ou d'un retour aux paroles originelles de Jenneval[50]. Aucune version officielle de La Brabançonne n'ayant jamais été consacrée, ni dans la Constitution de la Belgique, ni au Moniteur belge, l'adaptation ne semble pas présenter pas de problèmes juridiques majeurs[51].

La question se pose moins pour la version communément chantée en néerlandais, dont la dernière phrase est Voor Vorst, voor Vrijheid en voor Recht. « Vorst » se traduisant plutôt par « monarque » ou « souverain » et non « roi », qui se dit koning.

Paroles actuelles

La Brabançonne ne dispose pas de paroles officielles, mais certaines circulaires ministérielles recommandant l'usage d'une version en particulier dans l'une ou l'autre langues de Belgique. Ces circulaires demeurent toutefois de simples indications et n’ont pas force de loi, eu égard à la hiérarchie des normes en droit belge. Elles ont néanmoins considérablement influencé l'adoption populaire de ces différentes versions avec le temps.

À noter que la Belgique n'est pas le seul pays dont l'hymne national ne présente pas de paroles officielles, c'est par exemple le cas de l'Espagne et de sa Marcha Real. Certains pays ont d’ailleurs volontairement choisi de ne pas doter leur hymne national de paroles, comme c’est le cas du Kosovo.

Allemand

Il existe deux versions de paroles en allemand, toutes deux d'auteur inconnu car il s'agit d'une traduction libre des deux textes en vigueur en français ou en néerlandais[52]. La variante inspirée de la version en française, intitulée « Das lied von Brabant » ou « Die Brabançonne », est notamment la version qui est chantée par Jo Lemaire lors de la première représentation trilingue de La Brabançonne à l'occasion de la Fête du Roi du [53]. En voici les paroles[54] :

Davantage d’informations Paroles en allemand (adaptation libre de la version française), Traduction littérale en français ...
Paroles en allemand
(adaptation libre de la version française)
Traduction littérale en français

O Belgien, o teure Mutter, dir gehören
unsere Herzen, unsere Arme !
Dir gehört unser Blut, Vaterland!
Alle schwören wir Dir: Du wirst leben !
Groß und schön wirst Du immer leben
Und der Wahlspruch Deiner Einheit
Unverbrüchlichen wird heißen:
Für König, Recht und Freiheit !
Unverbrüchlichen wird heißen:
Für König, Recht und Freiheit ! (x3)

Ô Belgique, ô chère mère,
À toi appartiennent nos cœurs, nos bras !
À toi appartient notre sang, patrie !
Tous, nous te jurons : tu vivras !
Grande et belle, tu vivras toujours,
Et la devise de ton
Unité indestructible sera :
Pour le Roi, la Loi et la Liberté !
Unité indestructible sera :
Pour le Roi, la Loi et la Liberté ! (x3)

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L'autre variante est celle de la traduction de la version néerlandaise[55]. Voici les paroles :

Davantage d’informations Paroles en allemand (adaptation libre de la version néerlandaise), Traduction littérale en français ...
Paroles en allemand
(adaptation libre de la version néerlandaise)
Traduction littérale en français

O liebes Land, o Belgiens Erde,
Dir unser Herz, Dir unsere Hand,
Dir unser Blut, dem Heimatherde,
Wir schwören’s Dir, o Vaterland !
So blühe froh in voller Schöne,
Zu der die Freiheit Dich erzog,
Und fortan singen Deine Söhne:
Gesetz und König und die Freiheit hoch!
Und fortan singen Deine Söhne:
Gesetz und König und die Freiheit hoch! (x3)

Ô cher pays, ô terre de Belgique,
À toi notre cœur, à toi notre main,
À toi, notre sang, terre natale,
Nous te le jurons, ô patrie !
Ainsi épanouis-toi, heureuse, dans la pleine beauté
Vers laquelle la liberté t'élève,
Et désormais tes fils chantent :
Vivent la Loi, le Roi, la Liberté !
Et désormais tes fils chantent :
Vivent la Loi, le Roi, la Liberté ! (x3)

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Français

La version communément chantée en français est la 4e strophe du texte de 1860, écrit par Charles Rogier et Paul Devaux, tel que précisé par une circulaire du ministère de l'Intérieur datant du . En voici les paroles[56] :

Ô Belgique, ô mère chérie,
À toi nos cœurs, à toi nos bras,
À toi notre sang, ô Patrie !
Nous le jurons tous, tu vivras !
Tu vivras toujours grande et belle
Et ton invincible unité
Aura pour devise immortelle :
Le Roi, la Loi, la Liberté !
Aura pour devise immortelle :
Le Roi, la Loi, la Liberté ! (x3)

Néerlandais

La version actuelle en néerlandais est celle parue dans circulaire de ministère de l'éducation nationale datant de 1938, dont l'auteur des paroles est inconnu, bien que basées sur le texte de 1930 de Leo Goemans[57]. Elle s'intitule « De Brabançonne », et en voici le texte :

Davantage d’informations Paroles en néerlandais, Traduction littérale en français ...
Paroles en néerlandais Traduction littérale en français

O dierbaar België, o heilig land der vaad'ren,
Onze ziel en ons hart zijn u gewijd.
Aanvaard ons kracht en het bloed van onze adren,
Wees ons doel in arbeid en in strijd.
Bloei, o land, in eendracht niet te breken;
Wees immer u zelf en ongeknecht,
Het woord getrouw, dat ge onbevreesd moogt spreken:
Voor Vorst, voor Vrijheid en voor Recht !
Het woord getrouw, dat ge onbevreesd moogt spreken:
Voor Vorst, voor Vrijheid en voor Recht ! (x3)

Ô chère Belgique, ô terre sacrée de nos pères,
Nos âmes et nos cœurs te sont dévoués.
Accepte notre force et le sang de nos veines,
Sois notre but dans le travail et dans la lutte.
Épanouis-toi, ô pays, dans ton unité indissoluble ;
Sois toujours toi-même et ne sers personne d'autre,
La vraie devise que tu peux proclamer sans crainte :
Pour la Monarchie, pour la Liberté et pour le Droit !
La vraie devise que tu peux proclamer sans crainte :
Pour la Monarchie, pour la Liberté et pour le Droit ! (x3)

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Musique

Partitions de La Brabançonne.

Premiers habillages

Tout comme ses paroles, la musique de La Brabançonne a connu plusieurs versions et adaptations depuis sa composition. En effet, l'œuvre est initialement un poème que son auteur, Jenneval, fait paraitre sans musique attenante. Un premier habillage musical des vers est proposé par l'imprimeur, Jean-Joseph Jorez, sur un air populaire du moment : Les Lanciers polonais, d'Eugène de Pradel[58], un artiste français précisément en tournée dans les Pays-Bas méridionaux à ce moment-là[59]. C’est ainsi que la toute première publication de La Brabançonne dans le journal Le Courrier des Pays-Bas du , est proposée sur la musique de Pradel.

Partitions de Van Campenhout et Nouvelle Brabançonne

La Brabançonne « pour piano et chant » (1915).

Début , François Van Campenhout, un ténor bruxellois, collègue de Jenneval au théâtre royal de la Monnaie, découvre le poème en passant à l'imprimerie Jorez et décide de lui composer des partitions singulières[60]. Il n'est pas le seul : Charles-Auguste de Bériot s'intéresse également aux œuvres patriotiques de la maison Jorez[61] et Louis Messemaeckers propose à son tour un habillage musical pour le poème de Jenneval[35], qu'il ne parvient cependant pas à imposer[62]. Une partition pour piano de sa version[63] de La Brabançonne est toutefois toujours conservée à la bibliothèque du conservatoire royal de musique de Bruxelles[64].

Le , le théâtre royal de la Monnaie rouvre ses portes et François Van Campenhout a terminé ses partitions[65]. Ce sont ces-dernières qui sont utilisées lors de la prestation de son collègue Jean-François Lafeuillade, qui chante la version corrigée de La Brabançonne pour la première fois[66].

Après la victoire des Quatre Jours de Bruxelles le , Jenneval, qui a participé aux combats, écrit une nouvelle version de son poème en modifiant radicalement les paroles. Il l'intitule la Nouvelle Brabançonne et en profite pour introduire dix syllabes dans le deuxième quatrain, dans le but de l'accorder avec la musique que lui a composé François Van Campenhout[67]. En effet, ce-dernier rédige ses partitions initiales sur un rythme décasyllabique alors que les vers originels de Jenneval ne comportent que huit syllabes[68], ce qui entraine une série de problèmes de concordance entre le rythme et les paroles. Cette version est chantée pour la première fois le par François Van Campenhout en personne au café L'Aigle d'Or[69] puis publiée par Le Courrier des Pays-Bas le . Les partitions qui l'accompagnent sont alors composées pour piano sur un tempo allegro[70],[71].

Version moderne et arrangements

Partitions et paroles actuelles.

Comme pour les paroles, la problématique du manque d'adoption d'une version officielle se retrouve également avec la musique. La Nouvelle Brabançonne est critiquée pour sa difficulté à s'adapter au chant et, si c'est bien la partition de François Van Campenhout qui finit par s'imposer, d'autres versions persistent dans les années 1830. La Brabançonne est toujours proposée sur l'air Les Lanciers polonais dans la quatrième livraison d'un Recueil de chants patriotiques belges, imprimé par Lelong en [72]. Un ouvrage de 1831 propose également l'œuvre sur une marche de Joseph Haydn, l'auteur justifiant son choix en disant que[73] : « La musique en est noble et élevée, et tout-à-fait propre au sujet. Celle de M. Campenhout, dont d'ailleurs nous ne contestons pas les talens, ne nous paraît guères analogue aux paroles ; aussi est-elle plutôt faite pour une voix de haute-contre que pour toute autre ».

En conséquence, l'air subit de nombreux arrangements au fil du temps, notamment afin de répondre aux différentes variantes du texte qui n'est adopté que tacitement comme hymne national de la Belgique. Lorsque Charles Rogier fait paraitre de nouvelles paroles en 1860, plusieurs arrangeurs se penchent sur une adaptation de la musique de Van Campenhout à ce nouveau texte. Parmi eux on retrouve Étienne Soubre pour Schott Music, un certain Bouillon pour l'office de publicité, ou encore un troisième pour l'éditeur Katto[74]. Le , le Bulletin du dimanche publie dans les Tablettes d'un bourgeois de Bruxelles[75] : « Tout le mérite de ce dernier (François Van Campenhout) consiste à avoir fait entrer, plus ou moins de force, dans une coupe musicale de dix syllabes, des paroles irrégulières de rhythme. Les vers de la Brabançonne ne sont pas nettement coupés. Le cinquième et le sixième vers ont deux pieds de plus que les autres ». En 1870, Louis Messemaeckers publie une nouvelle version pour piano parmi ses « Chants nationaux du monde entier, arrangés pour Piano seul »[76].

La musique est si souvent modifiée par les arrangeurs que, le , le ministre de la guerre belge, Séraphin Thiebault, prescrit aux musiques militaires de se conformer à une partition arrangée par Constantin Bender, inspecteur des musiques de l'armée belge et chef de la Musique des Grenadiers en 1880[77]. En 1928, une version réarrangée de manière plus syllabique parait, harmonisée par Charles Butay[78], capitaine-médecin au 3e régiment de chasseurs à pied, et le musicologue Ernest Closson[79].

Tempo

Premières partitions connues de la version de François Van Campenhout.

La première partition de la version de François Van Campenhout, composée en septembre 1830, est écrite sur un tempo marziale, soit celui d'une marche.

Les versions modernes se jouent traditionnellement sur un tempo allegro fieramente, voire allegro fieramente e con fuoco[80], qui est celui d'une marche relativement joyeuse[81],[82]. Lors de certaines cérémonies de deuil ou de commémorations, le tempo est celui d'un marche funèbre : en sourdine, doucement et plus lent.

Textes historiques

Première version de Jenneval (1830 - français)

Perception des bénéfices de la vente de La Brabançonne par Jenneval le .

Alexandre Dechet, de son nom de scène « Jenneval »[83], est comédien au théâtre royal de la Monnaie lorsque se déclenchent les émeutes d'août 1830 à Bruxelles. Avec d'autres collègues, ce Français rejoint la garde bourgeoise de Bruxelles le [84] et, le même jour, alors qu'il prend son tour de garde[85], lui viennent quelques vers qui résument les « griefs de la nation ». Il les consigne et les fait imprimer chez Jean-Joseph Jorez, au no 6 de la rue au Beurre[86]. Il souhaite les intituler « La Bruxelloise », mais l'éditeur lui fait remarquer que ce titre existe déjà[60]. Jenneval choisit alors de renommer son oeuvre « La Brabançonne », en hommage au duché de Brabant, qui a donné son nom à deux des dix-sept provinces situées au centre du royaume : le Brabant-Méridional (dont Bruxelles est le chef-lieu) et le Brabant-Septentrional (qui est toujours l'une des provinces des Pays-Bas actuels). Le terme fait également écho à la première tentative d'émancipation des Belges lors de la période des Pays-Bas autrichiens : la révolution brabançonne de 1787 qui avait donné naissance aux éphémères « États belgiques unis », bien que le terme de « révolution brabançonne » soit apparu plus tardivement.

Le poème ainsi paru est vendu « au bénéfice des pauvres » au prix de cinq centimes de florins néerlandais[87]. Afin d'en faire une chanson, Jean-Joseph Jorez choisit de sa propre initiative de lui adjoindre un air en vogue à cette époque : Les Lanciers polonais, d'Eugène de Pradel[88].

Texte primitif

Voici le texte primitif du poème de Jenneval avec l'orthographe d'époque et avant sa correction, comme l'indique un volume intitulé Études poétiques de Jenneval, publié par sa mère en 1831[89] et tel que publié dans l'ouvrage Esquisses historiques de la révolution de la Belgique en 1830, d'Auguste De Wargny, contemporain des faits[90] :

Texte corrigé

Lithographie de Jenneval déclamant La Brabançonne au café bruxellois L'Aigle d'Or.
L'intérieur de l'estaminet à l'Aigle d'Or dans les années 1820.

Alors qu'un petit nombre d'exemplaires a déjà été imprimé, Jean-Joseph Jorez se rend compte d'un anachronisme dans la narration, s'apercevant que l'orange fleurit sur l'arbre de la Liberté avant qu'elle n'y ait été greffée[91]. Il arrête aussitôt le tirage et en réfère à Jenneval, qui corrige son œuvre en intervertissant les deux premiers couplets[92]. Il en profite également pour insérer quelques modifications mineures. La version corrigée de La Brabançonne est ainsi publiée pour la première fois dans la presse le par le journal Le Courrier des Pays-Bas[93] en conservant la musique Les Lanciers polonais d'Eugène de Pradel tel que Jorez l'avait suggéré.

De son côté, François Van Campenhout, collègue de Jenneval au théâtre royal de la Monnaie se met à composer des partitions singulières pour le poème de son ami. À cette époque, les élites et meneurs révolutionnaires bruxellois se retrouvent dans des cafés « politiques », tels que chez Cantoni, rue des Princes, au Doux, rue de l'Écuyer, ou à l’Aigle d'Or, rue de la Fourche. Jenneval y déclame son poème dans le café l'Aigle d'Or tandis que Van Campenhout l'entonne pour la première fois sur l'air qu'il vient de concevoir dans l'établissement de Cantoni[94],[95], en s'adressant de la sorte à son audience, parmi laquelle se trouve le baron Emmanuel van der Linden d'Hooghvorst, chef de la garde bourgeoise de Bruxelles :

« — Messieurs, je vais vous chanter un nouveau poème qui a pour auteur M. Jenneval, du théâtre de la Monnaie. Lorsqu'il me l'a apporté, j'ai pleuré de joie. J'ai écrit la musique de cet hymne si noble avec dévotion...
— Le titre ? Le titre ?
— La Brabançonne.
— Bravo ! »

La presse relate ainsi la réaction du public au chant du ténor[96] : « À mesure que les vers se détachaient pour se graver dans les coeurs, on voyait les visages s’illuminer. La volonté de tous se retrouvait dans ce chant d’espoir et de menace. Une explosion de cris exaltés accueillit la fin du dernier couplet. Les patriotes crièrent : « Vive Jenneval ! Vive Campenhout! Vive La Brabançonne ! » D’un geste le baron d'Hooghvorst rétablit le silence. « Nous venons d’écouter les paroles inoublialbes, dit-il. Et c’est un Français qui les a écrites. Nous savions que tous sont de nobles coeurs... Vous venez de nous les prouver une fois de plus, mon cher Jenneval. Je bois à la France ! » « Vive la Belgique » répondit Jenneval en pleurant. »

La première interprétation officielle de La Brabançonne sur la musique de François Van Campenhout est réalisée par son collègue Jean-François Lafeuillade[97], lors de la réouverture du théâtre royal de la Monnaie le [98], celui-ci demeurait alors fermé depuis les émeutes de la fin août. Le Journal de la Belgique raconte la soirée dans son édition no 257 du en décrivant notamment les différents chants entonnés ce soir-là, les deux drapeaux « aux couleurs belges, attachés à la frise de l'avant-scène » et l'incident lié à la demande de La Marseillaise par l'une des personnes présentes, qui a immédiatement été réfuté par l'ensemble du public[99]. Ironiquement, c'est à cet endroit que le même le ténor français avait, sans le vouloir, mis le feu aux poudres de la révolution belge le soir du avec son interprétation de l'Amour sacré de la Patrie, dans le rôle de Masaniello, lors de la représentation de La Muette de Portici.

Analyse

L'un des arbres de la Liberté, ici planté sur la place Royale de Bruxelles.

Les paroles originelles sont destinées à stigmatiser les pilleurs[100] des émeutes d'août 1830 à Bruxelles et à glorifier la sagesse du roi Guillaume Ier d'Orange-Nassau, proclamant que, s’il satisfaisait aux revendications des insurgés, il resterait le « père des Belges » et deviendrait « l’exemple des rois ». On y retrouve des allusions aux troubles récents, à la demande de démission[101] du ministre de la Justice, Cornelis van Maanen (« Abjure un ministère étrange, rejette un nom trop détesté »)[102], ainsi qu'aux arbres de la Liberté que l'on commence à planter en signe de ralliement à la révolution belge (« ... l'Orange de l'arbre de la Liberté »). Elles mettent toutefois en garde contre une éventuelle intervention de l'armée qui campe à Vilvorde depuis fin août : « Mais malheur ! si de l'arbitraire protégeant les affreux projets, sur nous du canon sanguinaire tu venais lancer les boulets ». Les idées républicaines de Jenneval conduisent certains observateurs à la faire un rapprochement étroit avec La Marseillaise et son auteur, Claude Joseph Rouget de Lisle[103].

Deuxième version de Jenneval : la Nouvelle Brabançonne (1830 - français)

Vignette attachée à la première publication du chant national.

Le , les forces armées du Royaume uni des Pays-Bas, menées par le second fils du roi, le prince Frédéric, passent à l'attaque avec l'objectif de matter l’insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux. Toutefois, à la surprise générale[104], les patriotes belges livrent bataille et tiennent le choc : l’attaque de Louvain est repoussée le jour-même tandis qu’à la capitale, les troupes pénètrent en ville mais se font prendre au piège dans le parc de Bruxelles. L'histoire retient cet épisode de la révolution belge comme les « Journées de Septembre ». Jenneval prend part aux combats de Bruxelles, notamment à la barricade de la rue de Louvain ou encore lors de la prise de l'Athénée[105]. Dans la nuit du au , les troupes du prince évacuent la ville, laissant les défenseurs de Bruxelles gagner la bataille. Ce jour-là[106], Jenneval écrit une nouvelle version de son œuvre, qu’il intitule la Nouvelle Brabançonne et qu'il veut cette-fois nettement anti-orangiste, au vu des évènements qu'il vient de vivre.

Cette première édition du chant national est publiée à Bruxelles chez Madame Nolot, marchande de musique et d'instruments, rue Montagne de la Cour, no 12, et mise en vente au « profit des blessés septembre »[107]. Elle est ornée d'une vignette représentant un volontaire en blouse, portant un fusil en bandoulière et deux pistolets à la ceinture. Il est en contemplation, la tête découverte et le bonnet à la main, devant une croix à laquelle est suspendue une couronne de laurier. Sous la vignette est imprimé le quatrain que Jenneval attacha en guise d'épitaphe à la croix du cimetière provisoire de la place des Martyrs le  :

« Qui dort sous ce tombeau, couvert par la Victoire
Des nobles attributs de l'immortalité ?
De simples citoyens dont un mot dit l'histoire :
MORTS POUR LA LIBERTÉ !!! »

Texte

Voici le texte de la Nouvelle Brabançonne[108] avec l'orthographe de l'époque[109] :

Analyse

L'attaque de la cavalerie dans la rue de Flandre, lors des Quatre Jours de Bruxelles.

Dans sa nouvelle version, Jenneval garde les allusions aux arbres de la Liberté qui apparaissent de plus en plus, mais flétrit l’image du roi Guillaume et exalte les combattants et les patriotes belges, particulièrement ceux qui ont donné leur vie, enterrés à la place des Martyrs.

D'un point de vue technique, il introduit également une modification significative en insérant un vers de dix syllabes au lieu de huit dans chaque second quatrain[N 3]. Cela pourrait s'expliquer par la tentative d'adaptation des vers sur la musique composée par François Van Campenhout quelques jours auparavant[110]. Ce-dernier, qui est également ténor au théâtre royal de la Monnaie, chante lui-même la « Nouvelle Brabançonne » pour la première fois le à « L'Aigle d'Or »[111], au lendemain de l'évacuation des troupes du parc de Bruxelles. Le Courrier des Pays-Bas publie le texte le en mentionnant[112] : « L'auteur de la Brabançonne, M. Jenneval, qui avait donné aux Nassau des conseils qu'ils n'ont pas eu la prudence de suivre, vient de publier un nouvel hymne patriotique ».

Réception et critiques

François Van Campenhout chantant La Brabançonne le , sur une toile d'Antoine Van Hammée.
  • Le Courrier des Pays-Bas relate la première prestation de l'œuvre par François Van Campenhout le , comme suit[113] : « Ces 46 couplets, chantés avant-hier soir à l'Aigle d'or, par M. Campenhout, auteur de la musique des deux Brabançonnes, ont été accueillis avec un enthousiasme difficile à décrire. Le dernier couplet, répété à la demande générale, a été écouté dans un recueillement religieux ; tout l'auditoire, debout et la tête découverte, partageait l'émotion de M. Campenhout. Des applaudissements unanimes ont éclaté après chaque couplet, et l'auteur et le compositeur ont été réunis dans la même ovation. » ;
  • Constantin Rodenbach prétend être le principal auteur des nouvelles paroles[114], d'après un texte écrit de sa main[115] ;
  • En 1848, Jules Géruzet décrit cette Nouvelle Brabançonne comme étant[116] : « (...) née, comme toutes les œuvres de ce genre, dans un moment de délire populaire, d'entraînement patriotique : elle eut pour berceau une barricade, pour hochet la carabine tyrolienne de nos chasseurs volontaires, et pour langes le drapeau tricolore, qui vint remplacer, un peu plus tard, celui que les puissances du congrès de Vienne nous avaient imposé en 1815. » ;

Utilisation postérieure

  • La Nouvelle Brabançonne devient rapidement l'hymne national de la Belgique après l'indépendance de celle-ci du Royaume uni des Pays-Bas, proclamée le . Elle le reste jusqu'à l'adoption de la 4e strophe d'un nouvelle version écrite par Charles Rogier en 1860 ;
  • La Nouvelle Brabançonne est chantée par François Van Campenhout lors d'un concert organisé au grand théâtre au profit des blessés des Quatre Jours de Bruxelles le [117] ;
  • Les deux dernières strophes du premier couplet, « La mitraille a brisé l'Orange sur l'arbre de la Liberté », ont notamment été reprises pour illustrer la première page du livre de Charles Joseph Mackintosh, La révolution belge de 1830, paru pour la première fois en 1831[118] ;

Couplet supplémentaire

Les funérailles de Jenneval.

À l'instar de nombreux autres Français, Jenneval s'engage à sa tour comme milicien volontaire et participe à la guerre belgo-néerlandaise au sein des Chasseurs Chasteler. C’est en combattant à leurs côtés qu’il trouve la mort lors de la bataille de Lierre, le , atteint au bas-ventre[119] par le boulet d’un canon de l’armée royale. Son décès choque profondément la société belge, et le gouvernement provisoire de Belgique lui organise des funérailles solennelles et fastueuses[120]. Son frère, Hippolyte Lamarche, écrit alors un nouveau couplet[121] :

Ouvrez vos rangs, ombres des braves,
Il vient celui qui vous disait :
Plutôt mourir que vivre esclaves !
Et comme il disait, il faisait
Ouvrez vos rangs noble phalange,
Place au poëte, au chasseur redouté !
Il vient dormir, loin de l'Orange
Sous l'arbre de la liberté !

Version de Lonlay (1848 - français)

En 1848[122], le Printemps des peuples jette un vent de républicanisme sur l'Europe et, si la Belgique est relativement épargnée, mis-à-part l'affaire du Risquons-Tout, le Français Eugène de Lonlay, suggère d'autres paroles en ce sens pour ce qu'il voudrait voir devenir « l'hymne national belge »[123] :

Version d'Hymans (1852 - français)

En 1852, Louis Hymans, un journaliste belge, propose une nouvelle version des paroles de La Brabançonne qu'il fait retranscrire dans L'Indépendance belge le , puis publier dans un ouvrage intitulé Hymne national belge : nouvelles paroles sur l'air de La Brabançonne[124]. Il déclare[125] : « Il importait que d'anciennes inimitiés qui n'avaient plus de raison d'être, vinssent à cesser entièrement entre le peuple belge et le peuple hollandais ».

Texte

Analyse

Les paroles suivent les grands évènements de l'histoire de la Belgique depuis son indépendance du Royaume uni des Pays-Bas, proclamée le . Le premier couplet relate l'évolution des relations entre la Belgique et les Pays-Bas avec la fin de la guerre belgo-néerlandaise, officialisée par la convention de Zonhoven du . On peut voir au travers du deuxième couplet l'acceptation et la reconnaissance de la légitimité du roi des Belges, Léopold Ier, par le souverain néerlandais Guillaume Ier (officialisé lors de la signature du traité des XXIV articles, le ). Le progrès est largement mis en avant, eu égard à la révolution industrielle qui voit la Belgique devenir brièvement la deuxième puissance économique mondiale derrière le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande (« Nous avons fondé par la guerre, nous conservons par le progrès. »). On y voit également apparaitre les mots « Flamands » et « Wallons », trahissant la naissance des tensions linguistiques et le début de la législation sur l'usage des langues en Belgique.

Version de Rogier (1860 - français)

Charles Rogier, meneur de la révolution belge à Liège puis membre du Congrès National, est également l'auteur des paroles actuelles en français.

En 1860, Charles Rogier remanie[126] les vers de Jenneval avec l'aide de Paul Devaux[127],[128], dans un texte se voulant plus consensuel vis-à-vis des Pays-Bas et moins va-t-en guerre[98]. Il l'intitule « Le chant national » et annote « Air de la Brabançonne »[129] afin de montrer sur quelle musique il propose de chanter sa poésie. Après l'avoir présentée au roi des Belges et faite publiée dans la presse, les paroles évoluent au fur et à mesure des années et l'on trouve plusieurs versions réarrangées au fil du temps, comme celle où les paroles « grava sur ta vieille bannière » deviennent « grava sur ta noble bannière »[130].

Finalement, la 4e strophe du poème initial devient célèbre après avoir été choisie comme « version officielle » par une circulaire du ministère de l'Intérieur datant du . Voici le texte :

Texte

Analyse

La version de Charles Rogier est critiquée pour remanier et glorifier l'histoire de la Belgique, comme ce tableau d'Henri de Caisne : La Belgique couronnant ses enfants illustres.

Dans cette nouvelle version, Charles Rogier atténue les paroles originelles[131], centrées sur la révolution belge ainsi que sur les dissensions historiques avec les Pays-Bas et la monarchie néerlandaise, avec lesquels la Belgique est désormais en paix. Ces paroles inédites laissent à penser qu’avant son indépendance, le pays existait sous « domination étrangère », ce qui a d'emblée été fort critiqué[132]. L'oeuvre de 1860 doit en fait être replacée dans le contexte de la fin du romantisme et au temps où la jeune Belgique se cherche des héros pour affirmer son identité et légitimer son existence[133]. Bruxelles voit notamment de nombreux changements apparaitre en ce sens[134], comme l'érection de la statue de Godefroid de Bouillon sur la place Royale, l'aménagement du quartier des Libertés ou encore la création du square Ambiorix. On retrouve également ce mouvement à la même époque dans les arts, comme le montre la célèbre toile d'Henri de Caisne La Belgique couronnant ses enfants illustres[135].

Un autre aspect d'époque à prendre en compte sont les velléités expansionnistes du Second Empire français de Napoléon III. Celui-ci ne cache en effet pas son intention d'annexer la Belgique[48] ou de racheter le Luxembourg. La parution de cette nouvelle version de La Brabançonne permet de mettre en avant des éléments réaffirmant l’existence historique de la nationalité belge, ainsi que de souligner l’intérêt qu’ont les petits états européens à s’allier contre les menaces de leurs voisins[136]. Rogier n'en étant d'ailleurs pas à son coup d'essai dans le renforcement du sentiment national belge au travers de l'art[137].

Charles Rogier et Paul Devaux s'inspirent entre autres de la version rédigée par Louis Hymans en 1852[138], ainsi que de la cantate de Jules Busschop créée en 1834 en hommage au drapeau de la Belgique, dont on trouve des traces la phrase proclamant que le Belge a reconquis « son nom, ses lois et son drapeau »[139].

Première prestation et réception

Brouillon manuscrit de la version de Charles Rogier.

En 1860, outre les fêtes nationales de Septembre, des festivités sont organisées à l'occasion du 29e anniversaire de la prestation de serment du roi des Belges, Léopold Ier, qui coïncide avec les trente ans de la déclaration d'indépendance de la Belgique. Charles Rogier propose son nouveau Chant national lors du banquet donné au soir du au palais Ducal de Bruxelles, en présence de 516 convives dont les membres de la famille royale belge. Les nouvelles paroles sont accompagnées par un orchestre sur l'air de La Brabançonne de François Van Campenhout. Selon le compte-rendu officiel des festivités, paru au Moniteur belge : « L'assemblée répétait en chœur le refrain et a fait chanter une seconde fois la dernière strophe. On a particulièrement applaudi, aux cris de Vive le Roi !, les vers suivants : Les peuples libres sont amis et À toi notre sang, ô Patrie, Nous le jurons tous, tu vivras ! L'enthousiasme était au comble. »

Rogier joint au texte une lettre expliquant la genèse de son oeuvre[140] :

« En ces jours d'élan national, je voudrais apporter mon tribut à la fête du 21 juillet.

Depuis longtemps la Belgique a compris que les paroles de notre hymne de guerre de 1830 ne répondaient plus au sentiment public, ni au caractère tout amical de nos relations avec d'anciens compatriotes auxquels nous unissent et nos traditions historiques et nos intérêts et nos institutions.

Je viens donc proposer à mes concitoyens un texte revu et corrigé de notre Brabançonne. Si l'on trouvait à quelques mots un peu trop de relief et de sonorité, je ne serais pas insensible au reproche, le style déclamatoire n'étant pas de mon goût, mais on voudra bien se rappeler que les paroles sont destinées à être chantées en chœur, le plus souvent en plein air, et toujours dans de grandes réunions ; que les finesses du dessin et de la couleur ne vont pas aux tableaux faits pour être vus à distance et de la foule, et que les touches délicates du madrigal et de la romance ne sont pas, après tout, ce qu’il faut au chant du peuple.

Cette réserve faite pour la forme, j'ose espérer qu'on ne trouvera rien à reprendre à la pensée. C'est l'esprit de 1830 qui l'a seul inspirée.

« Un vieux patriote » »

Le texte parait pour la première fois dans L'Indépendance belge du , puis dans Le Guide musical n°31, daté du [141].

Du côté des Pays-Bas, la nouvelle version de l'hymne national belge, prônant que « les peuples libres sont amis », est accueillie avec beaucoup de sympathie. Lors du septième congrès de langue et de littérature néerlandaises, tenu à Bréda, Diederik Jacob den Beer Poortugael énumère ce qui est fait en Belgique « pour la langue flamande et pour les gloires du passé », puis ajoute[142] : « Je rends hommage à l'homme d'État qui a déjà réalisé ce dessein dans sa pensée, et je pose la couronne civique sur le front de Rogier et tout autant pour sa nouvelle Brabançonne, exclusivement inspirée par le désir de la réconciliation avec la Hollande. » Le , Samuel Johannes van den Bergh réagit à son tour par un poème qu'il intitule « Aan de Belgen » (« Aux Belges »), et dont voici le texte et la traduction[143] :

Critiques des paroles de Rogier

La première strophe de La Brabançonne, version de Charles Rogier, sur une carte postale du début du XXe siècle.

Peu après sa parution, les premières critiques de la version de Charles Rogier se font entendre : les historiens considèrent que plusieurs passages des paroles sont des anachronismes mettant en scène une vision romancée voire même erronée de l'histoire de la Belgique. L'une des parties sujette à polémique concerne l'affirmation prétendant qu'avant l'indépendance de la Belgique, les Belges avaient été des esclaves pendant des siècles. Si la référence à l'esclavagisme fait écho à une question particulièrement en vogue au XIXe siècle, à savoir l'abolition de l'esclavage, il n'y a aucune trace de telles pratiques visant explicitement le peuple belge dans l'histoire de l'esclavage en Belgique. Cela contrairement à ce qu'il se passe dans l'empire colonial néerlandais, à la participation des ports francs de Bruges, de Gand ou d'Ostende à la traite négrière occidentale[144], ou aux exactions commises dans l'État indépendant du Congo, ni à ce qu'il se produit dans l'empire colonial belge, alors en construction. Qui plus est, les régimes qui ont dominé l'actuel territoire belge, même s’ils étaient « étrangers »[N 4], étaient légitimes aux yeux du peuple, pourvu qu'ils respectassent leurs droits fondamentaux.

La polémique ne faiblit pas au siècle suivant. Par exemple, en 1913, Godefroid Kurth indique dans La Nationalité belge[145] : « II n'y a pas eu à proprement parler de domination espagnole en Belgique, ni non plus de domination autrichienne... Qu'on cesse donc de parler de domination étrangère... Il y a lieu de protester contre les premiers vers de la Brabançonne de Charles Rogier ». En 1922, Sylvain Dupuis dit de cette version dans son rapport à l'Académie Royale de Belgique[146] :

« Les paroles qu'il composa sur la Brabançonne de Campenhout, pour remplacer celles de Jenneval, prouvent surabondamment son grand désir d'apaisement. La domination exécrée renversée, notre liberté reconquise, il semblait à Rogier qu'il nous fallait, non pas un chant de haine contre l'étranger, mais une glorification de notre nationalité, de notre dynastie, de notre liberté... On peut déplorer que de si bonnes intentions politiques ne s'accordent pas parfaitement avec la musique. »

Dans Le Chansonnier des jeunes de 1925, J. Renard estime que[147] : « Le premier vers est un non-sens historique, une injure faite à notre histoire ». Dans L'Action Nationale du , un article parait sous le titre La Brabançonne, une réforme qui s'impose dans lequel M. Coune écrit : « Ces paroles constituent un mensonge historique ». Selon Léon van der Essen, cette version de La Brabançonne falsifie l’histoire[148],[149] : « Nous n’avons jamais connu des siècles d’esclavage ; nous avons toujours été gouvernés et dirigés par des princes nationaux, nous avons vécu d’après le jeu de nos propres institutions, libres de toute contrainte ; nous n’avons pas été des esclaves de l’étranger. (...) La Belgique n’a jamais été soumise à l’Espagne comme telle, ni à l’Autriche comme telle, mais bien à des princes de la branche espagnole des Habsbourg ou à des empereurs de la branche autrichienne de cette même famille. Ces princes n’étaient pas pour nous des étrangers, mais par droit de succession et d’héritage, les successeurs légitimes (...) de nos souverains nationaux du Moyen Âge, comtes de Flandre, ducs de Brabant, etc. ». Ainsi, le premier couplet est de plus en plus délaissé au profit du seul quatrième[150].

Critiques de l'adaptation des partitions

La version de Charles Rogier sur une partition de 1866.

Outre les critiques de fond, les paroles de Rogier présentent un chant qui n'est pas syllabique, c'est-à-dire qu'il arrive souvent qu'une syllabe corresponde à plusieurs notes (mélisme)[35]. Sur vingt-quatre mesures que comporte la partition de François Van Campenhout, dix-huit ont été plus ou moins démarquées[23]. De plus, la manière dont le texte est agencé sur la mélodie n'est pas toujours claire : il y a en effet quatorze notes pour neuf syllabes, ce qui laisse beaucoup de place à la variation. De nombreux arrangements et tentatives d'harmonisation voient alors le jour, d'aucuns allant jusqu'à insérer les premières mesures de La Marseillaise entre chaque couplets[151], d'autres à supprimer entièrement l'un ou l'autre couplet ou encore à inverser l'ordre des mots pour mieux adapter le chant sur les partitions[152]. À ce sujet, Sylvain Dupuis ajoute en 1922 que :

« Ce texte, moins vigoureux que celui de Jenneval, ne me paraît pas poétiquement supérieur et a, en outre, un grand défaut au point de vue qui nous occupe : le point de vue musical. Ne s'adaptant pas étroitement à la mélodie ni au rythme, il exige, à chaque couplet différent, un remaniement de la musique de Campenhout. Par cela même, il demande un effort de mémoire et empêche ainsi la diffusion, la vulgarisation de cet air national qui devrait être dans l'esprit, sur les lèvres de tous les Belges. (...) Sur vingt-quatre mesures que comporte le chant de Campenhout, dix-huit ont été plus ou moins démarquées, dénaturées, altérées. Progressivement, on a supprimé de cet hymne populaire tout ce qui était susceptible de le rendre vibrant, entraînant et martial. »

Version de Destanberg (1861 - néerlandais)

L'une des premières versions connues en néerlandais est écrite en 1861 par Napoleon Destanberg, dans le contexte de la naissance du mouvement flamand et de l'évolution de la législation sur l'usage des langues en Belgique. Voici les paroles avec l'orthographe de l'époque :

Version de Ceulemans (1895 - néerlandais)

Une autre version de La Brabançonne en néerlandais est proposée en 1895 par Victor Ceulemans. On y trouve des ressemblances avec les paroles du, Vlaamse Leeuw écrit en 1847 et repris par le mouvement flamand qui grandit de plus en plus à l'époque, comme la fin du premier couplet « Zoolang één Belg, 't zij Waal of Vlaming leeft. » Tant que vivra un Belge, qu'il soit Wallon ou Flamand »), ressemblant à la célèbre phrase « Zij zullen hem niet temmen, zolang een Vlaming leeft » Ils ne le dompteront pas tant qu'un Flamand vivra »).

C'est également cette version qui est publiée par Théophile Quoidbach dans son Chansonnier du soldat belge / Liederenboek van de Belgische soldaat de 1916[153]. En voici les paroles[154] :

Version de René de Clercq (1911 - néerlandais)

Le poète René de Clercq se penche sur une version syllabique en néerlandais de La Brabançonne qui pourrait s’adapter à la musique de François Van Campenhout[155]. Elle est publiée en 1911, voici le texte[156] :

Adaptation patriotique de 1914 (français)

Lorsque l'empire Allemand envahit la Belgique après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, Émile Blond fait paraitre, à Paris, une adaptation patriotique de La Brabançonne pour haranguer les Belges[157].

Texte

Analyse

Les dirigeants du corps expéditionnaire français lors du siège de la citadelle d'Anvers en 1832.

Dans le premier couplet, Émile Blond fait clairement référence au refus du roi des Belges, Albert Ier, de se conformer à l'ultimatum allemand qui exige que la Belgique laisse passer la Deutsches Heer pour qu'elle attaque la France, conformément au plan Schlieffen. Cela conduit à l'entrée du Royaume dans la Première Guerre mondiale dès la violation de sa neutralité par le déclenchement de la bataille de Belgique le .

Le deuxième couplet présente les Allemands comme les descendants de l'ordre Teutonique et les fait passer pour des sanguinaires, eu égard aux atrocités allemandes en 1914. Il fait également référence aux relations entre la Belgique et la France et plus particulièrement à la participation française à la révolution belge de 1830 qui avait permis l'indépendance de la Belgique du royaume uni des Pays-Bas, mais aussi l'envoi par la monarchie de Juillet d'un corps expéditionnaire français lors de la guerre belgo-néerlandaise à deux reprises : durant la campagne des Dix-Jours en et lors du siège de la citadelle d'Anvers à la fin de l'année 1832.

Le troisième couplet reprend littéralement les deux premières strophes du troisième couplet de la Nouvelle Brabançonne (soit la deuxième version de Jenneval du , écrite après les Quatre Jours de Bruxelles) : « Fiers Brabançons peuple de braves, qu'on voit combattre sans fléchir ». Celles-ci font référence aux volontaires de la révolution belge de 1830 mais aussi aux combattant de la révolution brabançonne de 1787. Ces paroles demeuraient la version officielle de l'hymne national belge jusqu'à la réécriture de celui-ci par Charles Rogier en 1860, mais qui n'est toutefois pas adopté avant 1921.

Le quatrième couplet met à l'honneur les « morts pour la Patrie » et la résistance des Belges lors de l'occupation allemande de la Belgique pendant la Première Guerre mondiale, ainsi que lors des combats menés conjointement avec les armées alliées, dont l'armée française, et plus particulièrement sur le front de l'Yser qui restera un mince réduit territorial inviolé jusqu'à l'armistice du 11 novembre 1918.

Première traduction littérale en néerlandais (1914-1918)

Pendant la Première Guerre mondiale, Eugeen De Bock, capitaine au 9e régiment de ligne traduit pour la première fois de manière littérale, du français au néerlandais, la version de Charles Rogier datant de 1860[158]. Elle est notamment publiée dans le Recueil des Chant à l'usage de la troupe chez Schott Frères. En voici le texte[159] :

« La Brabançonne de Gand » (1918 - français)

Lors de l'armistice du 11 novembre 1918, des versions modifiées de La Brabançonne sont déclamées dans la ville de Gand avec des paroles anti-allemandes. Le Cercle Royal La Concorde décide d'organiser un concert en l'honneur des soldats, lors duquel une version remodelée est chantée par le baryton Hamerlynck avant d'être publiée le de la même année.

Version pour les écoliers du Congo (1927 - français)

En 1927 les frères maristes font publier un recueil de 36 chants patriotiques et religieux intitulé « Nzembo ya baekoli » (« Chants écoliers » en bangala), pour les écoliers de la colonie du Congo belge. Le premier est une nouvelle version de La Brabançonne en français[160] :

Version bilingue de la statue de la Brabançonne (1930)

Extrait des paroles en français et en néerlandais, inscrites sur la statue de la Brabançonne érigée en 1930.

En 1930, à l'occasion du centenaire de l'indépendance de la Belgique, une statue de la Brabançonne est érigée sur la place Surlet de Chokier à Bruxelles. La première strophe des paroles est inscrite sur le socle, tant en français qu'en néerlandais. Le gouvernement belge demande alors à l'Académie Royale de Belgique de lui fournir une version en français. Sa section « musique » rend un rapport en ce sens en 1929[161], avec un texte qui correspond mot à mot à la version de Charles Rogier, telle qu'adoptée par la circulaire ministérielle du Ministère de l'Intérieur du , sur un tempo allegro fieramente. Elle est ainsi jouée en clotûre de la séance publique de l'académie le [162].

Le texte en néerlandais présente quant à lui une version inédite dont l'auteur n'est pas identifié et dont la suite demeure inconnue. Les paroles diffèrent en effet quelque peu de la version néerlandophone actuelle adoptée en 1938, par les mots « edel land » et « de kracht »[163], en plus d'une adaptation orthographique dans « Aanvaardt » :

O dierbaar België, O edel land der vaderen!
Onze ziel en ons hart zijn U Gewijd.
Aanvaardt de kracht en het bloed
van onze aderen...

Version de Goemans (1930 - néerlandais)

Une circulaire ministérielle de 1930 propose une traduction en néerlandais de la 4e strophe du texte de 1860 de Charles Rogier, écrite par Leo Goemans[164],[165]. En voici le texte :

Version de Lambrechts (1932 - néerlandais)

En 1932, Lambrecht Lambrechts propose une « version flamande de La Brabançonne » dans une publication de la Koninklijke Academie voor Nederlandse Taal- en Letterkunde, sans qu'elle ne soit retenue[166].

Version en néerlandais de 1938

Les paroles en néerlandais adoptées en 1938 sont un mélange de plusieurs versions dont celles de Leo Goemans et de Victor Ceulemans. Le ou les auteurs de la réécriture demeurent inconnus, bien que Gunther Eyck attribue ce nouveau texte au poète Raymond Herreman[167]. Cependant la traduction anglaise qu'il fournit en 1954 est totalement différente du texte néerlandais en vigueur, ce qui ne permet pas de garantir avec certitude son affirmation[168]. Voici le texte :

Version complète en allemand

Voici le texte intégral de la traduction en allemand de la version francophone de La Brabançonne, soit du texte de Charles Rogier de 1860 :

Autres versions

Après les tentatives d'adoption officielle dans les différentes langues nationales de Belgique, d'autres variantes de La Brabançonne continuent de voir le jour, notamment dans les deux systèmes d'enseignement : catholique et libre. Cela contribue à apporter davantage de confusion, particulièrement dans les versions en français. Ainsi, en 2000, lors d'une interview de trois ministres francophones différents par la RTBF à la veille de la fête nationale belge, aucun ne parvient à chanter l'hymne national avec les mêmes paroles[169]. Voici une liste des principales variantes, dans l'ordre chronologique de leur apparition.

Version francophone « Noble Belgique »

Durant l'entre-deux guerres, l'Institut cartographique militaire réédite[N 5] le Chansonnier du soldat belge de Théophile Quoidbach dans une « édition pour la Wallonie ». L'auteur y apporte volontairement des modifications techniques aux paroles de la version francophone désormais disposées depuis 1921, en adaptant le nombre de pieds pour la rendre plus « chantable » et la faire concorder avec la version néerlandophone. Pour ce faire, il change plusieurs mots, comme le tout premier, remplaçant « Ô Belgique » par « Noble Belgique »[27]. Il se justifie dans la note suivante[170] :

« Le texte traditionnel du 1er vers de la 3e strophe de la Brabançonne débute par : « ô Belgique ». La première syllabe « ô » peut difficilement être adaptée aux modulations du chant. C'est blessant, à l'audition de débuter par une voyelle aussi peu sonore. Et pourtant, on ne peut dans les cérémonies officielles, chanter dorénavant que seul ce 3ème couplet. Les paroles étant faites pour être chantées, nous n'avons donc pas hésité à ajouter aux huit pieds du premier vers une autre syllabe. Nous avons ainsi reproduit une version déjà ancienne, de neuf pieds : « Notre Belgique », etc. Ainsi l'exige l'euphonie du chant, dont les règles priment celles de la métrique de la poésie, lorsqu'il s'agit de musique.

De cette façon, le couplet est parfaitement chantable par les masses. Le chant des paroles « A toi nos coeurs » diffère quelque peu de la version établie à la demande du gouvernement, en 1930, par l'Académie royale de Belgique, du chant des deux premiers couplets. Mais encore une fois, on ne peut dorénavant chanter que le troisième couplet. D'autre part, le chant de la Brabançonne d'expression française et celui d'expression flamande doivent être le plus semblable possible. Il faut souhaiter un seul texte musical de notre chant national d'expression française et flamande. Or, celui-ci a dix pieds, tandis que celui d'expression française n'a que huit pieds. Le texte musical ci-dessus subvient, assez bien, à cette difficulté de langues. Ce n'est pas parfait, nous en convenons, mais le chant y gagne déjà par sa simplicité et son énergie. Les accents musicaux et ceux du texte littéraire concordent assez bien. La poésie de Rogier et le chant de Van Campenhout y sont profondément respectés. »

Il change également le tempo, qu'il fait passer de marciale[26] à allegro fieramente.

Version catholique en français

Une autre version de La Brabançonne, datant de 1953, se trouve dans certains manuels de l'enseignement catholique ainsi que dans les chansonniers de scouts catholiques[171]. Voici les paroles :

Version en wallon

Une version de La Brabançonne est écrite en wallon le , par Roger Viroux (wa) et s'intitule Li Braibançone. On y retrouve des allusions à la question communautaire en Belgique Flamands et Wallons ») mais aussi à l'occupation allemande de la Belgique pendant la Première Guerre mondiale et lors de la Seconde. À la fin de la deuxième strophe, l'auteur reprend également la célèbre locution latine des Commentaires sur la guerre des Gaules de Jules César : Horum omnium fortissimi sunt Belgae De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves »). Voici le texte :

Version paillarde

En 1995, le chanteur Pierre Perret revisite La Brabançonne en une chanson paillarde grivoise intitulé La Brabançonne d'une putain[172]. Cette version est notoire dans le folklore étudiant en Belgique francophone[173].

Version trilingue de la Fête du Roi

Lors de la Fête du Roi, le , la tradition veut que La Brabançonne soit jouée afin de clôturer la cérémonie officielle devant le parterre de politiciens et de membres de la monarchie belge. La prestation est confiée à un ou plusieurs artistes belges, chanteurs ou musiciens, issus de l'une des communautés ou régions de Belgique différente de celle des artistes de l'édition précédente, en veillant à une représentation équitable au fil des ans. Lors de l'édition de 2006, le roi des Belges, Albert II est exceptionnellement présent afin de commémorer les 175 ans de la Constitution de la Belgique, alors que la tradition veut que le souverain régnant ne soit normalement pas convié. À cette occasion, la gembloutoise Jo Lemaire choisit d'interpréter La Brabançonne dans les trois langues nationales de Belgique en commençant en néerlandais, puis en français et finalement en allemand[174]. L'année suivante, le célèbre chanteur gantois Helmut Lotti reprend l'idée en pleine crise politique belge de 2007-2011[175]. Elle est suivie lors les éditions suivantes par Udo Mechels en 2009, par la chorale des Petits Chanteurs du Collège Saint-Pierre d'Uccle en 2012[176] ou par le Vlaams Radiokoor (nl) en 2014[177].

Sports

Les Diables Rouges chantant La Brabançonne lors du match Brésil-Belgique de la Coupe du monde de football 2018.

Plusieurs équipes nationales belges de différents sports ont choisi de chanter La Brabançonne dans les différentes langues nationales lors de la cérémonie des hymnes nationaux à l'occasion des rencontres officielles. On ne trouve, là-encore, aucune version unique, mais des versions bilingues ou trilingues reprenant différents textes, officiels ou non, dans l'une ou l'autre langue.

Hockey sur gazon

Les équipes nationales féminines[178] et masculines[179] de hockey sur gazon ont pris l'habitude de chanter l'hymne national belge a capella dans une version bilingue qui reprend le texte néerlandophone de 1938 (avec une légère modification : « de kracht » au lieu de « ons kracht »), mêlé au texte francophone catholique de 1953. Cette version bilingue inédite a notamment été reprise telle quelle par la foule lors de la réception de l'équipe championne du monde 2018 sur la Grand-Place de Bruxelles[180] :

Football

Depuis le match de qualification pour l'Euro 2024 entre les Diables Rouges et l'Estonie le mardi , l'union belge de football a opté pour un hymne unifié trilingue, en déclarant : « Des équipes de jeunes aux équipes A, tout le monde chantera dorénavant la Brabançonne en mixant les trois langues nationales »[181]. Pour éviter la cacophonie si chaque joueur chante dans sa langue, il est convenu de commencer une strophe en néerlandais, puis une en français, puis en néerlandais avec le refrain final dans les trois langues nationales, en veillant à ce qu'il y ait au total un peu plus de la langue la plus parlée (le néerlandais) et un peu moins de la langue la moins parlée (l'allemand).

Lors de l'Euro 2021, la STIB diffuse une version hip-hop de La Brabançonne tous les jours deux fois par heure sur son réseau afin de soutenir les Diables Rouges[182].

Sport automobile

La Brabançonne est traditionnellement jouée à chaque ouverture du Grand Prix automobile de Belgique par des artistes belges différents. On note entre autres la performance d'Alyah Lukunku lors de l'édition 2024, qui entonne le refrain dans les trois langues nationales, en allongeant celui-ci[183].

Critiques

Tout au long de l'histoire de la Belgique, de nombreuses critiques, tant positives que négatives, ont été émises au sujet de La Brabançonne dans son aspect général, en plus de celles concernant certaines versions en particulier. En voici les principales :

  • Le qualificatif d'« hymne national » pour La Brabançonne est jugé comme étant anticonstitutionnel puisqu'il n'est mentionné nul par dans la Constitution de la Belgique, que le royaume dispose d'un hymne national[35] ;
  • En 1860, Henri Boscaven critique la différence du nombre de syllabes dans les nombreuses variantes[68] : « Autre chose non moins singulière, dans l'énorme quantité de Brabançonnes qui ont paru, c'est la diversité de la mesure qui frappe d'abord. L'auteur de celle-là emploie le vers de huit syllabes sans mélange ; l'auteur de celle-ci alterne ce vers avec le vers décasyllabique ; un troisième a recours à cette dernière forme pour les trois premiers vers de chaque quatrain ; tel jette un vers unique de dix syllabes au milieu du second quatrain ; tel, au contraire, termine un couplet tout décasyllabique par un vers unique de huit syllabes. »
  • Dans sa Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique, de 1868, François-Joseph Fétis indique que[184] : « Ce chant national a les qualités nécessaires aux choses de ce genre : il a de la franchise, du naturel et de la force rythmique. »
  • Dans le Journal de Bruges du , un musicologue sous le pseudonyme de « Francesco d’Avila », critique l’œuvre en disant[185] : « Franchement, je ne voudrais pas avoir fait la Brabançonne. C’est un méli-mélo de Dame Blanche, de Joseph en Egypte et de style troubadour du premier empire à faire fuir à cent lieues tous ceux qui aujourd’hui se sentent bouillonner dans le coeur quelque aspiration de liberté ou d’indépendance. »
  • Dans son « édition pour la Wallonie » du Chansonnier du soldat belge, Théophile Quoidbach oriente sa critique sur le fait que les versions en néerlandais et en français comptent deux pieds de différence, ce qui rend impossible de les unifier. C’est pourquoi il propose une autre version en français, effaçant par la même occasion la brutalité de commencer le chant par la voyelle « Ô (Belgique) » en la remplaçant par le mot « Noble (Belgique) ».
  • En 1928, le musicologue Ernest Closson dit : « La Brabançonne, malgré son pompiérisme n’est pas un air simple, parce qu’il est mélismatique, c’est-à-dire que le fond mélodique, le melos, y est surchargé dune ornementation parasitaire de mélismes. Elle est d’un caractère instumental et non vocal. (...) Dans les premières syllabes de La Brabançonne, une syllabe correspond à des groupes de trois et quatre notes. Aux quatorze notes de la phrase initiale correspondent neuf syllabes seulement, qui peuvent s’adapter l’uen à l’autre de cinq manières différentes. Comment voulez-vous que le chanteur populaire, que la foule s’en sorte ? Quelle que soit la version adoptée, on peut être sûr qu’elle ne vaudra rien, parce que ses défauts sont essentiels au morceau. »

Polémiques

  • L'auteur de la musique, François Van Campenhout, a été accusé à plusieurs reprises de plagiat, notamment dans le journal La Liberté du affirmant que [186] : « Jenneval aurait composé ses paroles sur un air de Campenhout, déjà ancien, et qui était appliqué primitivement à une autre romance. (...) Il est fort probable que, pendant son séjour à Bruxelles, il (Eugène de Pradel) s'aboucha avec Campenhout, jadis ténor d'opéra-comique et auteur de diverses partitions, et que celui-ci composa une musique nouvelle et originale sur le chef-d'œuvre du poëte, celui qui avait acquis la vogue européenne. Et ce fut, sans doute, à cette musique, qui avait servi aux Lanciers polonais, que Jenneval adapta les paroles de sa Brabançonne ». Les œuvres suivantes ont été citées comme modèles présumés[187] : La Dame blanche de François-Adrien Boieldieu, Joseph de Méhul, une marche tirée de Tancredi de Rossini, Vaudeville des frères de lait[188], Aux temps heureux de la Chevalerie[189] et même La Muette de Portici elle-même. Les chants nationaux français Partant pour la Syrie et La Marseillaise ont également été évoqués. Ces accusations n'ont toutefois jamais pu être confirmées et il n'est pas surprenant que l'hymne fasse écho à d'autres œuvres vu que le compositeur, ténor d'opéra, connaissait un vaste répertoire musical et lyrique. Van Campenhout a d'ailleurs réfuté plusieurs de ces accusations dans des correspondances privées publiées en 1912 dans l'ouvrage Documents inédits sur la Révolution belge du baron Camille Buffin[190] ;
  • Lors de la Fête nationale belge du , le gagnant des élections et futur Premier ministre de Belgique, Yves Leterme, politicien flamand du parti CD&V, est interrogé par les caméras de la RTBF (la chaîne publique de radio et de télévision francophone belge) et, lorsque le journaliste lui demande de chanter La Brabançonne en français, il se trompe et chante La Marseillaise, l'hymne national de la France[191]. La gaffe provoque une polémique dans le pays, particulièrement dans la communauté française de Belgique[192] ;
  • En 2016, le nouveau gouvernement des Pays-Bas décide d'imposer un cours sur l'hymne national néerlandais, Het Wilhelmus, aux écoliers du pays afin de « conforter l'identité néerlandaise en cette période de globalisation et d'incertitudes »[193]. L'idée est alors reprise par plusieurs politiciens belges, qui suggèrent de faire apprendre La Brabançonne aux élèves de l'enseignement belge, lançant un débat dans la société[194]. Le projet est notamment porté par Marie-Martine Schyns[195] (Les Engagés) en 2018 alors qu'elle est ministre francophone de l'enseignement, par Simon Lacroix (MR) en 2020[196], et refait surface en 2025 dans une proposition de Guillaume Soupart (MR)[197] ;
  • Lors du Grand Prix automobile de Belgique 2023, l'interprétation de La Brabançonne par Antoine Delie, a suscité de nombreuses réactions et une déferlante de propos haineux sur les réseaux sociaux. Celui-ci a en effet entonné une version pop-rock de l'hymne, vêtu d'une longue cape aux couleurs du drapeau de la Belgique[198] ;
  • Le , le ministre de la Défense, Theo Francken, membre du parti nationaliste flamand N-VA, refuse de chanter La Brabançonne devant les médias francophones qui l'interviewent, déclenchant une nouvelle polémique[199] ;

Représentation

La Statue de la Brabançonne œuvre du sculpteur Charles Samuel sur la place Surlet de Chokier à Bruxelles. La troisième version de la Brabançonne est inscrite sur le socle de la statue.

Dans les arts

Outre le fait d'être l'hymne national de la Belgique, La Brabançonne est représentée dans divers aspects artistiques du royaume :

Toponymie

La Brabançonne a également donné son nom à différentes voiries de Belgique :

Utilisation

Aspect protocolaire

La monarchie belge ne disposant pas d'un hymne propre, comme c'est par exemple le cas du Wilhelmus luxembourgeois, l'annonce de l'arrivée du roi des Belges lors de cérémonies officielles peut se faire par l'exécution des premières et dernières mesures de La Brabançonne, expressément raccourcie. C'est par exemple le cas lors de l'arrivée du souverain dans sa tribune pour assister au défilé civil et militaire de la fête nationale belge[202].

Culture populaire

Outre de multiples reprises insolites par différents artistes[203], on retrouve La Brabançonne dans :

  • Une version du chant national du Limbourg, parue autour de 1860, reprend la mélodie de La Brabançonne avec ces paroles[68] :

Prenant conseil d'une presse arrogante,
Si l'étranger attentait à nos droits,
Les Éburons de mil huit cent soixante
Accourraient tous au son des vieux beffrois.
Et Léopold que le peuple révère,
Roi citoyen, type de loyauté,Nous rallierait à ce saint cri de guerre :
Le Roi, Patrie et Liberté

  • En 2007, le Grand Jojo, sort une chanson intitulée « Vive la Belgique », qui reprend les mesures de La Brabançonne en guise de refrain, sans paroles[204] ;
  • La minute belge, chaine de vulgarisation humoristique de belgicismes, utilise l'hymne comme générique d'introduction[205].

Musique classique

Partitions de la Berceuse héroïque de Claude Debussy.

On retrouve La Brabançonne dans plusieurs compositions de musique classique liées à la Belgique[81] :

Traditions

Notes et références

Voir aussi

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