Débretonnisation
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La débretonnisation désigne un ensemble de différents processus marquant la disparition de la langue bretonne dans le temps et dans l'espace.
Désignant dans un premier temps le recul de la langue bretonne entamé dès la fin du haut Moyen-Âge, puis la lutte contre l'apprentissage du breton à l'époque contemporaine, le phénomène de débretonnisation est désormais interprété comme le remplacement, dans une partie de la Bretagne historique, des toponymes et appellations en breton par des toponymes et appellations en français. Ce processus est documenté dans le Finistère, le Morbihan, mais aussi en Loire-Atlantique où le phénomène de débretonnisation prend un autre sens, celui de la volonté d'effacer toute référence à la Bretagne.
Selon André Guilcher « on est amené à conclure que la débretonnisation est une pierre de touche qui ne trompe guère, et que lorsqu'elle apparaît les fondements de la vie sont généralement menacés »[1].
Histoire
Apparition du mot
En 1936, le militant breton Marcel Guieysse évoque le travail fait dans les écoles de la République française, particulièrement depuis les années 1890-1900, pour empêcher l'usage de la langue bretonne au profit de la langue française[2].
Début
Cependant, la débretonnisation est plus ancienne, la langue bretonne connaît un recul dès le Xe siècle[3].
XXe siècle
En 1942, R. Panier décrit les habitants du Pays gallo comme une source de débretonnisation dans les bourgs de Saint-Connec et Croixhanvec où ils ont fait souche[4]. Il explique notamment que la commune « mixte, du temps de Sébillot, de Saint-Caradec », est désormais non-bretonnante[4].
Durant la seconde moitié du XXe siècle, les enfants nés de parents non-bretonnants (eux-mêmes nés dans les années 1950), ou poussés à s'exprimer en français, deviennent adultes à leur tour : ils cessent majoritairement de transmettre la langue bretonne[5].
XXIe siècle
Lors des fusions de communes décidées en 2016-2017, plusieurs nouvelles communes créées par fusion de communes aux noms bretons sont baptisées de noms francisés (Évellys, Val d'Oust, Beaussais-sur-Mer, Les Moulins...), menant à une action collective par saisie du conseil culturel de Bretagne, et à une réponse de Jean-Yves Le Drian[6].
Selon des associations de défense de la langue bretonne, La Poste française pousserait à une débretonnisation de toponymes historiques[7], entre autres en demandant aux communes de dénommer les nouveaux lotissements en français, par exemple avec des noms d’arbres, de fleurs et d'animaux[8]. Le , les enseignants de breton et celtique de l'Université Rennes-II publient un communiqué pour s'opposer à la débretonnisation des toponymes, mettant en cause La Poste, et citant des exemples de francisation qu'ils jugent aberrants : Kroaz-hent (Le Carrefour) devenu « Le Croissant » ; Ker Saoz (La demeure du Saxon) devenu « Ker-Sauce » ; An Aod Korz (La côte des Roseaux) devenu « La plage du Corse », enfin Koh Grac’h (Le vieux Mont) devenu « Corps Gras »[7].
L'association Bretagne réunie est particulièrement active sur ces questions[9].
Dans L'Express, le journaliste Michel Feltin-Palas estime que sans contraintes d'utilisation pour assurer sa présence dans l'espace public, le breton aura disparu d'ici la fin du XXIe siècle[10].
Le , l'UNESCO juge recevable la requête de l'association vannetaise Koun Breizh, qui demande l'inscription des toponymes bretons au patrimoine culturel immatériel[11]. Cette association dénonce dans la presse les effets de la loi 3DS en Bretagne, qui conduit à l'imposition de noms en français pour créer des adresses avec numéros dans les lieux-dits[12].