Troisième Emsav

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Le Troisième Emsav est une période du mouvement breton allant de la fin de la Seconde Guerre mondiale à nos jours.

Il est marqué par l'apparition de mouvements culturels de masse.

Domaine culturel

À la suite de la collaboration de la plupart des mouvements politiques bretons encore actifs à l'époque[1], le militantisme politique est condamné par l'opinion. À une phase de deuil et de règlements de comptes, de la Libération au début des années 1950, succède le temps du refoulement et des témoignages complaisants des militants, qui débute après les lois d'amnistie de 1951 et 1953[2]. Selon Marc Bergère :

Exacerbés par la question centrale du comportement « du mouvement breton » (le second Emsav) sous l’Occupation et des conditions de son épuration, les conflits de mémoires ont nourri depuis la Libération une abondante production livresque[3].

L'engagement des militants bretons se fait sur le terrain de l’action culturelle. L'association Bodadeg ar Sonerion de Polig Montjarret  fondé en 1943  regroupe des sonneurs[4]. Par la suite, différents bagads sont créés[5]. La formation des nouveaux musiciens se déroule essentiellement au sein de chaque bagad au début de cette période, les anciens enseignant aux plus jeunes[6]. Les premières méthodes instrumentales sont publiées dès les années 1950 (1955 pour les bombardes par Jean L'Helgouach[7], 1954 pour les cornemuses par Émile Allain[8]). C'est en 1948 que Polig Monjarret crée le premier bagad civil : la kevrenn Paotred an Hent Houarn de Carhaix[9].

La fédération Kendalc’h qui regroupe les organisations culturelles du mouvement breton est créée en 1950[10] ainsi que celle du Kuzul ar Brezhoneg, fédération créée en 1952 qui fédère une vingtaine d’associations culturelles de langue bretonne, dont onze maisons d’édition[11].

L'ésotérisme se développe, notamment la fondation par Rafig Tullou de la revue Kantos en 1956[12].

D'anciens résistants mettent en place des lieux de rencontre, de réflexion, de recrutement pour les militants bretons[13].

Plusieurs revues développant des idées autonomistes sortent. C'est le cas de en 1946 de Avel an Trec'h[14],[15]. Il y a en 1946 la parution du premier numéro de la revue littéraire Al Liamm, qui déclare vouloir faire du breton l’expression nationale d’un peuple à travers une langue standard et une orthographe unifiée[16]. D'autres revues paraissent les années suivantes comme Le Peuple Breton de Joseph Martray en 1947[17] ou la revue en langue bretonne Barr-Heol war Feiz ha Breizh Marsel Klerg par Marsel Klerg en [18]. Certaines revues développent une vision celto-chrétienne de la Bretagne, comme SKED, qui paraît entre et 1954[19].

Parallèlement, se développe des émissions de radio en breton, notamment grâce à l'action Charles Le Gall[20].

En commence le combat judiciaire de Jean-Jacques et Mireille Le Goarnig pour donner des prénoms bretons à leurs enfants[21],[22].

Dans le but d'accueillir et de former les Bretons d’Île-de-France, est fondée en la Mission bretonne. Elle donne des ateliers, des cours et des fest-noz sur la culture bretonne[23]. L'apprentissage du breton est assuré par la fondation en par Armans Ar C'halvez[24], d'une école catholique entièrement en breton, Skol Sant Erwan[25].

Domaine politique

En , les sénateurs communistes concluent une nouvelle alliance avec divers partis de droite et de gauche afin de surmonter le blocage exercé au sein de la Commission de l’Éducation nationale par la députée Rachel Lempereur de la Section française de l'Internationale ouvrière hostile à un possible « affaiblissement de la langue nationale ». En , Antoine Vourc’h dépose un projet de loi « Sur l’enseignement de la langue bretonne ». Le projet fut cosigné par les sénateurs Yves Henry, Auguste Le Coënt et Pierre Trémintin[26].

Une loi est votée à l’unanimité en , puis promulguée en le , à l’initiative du député SFIO d’Albi, Maurice Deixonne, permet l’introduction d’un enseignement facultatif du breton, comme d’autres langues de France au niveau du secondaire, les points obtenus ne comptant que pour la mention au bac[27].

En 1957 a lieu la création du Mouvement pour l’Organisation de la Bretagne (MOB) par Yann Fouéré[28], dont il est le leader jusqu'en 1969[29].

À Quimper, le , a lieu la création du Comité d’étude et de liaison des intérêts bretons (CELIB) par Joseph Martray et René Pleven[30]. Un de ces membres, Christian Bonnet, se présente aux élections législatives de 1958[31].

Années 1960

Domaine économique

Des tensions apparaissent dans l'agriculture, dont le point culminant est le , où 1 500 agriculteurs assiègent la sous-préfecture de Morlaix[32],[33].

Pour désenclaver la Bretagne, se développe l'idée d'un plan routier breton, qui est conçu à partir de 1966 par les architectes-urbanistes Jean Le Couteur et Jean Le Berre[34],[35].

Domaine politique

L’assemblée générale du CELIB adopte an 1962 une loi-programme pour la Bretagne[36].

Plusieurs changements touchent le paysage politique. Un Comité d'Action pour la Bretagne (CAB) rassemblant le PCF, le PSU, la SFIO, la FEN, la CGT et la CFTC se forme en . Cette réunion se produit dans un contexte de tensions sociales provoquées par les mobilisations pour la défense des forges d’Hennebont[37]. La même année le Front de libération de la Bretagne (FLB) revendique ses premières actions[38]. Une scission se produit au MOB en 1964, une partie de ses membres forment l’Union démocratique bretonne (UDB)[39].

Après l'arrestation de 53 militants bretons, est fondée en 1969 la fondation Skoazell Vreizh, pour offrir un soutien aux militants bretons[40].

Ce soutien apporté aux militants s'explique par le développement dans les années 1960 de l'idée d'un « colonialisme interne [dû] à la gouvernance et au centralisme français »[41].

Domaine culturel

Au cours des décennies 1950 et 1960, le drapeau breton est re-popularisé par des associations culturelles après-guerre. Il est utilisé dans les défilés, les grèves ouvrières, les manifestations d'étudiants. Le , l'équipe de football de Rennes l'emporte sur Sedan lors d'un match comptant pour la coupe de France, provoquant une mise en avant du Gwenn ha Du[42]. Lors des événements de mai 68, un drapeau breton est installé sur la Sorbonne à Paris[43]. Le drapeau trouve une dimension politique lors de mouvements sociaux dans l'après mai-68 en Bretagne[44].

En 1964, Alan Stivell enregistre chez Mouez Breiz, un premier 33 tours instrumental solo, Harpe celtique, composé de morceaux empruntés à tous les pays celtes, et arrangés par son père et son professeur de harpe[45]. La même année, Georges Cochevelou construit une première harpe bardique à cordes métalliques[46]. La fin des années 1960 voit le développement des bagads accompagnés de danseurs[47].

Le néo-druide Gwenc’hlan Le Scouëzec publie en 1966 son Guide de la« Bretagne mystérieuse » où il développe le topos de Celto-Armoricains détenteurs d’une révélation primordiale, relative aux fins dernières de l’humanité ou à la nature du cosmos, et initiateurs d’une tradition pérenne s’y rapportant[48].

Années 1970

Domaine culturel

Les années 1970 sont marquées par une explosion de produits culturels en rapport avec une nouvelle image de la Bretagne[49].

Le domaine de l'édition voir l'apparition du titre La Nation Bretonne, mensuel autonomiste breton créé en janvier 1970 par Glenmor, Xavier Grall et Alain Guel[50] et où Xavier Grall écrit[51].

Entre 1970 et 1976, plusieurs acteurs culturels bretons organisent un foyer culturel au manoir de Menez Kamm[52].

En 1972, la maison d’éditions Kelenn s'installe à Saint-Brieuc et utilise le studio de Georges Le Coz, futur producteur des disques "Iroise" à Guipavas, près de Brest[53].

La « révolution culturelle » en musique

Les années 1970 voient l’émergence du folk revival, médiatiquement porté en Bretagne par Alan Stivell. Cette période est marquée par l'apparition de nombreux orchestres de musique bretonne[54]. Il est suivit par d'autres musiciens et chanteurs, dont Gilles Servat[55] et les Tri Yann[56]. L'année 1972 marque le passage d'Alan Stivell à l'Olympia[57].

En , a lieu la première édition de ce qui prend alors le nom de « Fête des Cornemuses »[58].

Charte culturelle

En 1977, l'État signe une charte culturelle, un accord entre la République française et les conseillers régionaux de la Bretagne, officialisant l'existence d'une « personnalité culturelle » de la région, qui se manifeste à travers ses expressions artistiques, ses traditions populaires, et une langue vernaculaire – un réseau d'écoles associatives, gratuites et laïques d'enseignement du breton, appelé Diwan est mis en place par l’État français[59].

Diwan

En 1977, a lieu la création de la première école Diwan avec enseignement du breton par immersion[60].

Domaine politique

Les années 1970 marque le développement du mouvement écologiste, marqué par les grandes luttes qui ont mobilisé la société civile bretonne contre les marées noires et le nucléaire[61]. Parallèlement, plusieurs associations militant pour le retour à la Bretagne de la Loire-Atlantique voient le jour, comme B5 (raccourci de « Bretagne 5 départements »), le Comité pour l’unité administrative de la Bretagne (CUAB)[62] et Bretagne réunie[63].

La période voit une multiplication des partis bretons à l’instar du Parti communiste breton en 1971[64], du Front socialiste autogestionnaire breton en 1974[65].

Les années 1970 voient l'apparition d'un nationalisme clandestin de « propagande armée » : Front de libération de la BretagneArmée révolutionnaire bretonne. Ces groupes pratiquent une violence symbolique, via des actions violentes, contre « les symboles de l’oppression de la Bretagne » : contre l’État français, contre le capitalisme. Après une première vague d'attentats à la fin des années 1970, une relative accalmie suit l'amnistie accordée en 1981 par François Mitterrand[66]. En 1972, onze de ses militants comparaissent devant la Cour de sûreté de l'État[38].

Aux élections législatives françaises de 1973, le Strollad Ar Vro récolte 2,65 % des suffrages exprimés dans les départements des Côtes-du-Nord, du Finistère, d'Ille-et-Vilaine et de Loire-Atlantique[67].

En 1972 est fondé le parti Strollad Ar Vro[68].

Le , l’État, l’Établissement public régional de Bretagne (appellation de la région dans le document) et les conseils généraux des Côtes-du-Nord (aujourd’hui Côtes-d'Armor), du Finistère, d'Ille-et-Vilaine, du Morbihan et aussi de la Loire-Atlantique, signent la Charte culturelle bretonne[69].

Le Strollad pobl vreizh (SPV), fondé en 1979, émerge comme un parti séparatiste prônant une République bretonne souveraine[70].

Aspects économiques

En 1972, plusieurs grèves touchent la Bretagne, les plus importantes celles du Joint français[71] et du lait[72]. Le drapeau breton est utilisé par les grévistes comme un des symboles de leur lutte revendicative[73],[74]. Une partie des Gwenn ha Du étant surmontés d'un rectangle rouge, symbolisant l'extrême gauche[73]. Cette même année, le , lors d'une manifestation de soutien à des militants du Front de Libération de la Bretagne à Paris, un manifestant l'accroche sur la flèche de la cathédrale Notre-Dame[75].

Par la suite, est organisé un colloque Bretagne et autogestion les 23 et à Mûr-de-Bretagne[76],[77].

En 1979 est présenté le Plan Alter Breton, un document de 40 pages élaboré par des membres de PSU-Bretagne, des militants écologiques bretons, des chercheurs de l’INRA, du CNRS, de l’IEM, du CNEXO, des enseignants de l’EN, des agronomes et des paysans. Le but est de présenté une alternative écologiste et autonomiste au plan quinquennal du ministère de l'économie[78],[79].

Années 1980

Domaine politique

Le , le gouvernement de François Mitterrand abandonne un projet de centrale nucléaire à Plogoff, à la suite d'un large mouvement citoyen[80].

La loi de décentralisation de 1982 érige les régions en collectivités territoriales, et institut l'élection de leur conseil au suffrage universel direct[81].

En 1984 est fondée l'association Stourm ar Brezhoneg qui milite pour l'instauration d'une signalisation routière en langue bretonne[82].

Domaine culturel

En est fondé l'association Institut culturel de Bretagne, organe commun du conseil régional de Bretagne et du conseil général de Loire Atlantique, qui vise à promouvoir la culture bretonne[83],[84],[85].

Depuis l'Irlande, Alan Heusaff contribue en au Peuple Breton pour un dossier sur le bilinguisme[86].

Années 1990

Domaine politique

Dans les années 1990, émerge le syndicat étudiant Dazont qui devient au milieu de la décennie le premier syndicat étudiant en Bretagne mais disparaît en 1998[87].

Dans les années 1990, il y a une reprise des attentats revendiqués par une Armée révolutionnaire bretonne dont les liens et la filiation avec le FLB des années 1970 n'apparaissent pas clairement. Des liens avec l'organisation basque ETA sont mis au jour lors de l'affaire de Plévin[88].

En 1997 est fondée la Fédération bretonne légitimiste (d), un cercle légitimiste[89].

Domaine économique

L’Institut de Locarn, Cultures et Stratégies internationales, est fondé en 1991 par Jean-Pierre Le Roch et Joseph Le Bihan[90].

L'association « Produit en Bretagne » est fondée en 1993, d'abord sous le nom « certifié Bretagne », renommée par la suite[91].

Domaine culturel

En 1990, est créé la filière Dihun, une filière qui propose un enseignement du breton par immersion similaire dans l'enseignement catholique[92],[93]. En 1999, la France signe la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires[94].

Années 2000

Domaine culturel

Le est inauguré la chaîne TV Breizh[95].

La langue bretonne est inscrite en 2008, comme patrimoine français dans la Constitution[96].

Domaine politique

Est créé le , et inauguré officiellement le à Nantes, le Parti breton. Ce parti se définit comme démocrate, nationaliste et écologiste[97].

Le , une explosion provoque la mort de Laurence Turbec, employée au restaurant McDonald's de Quévert[98]. Cet acte non revendiqué est unanimement condamnée. Des membres du mouvement indépendantiste breton sont suspectés. En effet, le même jour, un colis piégé a été désamorcé devant un bureau de poste à Rennes, contenant des explosifs provenant d'un stock volé à Plévin et déjà utilisé par l'ARB. En outre, un attentat visant également un McDonald's avait fait des dégâts matériels quelques jours auparavant à Pornic, avec le même lot d'explosifs et revendiqué par l'ARB. Des liens avec l'organisation basque ETA sont mis au jour lors de l'affaire de Plévin[88]. En , les quatre militants poursuivis sont acquittés pour ce fait. Le parquet ayant fait appel de trois de ces quatre acquittements[99], cet appel est jugé irrecevable en [100]. Le parquet s'étant pourvu en cassation contre cet arrêt, la Cour de cassation lui donne tort. Les militants poursuivis sont donc définitivement blanchis[101].

En 2000 est créé par Padrig Montauzier le mouvement Adsav[102],[103].

Le syndicat Sindikad Labourerien Breizh est fondé en 2001[104].

En 2004, l’UDB possède trois conseillers régionaux (plus un apparenté) grâce à une alliance avec les Verts[105].

Le parti Jeune Bretagne est un parti identitaire et régionaliste créé en 2008[106].

Domaine économique

En est lancé par la brasserie Lancelot, la marque Breizh Cola[107].

En est lancé le réseau Breizh Mobile. C'est un opérateur virtuel, c'est-à-dire sans réseau, qui achète à Orange des minutes de communications et des paquets de SMS qu'il revend sous sa marque à ses abonnés[108].

Années 2010

Domaine politique

En 2010 est fondé le Mouvement Bretagne et Progrès (MBP)[109].

En 2013, Frank Darcel monte avec Caroline Ollivro (d) le mouvement Breizh Europa (d)[110],[111]. À l'occasion des élections municipales de 2014, il dirige la campagne de la liste « Rennes Bretagne Europe » menée par Caroline Ollivro[112], qui obtient 3,82 % au premier tour[113]. Frank Darcel devient le nouveau président du mouvement en [114].

En 2015, 8 à 10 % des véhicules de Rennes disposent d'un autocollant avec un signe de rattachement de Nantes à la région Bretagne. Ce chiffre monte à 20 % en Basse-Bretagne[115]. La même année, le MBP et l'UDB sont rassemblés dans la plateforme Oui la Bretagne depuis les élections régionales de 2015[116],[117].

En 2018 est annoncé la formation du collectif Dispac'h (d)[118]. Les membres du collectif est surtout connus pour leurs actions pour les maisons secondaires[119]. Durant la distribution du film Bécassine !, le collectif appelle au boycott du film[120].

Domaine culturel

En 2015, environ 20 000 élèves sont scolarisés en breton[121].

Années 2020

Notes et références

Voir aussi

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