Massacre de Karma
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Massacre de Karma | |||
| Date | |||
|---|---|---|---|
| Lieu | Karma | ||
| Victimes | Civils | ||
| Morts | 136 à 200[1],[2],[3],[4] | ||
| Auteurs | |||
| Participants | ~ 100 hommes[4] | ||
| Guerre | Insurrection djihadiste au Burkina Faso | ||
| Coordonnées | 13° 43′ 10,3″ nord, 2° 20′ 16,6″ ouest | ||
| Géolocalisation sur la carte : Burkina Faso
Géolocalisation sur la carte : Afrique
| |||
| modifier |
|||
Le massacre de Karma a lieu le , pendant l'insurrection djihadiste au Burkina Faso.
Il est commis dans le village de Karma, situé dans la commune de Barga, près de la ville d'Ouahigouya.
Pendant ces tueries, environ 150 à 200 civils sont massacrés par des militaires burkinabés, en représailles à l'attaque d'Aoréma.
Pendant les premiers mois de l'année 2023, de nombreuses exactions sont commises contre les civils par l'armée burkinabée[2]. À la mi-février, dans le camp d'Ouahigouya, sept enfants et adolescents sont exécutés par des militaires[5]. Une vidéo de la tuerie est récupérée par le journal Libération qui indique qu'au moins un des enfants est tué à coups de pierre sur le crâne[5]. En réponse, les autorités burkinabées expulsent les journalistes Agnès Faivre, correspondante de Libération et Sophie Douce, correspondante du Monde[6].
Au cours du conflit, la commune de Barga, constituée de 20 villages, se retrouve dans la zone d'action des djihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans et d'Ansarul Islam[3]. Fin 2022 et début 2023, les habitants peuls de Barga prennent la fuite, car ils sont amalgamés aux djihadistes et victimes d'exactions de la part des militaires[2]. En revanche, les habitants du village de Karma appartiennent quant à eux à l'ethnie majoritaire du pays : les Mossis[2],[3]. Ils restent sur place et semblent garder leur confiance dans l'armée[2],[3]. Karma compte alors environ 400 habitants[3].
Le massacre de Karma est commis cinq jours après l'attaque d'Aoréma, où 40 à 75 militaires et miliciens des Volontaires pour la défense de la patrie sont tués par des djihadistes[4],[3]. Aoréma se situe à proximité immédiate du village de Karma[4]. Le massacre aurait été commis en représailles à cette attaque[2],[3]. Des rescapés de Karma indiqueront que pendant les tueries, un soldat leur aurait déclaré : « Ce qu’ils nous ont fait, on va vous le faire ! »[2].
Déroulement
Le , à 7 heures du matin, des militaires des Forces armées burkinabées entrent dans le village de Karma, situé dans la commune de Barga, à une quinzaine de kilomètres de la ville d'Ouahigouya[4],[7]. Des témoins évoquent à l'AFP une colonne de « plus d'une centaine de personnes à bord de motocyclettes et de pick-up »[4]. D'après des sources sécuritaires et des rémoignages d'habitants recueillis par le journal Le Monde et l'ONG Human Rights Watch, ils appartiennent à un bataillon d'intervention rapide (BIR) de la région[2],[3],[7].
Selon les récits des rescapés, les villageois accueillent les militaires sans inquiétude[4]. Cependant, ces derniers commencent à encercler le village[2].
D'après un étudiant, « les militaires sont passés de domicile en domicile. Ils ont défoncé les portes des maisons cadenassées, où des habitants s’étaient cachés, et les ont réunis dehors pour les tuer »[2].
Selon Human Rights Watch, les soldats font porte-à-porte « fouillant et pillant des maisons, passant des villageois à tabac et leur ordonnant de sortir de leurs maisons »[7]. Ils regroupent ensuite les villageois et ouvrent le feu « notamment sur ceux qui couraient pour se mettre à l’abri, se cachaient dans les maisons ou suppliaient pour qu’on leur laisse la vie sauve »[7].
Des habitants sont regroupés dans les cours des concessions, puis abattus, d'autres sont tués dans leurs maisons[3]. Des vieillards, des femmes et des enfants figurent parmi les victimes[2],[3].
Les militaires brûlent également 12 greniers, 17 granges et 40 maisons[7]. Ils se retirent du village à 14 heures, accompagnés d'un hélicoptère militaire[7].
Réactions
Le massacre est « fermement condamné » le par le gouvernement burkinabé qui affirme « suivre de très près l’évolution de l’enquête »[1].
Le , Umaro Sissoco Embaló, président de la Guinée-Bissau et président de la Cédéao, qualifie le massacre de « génocide »[8]. Le gouvernement burkinabé juge cette déclaration « hâtive et péremptoire », estimant qu'une « qualification aussi grave (...) doit se faire sous l'éclairage d'une enquête »[8].
Le , dans un entretien à la télévision publique nationale, le président de la Transition du Burkina Faso Ibrahim Traoré déclare attendre la fin de l'enquête avant de tirer toute conclusion sur l'attaque de Karma : « On attend que les enquêteurs fassent leur travail, que les gens évitent de tirer des conclusions hâtives. On m’a dit qu’il y a 136 corps qui ont été inhumés, il faut rendre justice. Il faut se préparer à retrouver ceux qui font ça. Il faut éviter d’accuser sans savoir ce qu’il s’est passé, parce que tout est possible. Dans l’armée, il y a ce qu’on appelle la perfidie, et je pense que ça fait partie des modes d’action privilégiés de l’ennemi »[9].