Pièce de 1 cent de dollar américain Indian Head

From Wikipedia, the free encyclopedia

Valeur0,01 US$
Masse(1 859-1 864) 4,67 g,
(1 864-1 909) 3,11 g
Diamètre19,05 mm
Indian Head cent
Pays Drapeau des États-Unis États-Unis
Valeur 0,01 US$
Masse (1 859-1 864) 4,67 g,
(1 864-1 909) 3,11 g
Diamètre 19,05 mm
Tranche Lisse
Composition (1859-1864) 88% cuivre, 12% nickel
(1864-1909) 95% cuivre, 5% étain ou zinc
Année d'émission 1859
Numéro catalogue
Avers
Avers
Gravure Liberté avec coiffe amérindienne.
Graveur James B. Longacre
Année de la gravure 1859
Revers
Revers
Gravure Couronne de laurier.
Graveur James B. Longacre
Année de la gravure 1859

La pièce de 1 cent de dollar américain Indian Head est une pièce produite par la Monnaie des États-Unis de 1859 à 1909. Elle est conçue par James Barton Longacre, graveur en chef de l’atelier monétaire de Philadelphie.

De 1793 à 1857, le cent est une pièce de cuivre d’environ la taille d’un demi-dollar. La découverte d’or en Californie provoque une forte inflation. À mesure que l’or devient plus abondant, le prix du cuivre augmente. La production de cents et de demi-cents constitue l’une des rares sources de bénéfices pour la Monnaie et, dès 1850, celle-ci commence à chercher des alternatives. En 1857, elle réduit la taille du cent et en modifie la composition : 12 % de nickel et 88 % de cuivre (alliage cuivre-nickel), en lançant un nouveau modèle, le cent Flying Eagle. Ces nouvelles pièces ont le même diamètre que les cents modernes, mais sont plus épaisses. C'est la première utilisation du cuivre-nickel dans les pièces américaines. Leur éclat les fait surnommer « white cent » ou « nicks ».

En 1858, le Flying Eagle est remplacé par le motif à tête d’Indien. Le dessin de l’aigle pose en effet des problèmes de fabrication, et la Monnaie cherche rapidement à le remplacer. Le directeur de la Monnaie, James Ross Snowden, choisit le motif de la tête d’Indien et un revers orné d’une couronne de laurier, remplacée en 1860 par une couronne de chêne surmontée d’un bouclier. Les cents sont thésaurisés pendant le chaos économique de la guerre de Sécession, alors que le nickel vient à manquer. Constatant que des jetons privés en bronze circulent largement, les responsables de la Monnaie incitent le Congrès à voter le Coinage Act de 1864, autorisant une version plus fine du cent en alliage de bronze.

Dans la période qui suit la guerre, le cent devient très populaire et est frappé en grande quantité la plupart des années. Une exception est 1877 : une économie en difficulté et une faible demande font de cette année l’une des plus rares de la série. Avec l’essor des machines à pièces à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, la production augmente encore, atteignant pour la première fois les cent millions en 1907. En 1909, le cent Indian Head est remplacé par le cent Lincoln, conçu par Victor D. Brenner.

Le grand cent, de la taille d’un demi-dollar, est frappé de 1793 à 1857[1]. Cette pièce doit contenir une quantité de cuivre proche de la valeur nominale d’un cent, car le public s’attend à ce que les pièces renferment en métal une valeur proche de leur valeur faciale. Néanmoins, en raison de la clause constitutionnelle réservant le cours légal à l’or et à l’argent seulement, le gouvernement refuse les cents de cuivre pour le paiement des impôts ou d’autres transactions. Au début des années 1850, les fluctuations du prix du cuivre conduisent la Monnaie des États-Unis à chercher des alternatives, notamment en réduisant la taille du cent et en expérimentant des compositions autres que le cuivre pur[2]. Le résultat est le cent Flying Eagle, de même diamètre que le futur cent Lincoln mais plus épais et plus lourd, composé de 88 % de cuivre et de 12 % de nickel. Le cent Flying Eagle est frappé en quantités limitées comme pièce d’essai en 1856, puis pour la circulation en 1857 et 1858[3].

Pièce de monnaie où on distingue, plus ou moins, le profil d'une personne qui porte un bonnet.
Pièce coloniale espagnole de deux reales de la Monnaie de Potosí.

Il est émis en échange des pièces d’argent coloniales espagnoles usées, qui circulent largement aux États-Unis jusque-là. Ces « petits cents » sont également échangés contre les pièces de cuivre qu’ils remplacent. Dès 1858, les responsables de la Monnaie jugent la pièce insatisfaisante sur le plan de la fabrication. Les points les plus hauts des deux faces de la pièce[note 1] se font face, ce qui rend difficile la mise en relief complète du dessin dans l’alliage résistant cuivre-nickel. Le graveur de la Monnaie, James B. Longacre, créateur du cent Flying Eagle, reçoit pour instruction de développer d’autres modèles. Il en propose un, représentant un aigle plus élancé, qui ne gênerait pas autant la couronne du revers. Bien que ce dessin permette de résoudre le problème de fabrication, il n'est pas apprécié[4]. Le directeur de la Monnaie, James Ross Snowden, suggère d’utiliser une tête de Christophe Colomb à l’avers, mais Longacre estime que le public n’accepterait pas la présence d’un personnage historique sur une pièce américaine[5],[note 2].

En 1858, la Monnaie teste de nouveaux modèles pour le cent[7]. Entre 60 et 100 séries de douze pièces d’essai sont frappées, comprenant l’avers standard du Flying Eagle, un modèle « d’aigle maigre »[note 3], ainsi que le motif de la tête d’Indien, associés à quatre couronnes différentes pour le revers. Snowden fait son choix parmi ces modèles pour déterminer quel dessin serait frappé en 1859, et les séries sont également vendues aux collectionneurs[note 4],[9],[10].

Le motif Indian Head est apparemment prêt dès avril, car le 12 de ce mois, un certain M. Howard écrit à Snowden : « J’ai appris qu’une nouvelle pièce d’essai pour le cent a été frappée à la Monnaie, [avec] une tête ressemblant à celle de la pièce de cinq dollars et, au revers, un bouclier au sommet d’une couronne d’olivier et de chêne », et il demande à en acheter un exemplaire[11]. D’autres numismates cherchent également à obtenir des pièces : R. Coulton Davis, pharmacien de Philadelphie lié à la Monnaie, écrit à Snowden en juin pour l’informer d’un article favorable paru dans un journal de Boston, et Augustus B. Sage écrit au directeur de la Monnaie le même mois pour solliciter un exemplaire pour lui-même ainsi qu’un autre pour la toute nouvelle American Numismatic Society[note 5],[11].

Selon Walter Breen, Snowden choisit probablement la combinaison de la tête d’Indien et de la couronne de laurier parce qu’elle présente le relief le plus bas parmi les options, et qu’on peut s’attendre à ce qu’elle se frappe correctement[9]. Le , Snowden écrit au secrétaire au Trésor Howell Cobb au sujet du motif Indian Head, et deux jours plus tard, il informe Longacre que le dessin est approuvé. Longacre doit préparer les coins nécessaires à la production, dont le lancement est prévu pour le [13].

Dessin

James B. Longacre défend son motif de la tête d’Indien dans une lettre adressée à James R. Snowden le  :

« Des rivages cuivrés du lac Supérieur aux montagnes argentifères de Potosí, des Ojibwés aux Araucaniens, la tiare emplumée est aussi caractéristique des peuples primitifs de notre hémisphère que le turban l’est des Asiatiques. Et il n’y a rien, dans son caractère décoratif, qui choque l’association avec la Liberté. Elle est plus appropriée que le bonnet phrygien, emblème plutôt de l’esclave affranchi que de l’homme libre et indépendant, de ceux qui peuvent dire : « Nous n’avons jamais été asservis par personne ». Je considère donc cet emblème de l’Amérique comme une partie légitime et bien définie de notre héritage national ; et ayant à présent l’occasion de le consacrer comme un mémorial de la Liberté, de notre Liberté, de la Liberté américaine, pourquoi ne pas l’utiliser ? On ne pourrait guère en imaginer un plus gracieux. Il ne nous reste qu’à décider qu’il est approprié, et nul au monde, en dehors de nous, ne pourra nous en dépouiller[11]. »

Pièce de monnaie représentant le profil droit d'une femme qui porte une couronne de feuilles.
Cornelius Vermeule estime que le cent Indian head est supérieur au demi-dollar modèle de 1859 conçu par James B. Longacre.

Selon une légende numismatique, les traits du visage de la déesse Liberté à l’avers du cent Indian Head serait inspirés de ceux de la fille de Longacre, Sarah. L’histoire raconte qu’elle se trouve un jour à la Monnaie, qu’elle essaie la coiffe d’un groupe de visiteurs amérindiens, et que son père la dessine. Cependant, Sarah Longacre a 30 ans et est mariée en 1858, et non pas âgée de 12 ans comme le prétend l’anecdote. Longacre déclare lui-même que le visage est basé sur une statue de la Vénus accroupie exposée à Philadelphie et prêtée par le Vatican[9]. Il dessine fréquemment sa fille aînée, et on observe des ressemblances entre les portraits de Sarah et les différentes représentations de la Liberté sur ses monnaies des années 1850. Ces récits circulent déjà à l’époque : Snowden, écrivant en au secrétaire au Trésor Howell Cobb, nie que la pièce soit inspirée « de quelque trait humain appartenant à la famille Longacre »[13],[14]. En 1991, Lee F. McKenzie, dans un article consacré à Longacre, note que tout artiste peut être influencé par de nombreux éléments, mais juge cette histoire « essentiellement fausse »[15].

Quoi qu’il en soit, les traits du « visage indien » sont essentiellement caucasiens, ce qui signifie qu’une femme blanche porte la coiffe d’un guerrier amérindien. En 1854, Longacre a déjà conçu la pièce de trois dollars représentant une femme aux traits similaires  également inspirée, semble-t-il, de la statue du musée  mais avec une coiffe plus fantaisiste ; il adapte ensuite ce motif pour le dollar en or. Les responsables sont conscients de cette liberté artistique dès l’émission : Snowden, dans sa lettre de à Cobb, qualifie les deux pièces antérieures d’« artistes de la Monnaie manifestement inconscients de l’absurdité qu’il y a à placer cet attribut éminemment masculin du guerrier courageux sur la tête d’une femme »[16].

Longacre n'est pas le dernier à juxtaposer les traits d’une femme blanche et une coiffe indienne réservée aux hommes. Augustus Saint-Gaudens reprend cette idée pour son eagle Indian Head de 1907. Des représentations plus fidèles voient le jour par la suite, notamment les pièces d’or Indian Head de Bela Lyon Pratt (en) en 1908, le nickel Buffalo de 1913 de James Earle Fraser, conçu d’après des modèles amérindiens, ou encore le demi-dollar commémoratif de l’Oregon Trail (1926), dessiné par Fraser et son épouse Laura[17],[18].

L’historien de l’art Cornelius Vermeule a des sentiments partagés au sujet du cent Indian Head :« Longacre enrichit la mythologie de la numismatique américaine d’une manière agréable, bien que sans prétention. Si l’on prend pour référence ses modèles de demi-dollar de 1859, il aurait pu faire bien pire ». Dans une autre comparaison, Vermeule affirme : « Loin d’être une grande création sur le plan esthétique ou iconographique, et bien moins séduisante à l’œil que le Flying Eagle, la pièce Indian Head a néanmoins le mérite de conquérir la faveur du public. Elle devient peut-être la plus aimée et la plus typiquement américaine de toutes les pièces, grandes ou petites, de la série américaine. Ce n’est pas une œuvre d’art majeure, mais c’est l’un des premiers produits des ateliers monétaires américains à obtenir ce lien direct avec le peuple »[19].

Production

Nouveau dessin et surplus (1859–1861)

La production du cent Indian Head destiné à la circulation commence au début de l’année 1859. Dans leur version mise en circulation, les pièces diffèrent sur certains détails du cent de 1858 au dessin similaire : James B. Longacre a affiné certains traits. La pièce d’essai présente les feuilles de laurier de la couronne du revers en groupes de cinq ; sur le cent émis en 1859, elles apparaissent en groupes de six. On connaît des cents datés de 1858 avec ce revers adopté, probablement frappés en 1859, qui sont extrêmement rares[20].

En 1860, le revers du cent est modifié pour présenter une couronne de chêne surmontée d’un petit bouclier ; on connaît aussi des revers de ce type sur des pièces datées de 1859, frappées comme essais. Selon Richard Snow, dans son guide consacré aux cents Flying Eagle et Indian Head, ce changement n’est pas dû à des problèmes avec le dessin du revers à la couronne de laurier utilisé en 1859, puisque de nombreux exemplaires conservés en montrent les détails complets[16]. Walter Breen, en revanche, suggère que les plumes et les boucles de l’avers ne s’impriment pas aussi nettement qu’elles le feraient plus tard, et que « cela peut expliquer la décision de Snowden de changer encore le dessin »[21]. David Lange, dans son histoire de la Monnaie, indique que c'est pour donner à la pièce, selon les mots de Snowden, « un caractère plus national »[7]. Tous les cents de 1859 et certains de 1860 montrent la base du buste de la Liberté se terminant en pointe à l’avers ; la plupart des cents de 1860 et toutes les émissions ultérieures présentent une terminaison arrondie[22].

Des dizaines de millions de cents Flying Eagle ont été distribués en échange des anciennes pièces de cuivre américaines et des petites pièces d’argent espagnoles. Cet argent espagnol afflue encore à la Monnaie début 1859 et, sur l’insistance de Snowden, le Congrès prolonge le de cette année-là la conversion de ces monnaies étrangères ayant cours légal aux États-Unis jusqu’en 1857 pour deux années supplémentaires. Neil Carothers, dans son étude sur la monnaie divisionnaire, critique cette décision qu’il juge inutile : privées de leur statut de cours légal, les pièces espagnoles restantes seraient éliminées par des ventes aux banques pour leur métal. Ceux qui apportent les anciennes pièces à la Monnaie reçoivent des cents en échange, d’abord des Flying Eagle, puis des Indian Head. Dans l’année suivant ce renouvellement, environ quarante millions de cents sont émis, ce qui signifie que près de cent millions de cents cuivre-nickel sont mis en circulation depuis 1857. Comme la pièce ne circule pas dans le Sud et l’Ouest, à cause de la méfiance envers la monnaie en métal de base, elle engorge le commerce. Personne n’est obligé de les accepter : aucune loi ne leur donne cours légal. À l’instigation de Snowden, le Congrès met fin à ces échanges en . Néanmoins, comme Snowden l’avoue dans son rapport annuel cette année-là, il y a trop de cents en circulation[23].

En , le Bankers’ Magazine and Statistical Register rapporte qu’il y a à New York dix millions de cents en trop dans la circulation par rapport aux besoins, et que si quelqu’un veut en commander en gros, il peut les obtenir avec une remise[24].

Pénurie et redesign (1862–1864)

Le surplus de cents est résorbé par le chaos économique engendré par la guerre de Sécession, commencée en 1861. À la fin de cette année-là, les banques cessent de verser de l’or, lequel commence dès lors à se négocier avec une prime par rapport au papier-monnaie. Ces greenbacks, émis dès l’année suivante en grandes quantités par le gouvernement fédéral, entraînent la disparition de l’argent du commerce en , le prix du métal ayant augmenté. Le cent reste alors la seule pièce fédérale qui n’a pas totalement disparu de la circulation par thésaurisation. L’excédent de cents s’est alors dissipé, les commerçants les ayant stockés en masse  au point qu’un plancher s’effondre à New York sous leur poids. Il existe d’autres moyens de rendre la monnaie en cette période d’urgence : les timbres-poste ou les jetons émis par des commerçants, mais le public réclame surtout le cent. La Monnaie de Philadelphie en frappe alors un nombre record et en réserve une partie pour l’envoyer dans d’autres villes. Néanmoins, dès , on ne peut acquérir des cents en quantité qu’avec une prime de 4 % en papier-monnaie dans les grandes villes de l’Est. Les pièces en cuivre-nickel sont surnommées « nickels » ou « nicks ». Présenter des pièces comme paiement n’impose aucune obligation de rendre la monnaie en pièces. Ainsi, avec une petite quantité de nicks, un client peut effectuer des achats avec l’appoint, sans recevoir en échange des substituts douteux comme les bons de crédit des commerçants, que d’autres peuvent refuser à leur valeur faciale[25],[26].

En 1863, le 'Bankers’ Magazine' rapporte que la prime pour les cents atteint 20 % à Philadelphie. Par la suite, elle diminue grâce à l’afflux de jetons métalliques émis par les commerçants, largement acceptés. D’autres expédients de guerre, comme la monnaie fractionnaire, réduisent aussi la demande de cents en remplaçant les petites pièces d’argent disparues. De petites quantités de cents continuent de circuler parmi eux, bien que beaucoup soient encore thésaurisés[27].

Les responsables gouvernementaux constatent que le public accepte volontiers les jetons des commerçants. Beaucoup d'entre eux sont en bronze et, lorsqu’en 1863 ils tentent de rétablir les pièces dans la circulation, l’idée d’utiliser le bronze pour les cents, bien que ne contenant pas leur valeur faciale en métal, est envisagée. Dans son rapport annuel soumis le , James Pollock, directeur de la Monnaie nommé par l’administration Lincoln, note que « tandis que les gens attendent une pleine valeur pour leurs pièces d’or et d’argent, ils ne veulent de la monnaie inférieure [en métal de base] que pour la commodité de faire des paiements exacts »[28].

Il observe que les jetons privés d’un cent ne contiennent parfois qu’un cinquième de cent en métal, et circulent pourtant. Il propose donc de remplacer le cent en cuivre-nickel par une pièce de bronze de même taille[29]. Pollock veut également éliminer le nickel comme métal de frappe : ses alliages durs endommagent les coins et les machines[30]. Le , Pollock écrit au secrétaire au Trésor Salmon P. Chase pour lui proposer un cent et une pièce de deux cents en bronze[31].

Jeton représentant un bateau avec une cheminée fumante, un homme assis et un drapeau à chaque bout.
Jeton de la guerre de Sécession de la taille d’un cent, émis par des particuliers puisque toute la monnaie fédérale est thésaurisée.

Le , Pollock écrit de toute urgence à Chase pour l’avertir que la Monnaie manque de nickel et que la demande de cents atteint un niveau record. Il informe également le secrétaire que la Commission américaine d’essai des monnaies, composée de citoyens et de fonctionnaires qui se sobnt réunis le mois précédent pour tester les pièces d’or et d’argent du pays, recommande l’utilisation du bronze français[note 6] comme métal monétaire pour le cent et pour une nouvelle pièce de deux cents[32]. Trois jours plus tard, Chase transmet la lettre de décembre de Pollock ainsi qu’un projet de loi pour des pièces de 1 et 2 cents en bronze au sénateur du Maine William P. Fessenden, président de la commission sénatoriale des finances. Fessenden ne prend pas de mesures immédiates et, le , Pollock écrit de nouveau à Chase, avertissant que la Monnaie va bientôt manquer de nickel, dont une grande partie est importée. Chase transmet sa lettre à Fessenden. La législation est finalement introduite par le sénateur du New Hampshire Daniel Clark le  ; les lettres de Pollock sont lues et influencent apparemment les débats, puisque le Sénat adopte le projet de loi sans discussion[29].

L’approvisionnement national en nickel provient alors d’une mine de Gap, en Pennsylvanie, appartenant à l’industriel Joseph Wharton. Le , Pollock écrit à Chase qu’ils n’ont plus de nickel, et qu’aucun n’est disponible à l’étranger : « nous sommes donc réduits à l’approvisionnement national ; provenant des usines de M. Wharton »[33]. Opposé au retrait du nickel du cent, Wharton publie en un pamphlet proposant la frappe de pièces de un, deux, trois, cinq et dix cents dans un alliage d’une part de nickel pour trois de cuivre, doublant ainsi le pourcentage de nickel utilisé dans la pièce. Malgré les efforts de Wharton, le , une commission spéciale de la Chambre des représentants approuve le projet de loi. Il est combattu par Thaddeus Stevens, représentant de Pennsylvanie, qui représente la région minière où Wharton extrait son nickel. Stevens explique que Wharton a dépensé 200 000 dollars pour développer sa mine et ses machines de raffinage du minerai, et qu’il serait injuste de le priver du principal débouché de son métal. « Allons-nous détruire toute cette propriété parce qu’en frappant dans un autre métal, le gouvernement pourrait économiser plus d’argent »[34] ? De plus, l’alliage cuivre-nickel du cent a été approuvé par le Congrès, et le nouveau métal, qu’il qualifie de « laiton », rouillerait. Il est contredit par John A. Kasson (en), représentant de l’Iowa et président du comité de la Chambre sur la monnaie, les poids et mesures, qui affirme que l’alliage de bronze ne ressemble pas au laiton, et qu’il ne peut pas soutenir l’idée que le gouvernement soit tenu d’acheter à un fournisseur simplement parce qu’il a dépensé de l’argent en prévision de ventes[35].

La législation est adoptée par la Chambre, et la loi monétaire de 1864 est signée par le président Abraham Lincoln le . La loi fait des pièces de métal de base une monnaie légale pour la première fois : les pièces de {{unité|1|et=2|cents sont acceptables jusqu’à concurrence de dix unités[35]. Le gouvernement ne s’engage toutefois pas à les racheter en grandes quantités[36]. La loi interdit également les jetons privés de un et deux cents, et plus tard dans l’année, le Congrès abolit toutes ces émissions[37]. La législation ne prévoit pas le rachat des anciens cents en cuivre-nickel ; elle a été rédigée par Pollock, qui espère que les revenus de seigneuriage tirés de l’émission des nouvelles pièces aident à financer les opérations de la Monnaie, et il ne veut pas que cela soit réduit par le rappel des anciennes pièces[38]. Wharton et ses intérêts sont apaisés par l’adoption d’une loi pour une pièce de trois cents en 1865 et une pièce de cinq cents en 1866, toutes deux dans l’alliage qu’il a proposé, dont la seconde  le nickel  est encore frappée aujourd’hui[39],[40]. Malgré cela, Wharton et ses intérêts liés au nickel tentent à plusieurs reprises de réintroduire le nickel dans le cent, échouant chaque fois, tant lors des débats qui aboutissent à la loi monétaire de 1873[41], qu’au début des années 1880[42].

Les cents en cuivre-nickel du début de 1864 sont généralement achetés par des spéculateurs et ne circulent pas en grande quantité. La Monnaie commence à produire des cents en bronze le , trois semaines après l’adoption de la loi monétaire, et ils sont mis en circulation le . Des coins préparés pour des pièces en cuivre-nickel sont utilisés pour frapper du bronze. À un moment donné en 1864, Longacre affine son dessin pour l’adapter à la frappe sur le bronze plus tendre, et ajouta également son initiale « L ». On ne sait pas quand cela est fait ; cela pourrait avoir été dès le mois de mai, les nouveaux coins étant utilisés en parallèle avec les anciens. Ces pièces en bronze sont souvent désignées comme « 1864-L » et « 1864 sans L »[43]. Le « L » est connu sur des pièces datées de 1863, dans les deux métaux, et sur des pièces en cuivre-nickel datées de 1864  certaines de ces émissions, toutes extrêmement rares, sont probablement frappées à une date ultérieure[44]. Le cent en bronze est immédiatement accepté par le public, et la production massive de cette émission met rapidement fin à la pénurie de cents[45].

Dernières années (1865–1909)

Pièce de monnaie représentant le profil gauche d'un homme portant une coiffe amérindienne.
Un cent Indian Head de 1877.

Dans les années d’après-guerre, la production massive de cents diminue, la thésaurisation cesse et une partie du surplus est absorbée par d’autres pièces en métal de base[46]. Néanmoins, les différentes émissions de petites pièces, qui ne sont alors pas rachetées par le gouvernement, provoquent un nouvel excédent dans le commerce, qui n’est complètement résorbé que lorsque la loi du autorise le rachat des cents et autres petites pièces par lots de 20 dollars ou plus[41]. Conformément à cette loi, plus de trente millions de cents en cuivre-nickel, tant Indian Head que Flying Eagle, sont rachetés ; la Monnaie les fond. Cinquante-cinq millions de cents en bronze sont également vendus au gouvernement ; à partir de 1874, la Monnaie les remet en circulation à la demande du commerce, réduisant ainsi la nécessité de nouvelles pièces[47]. La baisse du prix de l’argent ramène dans le commerce des pièces de ce métal, thésaurisées depuis plus d’une décennie, diminuant également la demande. Entre 1866 et 1878, la production dépasse rarement dix millions ; la pièce de 1877, avec un tirage en circulation de 852 500 exemplaires, constitue une date plus rare pour la série[46]. Après 1881, les rachats de cents en bronze deviennent rares en raison de la forte demande pour cette dénomination, bien que ceux en cuivre-nickel continuent d’être rachetés et fondus[48].

Avec l’abandon des pièces de 2 et 3 cents en argent en 1873, le cent et le trois cents en nickel restent les seules pièces d’une valeur inférieure à cinq cents. La pièce de trois cents en nickel devient impopulaire en raison de sa dénomination étrange et, avec le retour de la monnaie en argent, de sa taille similaire à celle de dix cents. Le tarif postal de trois cents a été l’une des raisons de l’introduction de cette dénomination dans les années 1850 ; au début des années 1880, le service postal réduit le tarif de base pour les lettres à deux cents. Ce changement augmente à la fois la demande de cents et réduit celle de trois cents en nickel, qui est supprimé en 1890. Dans la plupart des années 1880, la production de cents Indian Head reste élevée[49]. L’exception se situe au milieu des années 1880, lorsque la conjoncture économique défavorable réduit la demande pour les petites pièces[50]. Aucun cent ni nickel de cinq cents n’est frappé après jusqu’à la fin de 1886. La production de coins non datés, dans lesquels l’année peut être frappée, se poursuit cependant, et pendant cette pause, le graveur en chef Charles E. Barber modifie le dessin, supprimant les contours légers entre les lettres de l’avers et le reste du dessin, et apportant d’autres changements. Cela donne deux types pour le cent Indian Head de 1886, facilement distinguables : sur le Type I, la plume la plus basse sur l’avers pointe entre le « I » et le « C » de « AMERICA », tandis que sur le Type II, elle pointe entre le « C » et le « A » final. On estime que sur le tirage de 17 654 290 exemplaires, 14 millions sont du Type I, comme la majorité des 4 290 exemplaires en qualité belle épreuve[51].

La panique économique de 1893 provoque de nouveau une baisse du nombre de cents produits, les pièces accumulées dans les mains privées étant dépensées, créant un surplus[52]. À part cela, les dernières années de la série avant sa suppression en 1909 connaissent de grandes émissions, 1907 dépassant pour la première fois les cent millions. Une économie saine dans la plupart des années stimule la demande, de même que la popularité croissante des machines automatiques, présentes dans certaines salles de jeux pour centimes[53]. Au début du XXe siècle, le cent est accepté dans tout le pays, mais par la loi sa production reste limitée à l’atelier de Philadelphie. Les responsables du Trésor cherchent à lever cette restriction et à augmenter l’enveloppe annuelle pour l’achat de métaux de base destinés à la production de cents et de nickels  le montant dépensé est resté identique depuis 1873, malgré la forte demande. La loi du autorise la Monnaie à frapper des pièces en métal de base dans n’importe quel atelier, et l’enveloppe est quadruplée à 200 000 dollars[54]. De petites quantités de cents sont frappées à la Monnaie de San Francisco en 1908 et 1909 ; le cent 1909-S, avec un tirage de 309 000 exemplaires, est le plus faible de la série et constitue une date très recherchée[53].

Remplacement

Pièce de monnaie représentant un homme âgé, barbu, en costume, vu de profil.
Le cent Lincoln 1909-S.

Le Congrès adopte en 1890 une loi permettant à la Monnaie de modifier des dessins utilisés depuis 25 ans sans avoir besoin d’une autorisation législative[55]. En 1904, le président Theodore Roosevelt écrit à son secrétaire au Trésor, Leslie Mortier Shaw, se plaignant du manque de valeur artistique des monnaies américaines et demandant s’il serait possible de faire appel à un artiste privé, comme le sculpteur Augustus Saint-Gaudens, pour préparer de nouveaux dessins de pièces[56]. Sur instructions de Roosevelt, la Monnaie engage Saint-Gaudens pour redessiner le cent et les quatre pièces d’or : le double eagle (20 $), l’eagle (10 $), le half eagle (5 $) et le quarter eagle (2,50 $). Comme les dessins de ces pièces restent inchangés depuis 25 ans, ils peuvent être modifiés sans loi du Congrès[57], de même que le cent Indian Head[9].

Saint-Gaudens conçoit initialement un dessin d’aigle volant pour le cent[58], mais à la demande de Roosevelt, il le développe pour la pièce de vingt dollars après avoir appris que, selon la loi de 1873, un aigle ne peut pas figurer sur le cent[59]. L’écrivain et ami Witter Bynner (en) se rappelle qu’en , Saint-Gaudens est gravement malade du cancer et qu’on le transporte à son atelier dix minutes par jour pour superviser le travail de ses assistants sur les projets en cours, y compris le cent[60]. Saint-Gaudens meurt le , sans avoir soumis un autre dessin pour le cent[57].

Avec la refonte des quatre dénominations en or terminée en 1908, Roosevelt se tourne vers le cent. Le centenaire de la naissance du président assassiné Abraham Lincoln doit avoir lieu en , et de nombreux souvenirs fabriqués par des particuliers sont déjà émis. Beaucoup de citoyens écrivent au département du Trésor pour proposer une pièce à l’effigie de Lincoln, et Roosevelt souhaite honorer son camarade républicain. Cela rompt avec la tradition numismatique américaine précédente : avant le cent Lincoln, aucune pièce américaine en circulation régulière n’a représenté une personne réelle, seulement des personnifications idéalisées, comme celle de la Liberté[61].

Fin 1908, Roosevelt pose pour le sculpteur Victor David Brenner, qui conçoit une médaille pour la Commission du canal de Panama. On ne sait pas exactement comment Brenner est choisi pour créer la pièce, mais en , le directeur de la Monnaie, Frank A. Leach, l’engage pour concevoir un cent Lincoln[62]. Ce dernier entre en circulation plus tard en 1909, mettant fin à la série du cent Indian Head[63].

Collection

Notes et références

Liens externes

Related Articles

Wikiwand AI