2D2 9100

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Les 2D2 9100 sont des locomotives électriques françaises fonctionnant sous courant continu (1 500 V) de la SNCF. Elles ont été construites à 35 exemplaires par les sociétés Fives-Lille, pour la partie mécanique, et CEM, pour la partie électrique. Elles roulent à partir de 1950 dans le cadre de l'électrification de la ligne ferroviaire de Paris à Lyon.

Exploitant(s) SNCF
Désignation 2D2 9101 à 9135
Surnom Batteuses, Dragues
Faits en bref Exploitant(s), Désignation ...
2D2 9100
Description de cette image, également commentée ci-après
La 2D2 9108 au dépôt de Villeneuve-Saint-Georges en 1985.
Identification
Exploitant(s) SNCF
Désignation 2D2 9101 à 9135
Surnom Batteuses, Dragues
Type locomotive électrique
Motorisation électrique
Construction 35 locomotives
Constructeur(s) Fives-Lille, CEM
Mise en service de 1950 à 1951
Retrait 1987
Caractéristiques techniques
Disposition des essieux 2'Do2'
Écartement standard (1 435 mm)
Alimentation 1,5 kV CC
Pantographes 2
Moteurs de traction 4 * GLM 1033
1 500 V CC
Transmission Buchli bilatérale
Puissance unihoraire : 3 687 kW
Puissance continue 3 320 kW
Ø roues motrices 1 750 mm
Ø roues porteuses 1 000 mm
Masse en service 144 t
Masse adhérente 88 t
Longueur 18,080 m
Empattement rigide 3 * 2,050 m
Empattement du bogie 2,480 m
Vitesse maximale 140 km/h
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Circulant principalement sur la ligne de Paris-Lyon à Marseille-Saint-Charles artère impériale ») lorsque l'électrification progresse vers le sud, elles commencent par remorquer les rames de voyageurs les plus prestigieuses (Mistral) et les trains de marchandises les plus lourds. Progressivement évincées par des locomotives plus récentes, elles se cantonnent aux trains de marchandises et finissent par ne plus avoir de services réguliers. Elles sont retirées du service en 1987, victimes de leur masse excessive et de leur technologie devenue obsolète.

Ces locomotives sont les dernières de disposition 2D2 à assurer un service commercial en France. La 2D2 9135, dernier exemplaire produit et classée monument historique en 1990, est préservée par une association.

Genèse de la série

Une 2D2 5400, dont le style préfigure celui des 2D2 9100.

Les dirigeants de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM) envisagent, après la Première Guerre mondiale, l'électrification de la ligne Paris — Lyon — Marseille. En raison de l'importance des investissements nécessaires, aucune décision n'est toutefois prise par le PLM quand la compagnie disparaît lors de la création de la SNCF en 1938. Cette dernière en fait immédiatement une de ses priorités[1].

Les machines de vitesse dédiées à cette ligne électrifiée sont réfléchies en optimisant le concept déjà éprouvé mais conservateur des 2D2. Ce dernier est d'ailleurs une adaptation à la traction électrique du schéma des locomotives à vapeur : grandes roues motrices, empattement rigide important et roues ou bogies porteurs aux extrémités[2]. Elles sont conçues après la Seconde Guerre mondiale, en même temps que les BB 8100 destinées au trafic mixte[3].

Il est prévu dans un premier temps d'en construire 100 exemplaires en reprenant les plans des anciennes 2D2 5500 d'avant guerre, en y ajoutant quelques améliorations, mais avec un dessin de caisse se rapprochant ce celui des 2D2 5400[4]. Néanmoins, l'apparition des CC 7100 beaucoup plus modernes, limite la commande à 35 unités, les 65 autres étant remplacées par les 60 CC 7100. La commande est passée en [3].

Description

La 2D2 9135 en cours de restauration dans sa livrée d'origine en 2005.

Les 2D2 9100 sont construites sur la base des 2D2 5500 de la dernière sous-série (5546 à 5550), avec des modifications liées à l'amélioration des techniques de construction et une puissance installée plus élevée[5]. La construction est confiée, comme pour les 2D2 5400 et les 2D2 5500, à Fives-Lille pour la partie mécanique et à la Compagnie électro-mécanique (CEM) pour la partie électrique, en collaboration avec la Division des études de traction électrique (DETE) de la SNCF[6].

Le châssis supporte une caisse en tôle d'acier. Les cabines de conduite, aux deux extrémités, possèdent des parois doubles assurant une meilleure protection des conducteurs  un conducteur et un aide-conducteur sont toujours présents en cabine[7]  ainsi qu'une meilleure isolation thermique et phonique[8].

Partie centrale et transmission de la 2D2 9108.

Ces locomotives, d'une puissance unihoraire de 3 687 kW pour une puissance continue de 3 320 kW à la tension de 1 350 V, sont équipées de quatre moteurs de traction, plus puissants mais aussi plus volumineux que ceux des séries précédentes, entraînant les quatre essieux moteurs par une transmission Buchli bilatérale. Ces dispositions permettent d'atteindre la vitesse de 160 km/h, mais en service la vitesse est limitée à 140 km/h, les locomotives, très lourdes, se montrant agressives pour les voies.

Leur masse totale atteint en effet 144 t pour 88 t de masse adhérente, soit une charge maximale de 22 t par essieu moteur et 14 t par essieu porteur[9]. Afin de faciliter l'inscription en courbe, les deux essieux centraux disposent d'un débattement latéral de ± 25 mm[10]. Par rapport aux séries précédentes, le circuit de lubrification des essieux moteurs et porteurs est centralisé et optimisé, pour limiter les fuites  et donc les risques d'incendie  et la consommation d'huile[11].

La 2D2 9108 en livrée définitive à Villeneuve-Saint-Georges en 1985.

Lors de leur mise en service, les 2D2 9100 arborent une livrée composée de vert foncé en bas de caisse, vert clair sur la partie supérieure et la toiture, les deux teintes étant séparées par un bandeau métallique[12]. Cette livrée, qui tranche avec le vert sombre des locomotives déjà en service, confère à la SNCF une image de modernité.

À partir de 1961, les locomotives sont uniformément repeintes en vert bleuté foncé[13]. À l'occasion des grandes révisions générales menées entre 1969 et 1974, elle font l'objet de nombreuses modifications, parmi lesquelles un recâblage complet, le remplacement des roues des bogies porteurs, la modification des baies des cabines de conduite et des avertisseurs sonores, la suppression des fanaux situés dans les angles supérieurs des cabines, ainsi que l'installation du système de VACMA[14].

Le puissant ronflement de leurs ventilateurs, qui débitent 480 m3 d'air par minute[15], leur vaut, de la part des agents de conduite, le surnom péjoratif de « Batteuses ». Quant à celui de « Dragues », il évoque, dans le vocabulaire du chemin de fer à vapeur, une locomotive produisant peu de vapeur et aux piètres performances. Tout au long de leur carrière, ces locomotives, délicates à piloter et au confort très spartiate, sont en effet peu appréciées des conducteurs[16],[17].

Comme les autres locomotives de construction française de cette époque, elles ne sont pas équipées de sièges pour les agents de conduite, mais d'une simple selle, remplacée par un strapontin lors de l'application de la VACMA, puis par un siège sur pied en 1973[18].

Carrière et services effectués

Vingt locomotives sont livrées en 1950 et les quinze dernières l'année suivante[19]. La première machine, la 9101, est mise en service le [20], tandis que la dernière, la 9135, l'est le [20].

Lignes desservies

Lignes parcourues par les 2D2 9100 en service commercial.
La 2D2 9130 à Sens en .

Les premiers exemplaires réalisent des marches d'essais sur Paris — Bordeaux, Paris — Toulouse ou Paris — Limoges. En service commercial, les lignes que ces locomotives fréquentent régulièrement sont celles de la vallée du Rhône et du Sud-Est, étendant leur rayon d'action au rythme des électrifications : Paris — Dijon — Lyon — Avignon, Avignon — Marseille, Avignon — Narbonne — Port-Bou, Dijon — Dole ; elles desservent également, de manière plus occasionnelle, Saint-Étienne ou Chambéry. Elles s'adjugent les trains les plus rapides et les plus lourds. Certaines 2D2 9100 circulent également entre Paris-Tolbiac et Juvisy, ou entre Valenton et Rungis[21]. Dès 1955 toutefois, leurs tournées les plus prestigieuses, comme la traction du Mistral, commencent à leur être retirées au profit des CC 7100.

La 2D2 9127 en gare de Lyon-Perrache en .

Elles poursuivent leur carrière, reléguées à la traction des trains de marchandises. La vitesse maximale sur les lignes qu'elles fréquentent est relevée à 160 km/h, vitesse qu'elles ne peuvent toutefois atteindre, contrairement aux BB 7200 et BB 22200 nouvellement mises en service. En 1981, l'arrivée du TGV Sud-Est occasionne la suppression de nombreuses circulations sur la ligne classique, libérant des locomotives récentes qui reprennent les attributions des 2D2 9100. Les révisions générales de ces locomotives cessent définitivement en 1982[22].

Leur retrait du service est motivé par leur masse excessive, qui les rend agressives pour les voies, par leur entretien délicat et coûteux, et par leur technologie dépassée, notamment en matière de vitesse maximale[23]. Elles constituent la dernière série de locomotives électriques à châssis rigide et essieux porteurs ; leur conception, issue d'une technique éprouvée, leur confère cependant une fiabilité remarquable malgré des défauts dans d'autres domaines[24]. Ainsi, la 9101 parcourt 51 657 km en , établissant un record du monde[16].

La masse de ces locomotives est cependant mise à profit lorsqu'un train de quatre machines  composé des 2D2 9106, 9110, 9132 et 9102  totalisant 576 t, est utilisé comme lest pour les essais en charge d'un nouveau pont SNCF sur la Marne, à Charenton-le-Pont, les 4 et [25].

Dépôts titulaires

La 2D2 9108 à Villeneuve-Saint-Georges en 1985
Image externe
Plusieurs 2D2 9100 sous la rotonde de Lyon-Mouche sur le site de l'association SIMiL500.

Lors de leur mise en service, les 2D2 9100 sont affectées au dépôt de Laroche - Migennes pour les onze premiers exemplaires, puis à celui de Paris-Lyon pour les vingt-quatre suivants, même si, à l'origine, trois machines devaient rejoindre des dépôts de la région Sud-Ouest afin d'y remplacer des locomotives détruites lors de bombardements[26]. Finalement, toutes les locomotives sont finalement affectées à Paris-Lyon le .

Au fil des mutations, elles fréquentent ensuite le dépôt de Villeneuve-Saint-Georges à partir du , puis celui de Lyon-Mouche, où elles sont toutes regroupées le [27]. Elles sont radiées entre le (2D2 9129) et le (2D2 9135)[28], après une période plus ou moins longue de « garage en bon état »[N 1].

La 2D2 9105 détient le record du kilométrage de la série, avec 7 622 167 km parcourus entre le et le , tandis que la 2D2 9102 détient le record de longévité : elle est restée en service pendant plus de trente-six ans et demi, du au [27].

Conservation

Une seule machine est préservée, la 2D2 9135, acquise par l'Association ferroviaire pour la conservation de locomotives (AFCL) dès sa radiation[29]. Elle est d'abord conservée au dépôt du Charolais, à Paris-Bercy, puis sous la rotonde du dépôt d'Ambérieu-en-Bugey, avant d'être transférée au dépôt de Laroche - Migennes, où elle se trouve depuis 2014. La locomotive est classée au titre des monuments historiques en 1990[30].

Restaurée dans un premier temps dans sa livrée d'origine à deux tons de vert, elle est ensuite repeinte en vert bleuté uniforme.

Après plus de vingt ans de préservation à Saint-Étienne par l'Association de sauvegarde de matériel ancien, la 2D2 9134 est finalement vendue à un ferrailleur au mois d'[31].

Modélisme

La mise en service des 2D2 9100 en 1950-1951 coïncide avec le développement du modélisme ferroviaire à l'échelle HO. Ces locomotives au style particulier suscitent l'intérêt des modélistes, et les premières firmes à les reproduire à cette échelle sont TAB et JEP, suivies par le RMA, Jouef, Carmina, Lemaco, puis Roco. D'abord disponibles dans leur livrée bicolore d'origine, les modèles sont ensuite proposés en livrée vert-bleuté uniforme[32]. Les 2D2 9100 sont également reproduites en HO sous forme de kit à monter par Locoset Loisir (Artmetal-LSL)[33].

Fulgurex propose pour sa part une 2D2 9100 à l'échelle 0 ainsi qu'à l'échelle 1, tandis que Transmondia commercialise un modèle à l'échelle N[32].

Notes et références

Voir aussi

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