Beit Dajan

village palestinien dépeuplé From Wikipedia, the free encyclopedia

Bayt Dajan (بيت دجن), ou Dajūn, est un village arabe palestinien situé à 6 kilomètres au sud-est de Jaffa. On l’identifie au site de la ville biblique de Beth Dagon, mentionné dans le Livre de Josué mais aussi dans des textes assyriens et égyptiens. Au Xe siècle, il était principalement habité par des Samaritains.

Superficie
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Population
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Beit Dajan
Beit Dajan avant 1935 (photo issue de la collection Khalil Raad)[1].
Géographie
Pays
Superficie
17,33 km2Voir et modifier les données sur Wikidata
Coordonnées
Démographie
Population
3 840 hab. ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Densité
221,6 hab./km2 ()
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Au milieu du XVIe siècle, Bayt Dajan fait partie d’un waqf établi par Roxelane, l’épouse de Soliman le Magnifique. Au XIXe siècle, les femmes du village étaient renommées pour leurs broderies.

Sous le mandat britannique (1918-1948), le village avait deux écoles, une bibliothèque et une école d’agriculture. Comme des centaines d’autres villages palestiniens, le village subit un nettoyage ethnique par les Israéliens en 1948, le 25 avril, au cours de la première guerre israélo-arabe[2],[3]. La ville israélienne de Beit Dagan est créée sur le même site en octobre 1948[4].

Un autre Beit Dajan existe en Cisjordanie, près de Naplouse, qui n’a pas été détruit par Israël[5].

Étymologie

Beit Dagon signifie la maison de Dagon[6]. Le nom arabe du village est transcrit de différentes manières : Beit Dajan, Bayt Dajan, Bait Dajan, Dajūn, Beit Dejan, Bēt Dajan. Le nom est d’origine cananéenne ; il apparaît en babylonien, dans une inscription de l’Empire néo-assyrien de 701 av. J.-C. sous une forme Bīt(É)-da-gan-na et sous la forme [Bητ]οδεγανα sur la carte de Madaba (VIe siècle)[7].

Géographie

Carte de Beit Dajan au120 000 (1929).

Beit Dajan était situé dans la plaine côtière, à 23 mètres d’altitude et à 9 kilomètres à l’est de Jaffa, chef-lieu du sous-district de Jaffa dont Beit Dajan relevait[8]. Construit sur une colline sablonneuse, il se trouvait à l’intersection de la route côtière (Jaffa-Gaza) et de la route vers Ramla et Jérusalem, qui passait au sud du village, la ligne Jaffa-Jérusalem des chemins de fer de Palestine passant au nord[8].

La superficie totale du village était de 17 327 dounams (soit 17,3 kilomètres carrés[9],[8]), dont 12 261 dounams (1 226 hectares) appartenaient à des Arabes, 1975 dounams (197 hectares) étaient propriété juive et 3091 dounams (309 hectares) étaient des terres publiques[8]. En-dehors des 3547 dounams de terres incultes (355 hectares), 7990 dounams (799 hectares) étaient consacrées aux plantations d’agrumes et de bananiers, 676 dounams aux céréales (68 hectares) et 3195 dounams (319 hectares) étaient classés comme terres irrigables ou vergers[10],[11]. Des puits artésiens sont forés pour irriguer les plantations de fruits d’exportation[8].

Histoire

Âge du Fer

Le village est mentionné dans des textes assyrien (sous Sennachérib) et égyptien comme "Bīt Dagana" et bet dgn, respectivement[12]. Le nom arabe du village préserve donc cet ancien nom[12].

Empire byzantin

Saint Jérôme de Stridon décrit le village au IVe siècle comme très grand, l’appelant "Kafar Dagon" ou "Caphardagon", le situant entre Diospolis (l’actuelle Lod) et Yamnia (Yibna)[5],[12]. Bayt Dajan est aussi représenté sur la carte de Madaba, au VIe siècle, sous le nom de [Bet]o Dagana[12].

Débuts de la période arabo-musulmane

Puits de Beit Dajan.

Le site proche de Khirbet Dajūn, un tell situé au sud-ouest de Bayt Dajan préserve le mot Dagon plus que Dagan[12]. Dans la littérature arabe, il y a de nombreuses références à Dajūn, que ce soit pour désigner le site du tell ou Beit Dajan[12],[13].

Le calife omeyyade Hicham construit un palais à Bayt Dajan, orné de colonnes de marbre blanc[14].

La Continuation de la chronique samaritaine par Abu'l-Fath (en) mentionne Yosef ben Adhasi, Samaritain connu de Dajūn. Quand le gouverneur ordonna à tous les dhimmis d’afficher une figure de bois sur la porte de leurs foyers, il persuada les autorités d’autoriser les Samaritains à utiliser une menorah[15]. Dans les années 880, un Samaritain nommé Ibn Adhasi, de la même famille de Dajūn, est soumis à un chantage par le gouverneur local, Abdullah Ibn al-Fatah, qui cherche à le punir. Ibn Adhasi fuit dans les montagnes, trouvant refuge dans les grottes[16].

Le géographe al-Muqaddasi mentionne au Xe siècle une route de la région de Ramla appelée darb dajūn, reliant cette ville à Dajūn, qui possède une mosquée du vendredi. Il précise que la plupart des habitants de la ville sont Samaritains. Une des huit portes de la ville de Ramla est aussi nommée Dajūn[17],[18],[19].

Au XIe siècle, Bayt Dajan sert de quartier-général à l’armée fatimide en Palestine[20].

Période des Croisades et Ayyoubides

Pendant les croisades, un petit château fort est construit à Beit Dajan : appelé Casal Maen (ou Casal Moein), il marque le point extrême des terres croisées. Détruit par Saladin, Richard Cœur-de-Lion le fait reconstruire à Beit Dajan, en 1191. Il est à nouveau détruit par les armées de Saladin après la signature du traité de Jaffa le 2 septembre 1192[12],[21],[22],[8].

En 1226, sous le règne des Ayyoubides, Yaqout al-Rumi signale Beit Dajan et le savant renommé qui en est originaire, Ahmad al-Dajani, aussi appelé Abou Bakr Muhammad[12].

Empire ottoman

La Palestine est conquise par les armées de Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman.

En 1553, la sultane Hasseki Hurrem (Roxelane) établit un waqf (fondation pieuse) qui perçoit 18 carats 1/3 des revenus du village de Bayt Dajan (soit environ 76 %), waqf établi à Jérusalem[23]. Ce waqf est connu sous le nom d’imaret de la sultane Haseki (Roxelane) et consistait en un lieu d’hébergement et une soupe populaire. Administrativement, le village relevait de la nahié (sous-district) de Ramla et du sandjak de Gaza[24].

Dans le defter (registre fiscal) de 1596, Bayt Dajan relève toujours des mêmes circonscriptions administratives. Le defter' recense 115 foyers, tous musulmans, soit environ 633 habitants. Les villageois payaient un impôt sur leurs productions agricoles, dont le blé, l’orge, les fruits, le sésame, les chèvres, les ruches et les vignes, pour un total de 14 200 akçe. À cette époque, tous les revenus de cet impôt allaient au waqf[25].

En 1051 de l’Hégire/1641-2 Ère occidentale, la tribu bédouine des Al-Sawalima (en) établie dans les environs de Jaffa attaque les villages de Subṭāra, Bayt Dajan, al-Sāfiriya, Jindās, Lydda et Yazour qui tous finançaient l’Imaret de la Sultane Haseki (ou Roxelane) Waqf Haseki Sultan[26].

Une inscription arabe sur marbre de 1762 a été trouvée à Beit Dajan. Conservée dans la collection privée de Moshe Dayan, elle a été comprise par Moshe Sharon comme une dédicace d’un maqam (sanctuaire) soufi à Ibrahim al-Matbuli, un saint égyptien enseveli à Isdud[12].

Le village apparaît sur la carte de Pierre Jacotin dessinée en 1799 pendant l’expédition d'Égypte, bien qu’il le nomme Al-Qubab[27]

En 1838, Edward Robinson signale qu’il peut voir de nombreux villages du sommet de la mosquée blanche de Ramla (en), dont Beit Dejan[28] It was described as a Muslim village in the Lydda District[29]. Une pierre tombale taillée dans du calcaire et ornée d’une inscription poétique en arabe, datant de 1842, a été retrouvée à Beit Dajan. Elle se trouve aussi dans la collection de Dayan[12].

Albert Socin cite une liste de villages ottomane d’environ 1870 qui recense une population masculine de 432 personnes à Beit Dajan, dans 184 maisons, les femmes n’étant pas recensées dans ce document[30]. Selon Hartmann, c’est seulement 148 maisons que l’on trouve à Bet Dedschan[31].

À la fin du XIXe siècle, Beit Dajan est décrit comme un village de taille moyenne, entouré d’oliveraies[32]. Philip Baldensperger note en 1895 que « Les habitants sont très industrieux, notamment dans le vannage de nattes et de paniers à porter de la terre et des pierres. Ils utilisent leurs chameaux pour le transport entre Jaffa et Jérusalem, outre l’agriculture et les métiers du bâtiment, à Jaffa ou sur le chantier de construction de lignes de chemin de fer. Les femmes se rendent chaque jour à Jaffa et les mercredi à Ramla, pour les marchés, avec des poules, des œufs et du lait[33] ».

En 1903, un trésor monétaire a été découvert à Khirbet Dajun par des villageois dans un site qu’ils utilisaient comme carrière. D’après ses observations, R. A. Macalister conclut que le site a été occupé de manière continue depuis l’époque des Amorrites, au milieu du IIIe millénaire av. J.-C.[34].

Période du mandat britannique

Carte de la région de Beit Dajan au 1250 000 (1945).
Le fort Tegart aujourd’hui.

De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région d'Hiribya est conquise en octobre 1917 et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations. Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Bait-Dajan a une population de 1 714 habitants, tous musulmans[35]. Au recensement de 1931, le village a 2 664 habitants, dont 2626 musulmans, 27 chrétiens et 11 juifs, dans 591 maisons[36].

Le colonisateur britannique construit un fort Tegart à Beit Dajan, au carrefour de la route Jaffa-Jérusalem. Il est toujours utilisé comme poste de police par les Israéliens.

Au XXe siècle, le village a deux écoles primaires, une pour les garçons, créée en 1920 et dotée d’une bibliothèque de 600 volumes ainsi que de 15 dounams pour l’enseignement de l’agriculture[10]. En 1940, l’école de garçons avait 353 élèves et l’école de filles, 102 filles[10].

Une fabrique de cigarettes était implantée à Beit Dajan, construite en bordure de la route Jaffa-Jérusalem. En 1934, quand Fakhri al-Nashashibi (en) crée la société des travailleurs arabes à Jérusalem (concurrente de la Société des travailleurs arabes de Palestine), elle est également présente à Beit Dajan[37].

Dans les statistiques de Village de 1945, la population de Beit Dajan est de 3 840 habitants, dont 3710 musulmans et 130 chrétiens[38].

Guerre de 1948

Quartier-général du Palmach à Beit Dajan (1947), après une attaque.

Les bureaux du fonds national juif situés au sud de la route Jaffa-Jérusalem accueillent une unité du Palmach, qui attaque le village régulièrement à partir de janvier 1948, détruisant une maison à une occasion. Le 19 février, un convoi britannique fait halte au village pour arrêter un homme portant une arme, vu par hasard en passant. Les habitants ouvrent le feu sur les Britanniques, qui répliquent et font deux morts et trois blessés, contre un mort chez les Britanniques. À l’aube du 26 février, une attaque sioniste massive a lieu, accompagnés de tirs de mortier, de mitrailleuses et de grenades. Trois habitants sont tués et quatre blessés.

Le village de Beit Dajan est dépeuplé durant la l’offensive de la Haganah opération Hametz, les 28–30 avril 1948. Cette opération, confiée à la brigade Alexandroni, était menée contre un groupe de villages à l’est de Jaffa, dont Beit Dajan. Selon les ordres, l’objectif était d’ouvrir la voie vers Lydda. Si, dans un premier temps, ces ordres ne faisaient pas mention du traitement à réserver à la population, ils parlaient de « nettoyer la zone » [tihur hashetah]. Dans un second temps, ils mentionnent que les civils seront « autorisés à partir après la recherche des armes »[39],[40],[8]. Le 30 avril, un rapport signale que les habitants de Beit Dajan sont partis, et que des volontaires irakiens ont pris positions au village[41]. D’autres sources indiquent une occupation entre le 25 et le 30 avril[8].

Beit Dajan est l’un des villages occupés en juin-juillet 1948, sur l’avis d’un comité présidé par Yossef Weiz[42],[43], qui préconise sa destruction[8]. Le 16 juin 1948, David Ben Gourion cite Beit Dajan comme l’un des villages arabes détruits[44]. Le 23 septembre 1948, le gouvernement militaire propose de repeupler Beit Dajan avec de nouveaux immigrants (juifs)[45].

Période israélienne

Quatre villages, Beit Dagan (fondé six mois après l’expulsion), Mishmar HaShiv'a (1949), Hemed (1950) et Ganot (1953) sont installés sur les terres de Beit Dajan[46].

L’historien Walid Khalidi décrit ainsi ce qui subsiste du village en 1992 : « Plusieurs maisons subsistent ; quelques unes sont désertées, d’autres sont occupées par des familles juives, ou utilisées comme entrepôt ou boutiques. Elles offrent toutes sortent de particularités architecturales. Une maison habitée est construite en béton, sur un plan rectangulaire, un toit plat, des fenêtres rectangulaires devant, et deux fenêtres en arc sur le côté. Une autre a été convertie en la synagogue Eli Cohen ; elle est construite en béton, a un toit plat et une fenêtre et la porte en plein cintre. Des étoiles de David ont été peintes sur la porte et sur la porte du garage. Une des maisons désertées, en béton, a un toit à pentes qui commence à s’effondrer ; d’autres sont scellées et sont entourées de buissons et d’herbes sauvages. Des cactus, des cyprès, des figuiers et des palmiers-dattiers poussent sur le site[46]. »

Les réfugiés palestiniens descendant des habitants de Beit Dajan sont estimés à 27 355 en 1998[2].

Culture

Motifs d’ornementation des maisons notés par Baldensperger, 1893[47].
Robe de mariée de Beit Dajan, vers 1920.

Philip J. Baldensperger note en 1893 : « À Beit Dejan, j’ai copié les marques ou dessins qui ornent les maisons. Les femmes de la maison peignent généralement ces ornements au badigeon. On m’a aussi donné leurs significations » comme l’œuf, fermé de toute part et que l’œil ne peut pénétrer, le bleu qui repousse le mauvais œil, ou des mains imprimées[47] au henné[48].

Beit Dajan est aussi connu comme un des villages les plus prospères de la région de Jaffa, et ses broderies sont considérées parmi les plus artistiques[49]. L’art du tissage et de la broderie de Beit Dajan influençait les villages et les villes des environs[50].

Les garnitures de lin blanc inspirées de la mode de Ramallah étaient populaires, tout comme l’utilisation du patchwork et les sequins cousus en plus de la broderie[50]. Le nafnouf était un motif floral courant, peut-être inspiré de la fleur d’oranger[50] ; son dessin évolue après la Première Guerre mondiale en broderies descendant en longs panneaux le long de la robe, panneaux appelés "branches" (erq). Ce style erq est avant-coureur des robes à 6 branches portées par des Palestiniennes dans différentes régions aujourd’hui[50]. Dans les années 1920, une dame de Bethléem, Maneh Hazbun, vint vivre à Beit Dajan où son frère avait acheté des orangeraies. Elle introduisit le rashek (point de couchure avec de la soie, imitation locale du style de Bethléem[51]).

Le jillayeh (la garniture brodée des costumes de mariage) utilisé à Beit Dajan est semblable à ceux de Ramallah. La différence est dans la décoration : un motif typique de Beit Dajan est composé de deux triangles en miroir, avec ou sans bande de broderie entre eux, avec des cyprès inversés sur les bords[52]. Un jillayeh de Beit Dajan (vers 1920) est exposé au British Museum. La légende indique que la robe devait être portée lors du rituel final de la semaine de festivités des noces, une procession appelée "aller au puits". Accompagnée par toutes les femmes du village dans leurs plus belles robes, la mariée va au puits porter un plateau de douceurs au gardien du puits et remplit son pichet pour assurer une bonne fortune à son foyer[53]. D’autres exemples de broderies de Beit Dajan et des environs sont présentés au Museum of International Folk Art (MOIFA) à Santa Fe (Nouveau-Mexique)[52].

Représentations

Sliman Mansour a fait de Beit Dajan le sujet d’une de ses peintures. L’œuvre fait partie d’une série de quatre sur des villages palestiniens détruits réalisée en 1988 ; les autres villages sont the others being Yalou, Imwas et Yibna[54].

Voir aussi

Bibliographie complémentaire

Articles connexes

Liens externes

Notes

Bibliographie

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