Dayr Amr
village palestinien expulsé en 1948
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Dayr 'Amr ou Deir 'Amr est un hameau arabe palestinien situé à l’ouest de Jérusalem. Comme des centaines d’autres villages palestiniens, il a été expulsé par l’armée israélienne au cours du nettoyage ethnique de la Palestine (1948) ou Nakba, le 17 juillet 1948, par le quatrième bataillon de la brigade Harel, au cours de la deuxième étape de l’opération Dani.
Géographie
Dayr Amr relevait du sous-district de Jérusalem et était situé à 12,5 kilomètres à l’ouest du chef-lieu Jérusalem. Construit à 750 mètres d’altitude, le village occupait le sommet aplati d’une montagne. Relié par une route secondaire à la route Jaffa-Jérusalem, il avait aussi quelques chemins entre lui et les villages voisins de Qiryat el-Inab, Suba, Sataf, Aqqur (en), Kasla (en) et Saris[1]. La gare de Dayr al-Cheikh sur la ligne ligne Jaffa-Jérusalem (en) des chemins de fer de Palestine était proche, à quelques kilomètres au sud.
Une source située au sud du village fournissait l’eau potable du village[1]. Les céréales étaient cultivées dans les fonds de vallée, des oliveraies (5 dounams, 0,5 hectare[2]) et des vignes couvrant les pentes[1].
La superficie totale des terres du village de Dayr Amr était de 3 072 dounams (3 kilomètres carrés), toute la terre étant propriété privée d’Arabes, et 2404 dounams n’étant pas cultivés[1]. Sur les 668 dounams cultivés (67 hectares), 18 dounams (1,8 hectare) étaient classés comme terres irrigables ou plantations, 650 consacrés aux céréales (65 hectares)[3].
Histoire
Empire ottoman


Dayr 'Amr est nommé ainsi en référence à la tombe d’un sage local, al-Sa'i (le messager) 'Amr ; un maqam (sanctuaire) à son nom était entretenu par les habitants du village. Avant d’être habité, le site du village était appelé Khurbet Deir 'Amr (soit la ruine du monastère d’Amr)[4].
En 1863, Victor Guérin visite le lieu et trouve le maqam consacré à cheikh Amer, maqam qui donne son nom au bâtiment en ruines voisin, « qui consiste en une vingtaine de petites chambres à moitié écroulées et renfermées dans une même enceinte : elles sont construites avec des matériaux de toutes sortes et datent peut être du moyen âge. Alentour, cinq citernes ont été creusées dans le roc et paraissent plus anciennes »[5].
En 1883, l’enquête du Palestine Exploration Fund trouve aussi ces ruines à Khurbet Deir 'Amr[6].
Période du mandat britannique
Le village est créé à une date inconnue au début du XXe siècle[1].
De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Jérusalem est conquise en décembre 1917 et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations. Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Dair Amr a une population de 5 habitants, tous musulmans[7]. Au recensement de 1931, le village est comptabilisé avec Suba[8].
Après la grande révolte arabe, des Arabes de Jérusalem créent le comité général des orphelins arabes, qui crée un lycée agricole à Dayr Amr', réservé aux enfants dont le soutien de famille est mort lors de la révolte contre la politique pro-sioniste de l’Empire britannique. Le lycée doit former ces orphelins aux techniques agricoles pour qu’ils puissent retourner cultiver leurs terres. Le comité est financé par une collecte nationale auprès d’un réseau de donateurs et lui assurent une renommée dans toute la Palestine[1]. En 1946, il y avait 60 élèves. En 1947, la construction d’un lycée agricole pour filles commence[1].
Freya Stark raconte comment elle a rencontré Ahmad Samih Khalidi, le principal du Collège arabe de Jérusalem (en), et « sa charmante épouse syrienne » (Anbara Salam Khalidi) et inspecta l’orphelinat (sic) construit à Dayr 'Amr. Les 1000 premières livres ont été collectées auprès de 14 Arabes de Jérusalem à partir de 1940. Ils ont construit une école, une ferme et une maison du directeur en pierres au sommet d'une colline de roc. Les élèves étudient l’agriculture, ensuite ils pourront ce servir de ce savoir quand ils retourneront dans leurs villages[9].
Dans les statistiques de Village, 10 habitants musulmans sont recensés[10],[11].
Guerre de 1948 et nettoyage ethnique


Dayr Amr est nettoyé par la brigade Harel en juillet 1948 : le 16 juillet, les commandos du Palmach occupent les sommets autour du hameau, et il est occupé le 17 juillet. Les habitants qui n’avaient pas fui à l’annonce du massacre de Deir Yassin ou sous la cannonnade sont expulsés par les militaires israéliens, qui tirent au-dessus de leurs têtes pour accélérer leur fuite[1].
En 1952, l’école d’agriculture pour garçons est utilisée pour recevoir l’hôpital psychiatrique d’Eitanim (en)[12]. Moussa al-Alami reprend l’idée de Dayr Amr pour créer le lycée agricole de Jéricho, toujours en activité au début des années 2020[1].
En 1992, Walid Khalidi décrit ainsi ce qui subsiste de Dayr Amr : « Le site est entouré d’une clôture avec une porte gardée. Toutes les maisons sont encore debout et certaines ont été agrandies. De grand cyprès et caroubiers poussent entre les maisons. Il y a une oliveraie au sud du village. La compagnie du téléphone et de télévision Bezek y a une grande installation, avec des antennes de radio, au sud du village. L’hôpital d’Eitanim est tout proche[13] ».
Voir aussi
Bibliographie complémentaire
- Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 (2e édition en français). (ISBN 978-2-35872-280-3) ;
- Rosemary M. Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2000. (ISBN 978-0-98151313-3)
Articles connexes
Liens externes
- Deir 'Amr sur Palestine Open Maps
