Qaqun

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Qaqun (en arabe : قاقون) est un ancien village arabe palestinien situé à 6 kilomètres au nord-ouest de la ville de Tulkarem à la seule entrée du Mont Naplouse depuis la région Sharon[1].

Faits en bref Administration, Pays ...
Qaqun
incorporée à HaMa'apil
Gan Yoshiya
Ometz
Olesh
Haniel
Yikon
Qaqun
Durant la période des Croisades, un château intitulé Caco ou Cacho s'y tenait, dont subsiste une tour de 8,5 m.
Administration
Pays Drapeau de la Palestine Palestine
Département Sous-district de Tulkarem
Démographie
Population 1 970 hab. (1945)
Géographie
Coordonnées 32° 21′ 36″ nord, 34° 59′ 43″ est
Divers
Date de dissolution 5 juin 1948
Localisation
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Qaqun
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Qaqun
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La preuve d'une colonie établie à Qaqun remonte à l'époque de l'Empire néo-assyrien dans la région. Les ruines d'un château croisé et mamelouk demeure sur le site[2]. Qaqun a continuellement été habité par les arabes depuis au moins la période mamelouk et se dépeupla lors d'une opération militaire des forces israéliennes ayant eu lieu pendant la guerre israélo-arabe de 1948-1949, après que les troupes irakiennes se servirent de la ville comme base d'opérations[2].

Étymologie

Alors que le site est antique, le nom actuel, Qāqūn, est araméen et signifie "petit pélican". Durant l'époque des Croisades, elle a été transcrite de diverses manières, notamment sous les formes Caco et Caccho. Certains documents ottomans datant du XVIIe siècle ont une autre variante, Qāqūm (قاقوم)[3].

Histoire

Antique et classique

Des artéfacts assyriens ont été découverts à Qaqun[4]. Parmi ceux-ci se trouvent les fragments d'une stèle rapportant la victoire de Sargon II sur les cités-États philistines au VIIIe siècle avant notre ère, fournissant la preuve de l'établissement du pouvoir assyrien en Palestine.

Au Ier siècle, Hérode Antipas, comme d'autres proches des Hérodiens qui régnaient sur certaines parties de la région en ce temps-là, obtint la souveraineté sur de vastes étendues de terre. Un des dons (doreai) qu'il reçut fut une parcelle de terre située dans la région de Sharon comprenant Qaqun, parmi d'autres villages.

Époque des Croisades

Pendant l'époque des Croisades, un château nommé Caco ou Caccho s'y tenait, dont subsiste une tour de 8,5 m[5]. En 1160, Benjamin de Tudèle visite Qaqun qu'il qualifie de Qéïla antique[6]. Il a été mentionné en 1253 lorsqu'il était apparemment toujours détenu par le seigneur de Césarée, Jean l'Aleman[5].

En 1271, Édouard Ier lance un immense raid durant la Neuvième Croisade avec le soutien des Templiers, de l'Ordre des Hospitaliers ainsi que de l'Ordre Teutonique de la ville de Qaqun, au sein de laquelle il surprit une importante force de Turkmènes (principalement des bergers nomades), qui auraient tué 1 500 d'entre eux et emporté 5 000 animaux en butin. Il s'agissait probablement de recrues relativement récentes dans l'armée de Baybars, étaient en cours d'intégration en 1268 et on leur a donné des chevaux, des titres, ainsi que des terres en contrepartie d'un service militaire après les migrations turkmènes qui ont suivi les conquêtes mongoles[7].

Époque mamelouke

Qaqun a été capturée par le sultan mamelouk Baybars en 1267. Sous le gouvernement mamelouk, Qaqun était la capitale de l'un des six quartiers composant la province de Syrie, l'unité administrative mamelouke pour une partie du gouvernorat de « Mamlakat Gaza », l'un des trois gouvernorats administratifs mamelouks de la région, les deux autres étant « Mamlakat Dimashq » (Damas) et « Mamlakat Zafad » (Safed)[8]. Qaqun et Lod semblaient être des provinces indépendantes plus tard à cette époque[8]. Baybars ordonne que sa forteresse soit reconstruite et que son église soit transformée en mosquée. Ses marchés sont refondés et un centre commercial voit bientôt le jour avec un caravansérail dédié aux marchants, aux voyageurs ainsi que leurs animaux. Alors que les premiers travaux universitaires attribuaient souvent la construction de la forteresse aux Croisés, on pense désormais que la forteresse ainsi que la mosquée de Qaqun ont été construites lorsque Baybars régnait, qui y fonda également le centre administratif et le grand bazar[2].

En décembre 1271, alors que Baybars affronte les mongols à Alep, les Croisés d'Édouard Ier attaquent Qaqun, mais sont rapidement repoussés par les forces des émirs mamelouks[9]. Cependant, l'historien égyptien Ibn al-Furat écrit que le raid d'Édouard aurait peut-être été un peu plus problématique :

« À la fin du mois de Rabiʿ ath-thani, le mois déjà mentionné (4 décembre 1271), le sultan apprit que les Francs avait attaqué Qaqun (Caco), que l'émir Husam al-Din, l'ustadh-dar, avait été tué et que l'émir Rukn al-Din al-Jaliq était blessé, tandis que le gouverneur du lieu avait dû partir. »

À la fin du XIIIe siècle, la Via Maris a été déplacée vers l'est à l'intérieur des terres afin d'améliorer la ligne de défense car les villes côtières de Palestine furent les premières à tomber aux mains des puissances rivales cherchant à étendre leur territoire. La route suivait la côte du Sinaï, traversant El-Arich, Rafah, Khan Younès et Gaza. Ici, une branche bifurquait ensuite vers l'est, en direction de Jérusalem, puis vers Hébron, tandis qu'une autre passait pas Beit Hanoun pour rejoindre Ramla en passant par Bayt Daras, et continuait vers le nord jusqu'à Lod, en passant par Jaljulia et Tira jusqu'au centre de Qaqun. À partir de Qaqun, la route se divisait en deux, l'une menant à Jénine et l'autre menant à Wadi Ara. La plupart de ces places étaient des villages qui avaient des caravansérails construits là au XIVe siècle[10]. Le caravansérail de Qaqun fut réalisée sous les ordres du gouverneur mamelouk Sanjar al-Jawli en 1315, et sous le gouvernement mamelouk, les caravansérails comme celui de Qaqun étaient utilisés par les coursiers à cheval, faisant partie du réseau postal sur la route de Gaza-Damas[10]. Ahmad al-Qalqashandi qualifie Qaqun de ville plaisante, bien que non particulièrement prospère, comprenant une mosquée, un bain, une jolie forteresse ainsi que des puits à eau.

Époque ottomane

Pendant le début du règne ottoman en Palestine, les revenus du village de Qaqun furent désignés en 1557 pour le nouveau waqf de l'imaret Sultane Haseki de Jérusalem, établi par Roxelane, l'épouse de Soliman le Magnifique[11]. Vers 1596, Qaqun était le centre de la nahié de Qaqun sous le sandjak de Naplouse, avec une population de 19 ménages et 4 célibataires, environ 127 individus, tous musulmans. Ils payèrent un taux d'imposition fixe de 25 % sur un certain nombre de cultures, comprenant du blé ainsi que de l'orge commune, ainsi que sur les chèvres et les ruches, un total de 16 590 akçes.

Pendant la campagne de Napoléon en 1799, les forces françaises vainquent les troupes ottomanes ayant été envoyées à Qaqun afin d'arrêter leur avancée vers Acre. Pierre Jacotin nomme le village Qaqoun sur sa carte de la même campagne.

Dans les années 1830, les habitants de Qaqun participent à la récolte contre l'Égypte, et il fut alors détruit par l'armée d'Ibrahim Pacha lors de sa campagne syrienne. En 1838, il a été répertorié comme un village, Kakon, dans la région administrative occidentale d'Esh-Sha'rawiyeh, au nord de Naplouse[12].

À la fin du XIXe siècle, Qaqun est décrit comme un grand village construit autour de la tour centrale du fort croisé/mamelouk. Ses maisons, réalisées de pierre et de boue, étaient dispersés à la surface d'une colline. Il y avait une terre cultivable dans les environs[13]. Claude Reignier Conder écrit avoir vu une tour de l'époque des Croisades à Qaqun lors de sa visite[6].

Mandat britannique

Dans le recensement de la Palestine mandataire de 1922, il y avait 1 629 villageois, 29 hommes chrétiens, et le reste étant musulman. Lors du recensement de 1931, la population musulmane diminua pour atteindre 1367 personnes, réparties dans 260 maisons.

D'après les statistiques de 1945, la population de Qaqun était de 1 916 habitants, tous musulmans, avec un total de 41 767 dounams de terre selon une enquête officielle sur les terres et la population. De cela, les arabes utilisèrent un total de 713 dounams pour la culture de citrus et de bananes, tandis que 34 376 dounams furent accordés aux céréales, 210 dounams supplémentaires furent irrigués ou utilisés pour des vergers, dont 80 dounams furent plantés des oliviers, tandis que 137 dounams s'agissaient de terrains urbanisés (urbains).

Juste avant la guerre de 1948, outre la mosquée et la forteresse, Qaqun hébergeait également une école élémentaire pour garçons ainsi que des centaines de maisons pour ses plus de 2 000 habitants. Les familles du village étaient composées des clans Abu-Hantash, Zidan, al-Shaykh Ghanem, Matrouk et al-Hafi.

Faits en bref Date, Lieu ...
Bataille de Qaqun
Description de cette image, également commentée ci-après
Monument commémoratif de la Brigade Alexandroni à Qaqun, avec citation biblique tirée de Sophonie 3:19
Informations générales
Date 4-5 juin 1948
Lieu Israël
Issue Victoire des Israéliens
Belligérants
Drapeau d’Israël Tsahal (Brigade Alexandroni) Royaume d'Irak, irréguliers arabes
Commandants
Drapeau d’Israël Colonel Dan Even
Drapeau d’Israël Ben Zion Ziv (33e bataillon)
Forces en présence
Bataillon renforcé Soldats réguliers irakiens, 200 irréguliers
Pertes
16

Guerre israélo-arabe de 1948-1949

Coordonnées 32° 21′ 36″ nord, 34° 59′ 43″ est
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Guerre de 1948

Qaqun est la victime d'un raid « éclair » mené par Irgoun le 6 mars 1948. Le journal palestinien Falastin rapporte un attaque survenu le 7 mars au matin. Citant un communiqué délivré par les forces de milice palestiniennes, le papier déclare que la grande unité d'attaque échoua à pénétrer le village, et qu'elle lança un nombre de grenades ayant blessé deux femmes.

Le 9 mai 1948, les experts d'Alexandroni sur les affaires arabes ont décidé de se réunir à Netanya, en préparation pour la déclaration du statut d'État d'Israël et l'invasion panarabe attendue, afin de "renvoyer ou soumettre" les habitants des villages palestiniens de Kfar Saba, Tira, Qaqun, Qalansawe et al-Tantoura[14]. L'ordre opérationnel final ne précisait pas ce qu'il convenait de faire avec les habitants, mais parla à maintes reprises de "nettoyer" ou "défricher" le village[14].

Après l'établissement de l'État d'Israël ainsi que l'explosion de la guerre israélo-arabe de 1948-1949, les forces irakiennes régulières se sont retranchés dans la région du Triangle, menaçant de couper en deux le territoire contrôlé par Israël en capturant Netanya. Une attaque irakienne est repoussée le 29 mai 1948, lorsque les forces israéliennes défendirent avec succès les villages d'Ein Vered, Kfar Yavetz et Geulim. Des attaques arabes étaient originaires de Rosh HaAyin, Tira, Qalansawe et Qaqun, et la prise de l'une d'entre elles était considérée comme susceptible de mettre fin à l'effort irakien dans la région de Netanya.

Qaqun est la cible d'une offensive israélienne et, le 5 juin, le 33e bataillon de la brigade Alexandroni attaque le village. Un assaut frontal se déroule au quartier général irakien au nord du village, après que le moulin voisin soit déblayé. Seule la Tsahal fut à même de déblayer le village pendant la journée et utilisa des renforts du 32e bataillon à Ein HaHoresh, qui flanqua les forces arabes par le sud. Les contre-attaques irakiennes depuis Qalansawe et Tulkarm durèrent jusqu'à la tombée de la nuit, les deux camps bombardant les positions adverses depuis les airs. Les forces israéliennes furent en état de préserver le village et mettre fin à l'avancée irakienne sur la plaine côtière. Alexandroni déplora 16 victimes et selon leur estimation, tout le bataillon irakien fut anéanti. Selon le site commémoratif Alexandroni, la défaite irakienne dans la bataille est considérée comme sa plus grande de la guerre.

Cependant, selon Benny Morris, l'attaque fut précédée d'un barrage d'artillerie ayant précipité l'évacuation de la plupart des habitants de Qaqun vers les bosquets voisins[14]. Et seulement quelques miliciens locaux ainsi que de nombreuses douzaines de soldats de l'armée irakienne restèrent pour se battre et ils furent rapidement submergés par l'infanterie Alexandroni[14].

Deux jours plus tard, le 7 juin, Yossef Weiz note Qaqun parmi les villages ils devaient décider s'il fallait détruire (pour empêcher le retour des villageois) ou rénover et s'installer avec les juifs. En décembre 1948, l'État-major général de la Tsahal approuve la dépopulation des petits sites frontaliers restants ("khurab") dans la région du Triangle. On enseigna qu'un "effort devait être réalisé afin de mener à bien l'expulsion [des civils arabes] sans force". Mais si la force s'avérait nécessaire, on autorisa le gouvernement militaire à en faire usage. Parmi les sites expulsés, huit se trouvaient dans la région de Qaqun et Gharbiya[14].

Après 1948

Le kibboutz HaMa'apil a été construit sur ce qui a traditionnellement été le terrain du village en 1945, 3 km au nord-est. Trois colonies furent fondées sur le terrain du village en 1949 : Gan Yoshiya, 1 km plein sud du site du village, Ometz, 1 km au nord du site du village et Olesh, 4 km au sud-ouest du site. Haniel est construit sur le terrain du village en 1950. Yikkon est construit au début des années 1950 afin de servir de camp de transit pour les nouveaux immigrants juifs et a ensuite été transformé en école régionale. Bourgata, fondé en 1949, se situe à 5 km au sud-ouest mais ne se trouve pas sur le terrain du village.

Walid Khalidi décrit les structures restantes du village en 1992 :

« La forteresse au sommet de la colline, un puits ayant appartenu à la famille d'Abu Hantash et le bâtiment scolaire sont tout ce qu'il reste du village. La forteresse est entourée de décombres de pierre ainsi que de ruines de maisons et le bâtiment scolaire est toujours utilisée comme école par les israéliens. Des cactus ainsi qu'un vieux mûrier poussent au sud de la colline. Les terres environnantes sont couvertes de vergers. De plus, du coton, des pistaches et des légumes poussent sur les terres. Il existe une usine israélienne de transformation du fourrage au nord-est du site du village. »

Le nombre estimé de réfugiés palestiniens en provenance de Qaqun, en 1998, était de 14 034. Ce nombre comprend les descendants des réfugiés originaux.

L’Autorité de la nature et des parcs et la Société de développement économique de la vallée de Hefer ont récemment ordonné que l'ancien site de Qaqun, sa forteresse ainsi que d'autres ruines soient déclarés parc national. Le plan est de réhabiliter le site et de le transformer en un « point d'attraction touristique ».

Articles connexes

Références

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