Al-Khisas
village palestinien du sous-district de Safed
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Al-Khisas (الخصاص), aussi appelé Khisas ou Khissas, est un village palestinien du sous-district de Safed, à l’époque du mandat britannique. Pendant la guerre de 1948, le village est attaqué par le Palmach dans un raid de représailles ; 10 à 15 habitants sont massacrés. Les habitants sont ensuite expulsés et le village détruit par l’armée israélienne, une partie de la Nakba. Aujourd’hui le kibboutz de HaGoshrim est installé sur les terres de Khisas.
| Pays | |
|---|---|
| Sous-district | |
| Superficie |
4,79 km2 |
| Altitude |
100 m |
| Coordonnées |
| Population |
530 hab. () |
|---|---|
| Densité |
110,6 hab./km2 () |
Géographie
Le village était situé à 31 km au nord-est de Safed sur une terrasse naturelle de 100 m de large formée par le recul du lac Houla ou lac Séméchonite. À l’ouest du village se trouve l’oued al-Hasibani où coule la Hasbani[1],[2].
Deux routes secondaires le reliait à un village voisin pour l’une et à Tibériade et Safed pour l’autre[2].
En 1945, la population du village était de 530 habitants, dont 470 musulmans et 60 juifs[2].
Histoire
Selon le géographe arabe Yaqout al-Rumi, al-Khisas relevait de la juridiction de Banias en Syrie[3].
Période ottomane
Près du village se trouve le sanctuaire d’un sage local, al-Shaykh 'Ali ; des tombes en pierre taillée ont aussi été retrouvées[1]. Sous l’empire ottoman, al-Khisas est administré au sein d’un sandjak du vilayet de Damas, puis transféré à l’eyalet de Sidon (devenu ensuite le vilayet de Beyrouth)[3].
Mandat britannique
En 1917, al-Khisas se trouve au nord de la ligne Sykes-Picot, une ligne droite entre le milieu du lac de Tibériade et Nahariya, dans la zone devant être relever de la sphère d’influence française. La frontière syro-palestinienne et libano-palestinienne est issue des accords franco-britanniques de partition de l'Empire ottoman[4],[5]. Les troupes britanniques ont repoussé les troupes turques jusqu’à Hazor en 1918 et souhaitaient obtenir toutes les sources du Jourdain. À cause de l’incapacité des Français à installer un contrôle administratif, la frontière entre la Syrie et la Palestine était devenue « perméable »[6]. La frontière est finalement fixée par un accord entre la France et le Royaume-Uni en 1923 en même temps que le traité de Lausanne, après que le Royaume-Uni ait obtenu un mandat de la Société des Nations en 1922 ; al-Khisas tombe alors sous la juridiction Britannique[7].[source secondaire nécessaire]
Au recensement de 1931, le village avait une population de 386 habitants, tous musulmans, pour 73 maisons[8].
Répartition des terres par culture, en dunams in the village, en 1945[9],[10]:
Parmi la population, il se trouvait une centaine d’Arabes chrétiens[11].
| Usage | Arabes | Juifs |
|---|---|---|
| Terres irriguées et vergers | 1 438 | 2 728 |
| Céréales | 0 | 0 |
| Cultivable | 1 438 | 2 728 |
| Constructions | 30 | 10 |
| Non-cultivable | 12 | 0 |
Les vergers comportaient des arbres fruitiers le long de la Hasbani, et des oliviers[2].
Propriété des terres en dunams[2] :
| Propriété | Dunams |
|---|---|
| Arabe | 1 480 |
| Juive | 2 738 |
| Publique | 577 |
| Total | 4 795 |
Guerre de 1948 et suites
Al-Khisas a été sélectionné, avec Al-Na'ima et Jahula, par le Palmach comme cible pour une opération de la Haganah qui fut annulée. Des tracts ont été distribués dans les villages de la frontière de la Palestine, engageant la population à ne pas participer aux combats :
- « Si la guerre vient jusqu’à votre village, les habitants seront expulsés, avec femmes et enfants. Ceux d’entre vous qui ne veulent pas subir un tel sort, je leur dit : dans cette guerre on tuera sans merci, sans compassion. Si vous ne participez pas à cette guerre, vous ne devrez pas quittez vos maisons et vos villages[12],[13] »
Massacre d’Al-Khisas

Mais Yigal Allon souhaitait tester au moins une fois un assaut sur un village, et choisit al-Khisas[11].
La nuit du 18 au , le Palmach conduit un assaut sur le village, avec pour ordres de « tabasser les adultes mâles » et de « tuer les adultes mâles au palais de l’émir Emir Faur (en) », dont la Haganah pensait qu’il servait de cachette à un homme responsable du meurtre d’un habitant du kibboutz de Ma'ayan Baruch (en), lui-même en vengeance du meurtre d’un Palestinien quelques jours plus tôt[14]. Ilan Pappé, lui, estime que le choix de la maison s’est fait au hasard[15]. Quoi qu’il en soit, le Palmach, commandé par Moshe Kelman, futur responsable des massacres d'Ayn al-Zaytoun, de Sasa et de Lydda-Ramle, fait irruption dans le village, ses soldats faisant feu de leurs armes ; ils font aussi exploser la maison de Faur et la maison voisine, tuant de 10 à 15 de leurs occupants dans leur sommeil, dont des femmes et des enfants[14][16],[17]. Le New York Times publie un bilan de 10 morts (5 hommes, une femme, 4 enfants) et un rapport du Palmach, 12 morts[18]. Après cette attaque, une grande partie des habitants d’al-Khisas ont pris la fuite, devenant une partie de l’exode palestinien de 1948[19]. Dans un premier temps, la Haganah dément que des enfants sont morts dans l’attaque ; elle affirme aussi que la maison servait de base aux armées syrienne et libanaise[2].
Certains leaders juifs locaux et experts des Affaires arabes ont essayé d’empêcher l’attaque, mais ont été ignorés par Yigal Allon[14]. Le Département politique de l’agence juive a critiqué l’attaque, et Yosef Sapir, du comité de Défense, appella au châtiment pour les responsables, mais aucune mesure n’est prise[14]. David Ben Gourion publia un démenti, niant l’autorisation du raid et exprimant des excuses ; dans un autre discours, il inclut l’opération d’al-Khisas dans une liste de succès[20]. Le Yishouv tint une réunion les 1er et pour discuter de la politique de représailles, et qui formula une ligne de conduite pour la conduite des raids de représailles[21]. Néanmoins, le point de vue du comité était que « l’usage de la force, même s’il est parfois excessif, est bénéfique à long terme »[2].
Dépeuplement et destruction
Une première vague d’habitants quittent al-Khisas après l’attaque du . Environ 50 à 55 villageois restèrent dans leurs maisons et maintinrent de bonnes relations avec leurs voisins ; ils furent expulsés dans la nuit du 5 au (voir Expulsions des Palestiniens de 1949 à 1956[22],[23]). Les derniers habitants furent forcés (avec force coups, mauvais traitements et jurons[2]) de monter dans des camions et transportés au village d’'Akbara, au sud de Safed[24] où ils sont « jetés sur une colline [...] affamés et assoiffés. » avec les habitants des villages expulsés de Qaddita et al-Ja'una[2]. Ces expulsés restèrent à 'Akbara 18 ans jusqu’à ce qu’ils soient autorisés à s’installer à Wadi Hamam.
Aujourd’hui il ne subsiste que quelques pierres du village, les restes d’un vieux bâtiment et un barrage en pierre. La plus grande partie des terres du village sont utilisées comme pâturages ou plantées de bois[2] ; en 1998, le nombre de descendants des villageois expulsés est estimé à 3348[25].
Colonisation
Le , le kibboutz HaGoshrim s’installe à quelques centaines de mètres au sud du village[22],[26]. Le kibboutz utilisa le manoir de l’émir Faour comme hôtel[22].
Bibliographie
- M. Benvenisti (Maxine Kaufman-Lacusta (translator)), Sacred Landscape: The Buried History of the Holy Land Since 1948, University of California Press, (ISBN 0-520-92882-2, lire en ligne)
- Department of Statistics, Village Statistics, April, 1945, Government of Palestine, (lire en ligne)
- N. Finkelstein, Image and reality of the Israeli-Palestine conflict, Verso Press, , 2e éd. (ISBN 978-1-85984-442-7, lire en ligne) (pp. 56, 79 83- 84)
- D. Fromkin, A Peace to End All Peace: The Fall of the Ottoman Empire and the Creation of the Modern Middle East, New York, Owl, (ISBN 978-1-4299-8852-0)
- W. Khalidi, All That Remains:The Palestinian Villages Occupied and Depopulated by Israel in 1948, Washington D.C., Institute for Palestine Studies, (ISBN 0-88728-224-5, lire en ligne)
- Hisham Khatib, Palestine and Egypt Under the Ottomans: Paintings, Books, Photographs, Maps and Manuscripts, I.B.Tauris, (ISBN 1-86064-888-6, lire en ligne)
- M. MacMillan, Peacemakers: The Paris Conference of 1919 and Its Attempt to End War, Hachette UK, (ISBN 978-1-8485-4668-4, lire en ligne)
- (en) Mills, E., Census of Palestine 1931. Population of Villages, Towns and Administrative Areas, Jerusalem, Government of Palestine, (lire en ligne)
- B. Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-00967-6, lire en ligne)
- (en) I. Pappé ((reprint)), The ethnic cleansing of Palestine, Oneworld Publications Limited, (ISBN 978-1-78074-056-0, lire en ligne)
- (en) A. Shapira, Land and Power; The Zionist Resort to Force, 1881-1948, Stanford University press, (ISBN 0-8047-3776-2, lire en ligne)
