Az-Zakariyya

Village palestinien expulsé en 1950 From Wikipedia, the free encyclopedia

Az-Zakariyya (زكريا) est un village arabe palestinien situé à 25 kilomètres au nord-ouest d’Hébron. Ses habitants, dans le cadre du nettoyage ethnique de la Palestine par Israël, ont été expulsés en 1950.

Faits en bref Pays, Territoire ...
Az-Zakariyya
Vue du village dans la première moitié du XXe siècle.
Géographie
Pays
Territoire
Sous-district
Superficie
15,32 km2Voir et modifier les données sur Wikidata
Altitude
275 mVoir et modifier les données sur Wikidata
Démographie
Population
1 180 hab. ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Densité
77 hab./km2 ()
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L’occupation de la région remonte à l’Âge du Fer. Sous l’Empire romain, une ville appelée Beit Zacharia était située sur la colline, dont la légende dit que la tombe du prophète Zacharie s’y trouve. À l’époque du sultanat mamelouk, le village est sous la dépendance de l’Égypte et devient un village musulman, appelé de différentes façons, dont Zakariyya al-Battih, Kefr Zakaria, Az-Zakariyya ou simplement Zakariyya. Attribué à l’État arabe dans le plan de partage de la Palestine par l’ONU en 1947, le village est conquis par Israël lors de la première guerre israélo-arabe et la population arabe qui n’avait pas fui est expulsée en 1950. Le moshav israélien de Zekharia (זְכַרְיָה) a été construit à la place.

Géographie

Vue de la Vallée d’Elah depuis l’actuel Zekharia.

Le village d'Az-Zakariyya était construit à 275 mètres d’altitude, et se trouvait à 25 kilomètres au nord-ouest d’Hébron, dans le sous-district d'Hébron, dans une région au relief ondulé, sur des roches calcaires de l’éocène. Il se trouvait à proximité de la route reliant Bayt Jibrin à la route Jaffa-Jérusalem. Zakariyya était connecté à d’autres routes menant aux villages voisins, Bethléem, etc.[1]. Zakariyya avait pour villages voisins al-Burayj (en), Beit Jamal, Bayt Nattif, Nuba, Adjour et Mughallis.

La montagne d’Azekah est visible du village. Le Wadi az-Zakariyya coule au sud, les Wadis Ajjur et al-Sarara coulent à quelques kilomètres au nord du village[2].

La colline où est bâti le village culmine à 372 mètres au-dessus du niveau de la mer[3], avec une altitude moyenne de 275 mètres[2].

La superficie totale du village était de 15 320 dounams (15,3 kilomètres carrés)[4], dont 9 dounams (0,9 hectares) de terres publiques, le reste appartenant à des Arabes[1]. Les terres non-cultivables représentaient 7836 dounams, soit la moitié du territoire[1]. En 1945, 6523 dounams (soit 652 hectares) étaient consacrés aux céréales, 961 dounams étaient classés comme terres irrigables ou vergers, dont 440 dounams (44 hectares) en oliveraies[5],[6]. Selon l’administration fiscale, il y avait 357 habitants imposables à Zakariyya, dont 232 propriétaires de terres[7].

Histoire

Légendes bibliques

La plaine à l’est de Zakariyya est identifiée avec la vallée d’ElaDavid aurait vaincu Goliath. À un kilomètre au sud de Zakariyya se trouve Tell Zakariyya, identifié avec l’Azekah antique, où Josué aurait vaincu les Cananéens[1].

Antiquité

Zakarias sur la carte de Madaba (au centre, légendé ZAXAPIOY).

Une tombe des débuts de l’Âge du Fer a été fouillée ; dans la céramique trouvée dans la tombe se trouve une figurine représentant Astarté[8].

Le village était appelé Caper Zacharia aux époques romaine et byzantine ; il relevait administrativement de Bayt Jibrin[1]. Selon la légende, le corps du prophète Zacharie aurait été trouvé ici en 415 ap. J.-C. et une église et un monastère construits dans le bas du village et baptisés d’après le nom du prophète[9],[10],[11]. La carte de Madaba montre la ville basse comme lieu d’inhumation du prophète[12]. Le village est construit sur le tell appelé Az-Zakariyya[13],[14].

Sous l’Empire byzantin, le ville est appelé Zacharia[15].

Période mamelouke

Le (708 année de l'Hégire), deux représentants d’Az-Zakariyya, Farraj bin Sa‘d bin Furayj et Nassar bin ‘Amara bin Sa‘id, se déplacent à Jérusalem pour faire enregistrer solennellement leur serment de verser le revenu des impôts du village au Dôme du Rocher et à la mosquée al-Aqsa. D’autres villages font des serments similaires, comme Beitunia, Ramallah, Ein Yabrud, Ein 'Arik et Dura[15].

À la fin de la période mamelouke, le village dépendait d’Hébron et était rattaché au waqf (fondation pieuse) entretenant la mosquée d’Abraham (le tombeau des Patriarches)[16]. Le village était approvisionné en eau par deux puits communaux : le puits al-Saflani, foré près du Wadi 'Ajjur, et le puits al-Sarara, au nord du village[2].

Dans les années 1480, Félix Fabri décrit son séjour dans une vaste auberge située près d’une belle mosquée[17].

Empire ottoman

Restes du minaret et de la mosquée.

La Palestine est conquise par les armées de Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman. Dans le defter (registre fiscal) de 1596, Zakariyya al-Battih relevait de la nahié (sous-district) d’al-Qods (Jérusalem) et du sandjak d’al-Qods. Il recensait 47 foyers musulmans (environ 260 habitants) et payait un impôt à taux fixe de 33,3% sur le blé, l’orge, les olives, les ruches et les chèvres, pour un total de 11 000 akçe. Tous ces impôts allaient à un waqf[18].

Les archives de la cour religieuse de Jérusalem relatent l’antagonisme permanent entre Zakariyya et ʿAjjūr, dont des attaques, des destructions de récoltes et des meurtres. Ces conflits illustrent l’insécurité importante dans les collines de Judée au début de la période ottomane, qui contribua au déclin et à la saisonnalisation des petites collectivités rurales[19].

Un maqam (sanctuaire) dédicacé au prophète Zacharie se trouvait au village ; il est décrit par Edward Robinson en 1838[20] ; van de Velde relève son nom d’alors, Kefr Zakaria[21]. La colline du village culmine à 372 mètres d’altitude[3].

En 1863, Victor Guérin estime la population à 500 habitants, dans le village de Zakaria, situé sur une colline, entouré d’oliviers, de vignes et de figuiers, et relève la présence du maqam ombragé par un palmier[22]. Une liste de villages ottomane de 1870 recense 41 maisons habitées à Az-Zakariyya et 128 hommes, les femmes n’étant pas recensées par ce document[23],[24].

En 1883, l’enquête du Palestine Exploration Fund décrit Zakariyya comme établi sur une colline, dans une grande vallée et entouré d’oliveraies[25]. Les maisons étaient construites en pierre et en pisé ; au centre du village se trouvaient la mosquée, le maqam de cheikh Hasan, une place du marché animée, et l’école du village. Les habitants tiraient leur eau de deux puits publics et de plusieurs puits privés, alimentés par la collecte des eaux de pluie[1]. L’élevage des chèvres et des brebis occupait une place importante, les troupeaux consommant l’herbe et les buissons des collines incultes et des oueds[1].

En 1896, la population de (Tell) Zakarja est estimée à 636 habitants[26].

Période du mandat britannique

Carte d’Az-Zakariyya au 1:250 000 (1945).
Carte d’Az-Zakariyya au 1:20 000 (1947).

De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Yibna est conquise en et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.

Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Zakaria a une population de 683 habitants, tous musulmans[27], augmentant au recensement de 1931 à 742, toujours tous musulmans, dans 189 maisons habitées[28].

Dans les statistiques de Village de 1945, la population est de 1180 habitants, tous musulmans[29],[4].

Guerre de 1948 et nettoyage ethnique

Az-Zakariyya 1948
Plan de partage de l’ONU : Az-Zakariyya est situé sur la route au nord de Beit Jibrin, à la limite nord du sous-district d’Hébron, dans la zone attribuée à l’État arabe (orange).

Dans le plan de partage de la Palestine, le village était situé dans le territoire attribué à l’État arabe[30].

Lors de la guerre israélo-arabe de 1948, la première attaque de Zakariyya se produit lors des combats autour des colonies juives autour de Kfar Etzion. Une centaine d’hommes de la Haganah l’assiègent, en représailles contre l’attaque d’un commando du Palmach à proximité, à la mi-[1], officiellement pour la mort au combat (considérée comme symbolique en Israël) de 35 soldats juifs à Kfar Etzion, le . Ces 35 soldats (Lamed-Heh en hébreu moderne) donnent leur nom à toute opération de représailles de la Haganah, même si elle avait été prévue de longue date[31]. La Haganah décide donc une opération Lamed-Heh contre Bayt Nattif, Dayr Aban et Az-Zakariyya[32].

Az-Zakariyya est la dernière communauté arabe au sud du corridor de Jérusalem à être expulsée[33]. L’armée israélienne s’empare du village en lors de l’opération Ha-Har, après un bombardement d’artillerie et un assaut à la tombée de la nuit[30]. Le , lors de l’opération Yoav, le 4e bataillon de la brigade Guivati trouve Zakariyya presque vide, ses habitants s’étant réfugiés dans les collines. Deux habitants sont néanmoins exécutés par les soldats israéliens[33]. Après la fin des combats, de nombreux villageois rentrent chez eux[30]. Contrairement à la plupart des villages conquis par l’armée israélienne lors de ces opérations, la population n’est pas expulsée immédiatement[1]. En décembre, l’armée israélienne expulse 40 vieilles femmes et vieillards vers la Cisjordanie[33].

En 1949, Israël annexe az-Zakariyya. En , le ministre de l’Intérieur israélien, Haim-Moshe Shapira, demande l’expulsion d’environ 145 villageois : des fonctionnaires en charge du district de Jérusalem envisagent d’utiliser les nombreuses bonnes maisons encore debout pour loger des centaines d’immigrants juifs[33]. Pendant cette année 1949, la situation sanitaire et alimentaire des villageois restant est catastrophique[1]. En , après une rencontre avec Moshe Sharett et Yossef Weiz, David Ben Gourion décide d’expulser « sans contrainte », les habitants de Zakariyya[33]. L’opération de « transfert » des Arabes de Zakariya est approuvé par le QG de l’armée israélienne le , et les expulsions sont achevées le . La plupart des habitants de Zakariyya aboutissent aux camps de réfugiés d’Arroub et de Dheisheh, en Cisjordanie occupée par la Transjordanie[33]. Les rapports israéliens ne mentionnent pas la manière dont les expulsions ont eu lieu[34]. Un grand nombre d’expulsions ont eu lieu le  ; ce sont les soldats israéliens qui s’en sont chargées. Quinze familles, soit 65 personnes, sont déplacées à Ramla, et les 130 autres personnes sont emmenées à proximité de la frontière jordanienne, où les soldats leur ordonnèrent de marcher. Pour hâter le processus, les soldats tirèrent en l’air plusieurs fois[30].

Période israélienne

Une des maisons arabes occupés par des Israéliens.

Deux semaines après que le dernier habitant ait été expulsé, l’agence juive installe des familles kurdes juives près du village, avant de les déplacer dans le village palestinien. Un nouveau moshav est créé, dont le nom est une hébraïsation du nom arabe, Zekharia[34]. La plupart des nouveaux immigrants étaient des Kurdes juifs[34].

Non-entretenus, les bâtiments du village se dégradent et sont démolis pour être reconstruits[35], dans le cadre d’un programme national d’effacement des villages arabes « nettoyés ethniquement »[35].

En 1992, Walid Khalidi décrivait ainsi ce qui subsistait du village de Zakariya : « La mosquée et plusieurs maisons, certaines habitées par des habitants juifs et les autres désertes, restent sur le site. De grandes parcelles du site sont couvertes de végétation. La mosquée est complètement abandonnée, le drapeau israélien est planté sur le sommet du minaret [...] Une des maisons occupées a deux étages et un toit plat. Les fenêtres du deuxième étage ont des arches en plein cintre et sont grillagées[34]. »

Tombeau de Zacharie

Le tombeau de Zacharie, attribuée au prophète hébreu et à Zacharie (père de Jean le Baptiste), est située dans le moshav[36], près de la mosquée[37]. Le site est datée du IVe siècle par les sources[36].

Dans les années 1970, il y a un renouveau d’intérêt chez les Juifs pour ce tombeau, qui devient un but de pèlerinage[36].

Culture

The village was known for its Palestinian costumes. A wedding dress from Zakariyya (ca. 1930) is part of the collection in Museum of International Folk Art (MOIFA) at Museum of New Mexico at Santa Fe[38].

Personnalités liées à az-Zakariyya

  • Nasr Abdel Aziz Eleyan (en), peintre palestinien né à az-Zakariyya, réfugié en Cisjordanie au camp d’Ein el-Sultan ;
  • Zuhayra Khalil Zaqtan (ar), romancière palestinienne née au camp d’Aqabat Jabr en 1950 et issue d’une famille de réfugiés palestiniens originaires d’az-Zakariyya.

Voir aussi

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Bibliographie complémentaire

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

Bibliographie

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