Aqir
village palestinien expulsé en 1948
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Aqir, Akir ou Akkur, est un village arabe palestinien situé à 9 km au sud-ouest de Ramla[1], aujourd'hui remplacé par la colonie israélienne de Kiryat Ekron). Comme des centaines d’autres villages de Palestine, sa population a été expulsée et les maisons démolies dans le cadre du nettoyage ethnique de la Palestine par Israël, en 1948[2].
| Pays | |
|---|---|
| Sous-district | |
| Superficie |
15,83 km2 |
| Altitude |
61 m |
| Coordonnées |
| Population |
2 480 hab. () |
|---|---|
| Densité |
156,7 hab./km2 () |
| Événement clé |
|---|
Géographie
Aqir était situé dans le centre de la plaine côtière de la Palestine, à 9 kilomètres au sud-ouest de Ramla, chef-lieu du sous-district de Ramle dont Aqir relevait[3]. Le wadi al-Nasufiyya coulait à un kilomètre au sud du village ; une route secondaire le reliait à la route principale conduisant à Ramla[3]. Le village était construit sur un terrain plat[3].
La superficie totale du village était de 15 825 dounams (15,8 kilomètres carrés). Sur cette superficie, 11 322 dounams (1132 hectares) appartenaient à des Arabes, 3222 dounams (322 hectares) à des Juifs et 1281 dounams (128 hectares) étaient des terres publiques[3]. Sur ce total, 664 dounams (66 hectares) étaient incultivables[3] ; sur les terres cultivables, 1300 dounams (130 hectares) étaient utilisés pour les plantations d’agrumes et de bananiers ; 8968 dounams (897 hectares) étaient consacrés aux céréales ; 914 dounams étaient classés comme terres irrigables ou vergers[4],[5].
Histoire
Jusqu’au début du XXe siècle, on estimait généralement qu’Aqir était construit sur le site de l’ancienne cité philistine d’Éqron, qui est maintenant localisée à Tel Mikne, 9 km au sud[6] The error seems rooted in antiquity; The Romans referred to the village as Accaron[1].
Des fouilles archéologiques ont permis d’identifier un atelier de potiers datant de l’Empire romain, ainsi qu’un atelier de verriers datant de l’Empire byzantin. Des bâtiments de l’époque abbaside ont aussi été mis au jour[7].
Au Xe siècle, Al-Muqaddasi écrit à propos d’Aqir (Ekron) : « Un grand village avec une grande mosquée. Ses habitants sont de très bons artisans. Le pain n’est nulle part surpassé en qualité. Il est situé sur la route principale entre Ar-Ramlah et La Mecque[8],[9] » ; il trouve aussi ses habitants généreux et philanthropes[3]. Yaqout al-Rumi l’appelle Al Akir, et dit que le village appartient à Ar Ramlah[10].
La mosquée du village a une inscription utilisant l’écriture naskhi datant de 1296–7[11].
Empire ottoman
La Palestine est conquise par les armées de Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman.
Le defter (registre fiscal) ottoman de 1596 fait apparaître Aqir sous le nom d’Amir ; le village relève alors de la nahié de Ramla et de la liwa de Gaza (voir Sandjak de Gaza). Il recensait 31 foyers musulmans (soit environ 200 habitants) et payait des taxes sur le blé, l’orge et d’autres produits agricoles[12], ainsi que sur les chèvres, les ruches et les vignes[3].
Le mihrab de la mosquée a une inscription datant de 1701-1702 CE[13].
Le bibliste Edward Robinson passe par le village en 1838 et le décrit, entouré de jardins bien cultivés et de champs au sol fertile ; le village lui-même est déjà d’une taille considérable, construit en briques ou en adobes[14].
Au XIXe siècle, des paysans égyptiens s’installent à Aqir[15].
En 1857, William McClure Thomson décrit Aqir comme « un groupe triste de cahutes basses de toit » composant un « village sordide peuplé de gens peu civilisés, mais la vallée est extrêmement fertile »[16].
En 1863, Victor Guérin note qu’Aqir (qu’il transcrit A’ker) est un grand village, avec une population qu’il estime à 800 habitants. Les maisons sont construites en adobes, avec une ou deux pièces avec le toit à trois mètres de haut, et couvertes par un toit légèrement bombé au centre, composé de branchages recouverts de terre mêlée de paille hachée[17]. Une liste ottomane de villages datant d’environ 1870 recense 155 maisons et une population masculine de 512 personnes, les femmes n’étant pas recensées par ce document[18],[19].
Au milieu des années 1870, Claude Reignier Conder décrit lui aussi Aqir (qu’il nomme de ce qu’il pense être son nom antique, "Ekron") comme un hameau de pisé, avec des jardins clôturés avec des figuiers de Barbarie[20]. En 1882, l’enquête du Palestine Exploration Fund fait la même description avec l‘ajout d’un puits au nord du village[21].
En 1883, le baron Edmond de Rothschild finance l’implantation de la colonie d’Éqron, à un kilomètre au sud du village. Éqron a depuis été rebaptisé Mazkeret Batya[3].

Des fouilles ont révélé, pour cette période, des tombes d'enfants enterrés dans des poteries (en) (ballas), qui sont souvent associées aux groupes nomades ou de travailleurs itinérants d'origine égyptienne[22].
Contrairement au discours couramment répandu sur la non-acceptation des premiers migrants juifs par les Arabes de Palestine, une histoire rapportée par Yair Wallach tend à la nuancer voire à la nier : pendant la première guerre balkanique (1912-1913), un soldat juif de Mazkeret Batya, incorporé dans l’armée ottomane, est blessé sur le front. C’est alors un soldat arabe originaire d’Aqir, son voisin en quelque sorte, qui le ramène dans les lignes turques en le portant sur son dos[23].
Période du mandat britannique


De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région d'Hiribya est conquise en octobre 1917 et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations. Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Aqir a une population de 1155 habitants, tous musulmans[24], population qui augmente au recensement de 1931 à 1689 musulmans et 2 chrétiens[25].
Les maisons sont toujours construites en pisé à cette époque, mais la construction en pierres et en ciment se répand. Alors que le village était construit au sud et au nord de la route qui le traversait, sous le mandat britannique, il s’étend principalement au nord de la route[3]. Les eaux souterraines étaient abondantes, et de nombreux puits artésiens ont été forés. Outre les cultures d’exportations (agrumes et bananes), les villageois récoltaient des abricots, des figues et du raisin[3].
Entre 1941 et 1948, la Royal Air Force installe une base aérienne au sud d’Aqir, aujourd’hui encore utilisée par l’armée israélienne sous le nom de Base aérienne de Tel Nof[3] et un hôpital militaire à 2 kilomètres au nord[3]. En 1945, selon les statistiques de Village, la population du village est de 2480 musulmans[26],[27]. Le village a alors deux écoles primaires : une pour les garçons, fondée en 1921 avec 391 élèves et une pour les filles, avec 46 élèves. Il y avait deux mosquées[4].
Guerre de 1948 et nettoyage ethnique

Aqir est le premier village que la brigade Guivati reçoit pour mission d’expulser, en application du plan Daleth[3]. Le village est dépeuplé pendant la première guerre israélo-arabe, le 6 mai 1948, au cours de l’opération Barak. Après avoir encerclé le village, les soldats de la brigade y pénètrent et confisquent les armes, au cours d’une occupation temporaire décrite comme une épreuve durant six heures et demie. Bien que les villageois les livrent, les officiers du renseignement commandent de prendre huit otages, avec la promesse de les libérer quand le reste des armes sera livré. Devant la menace d’une intervention britannique, les soldats se retirent. Environ 3000 personnes fuient le village, dont probablement des réfugiés de Yibna et al-Maghar. Les semaines suivantes, une trentaine de personnes qui étaient restées sont expulsées par l’armée[3]. Les maisons du village qui subsistaient ont été intégrées à Kiryat Ekron[28], implanté dès 1948 sur les terres du village[3] pour empêcher les réfugiés qui s’infiltraient à travers les frontières de se réinstaller dans leur propre village[29]. Ganne Yochanan a aussi été construit sur les terres d’Aqir, à partir de 1950[3].
Voici la description que fait, en 1992, Walid Khalidi de ce qui subsiste du village : « Quelques petites maisons subsistent, plusieurs d’entre elles occupées par des familles juives. L’une d’elles est construite en ciment, avec un toit incliné et des ouvertures rectangulaires, une autre est semblable mais avec un toit plat. Des cyprès, des sycomores et des cactus poussent sur le site. Les terres environnantes sont cultivées par les Israéliens[4] ».
Voir aussi
Bibliographie complémentaire
- Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 (2e édition en français). (ISBN 978-2-35872-280-3) ;
- Rosemary M. Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2000. (ISBN 978-0-98151313-3)
Articles connexes
Liens externes
- Welcome To 'Aqir
- Aqir, Zochrot
- Survey of Western Palestine, Map 16: IAA, Wikimedia commons

