Suarri
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Suarri ou suharri est le terme basque désignant le silex[1]. C'est une variété de quartz composée de silice, avec une très faible quantité d'eau et d'alumine. Le suarri a longtemps été utilisé, notamment dans les régions du Pays basque, pour produire des étincelles nécessaires à l'allumage du feu. Ce minéral est aussi utilisé pour fabriquer des outils tranchants, comme les éclats utilisés dans les tribulums, un instrument de battage. Son rôle dans l'ethnologie basque et ses usages variés, tant pratiques que magiques, font du suarri un élément important de la culture et de l'histoire de la région[2].


Utilisation traditionnelle et historique
Le suarri a été couramment utilisé au Pays basque jusqu'au début du XXe siècle pour produire du feu. Lorsqu'on frappait le suarri avec une pierre à feu, il produisait des étincelles qui enflammaient un morceau de tissu ou de la mèche, processus connu sous le nom de tunda ou tundra. Ce procédé était crucial dans une époque où l'allumage du feu n'était pas aussi facile qu'aujourd'hui. On trouve ainsi des traces de l'utilisation du suarri dans des contextes historiques, comme dans un décret du tribunal de l'Inquisition de Logroño (14 mars 1725), où il était mentionné comme remède contre l'herpès[2].
L'usage du suarri n'était pas limité à la production de feu. En tant que matériau tranchant, il était également utilisé dans la fabrication d'outils agricoles, tels que les trillos ou faucilles, jusqu'à récemment. En particulier, des éclats de silex grossièrement taillés étaient insérés dans des tribulums, des instruments utilisés pour séparer le grain de la paille. Ces tâches étaient souvent confiées à des spécialistes appelés trilleros qui parcouraient les villages basques avec des ânes chargés de silex extrait des carrières locales. Ce savoir-faire est de plus en plus rare en raison de la mécanisation du travail agricole[2].
Les noms basques de ces outils traditionnels comprennent estrazi, txistarrazi, ixtexi, et aultzi. Ces termes étaient utilisés principalement en Navarre, où la fabrication de ces outils était une activité spécialisée.
Croyances et usages magiques
Dans le folklore basque, le suarri était souvent considéré comme une pierre magique, et certains éclats de silex trouvés dans les champs étaient appelés des pierre de foudre ou oneztarri, croyant qu'ils étaient des éclairs tombés des nuages pendant les tempêtes. Ce type de croyance était courant dans le royaume de Navarre et au Pays basque. Une autre croyance était que les haches en pierre polie, trouvées dans les champs, avaient aussi cette origine céleste[2].
Le suarri possédait également des vertus magiques dans certaines pratiques populaires. Le silex, lorsqu'il produisait des étincelles, était parfois utilisé dans des rituels, notamment pour guérir certaines maladies. Un exemple de cette utilisation apparaît dans les archives du tribunal de l'Inquisition, où l'on décrit l'usage du suarri pour soigner l'herpès[2].
Étymologie
Le mot basque suharri (ou sukarri et sutarri) désigne un type de quartz solide, de couleur gris clair, qui était utilisé pour allumer le feu. Ce terme se compose de deux éléments : su (feu) et harri (pierre), ce qui le rend littéralement équivalent à « pierre à feu ». Le suffixe -a dans suharria indique l'article défini en basque, ce qui traduit le terme par « le silex[3] ».

Les suharriak sont des pierres qui se distinguent par leur résistance et leur capacité à être utilisées dans des conditions difficiles. Par exemple, les pierres de basalte, connues pour leur réaction au choc, sont particulièrement adaptées à la production de feu. Le suharri est un matériau dur, dont la robustesse est comparable à celle de l'acier, et il génère un bruit caractéristique lorsqu'il est frappé contre du bronze, un son que l'on entend parfois dans les pieds des portes. Ces caractéristiques en font une pierre idéale pour allumer un feu, notamment dans les contextes où d'autres matériaux étaient moins efficaces[4]
Tribulum
Le tribulum est un outil traditionnel utilisé pour séparer le grain de la paille. Il est constitué d'un plateau rectangulaire, souvent fait de grosses planches de bois, qui est traîné par une paire de bœufs, chevaux ou mulets. Sur la face inférieure du tribulum, des éclats de silex sont incrustés pour en faire un outil efficace de battage. Cette méthode remonte à l'époque néolithique et était courante dans le pourtour méditerranéen[5].
Le tribulum est encore utilisé dans certaines régions, notamment en Navarre et en Alava, où il reste un outil de travail traditionnel. Les éclats de silex sont fixés sur le bois de manière à créer une surface rugueuse qui aide à déchirer la paille et à séparer le grain. Le processus de fabrication du tribulum et de taille des éclats de silex était un travail de spécialiste, souvent confié à des artisans qui parcouraient les villages pour fournir leurs services et leurs matériaux[6].