Al-Nabi Rubin
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| Pays | |
|---|---|
| Sous-district | |
| Superficie |
31 km2 |
| Coordonnées |
| Population |
1 420 hab. () |
|---|---|
| Densité |
45,8 hab./km2 () |
Al-Nabi Rubin (النبي روبين, littéralement le [village] du prophète Rubin (Ruben en français), est un village arabe palestinien, situé dans le centre de la Palestine mandataire, à mi-chemin de Jaffa et de Ramle. Comme des centaines d’autres villages palestiniens, il subit le nettoyage ethnique de 1948 ou Nakba : l’armée israélienne s’en empare et expulse ses habitants.
Le nom arabe signifie « le prophète Rubin », où Rubin est la forme arabe du nom du patriarche Ruben. Il tire son nom d’un maqam (sanctuaire), considéré comme le tombeau du Ruben de la Bible, premier fils de Jacob[1]. Ruben est connu, dans la Bible, pour son honnêteté scrupuleuse : alors que son demi-frère Esaü pillait et volait, Ruben ne cueillait des plantes sur une terre que lorsqu’il était sur qu’elle était sans propriétaire[2].
Géographie
Le village est situé sur la rive sud du Wadi al-Sarar ou rivière de Rubin[2], à une altitude de 25 mètres au-dessus du niveau de la mer et à 3 kilomètres de la Méditerranée et à 15 kilomètres à l’ouest du chef-lieu de sous-district, Ramle[2]. Des eucalyptus et des margousiers à feuilles de frêne poussaient sur les rives du cours d’eau et sur de grands secteurs du finage du village[2].
Il avait comme voisins immédiats Yibna au sud, les colonies sionistes de Beit Hanan (créée en 1929), Beit Oved (en) (créée en 1933) et Rishon LeZion (créée en 1882) à l’est[2].
Sa superficie totale était de 31 002 dounams (soit 31 kilomètres carrés)[3]. La surface non-cultivable représentait 25 770 dounams[4] ; la totalité des terres étaient privées, appartenant à des Arabes, excepté huit dounams (moins d’un hectare) de terres publiques[2]. Sur les 5224 dounams de surface cultivable (522 hectares)[2], 683 dounams (68 hectares) étaient consacrés aux agrumes et aux bananes, 4357 dounams (436 hectares) aux céréales, et 184 dounams étaient classés comme vergers ou terres irrigables[5].
Histoire
Walid Khalidi écrit que, selon la tradition, le tombeau d’al-Nabi Rubin avait été construit sur l’emplacement d’un temple cananéen disparu, et que la fête religieuse (moussem) liée au sanctuaire avait des origines païennes[6].
Au départ simple campement temporaire des Bédouins de la tribu des Malalkha, il évolue en habitat permanent au début du XXe siècle[7].
Croisades et Mamelouks
Nabi Rubin est un lieu d’échanges entre les Croisés et les musulmans avant d’être habité. En 1184, a lieu une foire qui rassemble des marchands arabes de Damas venus vendre des esclaves, des chevaux perses et kurdes, des armes, des épées du Yémen et d’Inde à des chrétiens d’Acre. Ce commerce se maintient jusqu’au début du XIIIe siècle[8].
Le moussem de Nabi Rubin est l’un des plus importants consacrés à un prophète biblique en Palestine, l’autre étant consacré à Nabi Moussa, le prophète Moïse, près de Jéricho[9]. Il durait de juillet à septembre[2].
Le site comprenait une mosquée (détruite en 1993), un minaret (démoli depuis) et un maqâm, ainsi qu’au moins neuf puits répartis dans les dunes de sable environnantes[10]. La partie la plus ancienne des constructions subsistantes est le maqâm, construit, selon l’épigraphie, sur les instructions du gouverneur mamelouk de Gaza Timraz al-Mu'ayyadi, entre 1436 et 1437[11].
Le cadi Mujir al-Din (en) écrit en 1495 que le tombeau de « notre Ruben » y est situé, indiquant que l’attribution à Ruben de ce tombeau est désormais cristallisée. Malgré cette croyance répandue, il peut s’agir du tombeau d’un cheikh arabe[12]. Le même auteur signale le pèlerinage qui a lieu au tombeau[13].
Empire ottoman

La Palestine est conquise par les armées de l'Ottoman Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman. Naby Rubin n’est pas mentionné dans les archives ottomanes du XVIe siècle[7].
Une salle couverte d’une voûte d'arêtes, située à l’est, est construite peu après, possiblement au XVIe siècle. Le reste du complexe est construit à l’époque ottomane, probablement au XIXe siècle[11]. Le moussem de Nabi Rubin est fréquenté par les habitants de Jaffa, Ramle, Lydda et des villes et villages entourant ces villes[14].
Sous l’Empire ottoman, le site est habité par les Bédouins de la tribu des ’Arab al-Sawarika (عرب السواركة). Ce peuple nomade, vivant dans les dunes, vivait de l’élevage et du commerce, mais pratiquait aussi une agriculture basique. À cause de leur mode de vie transhumant et du peu d'importance de leurs biens matériels, leur présence a laissé peu de traces archéologiques[15].
En 1816, Charles Leonard Irby, un voyageur anglais, visite le tombeau, alors entouré d’un mur carré et entouré de quelques arbres. Il indique aussi que les habitants y font des vœux et y célèbrent des moussems[16].
En 1863, Victor Guérin note à Nebi Roubin : « Une enceinte carrée enferme une cour plantée d’une dizaine de vieux mûriers, qui forment, en ce lieu désert et sablonneux, une sorte de petite oasis. Des citernes fournissent de l’eau à ceux qui viennent y vénérer la mémoire de Neby Roubin. Ce personnage, selon une tradition musulmane, ne serait autre que le patriarche Ruben, l’aîné des douze fils de Jacob. Il repose, au fond de la cour, sous une coupole qui s’élève au-desssus d’un sarcophage recouvert d’un tapis. Une autre tradition, au contraire, veut que ce prétendu prophète soit tout simplement un cheikh qui vivait dans le courant du dernier siècle. Quoi qu’il en soit, lors de la fête de Neby Roubin, une foule de musulmans accourent en pèlerinage dans cet endroit, et cette koubbeh solitaire devient le rendez-vous d’une multitude plus ou moins considérable de pieux visiteurs ». Il signale aussi les ruines d’un ancien pont de pierre sur l’oued[17].
À la fin du XIXe siècle, les terres entourant le sanctuaire de Nabi Rubin sont données en dotation à un waqf (fondation pieuse) par la famille Shāhīn. Des Bédouins et des fellahin sont ramenés sur place pour cultiver les parcelles sablonneuses, plantant des vergers et des jardins potagers (mawāṣī), en utilisant les eaux souterraines peu profondes. Les mawāṣī (parcelles cultivées de manière saisonnière) sont concentrées à l’est du sanctuaire, près de la côte méditerranéenne, un secteur appelé al-Ḥilwa. Ce nom est lié à une source d’eau douce appelée ʿAyn al-Ḥilwa, qui alimente en eau le site. Les descriptions contemporaines indiquent qu’il s’agit d’une dépression proche du niveau de la mer, au milieu des dunes, probablement un creux entre les dunes d’éolianite, où les précipitations hivernales permettent aux nappes phréatiques de remonter et autorisent ainsi un usage agricole[18].
Le village de Nabi Rubin est d’abord peuplé par les membres de la tribu Abou Sawayrih, issue de la tribu bédouine des al-Maliha, du Sinaï[9].
Une liste de villages ottomane d’environ 1870 recense 44 foyers et 109 hommes à Nabi Rubin, ce document ne recensant pas les femmes[19],[20].
Quand Clermont-Ganneau visite le site vers 1873–4, il le trouve parfaitement désert. En 1881, il a la « bonne fortune » d’être présent au moussem[21].
Période mandataire




De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Nabi Rubin est conquise en et la région est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations. Au recensement de 1922 conduit par les autorités coloniales britanniques, Nabi Rubin, aire tribale, a une population de 120 habitants, tous musulmans[22].
En 1933, pendant le moussem de Nabi Rubin, une émeute éclate contre le mandat britannique[23]. Le premier film palestinien, un documentaire tourné en 1935, prend pour sujet le moussem de Nabi Rubin[24]. À cette époque, le pèlerinage est fréquenté par plus de 30 000 personnes chaque année au mois d’août[14]. Au moment du festival, plusieurs commerces se montent temporairement, cafés, restaurants, échoppes vendant nourriture et diverses marchandises ; les pèlerins chantent des chansons populaires — religieuses et nationalistes — et dansent le dabkeh traditionnel. Les derviches soufis dirigent des dhikr. Les pèlerins assistent aussi à des courses de chevaux, des spectacles de magie et écoutent des poètes (zadjals) et les sermons des imams. Les femmes des villes, qui n’avaient virtuellement aucune socialisation hors de leur foyer, attendaient avec impatience le pèlerinage. Tawfiq Canaan écrit qu’elles annonçaient à leurs époux « soit tu m’emmènes à Nabi Rubin, soit tu divorces de moi »[25].
L’écrivain S. Yizhar, qui enfant jouait dans les dunes proches de Rehovot, a écrit : « Enfin, on arrive à Nabi Rubin et sa mosquée au centre du village, pour voir à la lumière des brasiers [...] ou à la lumière électrique des générateurs, le spectacle des danses, le tourbilon des derviches, les emballages colorés des sucres candis, [...] la gitane ventrue se balancer [...] et sur les côtés, les chants s’éloignant en permanence, mais ne cessant pas depuis les profondeurs de la nuit[26] ».
La superficie du village, principalement couverte de dunes, était la deuxième du district, après celui de Yibna. Faisant partie de la dotation d’un waqf, le conseil musulman suprême tentait de développer la zone, et les archives foncières locales montrent que des familles maintenaient une agriculture saisonnière malgré le défi posé par les dunes envahissantes[18].
Quelques maisons, dispersées sur le site et sans noyau villageois, sont construites dans les vergers. Des échoppes, comme un cinéma, sont construites près du sanctuaire. Les habitants pratiquaient l’agriculture et l’élevage. Ils accueillaient aussi les visiteurs pendant le festival. Les cultures étaient principalement des céréales, des agrumes et des fruits (figues et raisin)[9].
Dans les statistiques de Village de 1945, la population recensée est de 1420 habitants, tous musulmans[27].
Une école primaire pour garçons ouvre en 1946, avec 56 élèves inscrits[9].
Guerre de 1948 et nettoyage ethnique


Pendant la première guerre israélo-arabe, la région de Nabi Rubin est l’objectif de l’opération Barak. Le but de l’opération est de forcer les habitants à fuir. Les 10–, des unités du sous-district d’Éphraïm, bombardent au mortier et harcèlent Nabi Rubin, pour provoquer une évacuation forcée[28].
Le , la brigade Guivati s’empare du village, dans la deuxième phase de l’opération Barak. La plupart des habitants sont expulsés, sauf quelques-uns qui sont autorisés à rester jusqu’à la récolte des oranges. Après quoi, ils sont eux aussi expulsés. Le , le QG de la brigade Giv'ati donne ses ordres pour l’opération Nettoyage [letaher] pour nettoyer la zone conquise, dont Nabi Rubin. Toute opposition armée doit être détruite, et tout civil arabe expulsé. L’opération a lieu le : 10 Arabes sont tués, 3 blessés et 3 faits prisonniers, sans pertes côté israélien[29]
Selon l’Encyclopédie de la question de Palestine, l’expulsion se fait conformément aux dispositions du plan Daleth et selon les habitudes de la brigade Guivati, commandée par Shimon Avidan (en)[2].
Les terres de Nabi Rubin sont colonisées par le kibboutz Palmachim (fondé en 1949 à l’embouchure de la rivière Ruben) et le village de Gan Sorek (en) (fondé en 1950)[2]. En 1993, la mosquée est détruite à l’explosif « par des fanatiques juifs »[30].
Selon Salman Abu Sitta, en 1998, il y avait 10 116 réfugiés palestiniens descendant des habitants expulsés de Nabi Rubin[1].
En 1992, Walid Khalidi décrit ainsi ce qui subsiste de Nabi Rubin : « Le sanctuaire d’al-Nabi Rubin s’élève au milieu des buissons et de la végétation sauvage. Un minaret à trois portes sous arc marque un de ses angles. Plusieurs sanctuaires de moindre importance, construits avec de grandes pierres, subsistent aussi. Près du sanctuaire se trouve une construction de ciment désertée, consistant en une seule pièce en forme de boite[31]. »
Dans la seconde moitié du XXe siècle, le sanctuaire de Nabi Rubin est abandonné et se dégrade progressivement. En 1991, le minaret de la mosquée est démoli et les mûriers centenaires de la cour sont arrachés[25]. La mosquée est détruite par « des fanatiques juifs » en 1993[32]. Le sanctuaire est consacré comme lieu saint du judaïsme. En 2000, le rideau vert avec l’inscription en arabe « Allah est le seul Dieu et Rubin est son prophète », qui reposait sur la tombe, est remplacé par une tenture rouge avec une inscription en hébreu Gn 49,3 « Ruben, tu es mon premier-né, ma puissance et le commencement de ma force[25]. »
