Histoire de l'alphabet latin

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L'histoire de l'alphabet latin recouvre une période de plus de 5 200 ans jusqu'à nos jours. Elle commence en Égypte antique voire préhistorique avec les hiéroglyphes égyptiens et se poursuit jusqu'à notre époque.

Pour mieux suivre les changements phonologiques et paléographiques, voir l'arbre évolutif de l'alphabet situé en fin d'article.

Hiéroglyphe égyptiens

L'origine de l'alphabet latin se trouve à la fin de la Préhistoire avec l'apparition des premiers systèmes d'écriture puis du système alphabétique. Pour aboutir à l'alphabet latin utilisé sous l'empire romain.

Proto-hiéroglyphe M43 (vers -2700)[1] probable prototype de la lettre O ; Nouveau Larousse illustré (1897-1904).
Stèle hiéroglyphique à Sérabit el-Khadim. Berceau de l'alphabet selon Orly Godwasser.

Le premier système d'écriture dont certains caractères deviendront nos lettres latines est l'hiéroglyphique égyptien. Les hiéroglyphes égyptiens sont apparus dans la vallée du Nil au IVe millénaire av. J.-C. (Nagada III). Ils sont attestés dès 3250-3200 av. J.-C.[2]. Cette écriture n'a rien d'alphabétique et ses graphèmes (plus de 10 000 signes dans les listes les plus complètes[3]) sont des logogrammes (dit idéogrammes), phonogrammes et sémagrammes (dit déterminatifs). Un hiéroglyphe en tant que tel a pour les égyptiens des vertus magiques et sacrées, il est « vivant ». L'image ayant donc une importance primordiale autant linguistique que symbolique, en plus de 3 500 ans d'utilisation, l'écriture monumentale égyptienne n'évolue qu'assez peu. Il existe néanmoins des versions cursives des hiéroglyphes monumentaux, l'hiératique, le linéaire et le démotique. Qui quand bien même sont simplifiées ne reste accessible qu'à une frange intellectuelle de la population.

Les Égyptiens utilisaient bien certains phonogrammes pour ne noter qu'un seul son (dit unilitères) qui pourrait s'apparenter à un alphabet mais ne s'en sont jamais servi comme tel, excepté pour des noms propres notamment étrangers. Les Koushites et les Cananéens appliqueront ce principe sur les hiéroglyphes avec respectivement l'alphabet méroïtique et protosinaïtique.

Alphabets protocananéens

Sphinx découvert à Sérabit el-Khadim et dont l'inscription protosinaïtique permis à Alan Henderson Gardiner de déchiffrer cette écriture en 1916.

Les alphabets protocananéens désignent deux versions du même système d'écriture :

  • Le protosinaïtique, premier alphabet inventé entre -2000 et -1300.
  • Le protocananéen, à partir de -1050, alphabet protosinaïtique simplifié, écriture de transition vers l'alphabet phénicien.

Il existe encore beaucoup d'incertitudes concernant l'alphabet protosinaïtique notamment son contexte d'invention. Ce qui est sûr c'est qu'il est issu du contact entre des cananéens et les hiéroglyphes égyptiens. Les Cananéens vont découvrir en Égypte les hiéroglyphes et vont avoir l'idée d'utiliser les glyphes qui leur parlaient le plus ou qui ressortaient particulièrement dans les inscriptions pour leur donner une fonction différente. En effet, ils vont, par principe d'acrophonie donner une valeur phonétique à un signe hiéroglyphique en fonction du premier son de son nom en cananéen[4],[5],[6],[7].

Ainsi l'hiéroglyphe I10 :
I10
représentant un serpent qui se dit probablement naḥš en cananéen prend la
valeur phonétique [n] dans le signe : plus tard : .

C'est le plus ancien système alphabétique mais ne note pour l'instant que les consonnes, c'est un abjad ou alphabet consonantique. Il possède un nombre de signes incertains entre 25 et 30 car même le faible corpus de texte protocananéen montre une grande diversité dans les signes utilisés et dans leurs formes selon les endroits et les époques. On sait que l'ordre des lettres dit ordre levantin duquel descend la plupart des classements alphabétiques modernes est attesté pour la première fois avec l'alphabet ougaritique. C'est un tournant dans l'histoire de l'écriture qui est pour la première fois simplifiée à quelques caractères notant le segment plus réduit d'une langue (phone), ce qui la rend très accessible et pratique (l'acrophonie permettant en théorie à un cananéen de lire une inscription sans connaitre l'alphabet). Le principe alphabétique permet en théorie d'écrire plusieurs langues avec le même alphabet. Ce principe permit donc la subsistance du protosinaïtique à chaque reprise de son système par d'autres cultures. L'alphabet n'a été inventé qu'une seule fois et s'est dérivé calligraphiquement et phonologiquement jusqu'à l'écriture latine.

Comparatif de cinq alphabets issus du protosinaïtique. De gauche à droite : latin, grec, phénicien, hébreu, arabe.

Alphabet phénicien

Sarcophage d'Eshmunazar II, roi de Sidon, VIe siècle av. J.-C.

L'alphabet phénicien est la « forme finale » des alphabets protocananéens utilisée par les phéniciens (nom grec des cananéens modernes) et comportant 22 lettres. Les caractères sont plus simples car l'image originelle du graphème n'a plus tant de sens (même si elle subsiste dans le nom des lettres) et est délaissée au profit d'une optimisation pratique du signe. Certaines lettres protocananéennes semblent s'être fusionnées dans l'alphabet phénicien car transcrivant des sons identiques ou similaires[8],[9].

La quasi totalité des alphabets connus sont des descendants de l'alphabet phénicien. En effet, l'influence de cette civilisation diffusa son écriture jusqu'à donner les alphabets arabe, grec, hébreu, runique, cyrillique, devanagari ou encore mongol pour ne citer que certains des plus connus.

Alphabets grecs archaïques

Calendrier religieux, 550-500 av. J.-C., Musée archéologique de l'ancienne Corinthe.

Les alphabets grecs archaïques sont l'ensemble des variantes d'un même alphabet utilisé en Grèce à partir du début du VIIIe siècle av. J.-C.[10](voir plus tôt[11],[12],[13]). Mais la plus ancienne inscription connue date d'environ -740. Ses lettres sont basées sur l'alphabet phénicien importé par les marchands phéniciens et leur son est adapté au changement de langue. En effet, la langue phénicienne est sémitique. Les Grecs ont donc remanié certaines lettres pour en faire des voyelles, ce n'est plus un abjad mais bien un alphabet au sens strict.

La lettre wāw : évolua en upsilon Υ mais aussi dans certains

alphabets en digamma Ϝ.

La lettre ʿayin : évolua en voyelles : omicron Ο et dans

certains alphabets oméga Ω.

Dans quelques alphabets apparaissent les lettres phi Φ, chi Χ et psi Ψ complètement inventées par les grecs[réf. nécessaire]. Υ, Φ, Χ, Ψ et Ω se placeront à la fin de l'alphabet. Les noms des lettres phéniciennes sont gardés bien qu'ils ne signifient rien en grec.

Vieil italique

Le vieil italique rassemble lui aussi plusieurs versions du même alphabet issu de l'alphabet eubéen (un des alphabets grecs archaïques aussi dit occidental) présent dans la péninsule italique. Il est utilisé dès le VIIe siècle av. J.-C. par différents peuples notamment italiques mais pour écrire d'autres langues que le grec et devant donc s'adapter. C'est l'un de ces alphabets, l'étrusque, qui va évoluer pour devenir l'alphabet latin utilisé par les Romains mais aussi l'alphabet runique scandinave. Les étrusques abandonnent le nom des lettres pour simplement les nommer par leur prononciation[14].

Les étrusques vont ajouter une nouvelle lettre effe : 𐌚 qui ne restera pas dans l'alphabet latin.

Cippe de Pérouse, 300-200 av. J.-C.

Capitale romaine (alphabet latin)

Dédicace découverte à Cimiez et écrite en capitale monumentale.

L'alphabet étrusque sert à écrire le latin dès le Ve siècle av. J.-C.. Mais le véritable alphabet des Romains ne se distingue qu'à partir du IIe siècle av. J.-C. pour supplanter l'étrusque. Il prend sa forme considérée comme la plus aboutie au Ier siècle av. J.-C., c'est la capitale romaine[15]. Il existe plusieurs types d'écritures dite capitale romaine : La capitale monumentale, la quadrata et la rustica ayant chacune un usage différent.

Texte et représentation de Virgile écrit en rustica.

Le changement de langue cause beaucoup d'adaptations durant la période de transition entre l'alphabet étrusque et l'alphabet latin. La phonologie change et certaines lettres avec. Le zé 𐌆 italique disparaît au profit d'une nouvelle lettres issu de la lettre ké 𐌂 (C) qui se voit doté d'un éperon, c'est le G. Il fut introduit par Spurius Carvilius Ruga ou Appius Claudius Caecus à cause d'un besoin des latins de noter le son [g], son originel de la lettre (gamma Γ grec). Ces soucis d'adaptations débouchent en trois lettres pour noter le même son [k] (C, K et Q). Le zé 𐌆 est finalement réhabilité au Ier siècle av. J.-C. pour noter les mots d'origine grecs, c'est le Z. Il est donc replacé à la fin de l'alphabet. Ce même besoin de noter les sons d'origine grecs poussât au même moment à la réhabilitation de l'upsilon Υ par l'ajout du i grec Y à la fin de l'alphabet[16],[17].

C'est à partir de l'alphabet latin classique que l'orientation des lettres (ductus) est fixée définitivement de gauche à droite car jusque là les inscriptions se faisaient essentiellement en boustrophédon c'est-à-dire en alternant de ductus. On le remarque dans l'orientation des lettres, le 𐤄 phénicien originel se renverse dans le E latin.

Début de l'alphabet latin

À partir de là, l'alphabet latin est l'alphabet classique en Europe mais n'est que le prototype des 26 lettres majuscules, minuscules en écriture cursive et scripte de l'alphabet latin moderne comme l'alphabet français. Il connait de nombreux styles d'écritures manuscrites marquant son évolution jusqu'à aujourd'hui.

Évolution de l'écriture minuscule depuis la capitale romaine jusqu'au Times New Roman.

Cursive romaine

Les deux cursives romaines.

Le terme cursive romaine englobe deux écritures manuscrites différentes :

  • L'ancienne cursive romaine, qui se développe en même temps que la capitale romaine (mais est probablement plus ancienne). C'est une version simplifiée des lettres capitales.
  • La nouvelle cursive romaine, probablement aussi issue de la capitale romaine, elle est utilisée bien plus tard à partir du IIIe siècle. Elle a pour particularité d'être cursive. L'ancienne cursive n'est plus l'écriture administrative[18].

L'écriture était avant la cursive romaine monocamérale et devient, surtout avec la nouvelle cursive, bicamérale (dissociant deux types de lettres pour un alphabet). L'apparition de cet « alphabet alternatif » est due à la démocratisation des supports souples et de l'alphabétisation à Rome, les cursives romaines sont des écritures populaires[19]. Cette popularisation de l'écriture permet à la minuscule d'évoluer assez rapidement et facilement.

Avec l'Empire romain, l'alphabet latin est propagé partout en Europe où il restera jusqu'à nos jours.

Onciale et semi-onciale

Papyrus d'Oxyrhynque 668 en onciale, IIIe ou IVe siècle.

Au début de l'antiquité tardive, deux écritures d'évolution simultanée et distincte s'imposent en Europe dans les manuscrits latins. L'onciale et la semi onciale qui, malgré leur nom, n'ont aucun lien entre elles si ce n'est leur origine. En effet, elles sont issues de la cursive romaine avec des influences de quadrata pour l'onciale[20],[21].

Une écriture de type onciale est caractérisée par sa non cursivité et sa forme arrondie. C'est un mélange majuscule-minuscule comme les écritures minuscules scriptes modernes[21].

  • L'onciale est caractérisée par quatre graphies inédites de lettres[20] :

a : une diagonale dotée d'une panse très fine, parfois invisible ;

d : en forme de boucle renversée tracée d'un trait ;

e : beaucoup plus petit qu'en cursive romaine il est similaire à un c doté d'une traverse médiane qui ne rejoint pas la partie supérieure ;

m : particulièrement caractéristique, il est composé d'un fût se prolongeant en deux shoulder retombant de chaque côté en refermant la contreforme.

a : arrondi, ouvert puis fermé par une partie supérieure droite ou courbe ;

g : en forme de « crochet », normalement avec un jambage ;

r : le premier trait se raccourcit et tend à ne pas avoir de jambage, le deuxième tronçon perd son ventre et devient une seule ligne sinueuse.

Du Moyen Âge à nos jours

Jusque-là, l'alphabet était de tradition graphique et culturelle plus ou moins uniforme dans l'Empire romain. La chute de l'Empire romain d'Occident causera de nombreux bouleversements en Europe, notamment dans la production et l'évolution de l'écriture qui se fait de manière éparpillée dans les nouveaux royaumes d'Occident.

Écritures nationales

La démocratisation au Moyen Âge du parchemin, beaucoup plus rare et luxueux que le papyrus comme support d'un livre réduit la production littéraire. De plus, entre le Ve et le VIIe siècle, des changements culturels et politiques vont sonner la fin de l'écriture latine uniforme en Europe. Le système éducatif est dissout et les ateliers laïques disparaissent au profit des scriptoriums chrétiens et de moines copistes de traditions culturelles différentes à travers l'Europe. Cette professionnalisation de la production littéraire est due à une évolution culturelle voulant séparer les écrits documentaires (administratifs et privé utilisant toujours le papyrus) et littéraires. Au début du Moyen Âge, les deux sont dissociés, un copiste ne pouvait ni lire ni écrire un document de justice ou de l'administration royale et vice-versa. La lecture est aussi devenue une vraie compétence professionnelle[22].

Cette fragmentation de la tradition scripturaire européenne fut la cause du « particularisme graphique »[23], ce terme désigne les différents types d'écriture apparus à cette époque en termes géographique mais aussi social entre les producteurs de documents et de livres. Ainsi diverses régions d'Europe vont développer leur propre écriture (dite nationale en paléographie) sous l'influence de leurs propres traditions culturelles. On notera parmi ces nouvelles écritures : les insulaires apparues sur les îles britanniques, la bénéventaine en Lombardie ou la mérovingienne dans les royaumes Francs[22].

Minuscule caroline

À la fin du VIIIe siècle, des changements politiques vont pouvoir retrouver l'unité de l'écriture latine perdue depuis la cursive romaine. En effet, en 800, les royaumes francs deviennent l'empire carolingien sous Charlemagne, empereur romain d'Occident. Charlemagne va reconstruire un système scolaire qui développera l'alphabétisation, et avec, la production littéraire. Peu avant, vers 780, à l'école palatine d'Aix-la-Chapelle et à la Basilique Saint-Martin de Tours est élaboré (probablement sous l'influence du savant Alcuin) une nouvelle écriture inspirée de l'onciale, la semi-onciale et de la capitale. Cette écriture correspond à la volonté de Charlemagne voulant une écriture uniforme et facilement lisible dans tout l'empire. Aussi, comme à la fin de l'antiquité, les manuscrits carolingiens ont un système hiérarchisé d'écriture au sein du même texte pour les titres, chapitres et fins. Tous ces éléments font l'apparition et le développement de la minuscule caroline (plus largement écriture carolingienne comme écriture unifiée et standardisée à travers l'Europe[24],[25].

L'écriture documentaire (séparée de l'écriture littéraire depuis les écritures nationales) fut aussi impactée par la caroline. Avec une écriture dite minuscule diplomatique utilisée pour les documents officiels et privés. Aussi les caractéristiques cursives de la minuscule vont peu à peu s'effacer n'utilisant plus de système de liaison entre les lettres[25].

Les lettres caractéristiques de la minuscule caroline sont :

  • a : principalement oncial dans les premières décennies;
  • c : toujours lisse ;
  • e : a une forme semi-onciale, ronde et avec une petite contreforme fermée parfois ergotée ;
  • g : a une panse fermée avec une oreille (petit trait oblique) en haut à droite et une boucle inférieure qui tend à son tour à se refermer ;
  • i : toujours un trait court ;
  • n : peut sous formes minuscules ou, au début, également en majuscules ;
  • r : est bas sous la hauteur d'x, rarement lié ;
  • s : s long pas encore similaire au s moderne, long fût ergotée se projetant vers le haut par une crosse ;
  • t : toujours bas sous la hauteur d'x, avec la partie inférieure droite remontant fortement et brutalement comme un éperon ;
  • z : reste à hauteur d'x, sans jambage supérieures ou inférieures.

Écritures gothiques

Au XIIe siècle la minuscule caroline s'est répandue plus ou moins dans tout l'Occident latin. C'est au même moment une période de renaissance qui change à nouveau l'univers culturel dans lequel évolue l'écriture. Une puissante urbanisation va encourager à une plus grande scolarisation, ce qui va pousser les lieux d'éducation (autrefois centrés dans des monastères en dehors de la ville) à se développer en milieu urbain notamment avec l'apparition d'universités. De nouveaux ordres religieux centrant leurs activités dans les villes (ordres mendiants) vont apparaître, ce sont les franciscains et les dominicains. Ils ne vivent plus dans des monastères isolés mais dans des couvents fondées en ville qui vont alors grandement réformer l'éducation et jouer un grand rôle dans l'évolution de l'écriture[26].

C'est dans ce contexte que va apparaître une nouvelle écriture vers le milieu du XIIe siècle, c'est la gothique dite textura. En effet, l'écriture doit répondre à de nouveaux besoins académiques. L'écriture est alors optimisée au plus pratique. L'on réduit l'espace entre les lignes et l'on utilise de nombreuses abréviations pour réduire la consommation de pages. Des procédés de rationalisation, clarification et lisibilité du texte sont utilisés : majuscules, marques de paragraphes, ponctuations, divisions et initiales de couleurs différentes. Les glyphes sont fortement impactés par l'utilisation d'un nouvel outil d'écriture, une plume dont la pointe est coupée à gauche. Elle donne des fûts épais et rectilignes et des obliques très fins. Les arrondies sont fortement diminuées ou disparaissent en plusieurs traits courts. La forme reste la même que la caroline mais la technique d'exécution est différente[26].

En réalité il existe de nombreuses écritures dites gothiques : La textura (quadrata et prescissus), la rotunda ou la bâtarde au Moyen Âge mais l'écriture gothique étant encore utilisée aujourd'hui il existe en réalité énormément de types d'écritures rassemblés sous le nom gothique, terme ayant une signification plus ou moins différente selon les cas[26].

Vers 1453, les premiers textes imprimés par Gutenberg le sont en gothique textura ce qui en fait la première des écritures d'imprimeries qui sont aujourd'hui les écritures scriptes. C'est la naissance de la typographie.

L'écriture humaniste et l'alphabet latin moderne

Traité d'arithmétique imprimée en antiqua de la Renaissance, Italie 1491-92.

L'humanisme de la Renaissance en Italie insuffle dès la fin du XIIIe siècle un regain d'intérêt à l'Antiquité. Notamment, pour l'évolution de l'écriture, un retour à la minuscule caroline. Des cercles d'écrivains et de professionnels (typographes ou imprimeurs) vont intentionnellement imiter la caroline et critiquer la gothique. Ainsi en 1375, l'humaniste Coluccio Salutati, alors qu'il est notaire et chancelier de la république de Florence va développer une écriture à partir de celle de Pétrarque (dite semi-gothique entre gothique italienne et caroline) avec des ajouts imitatifs de caroline, c'est la pré-antiqua. Poggio Bracciolini, disciple de Salutati, finit ce retour à la caroline avec la première minuscule humaniste ou antiqua. C'est une imitation précise de la caroline des XIe – XIIe siècles. Son étude des textes et inscriptions antiques lui permet d'utiliser les capitales monumentales dans ses textes ainsi que de réintroduire des anciennes orthographes comme la ligature ae[27],[28].

L'imprimerie s'installe en Italie à Subiaco en 1464 où l'antiqua locale (antiqua tonda) est plus ronde que celle de Florence et ses lettres sont distincte et séparée, ce qui se prête très bien à l'imprimerie. En 1501, l'imprimeur Alde Manuce utilise cette écriture mais penché dans ces textes pour pouvoir placer plus de caractères dans une page. Cette écriture cursive empruntée aux humanistes est appelée italique[29].

C'est aussi au Moyen Âge que les dernières lettres de l'alphabet vont apparaître :

  • La nécessité en langues germaniques de noter le son [] (w long), noté systématiquement par un V doublé (VV), incite le roi Chilpéric (561-584) à normaliser la ligature des deux V (ou deux U) en une lettre destinée à cet usage, naturellement placée après le V et nommée double v.
  • L'alphabet latin originel ne distingue pas les sons [v] et [u]/[y] unis dans la lettre V. La distinction des deux sons par deux variantes graphiques du même glyphe est faite pour la première fois dans un manuscrit de 1396, c'est la lettre U. Les deux lettres sont placées côte à côte dans l'alphabet.
  • Enfin le J était dès la nouvelle cursive romaine un I orné utilisé en finale des chiffres romains (XIIJ pour le chiffre 13). Comme le V la lettre I était utilisé pour les sons [j]/ [i] et [ʒ]. C'est l'humaniste italien Gian Giorgio Trissino qui comme pour le V dissocie les deux formes de la lettre pour les deux sons.

Aujourd'hui, les trois types d'écritures latines les plus utilisées à travers le monde descendent de la gothique, de l'antiqua (ou humane), et de l'italique. Ces familles typographiques sont composées d'une infinité de polices elles-mêmes dérivées en fontes développées notamment avec l'essor de la numérisation et des créateurs de caractères. Les plus répandues sont Arial, Times New Roman ou Helvetica.

L'écriture cursive, quant à elle, n'est aujourd'hui plus utilisée que dans un usage privé. En France, les modèles d'écriture scolaires A et B, descendent de l'écriture ronde anglaise elle-même descendante de l'écriture ronde française héritière des écritures de chancellerie comme la cancelleresca qui descendent des écritures antiqua.

Diacritiques

Dans l'écriture latine, les diacritiques sont nombreux pour adapter l'alphabet fondamental aux nombreuses langues qui l'utilisent. En français il en existe six (plus parfois l'apostrophe et le trait d'union) mais d'autres peuvent être utilisés dans la transcription de mots étrangers.

Au XVIe siècle, avec la Renaissance et l'imprimerie de nouveaux caractères apparaissent afin de noter le timbre ou la longueur d'une voyelle. Trois diacritiques sont introduits dans la langue française par l'imprimeur Geoffroy Tory :

  • L'accent aigu : ◌́, se place sur la lettre e (é) afin de distinguer le son /e/. Probablement issu de l'accent aigu grec.
  • L'accent grave : ◌̀, se place sur la lettre e (è) afin de distinguer le son /ɛ/ ainsi que sur le a (à) et le u (ù). Probablement issu de l'accent grave grec. L'accent aigu comme l'accent grave représente graphiquement l'élévation ou la baisse de la voix.
  • La cédille : ◌̧ , se place sous le c (ç) afin de distinguer le son /s/. De l'espagnol cedilla (petit z) est originellement un z wisigothique (Ꝣ) assimilé par confusion à un c diacrité d'un z et non l'inverse pour le transformer en c cédille. Ces deux lettres ont originellement pour but de distinguer le son /ts/ (devenu /s/).

Trois autres diacritiques aussi d'origine plus lointaine font en même temps leurs apparitions :

Arbre évolutif de l'alphabet

Notes et références

Voir aussi

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