Blanche Le Bris
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Blanche Le Bris, née Blyma Menner (ou Wallach) le en Pologne, est une ancienne libraire française, rescapée de la Shoah et centenaire.
Figure locale de la ville de Brest, elle est connue pour avoir cofondé avec son époux la Librairie de la Cité, un lieu culturel important de la reconstruction brestoise, et pour avoir accueilli l'écrivain américain Jack Kerouac lors de son séjour en Bretagne en 1965.
Enfance et origines
Blyma Menner naît le en Pologne. Elle est la fille de Adolf Menner, né le à Przytkowice en Pologne et de Rosa Menner (née Bromberger), née le à Przytkowice en Pologne[1].
En 1922, alors qu'elle est âgée de deux ans, ses parents fuient la montée de l'antisémitisme et les pogroms en Pologne pour émigrer en France. La famille s'installe à Brest, dans le Finistère[2].
Ses parents, des Juifs polonais non pratiquants aspirant à une vie meilleure, ouvrent une maroquinerie qui rencontre un certain succès. Blanche grandit dans le Brest de l'avant-guerre, qu'elle décrit comme une ville « pleine de bruit et de joie »[2]. Bien qu'elle soit une élève brillante, elle doit faire face à des difficultés d'intégration administrative ; lors de son inscription à l'école, l'administration demande à ses parents de lui donner un prénom français. Elle devient alors Blanche[3].
Selon des témoignages familiaux rapportés tardivement, son père, officiellement nommé Adolf Menner sur ses papiers, se nommait en réalité Yankel Wallach et aurait utilisé l'identité d'un cousin pour échapper à la conscription dans l'armée polonaise[4].
Seconde Guerre mondiale
En 1941, Blanche épouse Pierre Le Bris à Quimper. Pour satisfaire aux exigences de sa belle-famille, elle se convertit au catholicisme une semaine avant que les mariages interconfessionnels ne soient interdits par le régime de Vichy[5]. Le couple a une fille, Jacqueline, née en .
Devant les bombardements qui touchent Brest, la famille se réfugie à La Roche-Maurice. Dans la nuit du 9 au , lors d'une rafle organisée par les autorités allemandes avec le concours de la gendarmerie française, les parents de Blanche sont arrêtés. Blanche parvient à s'échapper in extremis, fuyant à travers bois[6]. Ses parents, Adolf et Rosa Menner, sont déportés par le convoi no 40, en date du , de Drancy vers le camp d'Auschwitz, d'où ils ne reviendront pas[6].
Blanche et Pierre Le Bris doivent entrer en clandestinité. Ils confient leur bébé de six mois, Jacqueline, à la famille Rognant à Quimper, qui élèvera l'enfant comme la leur pendant trois ans, prenant des risques considérables. Le couple Le Bris se cache d'abord dans des talus, puis réussit à rejoindre Paris occupé, où ils survivent dans une pension de famille jusqu'à la Libération, changeant de logement et utilisant de faux papiers[6].
Librairie de la Cité
À la Libération, Blanche et Pierre retournent à Brest, ville détruite par les bombardements. Dépossédés de leurs biens, la maroquinerie familiale ayant été aryanisée ou détruite, ils vivent des années difficiles, logeant un temps dans une mansarde à Landerneau, puis rue Victor-Hugo à Brest. Ils sont témoins de l'explosion de l'Ocean Liberty en 1947[3].
Le couple se lance dans le commerce, d'abord comme parfumeurs puis grossistes, avant de fonder la Librairie de la Cité, située rue de Siam. L'établissement devient une institution brestoise et rayonne sur toute la Bretagne. Pendant cinquante ans, Blanche et Pierre Le Bris y organisent des rencontres littéraires et des séances de dédicaces avec des auteurs de l'époque, tels que Martin Gray, Auguste Le Breton, Guy des Cars, Hervé Bazin ou encore Pierre-Jakez Hélias, dont Pierre Le Bris est le premier éditeur[5].
Rencontre avec Jack Kerouac
En 1965, la librairie reçoit la visite inopinée de l'écrivain américain Jack Kerouac. Ce dernier s'était rendu à Brest pour enquêter sur ses ancêtres bretons (les Le Bris). Il débarque à la librairie et se lie d'amitié avec le couple. Pierre Le Bris, alors souffrant et alité, reçoit l'auteur à son chevet pour une nuit de discussions arrosée au cognac[5].
Kerouac relate cette rencontre dans son ouvrage Satori à Paris (1966), décrivant Pierre Le Bris comme un « aristocrate aux manières précieuses et raffinées »[4].
Mémoire et dernières années
Pierre Le Bris décède en 2012. Blanche Le Bris, devenue centenaire en 2020, continue de vivre à Brest.
Longtemps silencieuse sur les traumatismes de la guerre, refusant de regarder des images des camps de concentration pour « se protéger de la douleur », elle accepte de témoigner à la fin de sa vie[6]. En , approchant ses 102 ans, elle participe indirectement à un projet pédagogique au lycée Jules-Lesven de Brest, intitulé « Sur les traces de la Shoah », visant à faire revivre la mémoire des familles juives brestoises déportées.
En , à l'occasion de ses 104 ans, sa petite-fille Valérie Millet publie une biographie intitulée Blanche, mémoires d'une Brestoise d'adoption. L'ouvrage, basé sur des entretiens et des archives familiales, retrace les cinquante premières années de sa vie, mêlant l'histoire intime de Blanche à celle de la reconstruction de Brest[7].
Bibliographie
- Valérie Millet, Blanche, mémoires d'une Brestoise d'adoption, Auto-édition / Le Télégramme,
- Jack Kerouac, Satori à Paris, Gallimard, (mention de la rencontre avec les Le Bris).
- Serge Klarsfeld. Le Mémorial de la déportation des Juifs de France. Beate et Serge Klarsfeld: Paris, 1978. Nouvelle édition, mise à jour, avec une liste alphabétique des noms.FFDJF (Fils et Filles des Déportés Juifs de France), 2012.
Notes et références
- ↑ Klarsfeld, 2012.
- 1 2 Frédérique Guiziou, « PORTRAIT. Blanche, l’amie de Jack Kerouac, fête ses 102 ans à Brest », sur Ouest-France, (consulté le ).
- 1 2 Thierry Dilasser, « À Brest, 100 roses pour Blanche », sur Le Télégramme, (consulté le ).
- 1 2 Jean Vinçot, « Blanche Le Bris, alias Blyma "Menner" », sur blogs.mediapart.fr, (consulté le ).
- 1 2 3 Frédérique Guiziou, « Pour ses 104 ans, la vie de Blanche Le Bris en librairie ! », sur Ouest-France, (consulté le ).
- 1 2 3 4 Frédérique Guiziou, « TÉMOIGNAGE. À Brest, cette mère et sa fille racontent leur histoire familiale marquée par la Shoah », sur Ouest-France, (consulté le ).
- ↑ Wendy Mengant, « « L’histoire de Blanche, c’est aussi celle de Brest » : elle a écrit un livre sur sa grand-mère de 104 ans », sur Le Télégramme, (consulté le ).