Dina Vierny
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Dina Aïbinder |
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Sacha Vierny Jean Lorquin (d) |
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Dina Vierny, née Dina Aïbinder[1] le 12 janvier 1919 ( dans le calendrier grégorien) à Kichinev (en Bessarabie alors roumaine, actuellement en Moldavie sous le nom de Chișinău) et morte le à Neuilly-sur-Seine, est une collectionneuse d'art française qui fut modèle pour plusieurs peintres, mais principalement pour Aristide Maillol.
Muse du sculpteur depuis l'âge de quinze ans, elle est désignée dix ans plus tard, en 1944, exécutrice testamentaire de celui-ci, qui la considérait comme sa fille. Elle devient galeriste. Choisie en 1972 par l'unique héritier de Maillol pour être son légataire universel, elle crée en 1983 la Fondation Dina-Vierny et ouvre en 1995 à Paris le musée Maillol.
Enfance (1919-1934)
Dina Aïbinder est la fille d'un pianiste né le à Chișinău, Jacob Aïbinder, dit Jacques, militant social-démocrate russe, emprisonné et déporté sous le tsarisme[2]. Sa mère est également musicienne, et sa tante, cantatrice. Les deux familles sont issues de cette importante communauté juive russe qui est venue s'installer à la fin des années 1830 dans la nouvelle capitale de la Bessarabie, Zone de Résidence de l'Empire russe, et qui a subi en 1903 et 1905 deux pogroms au retentissement mondial. Quand, au sortir de la Première Guerre mondiale, Dina Aïbinder naît, la République démocratique moldave, devenue indépendante à la faveur de la Révolution de 1917, a rejoint le royaume de Roumanie depuis dix mois. Sa langue maternelle est le russe.
Elle a six ans quand, en 1925[3], elle rejoint, via Odessa, Varsovie et Berlin, son père, qui a fui le désastre de la NEP[4] et a trouvé un emploi de pianiste accompagnateur dans un cinéma de Paris. L'appartement familial devient un lieu de rencontre d'une certaine intelligentsia[5].
Modèle (1934-1939)
Un ami de son père, l'architecte Jean-Claude Dondel, remarque la ressemblance de l'adolescente avec les statues d'Aristide Maillol[5]. Il dit à Maillol, qui ne fait plus poser sa femme, Clotilde Maillol, et a convoqué successivement plusieurs modèles, que la jeune fille ressemble à son œuvre et à celle de Renoir. Maillol lui écrit alors une lettre : « Mademoiselle, on me dit que vous ressemblez à un Maillol et à un Renoir. Je me contenterai d’un Renoir »[6]. Dina Vierny rencontre alors Maillol à Marly-le-Roi en 1934 et commence à poser pour lui. Le maître la choisit pour être son unique modèle. Elle n'a que quinze ans, lui soixante-treize, et c'est à ce moment qu'il recommence à faire de grandes sculptures. Il la fait poser tous les jours trois heures durant dans son atelier de Marly et lui aménage un pupitre pour qu'elle puisse faire ses devoirs sans cesser de poser. Elle devient dès lors la figure essentielle de l'œuvre du sculpteur. Il lui montre ses carnets, en fait la confidente de son processus de création. Cette initiation, totalement chaste, durera dix ans ; elle est aussi une transmission. Dina Aïbinder pose aussi pour de nombreux amis de Maillol, tel Raoul Dufy[7].
- Œuvres d'Aristide Maillol pour lesquelles Dina Vierny a posé
- La Baigneuse drapée (1937).
- La Montagne (1937).
- La Rivière (1938).
- L'Air (1939).
- Portrait de Dina (1940).
- Torse de Dina (1943).
- Dina, lithographie (1943).
Tout en poursuivant des études universitaires de physique-chimie qui la destinent au métier de laborantine, elle se passionne pour le surréalisme[7] et a l'occasion de fréquenter André Breton[7], Marcel Duchamp[7], Serge Poliakoff, Serge Charchoune, mais aussi Paul Valéry, André Gide, Kees van Dongen, Édouard Vuillard, les nabis dont Aristide Maillol est resté proche[5]. Rompant avec les engagements socio-démocrates familiaux, elle sympathise avec les idées trotskystes développées par le Groupe bolchevik-léniniste de la SFIO et participe, avec ses militants à la création de la JSR, dirigée par Fred Zeller, en janvier 1936 puis adhère au Parti ouvrier internationaliste[2]. Son compagnon, le photographe et chanteur Pierre Jamet, participe à la Ligue française pour les auberges de jeunesse, fondée en 1930 par Marc Sangnier. En 1936, pour soutenir le mouvement ouvrier au sein du Front populaire[3], elle joue dans une pièce à sketches du groupe Octobre de Jacques Prévert.
En 1938, elle épouse Sacha Vierny, un ancien camarade rencontré dans un camp de vacances, devenu instituteur, qui s'est inscrit à l'École de Maisons-Alfort pour devenir vétérinaire. Il deviendra l'un des plus importants directeurs de la photographie français. Elle joue un petit rôle dans le film Altitude 3.200, de Jean Benoit-Lévy, aux côtés de Jean-Louis Barrault et de Bernard Blier.
Résistante (1940-1944)

Au début de la guerre, Maillol part pour Banyuls et Dina le rejoint en 1940. Pendant la drôle de guerre, elle tente, avec Vlady, le fils de Victor Serge, de sortir un périodique éphémère, Le Nouveau départ[2]. Depuis l'appartement d'invités que Maillol a mis avant guerre à sa disposition à Banyuls-sur-Mer, Dina Vierny fait la passeuse pour ceux de ces antifascistes qui tentent de fuir par l'Espagne[3].
Résistante, elle est contactée par Varian Fry sur les recommandations d’André Breton pour faire du passage à la frontière espagnole[6]. Elle rencontre ainsi les artistes de la villa Air-Bel à Marseille. Et participe à l'exfiltration depuis Marseille, où ils se sont réfugiés, d'intellectuels et artistes européens, menacés par la Gestapo comme par la police du régime de Vichy. Elle l'avoue d'emblée au vieil homme, qui a puisé auprès d'elle les ressources d'un renouveau intellectuel et artistique[4]. Il lui indique alors un chemin de contrebandiers à travers les Pyrénées orientales[4], la « voie Maillol ». La robe rouge de « Didi », qui sert de signe de reconnaissance à ceux qui doivent la rejoindre à une terrasse de café[4], inspire en 1940 à l'artiste un tableau, Dina à la robe rouge[3].
Dina Vierny est arrêtée une première fois en 1941 par la gendarmerie nationale à Banyuls-sur-Mer. L'avocat influent engagé par Maillol la fait libérer en inventant une histoire de contrebande d'huile pour le marché noir, mais son dossier est transmis à la Gestapo[4]. Juive et d'origine russe, elle est sous la menace de la loi du 4 octobre 1940 édictée par le régime de Vichy. Celle-ci stipule que tous les Juifs d'origine étrangère doivent être internés, ou assignés à résidence sans limitation de temps, sur simple décision préfectorale[9].

Maillol l'envoie à Cimiez, quartier résidentiel de Nice, qui est alors en zone italienne pour l'éloigner de la frontière Espagnole. Maillol l’envoie poser chez ses plus chers amis Bonnard, Matisse et Dufy, qui deviendront tous de très grands amis[6].
Au début de l'année 1943, alors que tombe le réseau russe de l'Action orthodoxe, elle est arrêtée par la Gestapo au cours d'une rafle opérée à l'Académie de la Grande Chaumière, à Paris[4]. Des liasses de dollars, remis par le réseau Fry, sont trouvées. Elle est inculpée pour trafic de fausse monnaie[10]. Elle subit douze interrogatoires dans un centre de torture, 80 avenue Foch[4], puis est emprisonnée à Fresnes[5], où le seront un an plus tard Robert Desnos et René Lacôte. Là, ce sont des policiers français qui la battent. Elle n'en parlera jamais. Elle est promise à la déportation, comme son père, qui, déporté le depuis Drancy par le convoi no 64[11], mourra le à Auschwitz.
Au bout de six mois de cette incarcération à Fresnes, en octobre 1943, Maillol profite de la visite à Banyuls du sculpteur officiel du régime nazi, Arno Breker[5], qui est un admirateur et est venu faire son portrait, pour rentrer avec celui-ci à Paris, où il doit superviser la fonte d'une sculpture[12]. Arrivé à Paris, Werner Lange, officier « planqué » du Propagandastaffel qui a été du voyage[12] et avait eu l'occasion de fréquenter Dina Vierny[13], obtient avec facilité sa libération[14]. Elle paraît exempte de toute trace de violences[14].
Elle est mise dans le train pour Banyuls, où Maillol la rejoint bientôt[15]. Profondément marquée par sa détention, c'est durant cette période d'éloignement, alors que son mari se cache de son côté, que les liens avec celui-ci se distendent au point de rompre.
À la nouvelle du débarquement de Normandie, elle rejoint à Paris les rangs de ses camarades communistes préparant l'insurrection. En août, elle est sur les barricades. Durant l'épuration, elle est la seule à prendre la défense d'Arno Breker, n'hésitant pas à se déplacer jusqu'à Berlin[4].
Galeriste (1944-1962)

Sans nouvelle de sa muse, Maillol, mal remis d'un accident de voiture, meurt le 27 septembre 1944 à Banyuls en écrivant « Libérez Dina ! »[réf. incomplète]. Il a désigné celle-ci pour être son exécutrice testamentaire. Elle est d'emblée[16] chargée par Lucien Maillol (1896-1972), fils unique et héritier du sculpteur, de gérer et valoriser l'œuvre du « patron ». Elle va y consacrer le reste de sa vie en femme d'affaires. Divorcée de Sacha Vierny (dont elle conservera le nom), elle épouse Jean Lorquin, dont elle aura deux fils : Olivier, né en 1949, et Bertrand (1952-2019)[17].
Conseillée par Henri Matisse, qui prend auprès d'elle la place de protecteur qu'occupait Maillol, elle ouvre le 25 janvier 1947 une galerie[7] à Saint-Germain-des-Près[3] au 36, rue Jacob, dans un ancien bougnat réaménagé par l'architecte Auguste Perret[18]. Elle est guidée dans son nouveau métier de marchande d'art par la galeriste Jeanne Bucher. Elle expose, entre autres, Maillol, Pablo Picasso et Henri Matisse. Elle s'efforce de promouvoir l'œuvre de Maillol auprès des musées, en particulier aux États-Unis.
Elle collectionne les œuvres de Vassili Kandinsky[7] et, collaborant avec Nina Kandinsky, organise les expositions[7] qui les imposent dans l'histoire de l'art moderne. Elle fait connaître aussi l’œuvre de Serge Poliakoff[7], de Jean-Pierre Laurens[5], de Jan Meyer, de Fahrelnissa Zeid, et des peintres du groupe Cobra. Dans les années 1960, elle fait découvrir les pionniers méconnus du Sots Art qu'elle a rencontré à Moscou au cours d'un voyage qu'elle a accompli en 1959 sur les traces de sa famille exterminée[4]. Cette nouvelle avant-garde, ce sont des artistes tels qu'Ilia Kabakov[7], Erik Boulatov[7], Vladimir Yankilevsky, Mikhaïl Chemiakine, Lydie Masterkova.
La fondation Dina-Vierny (1963-2009)

En 1963[3], elle sollicite le ministre de la Culture André Malraux pour restaurer une statue exposée dans le jardin des Tuileries à Paris. Malraux enchérit et lui propose d'installer là-même, en plein air, toutes les statues monumentales de Maillol qu'elle acceptera de donner à la République française[19]. Dix huit statues[5] sont installées en 1964[3]; Dina Vierny elle-même supervisera leur installation, Robert Doisneau immortalisera la scène[20]. C'est une redécouverte du maître qui, en vingt ans, avait sombré dans l'oubli. Sa restauratrice est saluée par la voix d'Arletty dans un très court métrage célébrant l'installation, Dina chez les rois[21].

C'est à cette époque qu'elle envisage, pour faire connaître au public l'ensemble de l'œuvre d'Aristide Maillol, de créer une fondation, dont elle déposera les statuts en 1983[22]. Elle va, trente ans durant, y consacrer toute son énergie, achetant une à une les pièces de l'hôtel particulier du XVIIIe siècle dont elle habite, dans le 7e arrondissement de Paris, un appartement. En 1972, Lucien Maillol, âgé de soixante treize ans, meurt sans enfant en léguant à Dina Vierny son bien, mais en réservant à sa maîtresse, Mlle Wessel, l'usufruit de la maison que son père avait acquise à Banyuls-sur-Mer[16]. Le musée Maillol, propriété de la fondation Dina-Vierny, ouvre en 1995. Il est le résultat d'un travail de sauvegarde et de rénovation auquel Dina Vierny et l'architecte Pierre Devinoy, élève d'Auguste Perret, auront consacré dix-sept années.
Dina Vierny a voulu honorer la mémoire de l'artiste en créant un musée dans la métairie de l'artiste. Ferme isolée dans la vallée de la Roume, près de Banyuls-sur-Mer, Maillol y repose sous sa statue de la Méditerranée.
Vierny est décédée cinq jours avant son 90e anniversaire. Elle laisse dans le deuil ses deux fils, Olivier Lorquin, directeur du musée Maillol à Paris, et l'historien de l'art Bertrand Lorquin, conservateur du musée.

